BÉNI
en fait d’ornemens, et de jolies propretés. C'est lui qui est l’auteur des décorations qu'on voit dans une chapelle dédiée à saint Louis dans l’église du même saint, laquelle chapelle il a fait construire presque des les fondemens (d).
(d) Ex Biblioth. romanà Prosperi Mandosii, cent. IV, num. 71.
BÉNI ( Pauz ), professeur en éloquence dans l’université de Padoue, depuis l’an 15g9, jusqu’à sa mort arrivée l’an 1625 , a été un des plus féconds écrivains qui aientfleuri deson temps.
Il était Grec de nation (A), comme on l’a débité depuis peu, et il n’était point né à Eugubio , au duché d’Urbin, comme quantité de gens l’assurent. Il vécutlongtemps chez les jésuites; mais il quitta leur société , à cause qu’ils ne voulurent point lui permettre de publier un Commentaire sur le Festin de Platon : Vobscénité de la matière les obligea à lui refuser la permission qu'il demandait. La réputation que ses ouvragés lui acquirent Porta le sénat de Venise à le choisir pour successeur de Riccobon dans la chaire d’éloquence ; mais 11 remplit mal ce poste, et trompa misérablement les espérances qu’on avait conçues de lui. Il degoûta ses auditeurs par un long verbiage vide de choses, et debité languissamment : ce qui joint à d’autres raisons (a), et à la maniere agréable dont Vincent Contarini son collègue débitait sa science , fit tellement
(a) Oderant autem universi morbosas quasdam animi anguslias , quibus ipse indolis haud ita liberalis referebat indicia.
Imperial ir Museo Historico , pag. 160.
déserter ses auditeurs , que quelquefois il n’y avait pas dans son
école autant: de gens qu’il en
faut pour la signature d’un con-
trat (b). Cela ne le découragea
point d'étudier, et ne diminua point son application extraordinaire à remuer et ses livres et sa plume. On s’en peut aisément convraincre par le grand nombre d'ouvrages qu'il a donnés au public, où il y a sans doute beaucoup de lecture et beaucoup d’érudition , et même bien du génie. Il soutint lui seul glorieusement une querelle contre l’académie della Crusca (B), ce qui le rendit tres-formidable à bien des auteurs (C). Le respect qu’on a dans Padoue pour la mémoire de Tite-Live, n’empêcha point notre Paul Béni d'attaquer à toute outrance cet historien (c). Consultez le Dictionnaire de Moréri :
je n’ai pris que ce qu'il avait
laisse.
(b) In eo gy mnasio crebr'is jactaretur sermonibus malè de Benii rebus actum fore, si pactum éi aliquod fuisset celebrandum , quando vel duobus eidem in schol4 suä:
testibus contigisset egere. Imperial ir Museo historico, pag. 160.
(c) Tiré de Paul Freher. Theatri Viror illustr. pag. 1518.
(A) Il était Grec de nation. | Je fus surpris de voir afhirmer cela dans l'Histoire des ouvrages des savans (1), et. pour m'éclaircir lequel des deux parlait de son chef, ou l’auteur du livre dont on donne là le précis , ou l’auteur même du Journal, je consultai la Vie du Tasse, et jy trouvai ces paroles (2) : Toute l'Italie savante.
a suivi unanimement le sentiment de Paul Béni. Ce savant grec, transplanté en talie, a fait voir dans une comparaison fort recherchée des poë-
(1) Mois de décembre 1690, pag. 166, dans l'extrait de la Vie du Tasse , composée par l'abbé de Charnes.
(2) Dans la préface.
mes d'Homère , de Virgile, et du Tasse, que le moderne avait renfermé dans son ouvrage toutes les beautés des deux anciens, sans tomber dans leurs défauts.
Je crus que c'était une faute : carje
savais que le Tomasini, et Lorenzo Crasso, assurent qu’il était né à Eugubio ; et il se nomma lui-même Æugubinus , dans le titre de gas uns de ses livres, et dans linscription qu'il souhaita que l'on mit sur son tombeau. Je me réglai donc sur cela dans la première édition de ce Dictionnaire ; mais J'ai été délivré de mon erreur par monsieur lPabbé de Charnes, et cela d’une manière qui mvengage à me féliciter d’avoir dit que je l’estimais et que je lhonorais beaucoup. Il m'a fourni un passage qui ne permet pas de douter que notre Béni ne soit né en Candie (3).
Il est vrai qu'il était encore enfant lorsqu'il vint eu Italie.
(B) Z{ soutint seul une querelle contre l'académie della Crusca. | Tout le monde sait que le Dictionnaire italien de cette fameuse académie de Florence est un ouvrage important.
« Ce fut sans doute la cause qu’il » n'eut pas plus tôt vu le jour, qu’il se » vit remué et maltraité entre les » mains de presque autant de cen- » seurs qu'il rencontra de lecteurs.
» Mais le Béni, entre les autres, ne » cessa de décrier l'ouvrage, et de » déclamer contre ses auteurs , com- » me s'ils eussent été autant de mo- » nopoleurs de la langue italienne :
» il entreprit de leur faire voir qu’ils » n'avaient ni la suffisance , n1 l’au- » torité nécessaire pour décider. Le » livre qu’il publia dans cette vue, » parut à Padoue, dés l'an 1613, » in-4°., sous le titre d’Ænti-Crusca, » © vero g il paragone della lingua » italiana, nel qual si monstra chia- » ramente que l’antica sia inculla e » rozza a la moderna regola , etc...
» (4). Messieurs de l’académie voulu- » rent s’assujettir à lui répondre avec » la plume , au lieu de procéder con- » tre lui par voie de fait. Maïs, si nous » en croyons le Tomasini, cette mé- » thode, qui était d’ailleurs la plus
(3) Ge passage est tiré du premier Discours de Paul Béni sur la Comparaison d'Homère , de Virgile et du Tasse, imprimée l'an 1607.
4) Baillet, art. CLXIT, des Ant,