BENNON
rement, sur ce que lui seul de tous les évêques d'Allemagne fut fidèle à la cour de Rome dans les démélés de Grégoire VIT et de l’empereur Henri IV ; secondement, sur les miracles qu’il avait faits (B), et pendant sa vie, et depuis sa mort. Il y avait long-temps qu'on sollicitait à Rome cette canonisation, et peutêtre ne l’aurait-on jamais obtenue, si Luther n’avait secoué le joug du pape, dans le pays méme où était le corps de Bennon :
mais la cour de Rome, s’imaginant que l’institution d’un nouveau saint soutiendrait la foi ébranlée dans ce pays-là, se rendit enfin aux instances de l’évéque de Misne , qui était allé trouver le pape avec de puissantes recommandations de Charles.
Quint , des archevêques de Magdebourg et de Saltzhourg, et des marquis de Misnie. Luther ne se tut point en cette rencontre : 1l publia un traité en allemand, qu'il intitula, Contre la nouvelle idole et Le vieux démon de Misne. Emser écrivit contre ce traité de Luther avec aigreur, et se glorifia avec insulte, de ce que , nonobstant les invectives de cet ennemi de l'Église, un merveilleux concours de peuple avait assisté aux cérémonies de cette nouvelle solennité, et :l présagea qu’elle durerait éternellement. Sa prédiction fut convaincue bientôt de fausseté (C) :
celle de Bennon fut réfutée en même temps (a) (D). Emser se trouva intéressé d’une façon particuliere à écrire là-dessus con tre Luther; car il avait publié
(a) Tiré de l'Histoire du luthéranisme de :
Seckendorf ; Ziv, T, pag. 285.
la vie de Bennon , l’an 1512, où,
entre autres choses, il allégua
diverses raisons pourquoi la bulle
de la canonisation n'avait pas été” encore obtenue après tant de
frais et tant de sollicitations (à).
On s’est étrangement abusé dans
le Dictionnaire de Moréri (€).
(b) Ex eodem Seckendorfo, ibid. , pag.
286 in additione.
(c) Voyez la remarque (A).
(A) La bulle de sa canonisation est datée du 31 de mai 1523. | On trouve cette même date dans le Dictionnaire-de Moréri, et cela ne va pas mal; mais on yÿ trouve aussi que ce fut le pape Adrien IV, qui expédia cette bulle : c’est une fausseté impardonnable. Adrien IV vivait au XIIe.
siècle.
(B) ….. et se fonde sur quelques miracles qu’il avait faits.] Les principaux sont, 1°. que les clefs de sa cathédrale, qu’il avait jetées dans l’Elbe, après avoir fermé cette église à l’empereur et à ses ambassadeurs, furent trouvées dans le ventre d’un poisson, et rapportées au prélat ; 2°. qu’il passa l’Elbe à pied sec ; 3°. qu’il convertit de l’eau en vin ; 4°. qu'avec un coup de pied il fit naître une fontaine ; et voilà de quoi se vanter dans la communion romaine, que la fable de Pégase a trouvé son accomplissement parmi les chrétiens ; 5°. qu’il célébra la messe en deux lieux tout à la fois ; 6°. qu'après sa mort il vint en songe crever un œil à Guillaume marquis de Misnie (1). On se figure aisément la manière dont Luther accommoda ces miracles.
(C) La prédiction d'Emser touchant les culte de Bennon, fut convaincue bientôt de fausseté. | En effet, les inspecteurs ou les visiteurs qui furent envoyés en Misnie , l’an 1539, ayant débuté par signifier aux prêtres L la campagne qu'ils eussent à se conformer à la confession d’Ausbourg, allérent peu après exhorter à la même chose les chanoines de l’église cathédrale de Misne. Jules Pflug , leur doyen, ayant convoqué le chapitre,
(x) Apud Seckend, Historiæ lutheran., üb, T, pag. 285.
il fut résolu de laisser les choses comme elles étaient. Sur cela, on leur enjoignit de ne faire aucun acte de reli- . gion dans l’église selon l’ancien rituel, et on démolit le tombeau de Bennon; comme un objet d’idolâtrie bahalitique (2). Voilà donc un culte qui, au lieu d’être éternel , comme Emser Vavait auguré, ne dura qu’une quin- -zaine d'années. Un homme sage doit être extrêmement réservé sur l’avemir, lors même que les apparences sont favorables : et je trouvé à plaindre ceux qui sont de profession à nourrir les espérances des peuples ; car, fort souvent, contre leurs SA pres lumières, ils sont obligés à faire des almanachs.
