‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 52 sur 109 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

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de la ville de Belley, et de son territoire qui est assez étendu, appartenait à l’évéque ; mais elle fut peu à peu soustraite par un prince puissant elvoisin sous l’ombre et le manteau de protection. On voit encore dans les archives de l’église quantité d’excommunications lancées Pour ce sujet, et plusieurs autres d'opposition et de résistance; mais en ces malieres Le droit est en la force (c). Depuis cela les revenus de l’évêque sont fort diminués ; car ses plus grands biens consistaient en droits que cette rebelle seigneur1e a usurpés, ét qui élatent presqueious dans la ville (d). Voilà ce que je tire d’un ouvrage que M. Camus, évêque de Belley, fit imprimer l’an 1644. Il y déduit ces faits-là avec quelques autres observations , afin de réfuter un moine qui avait parlé de cet évéché avec mépris (A). Je trouve dans Guichenon, que Jean de Passelaigue, évêque de Belley, obtint de Louis XIIT en 1635 la confirmation de tous Les priviléges concédés aux évéques de Belley par l’empereur Fridéric....... excepté toutefois le drott de régale, et fabrication de monnaie (e). Ce Jean de Passelaigue succéda à Jean-Pierre Camus qui avait commencé de gouverner ce diocèse l’an 1609, et qui avait trouvé beaucoup de désordres dans les couvens (B), et surtout dans celui de Saint-Sul-

ice. Je remarquerai par occasion la fraude pieuse qui a été

(c) Là méme , pag. 138.

(d) Là méme.

(e) Guichenon, Hist. de Bresse et de Bu-

gey, continuat, de la II. partie, pag.

publiée touchant la fondation de ce monastère (C).

(A) Quelques autres observations afin de réfuier un moine qui avait parlé de cet évéché avec mépris. ] Ce moine avait fait un livre intitulé L’Anti- Camus. On y trouve ces paroles à la page 39 : C'est chose bien étrange, qu'un petit diocèse oublié derrière les Alpes , et dont à grande peine le nom se peut-il trouver dans les archives de l’église , et de qui le pasteur, Jaute d'emploi chez soi , tant son détroit est petit , va précher partout comme un cordelier , se veuille nonseulement égaler | mais rehausser par dessus les papes, casser leur ordre , et réformer leurs règlemens. « Le dio- » cèse n’est point si petit, répond » M. Camus (1) , qu’on ne lui nomme » cinq archevêchés , et plus de vingt- » cinq évêchés en France , de plus » petite étendue , dont les seules pro- » vinces de Languedoc et de Provence » en fourniraient plus de douze. On » lui prouvera vingt archevêchés et » six-vingts évêchés en Italie de plus » petite étendue que le diocèse de » Belley... Il n’est point derrière les » Alpes, si vous ne regardez les Al- » pes du côté de l’Italie en la ma- » nière que pour nous l’archevêché » de Turin est caché derrière les Al- » pes. Quand il serait dans les Alpes » en serait-il moins considérable ?

» Combien y a-t-il de grands arche- » vêchés et évêchés , dans ce grand » monde de montagnes, Embrun , » Tarantaise , Grenoble , Guienne » (2), Maurienne , Syon, Lausanne, » Constance , Bâle , Arles, Ivrée , » tous diocèses fort renommés , égli- » ses illustres ét célèbres pour leur » antiquité et leur étendue..... On » lui prouvera que l’âge de ce diocèse » que par mépris il appelle petit est

de plus de mille ans , et qu'il y a dans la seule France plus de trente » ou quarante évêchés de plus fraîche » date... Ce n’est pas à l’aune des » revenus que se mesurent les évé- » chés , autrement un archevêché de » Sicile , que je nommerais bien, qui » n’a qu’une cure avec trente mille

U vw +

(1) À la page 137 de l’Anti-Basilic.

(2) I fallait dire Genève.

BELLEY

» écus de rente , serait un grand ar- » chevêché (3). »

Voilà des choses qui satisferont la curiosité de plusieurs lecteurs , quoiqu’elles ne soient pas nécessaires à l’article de la ville de Belley.

(B) Jean-Pierre Camus avait trouvé beaucoup de désordres dans Les couvens du diocèse de Belley. ] Voici une partie de la description qu’il a donnée de ces désordres. « Il y avait une ab- » baye (4) de moines richement fon- » dée, dont l’abbé était un capitaine » huguenot marié , et gouverneur » d’une citadelle voisine , qui tenait » tout le pays en son échec , et en » alarme (5). »

Il lui prit envie de faire un haras dans le couvent « et ayant amassé » quantité de cavales et jumens qui » sont fort grandes et belles en Bresse, » il y fit venir des étalons d’Espagne » et d'Allemagne , et de grands ânes » d'Auvergne qui sont énormes en » hauteur , pour former des mulets » de leur mélange avec des jumens, » selon l’ordre établi dans ce haras….

» L'église, grande comme une cathé- » drale, servait à resserrer les foins, » pailles, et autres fourrages nécessai- » res à la nourriture de ces animaux » durant quatre ou cinq mois d’hi- » ver que la terre y est toujours cou- » verte de neige. À peine restait -il » une partie du chœur autour du » grand autel , qui fût libre pour les » moines, afin qu'ils y chantassent » leur office, oùals le faisaient encore » comme rats en paille. Dans la mai- » son abbatiale il y avait plusieurs » soldats huguenots avec leurs ba- » gasses ( bagage inséparable de la ré- » formation prétendue de ceux du cin- » quième évangile ), et là ils faisaient » leurs prières, chantaïient leurs psau- » mes , ét au reste menaient une vie » Joyeuse comme de moissonneurs et » de vendangeurs durant la récolte , » et comme des vainqueurs qui par- » tagent le butin et les dépouilles de » leurs ennemis... Monsieur l’abbé » prétendu réformé , pour fermer la » bouché aux moines et aller au - de- » vant de leurs plaintes, haussa un » peu le chevet à leurs prébendes ou

(3) La même, pag. 130.

(4) C'est sans doute celle de Saint-Sulpice, ordre de Cileaux.

{5) Anti-Basilic, pag. 351, 352.

BELLEY, 201

» portions canoniques , et par ruse et » prudence humaine , les caressait » extraordinairement , les recevant à » sa table dans la citadelle , où ‘il, » leur faisait une chère d’abbé et de » capitaine , les supportant en leurs » humeurs , et les protégeant contre » toute la noblesse voisine. La pri- » vauté en vint jusques à ce point » qu'ils l’appelaient monsieur notre » abbé , et lui messieurs mes moi- » nes , et disait mon abbaye , quand » il parlait de leur maison.

» Au reste , ne vous imaginez pas » que les moines s’amusassent à caté- » chiser les soldats gouverneurs du » haras , ni leurs compagnes dont on » eût fait un autre haras de bêtes rai-

puis, retiré parmi les huguenots du Languedoc d'où il était, il fut assassiné par ceux de son méme parti et de ses plus proches de sang, durant le siége de Montauban. L'abbaye fut ôtee de commande et remise entre les mains, d’un abbé profès de l'ordre méme, qui au moins en éta Le haras et de scandale (7).

Au pied de la méme montagne il y & un couvent de religieuses du méme ordre, dont les moines d'en haut se disent les pères , et le sont vraiment , car ils en ont la direction et La visie: il n'y a aucune trace ni vestige de clôture , ni d'aucune sorte d'observance. C’est un abord général de toutes compagnies, un vrai abreuvoir d’A-

» sonnables.. Ce couvent devint une frique. Ft sous prétexte de parenté et

» église militaire ; car vous ne voyiez » que moines à la chasse avec les sol-

dats tous l’arquebuse sur l'épaule :

» les moines ne sortaient point que » sur de grands chevaux, et des meil- » leurs , selon la permission et indul- » gence que leur en donuait monsieur » l'abbé , toujours bien armés, avec » l'épée et le pistolet, et souvent la » carabine : on les voyait ordinaire- » ment en cet équipage rouler par le » pays ; de sorte que l’oneût dit d’eux » comme de la Sulamite du cantique, » que c’étaient des chœurs de com- » battans et des bataillons de cho- » ristes (6).»