(D) La prédication de Bennon Jut réfutée en même temps. ] Sa Vie porte, qu’il déclara en mourant, qu'il avait obtenu par ses prières que le service établi dans sa cathédrale ne cessÂt jamais. /r eo tamen maximè Jalsum esse apparet quod teste Emsero moriturus dixerit , precibus suis effectum esse ut cultus ecclesiæ Misnensis perpetuus sit futurus (3). Ce service était singulier , et ne se trouvait pas même à Rome. On avait disposé «le telle sorte les relais de psalmodie dans la cathédrale de Misne, qu’il n’y avait aucune heure, ni du jour, ni de la nuit, où l’on ne chantit les louanges de la cour céleste , ut nullum diei aut noclis tempus cantu et deorum hymnis ac laudibus vacet (4). Bennon mourut en faux prophète, si déclara en mourant que cela durerait toujours.
(2) Ex Seckendorfo , ibidem, lib. TITI , pag.
(3) Seckendorf. , lib. I , pag. 286, littera a.
(4) Emserus, apud Seckend. , ibidem.
BENSERADE (a) ( Isaac DE }), l’un des beaux esprits du XVIϰ.
siècle, était de Lions, proche de Rouen (d). Il naquit de la reli-
(a) C’est ainsi qu'il signa dans une lettre qu’il me fit l'honneur de m'écrire le 18 de mai 1685. J'ai trouvé Bensseradde, au bas de son épitre dédicatoire de la Paraphrase sur les IX leçons de Job. M. l'abbé Tallemant le nomme toujours Bensserade.
(b) Discours touchant la vie de M. Bens-
- serade, à la tête de ses poésies , édition de Paris en 1697, et de Hollande en 1608,
BENSERADE
gion *, comme son nom de baptème le fait connaître : mais il n’y fut pas élevée ; caril était fort petit lorsque son père se fit catholique. La raison pourquoi l’évêque qui le confirma ne lui Ôta point le nom d’Isaac est tressingulière (A). On prétend que ses ancêtres ont été de grande importance (B), mais tout le monde n’en demeure pas d’accord. Son père , ex mourant, le laissa fort jeune, avec fort peu de bien, et fort embarrassé; de sorte qu'il aima mieux, à ce qu’on dit, l’abandonner , que de plaider (c). I se fit connaître à la cour par ses vers, et par son esprit; et 1l eut le bonheur de plaire au cardinal de Richelieu (C), et au cardinal Mazarin (D):
de sorte que, nôn-seulement il en obtint de quoi rouler , mais aussi enfin de quoi mettre en lieu de sûreté les dernières années de sa vie. On lui donna des
ensions sur un évéché et sur deux abbayes (d) (E), si bien qu'il pouvait être considéré comme façon d’ecclésiastique (e). La reine-mere lui avait donné une pension de trois mille livres, après que la mort du cardinal de Richelieu lui eut fait perdre la pension de cette éminence (f).
Il srouva le moyen de subsister à la cour par le secours des mille écus de la reine-mere, et par celui de quelques dames ri- L'abbé Tallemant est l’auteur de ce Discours.
* Leclerc et Joly conviennent du fait; mais ont le plaisir de ne pastrouver la preuve bonne.
(e) Tallemant, Discours sur Bensserade. *
(d) Ménage, Anti-Baillet chap. CXLF, Voyez aussi la remarque (D) , vers la fin.
(e) Voyez l'Anti-Baillet, chap. CXLIF.
(f) Voyez la remarque (E), au commencement.
BENSERADE
ches et libérales (3). J'ai lu quelque part, que la cour avait
vingt-deuxièeme année (m); d’autres disent qu'il n’a vécu que
résolu de le députer à la reine près de quatre-vingis ans (n) *.
de Suède ; mais cela ne fut point exécuté (F). Son sonnet de Job , mis en parallèle avec celui d’'Uranie, fit extrêmement parler de lui (G); car quel honneur n’était-ce point que d’être chef de parti contre Voiture (h) , et d’avoir sur le Parnasse la faction des jobelins , qui disputait le terrain à la faction des uranistes ?
Il avait une pension du duc d’Orléans , et un appartement au Palais-Royal (0). C'était un treshonnête homme , et admirable en conversation, réussissant bien dans les bons mots (K) , et disant aux gens leurs vérités sans qu'ils eussent lieu de s’en fâcher (D).