Ce beau train dura près de huit ou ou neuf ans. L’évêque lâcha quelques

consanguinité il s'y fait de merveil-

leuses conversations. Lorsque monsieur

l'abbé capitaine , dont nous avons parlé ci-dessus, venait avec les plus grands de son régiment voir son haras , il descendait en bas faire sa visite au monastère de la vallée, où il était reçu avec beaucoup d’honneur, et il est croyable qu’il leur faisait de belles exhortations sur le verset 9 du chapitre 7 de la première

aux Corinthiens. Tant y a que c’é-

tait un concours perpétuel de conversations et de familiarités ...., un flux et reflux continuel de compagnies ; les grands ÿ entraient , les petüs en sortaient , la porte y était toujours ouverte à tous sans dif-

fois des menaces d’en avertir le parle- férence de sexe ni d'âge..... Bref le

ment , ou le gouverneur, ou le lieutenant de roi, pour faire cesser ce scandale ; mais Les moines d'un côté se faisaient plus blancs de leurs exemptions et privilèges que de leurs robes ,...….

et de l’autre ne menacaient que de la Puissance de monsieur leur abbé, qui comme un redoutable fléau tenait en frayeur toute la noblesse , l’église et Le peuple du pays. Et pour marque de sa violence et de son empire , n'alla- 1-il pas jusques à ce point d’attenter sur la personne méme du gouverneur , qui eut un homme tué à ses pieds en la manière quiest récitée dans le Mercure Français. Le roi pour punir cet attentat commanda que la citadelle Jüt rasée , et le tyran en fut déniché aussi-bien que de son abbaye, et de-

(6) Anti-Basilic, pag. 353,

désordre ÿ était, et les ulcèrestellement invétérés , par faute de jugement et de discrétion, que la licence

y élaitprise pour une liberté honnéte ,

et ce libertinage y tenait lieu de franchise (8).

Cent et cent exhortations publiques de l’évêque, et mille remontrances particulières ne servirent de rien contre ces abus. « À la fin il leur fit connaî- » tre qu'il y allait de sa conscience » de souffrir plus long-temps ce dé- » réglement , vu que par le concile » de Trente la clôture des moniales » doit être établie par les évêques et » ordinaires, de quelques priviléges » que leurs ordres se parent : ce que » leur ayant fait voir, oyez la sufli-

(9) La même, pag. 354.

(8) La même.

dép

» sance de deux révérends qui eurent » en divers temps la conduite spiri- » tuelle de ce bénit troupeau , et qui » empéchaient formellement cette clô- » ture : le premier répondit que le » concile de Trente avait été fait par » des évêques , et par conséquent » qu’ils n'étaient pas tenus d’y obéir, » parce que leur ordre était priviké- » gié et exempt de la juridiction des

» évêques, et que les conciles des moi”

» nes étaient leurs chapitres géné- » raux. L'autre beaucoup plus habile » dit que ce concile n'ayant été fait » que par trente évêques, quand ils » eussent même été quarante ou cin- » quante , il ne pouvait avoir lieu en » l’église universelle, de laquelle les » moines faisaient la plus illustre » part, la plus parfaite et accomplie, » parce qu'elle était en l’état de per- » fection. Il y eut une moniale de » beau, je ne sais si de bon esprit, » qui sifflée (pour ne pas dire souf- » flée) par ces excellens pédagogues, » ou pour mieux dire pères, répon- » dit un jour à une des remontrances » de M. D.B. : Monseigneur, 1l sem- » ble que vous ayez résolu de nous » griller toutes vives sans que nous » l’ayons mérité. À laquelle il repar- » tit promptement, mais froidement:

» Ma sœur, vous montrez bien à ce » discours que vous êtes fort vive , et » peu morte à vous-même, c’est-à- » dire, bien peu mortifiée : car com- » me le poisson qui est encore vif, » saute de dessus la grille, et se roule » päBmi les charbons, ce que ne fait » pas celui qui est mort; aussi les » moniales qui ne sont pas bien mor- » tes au monde, et de qui les passions » sont vives, et quelquefois vivifian- » tes, aiment mieux comme des sale- » mandres et piralides, vivre parmi » les brasiers des conversations, selon » la pensée de saint Bernard qui » compare le moine fréquentant le » siècle sans s’y perdre, au miracle » des trois enfans de la fournaise, que » demeurer encloses dans une grille » crucifiées avec Jésus-Christ, leur », époux. Tant y a que M. C. ni l’ab- » bé qui succéda au capitaine, depuis » général de l’ordre , n1 tous les supé- » rieurs de l’ordre, n’ont jamais pu » ni renfermer ni réformer ces bon- » nes dames, de qui la bienséance et + la pudeur m’empéchent d’en dire

BELLEY

» davantage, laissant le surplus à » limagination du lecteur, qui sur » ce que j'en ai dit peut former ses » conjectures de ce qui se cache sous » le rideau du silence (9).