Il avait une manitre d'agir hardie, qui l’obligeait de traiter
il est certain que cette dispute familièrement avec les gens de
partagea toute la cour , et les beaux esprits, et qu’il y en eut de fort illustres qui se déclarerent contre Voiture pour Ben-— serade. Celui-ci réussissait merveilleusement aux vers qu’il faisait pour les balleis (H) ; mais il échoua dans ses rondeaux sur Ovide (2). Il entra dans l’académie française assez tard, puisque ce fut l’an 1674, et qu'il
la première qualité ; de sorte qu'il faisait passèr sans qu’on osät le contredire tout ce qu'il lui plaisait d'avancer : et il semblait méme avoir pris un ascendant sur les plus considérables.
Sa familiarité avait méme quelque chose d'impérieux : car nonseulement il voulait qu’il lui fit Permis de trouver à redire aux autres ; mais il ne pouvait souf-
avait alors plus de soixante ans. frir qu’on critiquät Ses COMPOSI-
11 succéda à Chapelain dans cette place , et lui donna des éloges , qui déplurent au comte de Rabutin (k), et qui furent plutôt un hommage fait à la coutume , qu’un effet de sincérité. 12 s’appliqua aux ouvrages de piété quelques années avant sa mort, et traduisit presque tous les psaumes ([): Autre hommage fait à la coutume, mais qui peut aussi veu d'un bon fond de cœur (1). 1 mourut au mois de novembre 1691, dans sa quatre-
(g) Discours touchant la vie de M. Bensserade.
(h) Il était l'auteur du sonnet d'Uranie.
{) Voyez le Ménagiana à la pag. 189 de la 2°. édition de Hollande.
(x) Voyez les Lettres de ce comte, part.
IF, lettre XCI.
(l) Tallemant , Discours sur Bensserade.
tions , qu’il défendait avec un iel entétement , que ceux-mémes qu’il consultait là-dessus ne pouvaient lui dire leurs pensées sans s’exposer à essuyer de sa part d'étranges emportemens (p). Il était de bonne foi, et très-offtcieux, suriout envers les dames; car son carrosse el ses gens étaient toujours à leur service (g).
Il n’était pas savant (M) : il tirait tout de son génie; mais je ne voudrais point prendre pour une
(m) Voyez le Mercure Historique de novembre 1691, pag. 537.
(2) Tallemant, Discours sur Bensserade,
* L'abbé d'Olivet, comme le remarque Leclerc , le fait naître en 1612 et mourir le 19 octobre 1691 ; Chaufepié, d'après d'Olivêt , donne la liste de ses ouvrages.
(o) Mercure Historique , novembre 1691 , pag. 537.
(p) Tallemant, Discours sur Bensserade,
(g) Là méme.
BENSERADE
pe d’ignorance l’impossibi= à la table, je n’y ai pas rencon-
ité où il fut un jour d’expliquer la différence qu'il y a entre les Hamadryades et les Dryades (N).
Il commença de bonne heure à se mettre sous la presse ; car on dit que sa tragédie de Cléopâtre fut imprimée l’an 1630 *. C’est ce qui a fait dire qu’il était auteur plus que jubilé (0). Furetiere le maltraite trop dans ses factums (r). Sarrazin , dans la Pompe funebre de Voiture , lui a donné un coup de dent : c’est lui qu'il appelle Rousselin de Grenade, au IIT°. chapitre de la grand'chronique du noble Veiturius; et il se sert de ce nom , à cause que Benserade était rousseau (P}}, et que par plaisanterie, et pour la ressemblance des noms, il se disait issu des Abencerrages. J’ai trouvé cela écrit à la main à la marge d’un exemplaire de la Pompe funébre de Voiture, lequel exemplaire avait appartenu à un homme qui savait la carte. fl paraît par ce chapitre de Sarrazin , que Benserade avait supplanté Voiture chez madame de Saintot (Q).
Jespérais trouver beaucoup de choses sur la vie de M. de Benserade dans le Recueil des plus belles pièces des poëtes français (s) : le titre m’en assurait; mais quand jai été à la page marquée
* Le Ménagiana sur qui Bayle s’appuie (Voyez les remarques (C) et (O) ) ne donne, dit Leclerc, la date de 1630 que comme douteuse, La C/éopätre ne fut imprimée en effet qu'en 1636. Elle avait été jouée à la fin de 1635. ;
(r) Voyez la pag.18 du 11°. Factum, et la 27 du IIIe., de l'édition de Hollande.