L'ouvrage dont je tire ces mor- *ceaux n’a pas été oublié par M. Baillet dans sa curieuse liste des Anti, non plus que l’Anni-Ermire, et l’Anri-Moi- NE du même M. Camus. Il dit de ces

deux derniers qu’ils se sont trouvés

tellement attachés à la fortune des autres ouvrages de cet auteur, que l’on ne sait presque plus s'ils ont jamais été au monde. S’ils continuent avec la méme précipitation , qu’ils ont fait jusqu'ici pour courir à leur anéantissement, soyez assurés que La mémoire en sera bientôt effacée , et qu’il sera difficile d'en sauver méme Les noms dans les catalogues de librairie (10).

Cela ne convient pas moins qu'aux autres à celui qui a pour titre lÆnti- Basilic pour réponse à l'Anti-Camus, par Olenix du Bourg-l' Abbé. Va donc lieu de croire qu’on aimera mieux que j'aie donné de longs extraits de cet ouvrage, que si je m’étais servi d’un renvoi qui eût été inutile à la plupart des lecteurs.

I y a dans le récit de M, Camus quelques négligences qu’il est bon de remarquer. 1°. Îl ne nomme point l'abbé huguenot , ni la citadelle dont cet abbé était gouverneur. Je supplée à ce défaut, et je dis qu’il parle de Pierre d’Escodeca, seigneur de Boesse, baron de Pardaillan, maistre de camp du régiment de Champagne, et gouverneur de la citadelle de Bourg en Bresse. 2°. Il était de Guienne, et non pas de Languedoc. 3°, Le désordre qu'il commit dura si l’on veut huit ou neuf ans, mais non pas à la vue de M. de Belley qui ne fut sacré évêque qu’en 1609. Or la citadelle de Bresse fut rasée l’an 1611 (11). 4°. Le roi n’avait donc pas ouvert encore le pas de sa majorité ; 5°, et l’on ne peut pas dire que le gouverneur ait commis toutes ces rages sous la minorité de Louis XIIT.

(C) La fraude pieuse qui a été publiée touchant la fondation de ce monastère.] « La vieille chronique de Sa-

(9) Anti-Basilic, pag. 355.

(10) Baillet, art. CVI des Anti.

(11) Voyez le TIC, tome du Mercure Krançais, pag. mu 133.

BELOY

» voye MS... porte qu'Amé II du » nom, et premier comte de Savoye, » seigneur de Bugey, fit vœu de fon- » der une abbaye dans ses états pour » avoir lignée ; et qu’ensuite il eut » un fils appelé Humbert , lequel » étant tombé malade, et craignant » de le perdre faute d’avoir accompli » son vœu, il fit bâtiret fonda l’ab- » baye de Saint-Sulpice en Bugey à » la persuasion de la comtesse de Sa- » voye sa femme. Voici les mots de » la Chronique :

» De nuit au lit par plusieurs fois :

» sospiroit la comtesse ; dont l'y de- » manda le comte qu’elle avoit. Mon- » sieur , dit-elle, paour que ne nous » mesadvienne de Humbert nostre » fils. Pourquoy (dit-11)? Pour cau- » se, dit la dame, que vous avez » voué à nostre Seigneur de fonder un » ordre de l'habit au saint prodomme, » sire Bernard, abbé de Clerevaux, » se Dieu nous prestoit lignée; et » vous n'en avez encores riens fait, » ains le mettez en nonchaloir. Lors » respond le comte : IVe vous doubtez, » car je le accompliray au plaisir » Dieu briefrement. Si eust le comte » conseil à plusieurs en quel lieu il » fonderoit l’abbaye belle; puis in- » formé du lieu se transporta sur une » montagne située en Bugeys, où il » fonda une abbaye belle et solem- » nelle sous le nom du confesseur » monsieur Saint-Sulpice, laquelle il » fournit et docta convenablement ; » et y mit abbé et religieux prodom- » mes à louer Dieu de la lignée qu’il » luy avoit prestée. Paradin en son » histoire de Savoye (*) a suivi de » point en point la chronique Ms. de » Savoye, et ajoute qu'après que l’ab-

» bayefut achevée, et le vœu accom-

» pli, le jeune prince de Savoye revint » en convalescence ; cotant le temps » de cette fondation avant lan 1118 » (12). » Guichenon réfute cela trèssolidement : il dit qu’il a trouvé dans les archives de Saint-Sulpice, qu'en l'an 1130, « quinze religieux de l’or- » dre de Citeaux, et un nommé Ber- » nard qui était leur supérieur, allè- » rent aux montagnes de Bugey par » la permission d'Hugues, abbé de

(*) Livre 3 , chap. 4x.

(32) Guichenon, Histoire de Bresse et de Bugey, continuation de la IIe. purt., pag.

» Pontigny, à dessein d'y faire péni- » tence et d'y mener une vie austère , » et qu Amé [®., comte de Savoye » étant sur le point de faire le voyage > de la Terre Sainte, pour les y re- » tenir , leur donna des lettres et des.

2) DOME EU LE els: ee Ra » Quant à la cause de la fondation, » il est certain que les historiens de » S'avoye ont erré d'avoir publié que » ce fut après la naissance du jeune » comte Humbert, fils dudit Amé... ; » car Les concessions du comte Amé » portent en termes exprès le con- » traire , la première desquelles , qui » est datée à Fenne , en présence de » Ponce, évéque de Belley, et d'Hum- » bert, évêque de Genève, dit ainsi :

» Jgitur quicumque ista legerit et au- » dierit, hoc donum me fecisse cog- » noscat, tempore quo in montanis » fratres hospitando retinui, scilicet » antequàm de uxore me habuissem » infantem ; et La seconde : Noverit » omnis tam extraneus quàäm propin- » quus harc meam donationem fe- » cisse-antequam de uxore meâ, Ma- » tildi nomine, hberos aliquos pro- » creâssem (13). »

Je ne saurais me persuader que ni le hasard ni l'ignorance aient produit le mensonge que Guichenon a réfuté. C’est plutôt l'effet de l’artifice des ecclésiastiques. Ils font venir l’eau à leur moulin autant qu’ils peuvent, et pour animer les grands à faire des fondations ou des donations pieuses, ils supposent des exemples de fécondité, ou de guérison, ou de quelque autre avantage temporel, qu’ils attribuent à la piété libérale.

(13) La même, pag. 02.

BELOY (PIERRE DE (a)), avo— cat général au parlement de Toulouse, n’avait point encore cette charge, lorsqu'il écrivit pour les droits du roi de Navarre contre la ligue. S'il eût été protestant, 1l n’aurait rien fait en cela qui n’eüt été fort naturel, et d’une vertu trés-ordinaire ; mais , Comme il était catholi-

(a) C’est ainsi qu'il se nomme , et non pas Pierre Belloi,

que (b), et a Paris, lorsqu'il publia un ouvrage contre la ligue, on le doit regarder avec quelque sorte d’admiration. Cet ouvrage est intitulé Æpologie catholique contre les libelles , déclarations, avis et consultations, faites , écrites et publiées par les ligués peérturbateurs du repos du royaume de France , qui se sont élevés depuis le décès de feu monseigneur frère unique du rot, par E. D. L. I. C. Il parut en l’année 1585. Il a été traduit en latin (A) : les écrivains de la ligue le traiterent de libelle diffamatoire (B): et l’auteur se vit exposé à une rude persécution (C). Il était un docte jurisconsulte, et il avait beaucoup de lecture. Il avait déjà publié quelques autres livres (D). Du Plessis-Mornai le reconnait pour le vrai auteur de l’Æpologie catholique (c).

Je produirai un fragment de lettre, qui sera un bon supplément à cet article (E).

J'ajoute à ce que j'en ai déjà dit la véritable durée de sa detention. Cayet se contente de dire qu’elle dura plus de deux ans (d); mais Beloy raconte qu’elle dura quatre années *. Je rapporterai ses paroles ; ce qui servira de supplément à la liste que j'ai donnée de ses ouvra-

ges (F).

(b) Voyez la Chronologie novennaire de Cayet, tom. I, folio 17 verso.

(€) Du Plessis, Mémoires, tom. 1, pag.

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