(s) Ce Recueil est en 5 tomes. L'auteur des Mémoires et Voyages d'Espagne l’a publié à Paris l’an 1692. Il fut d’abord contres J'ait à Amsterdam.
tré une seule ligne d'histoire *.
* Joly termine ses remarques par deux pièces de vers de Benssérade, qu’il croit n’avoir jamais élé imprimées.
(A) La raison pourquoi l’évéque….
ne lui ôta point le nom d'Isaac est très - singulière. | Benserade n’avait que sept à huit ans lorsque l’évêque qui le confirmait lui demanda, s’il voulait bien changer son nom. juif avec un nom plus chrétien ? J’y consens, répondit-il, pourvu qu'on me donne du retour. Le prélat surpris du génie de cet enfant ne voulut point lui changer le nom : 12 faut. le lui laisser , dit-il, ë{ Le rendra très - illustre *. Cette particularité m’a été communiquée de bon lieu ; et je pense qu’elle se trouvera dans la Vie de M. de Benserade ;, faite par monsieur l'abbé Tallemant, si jamais elle s’'imprime. .
Voilà ce que je disais l’an 1694. Ma conjecture n’a pas été fausse : ce Discours de M. l’abbé Tallemant se voit à la tête des œuvres de M. de Benserade, imprimées à Paris l’an 1697, et en Hollande lan 1698. On y trouve la particularité que j'ai rapportée.
(B) On prétend que ses ancétres ont été de grande importance.] C’est la eoutume, quand on est recu dans l’Académie Francaise, de faire l’éloge de celui auquel on succède. M. Pavillon, successeur de M. de Benserade, le loua délicatement : voicr de quelle manière il mania le chapitre de l'extraction : « Ce n’est pas ici le lieu » où l’on doive faire valoir la noblesse » du sang de cet illustre mort. Ici le » hasard de la naissance ne fait esti- » mer ni mépriser personne : aussi » dans la pompe funèbre des défunts, » on n’y fait point marcher devant » les images de leurs ancêtres ; on » n’y expose que leurs talens, on n'y » montre que leurs ouvrages. Que par- » tout ailleurs, on pare l’éloge du dé- » funt du nom des anciens seigneurs » de Maline, que l’on compte entre » ses aïeuls celui qui dans le commen- » cement du siècle passé fut grand-
x Joly avance que cette histoire est racontée un peu différemment dans les Hommes illustres de Perrault. C'est, il est vrai, dans d’autres termes; mais le fond est absolument le même.
BENSERADE
maître de l'artillerie: on ne doit » parler ici que de ce qui le fit admi- » rer pendant sa vie, et de ce qui le » doit faire revivre après samort (1). »
Voici ce qu’on trouve dans le Discours de M. l'abbé Tallemant: Quoique M. de Benserade ne parldtguère de son père, il n’oubliait pas pour cela ses ancêtres , dont l’un avait été chambellan d'un de nos rois, et chätelain du château de Milan... Du côté maternel, il était allié des Vignancours et de ceux de la Porte : sa mère portait ce dernier nom , qui était celui de La mère du cardinal de Richelieu...
Elle ne consentait pas trop volontiers à la parenté du cardinal, disant souvent dans sa famille qu'elle n'était pas de la Porte dont on voulait qu’elle foi Monsieur l'amiral de Brézé considérait Benserade comme une personne qui lui appartenait. On aflirme dans l’Épître dédicatoire de ses œuvres (2), qu'il avait l’honneur d’appartenir au grand cardinal de Richelieu. Comparez, je vous prie, tout cela avec ce passage du Ménagiana. « M. de Ben- » serade , à ce que j'ai entendu dire, » était fils d’un procureur de Gisors ; » et Jai été fort surpris, lorsque » M. l'abbé Regnier lut ici dernière- » ment la harangue de M. Pavillon, » à sa réception à l’Académie, dans » laquelle on donne à M. de Benserade » une généalogie magnifique. Mais je » ne l'en estimerais pas moins pour » être encore de plus bas lieu. Les » sayvans doivent se piquer d'être les » fils de leurs propres ouvrages. M. de » Benserade avait une assez jolie mat- » son à Gentilli. Au-dessus de la porte » de cette maison, 1l avait fait met- » tre des armes qu'il s'était données » avec une couronne de comte. Un » de ses amis dit un jourenles voyant:
» C’est aux poëles à en faire (3). »
Notez que M. Pavillon et M. l’abbé Tallemant ne disent rien l’un de ce que l’autre caractérise touchant les ancêtres de M. de Benserade. Cela fait soupconner qu’ils ont suivi des notions vagues; car on ne s'éloigne pas si étrangement de l’uniformité, quand
(x) Voyez les Lettres historiques du mois de Jévrier 1692, pag. 169, 170.
(2) Imprimées à Paris , chez Charles de Serci, l'an 1697.
(3) Suite du Ménagiana , pag. 53, édition de FTo llunde, |
on se règle sur des titres généalogiques bien prouvés. Quoi qu’il en soit des ancêtres (*), l'obscurité du père ne peut point passer pour douteuse, Les uns avaient oui dire que c’était un procureur de Gisors (4); les autres qu’il avait été maître des eaux et forêts (5). Son fils ne parlait guère de lui, quoiqu'il n’oubliât pas ses ancêtres (6). Voulez-vous de plus grandes preuves d’un petit état ? Prenez garde à une autre chose. Une infinité de gens prouvent mieux la noblesse de leur père , que celle de leur aïeul ; et si vous les obligiez à prouver celle de leur bisaïeul , vous les embarrasseriez davantage. Perse a employé cette observation (7). Ici c’est tout le contraire.
Il faut sauter quelques degrés en remontant, si l’on veut sortir des ténébres généalogiques. Notre M. de Benserade ne trouve rien de commode, ni chez son père, ni chez son grandpère : il ne trouve sa noblesse que dans les siècles passés. Il est sûr que le sang noble ressemble quelquefois à ces fleuves, qui tombent dans un précipice, et, après avoir coulé dans des canaux souterrains pendant quelques lieues, reparaissent tout de nouveau (8). L'histoire généalogique, précédée presque toujours du temps fabuleux, est assez souvent entrecoupée par des périodes de temps obscur. C’est une carte géographique, qui a ses déserts, et ses terres inconnues. Voyez M, Pavillon, qui a été obligé de faire un saut de cent cinquante ans, pour rejoindre deux bouts illustres dans la famille de Benserade. Je ferai ci-dessous (9) une antithèse des vers de Perse dans un autre sens.
: Je ne sais que dire d’un Nicozas Bee SERADE, à qui Érasme écrivait des let-
(*) Les Mémoires de l'état de France sous le règne de Charles IX, tom. I, feuill. 296 et 297, tournés de l'édition de 1579, parlent d’un Czraupe De BenserADE , clerc du greffe civil du Palais de Rouen, massacré avec sa femme à Rouen, pour la religion, en l’année 1572.
Rem. criT. |
(4) Ménagiana, la même.
(5) Tailemant, Discours sur la Vie de Benserade, au commencement.
(6) La même.
(7) Voyez la remarque (B) de l'article de (Scipion) Genrrets.
(8) Tel esi le Guadiana, en Espagne.
(9) Dans la remarque (B) de l'article de (Scipion) GENTiILuS.
tres (10), et dont il parle comme d’un
très-honnête homme, qui lui avait fait du bien, et qui avait del’érudition (11).
On le qualifie jurisconsulte (12). Notre M. de Benserade l'eût-il voulu mettre parmi ses ancêtres ?
(C) LL eut le bonheur de plaire au cardinal de Richelieu. ] Le même M. Pavillon expose que ce cardinal fit élever Benserade. l’ous avez vu dans ce digne confrère, dit-il(13) , de fruit des soins que le grand cardinal de kichelieu avait pris de son éducation :
celui qui donna la naissance à votre docte compagnie fit élever sa jeunesse, et comme ce n'est que du côté de l’esprit qu’on regarde les hommes parmi
"vous, avant méme que vous l'eussiez associé, il pouvail se vanter que vous étiez enfans d’un même père. On pourrait croire, si l’on ne songeait qu’à ces paroles, que M. de Benserade ne fut connu de ce cardinal que sur le pied d’un jeune homme de belle espérance, qui était d'autant plus digne de la protection du premier ministre, qu’il était fils d’un huguenot converti ; mais quand on prend garde aux circonstances du temps, lors, dis-je, que l’on considère, que dès l’an 1630 (**), ia Cléopâtre de Benserade était impri mée (14), on ne peut douter qu'il n'ait eu part à l’estime du cardinal de Richelieu en qualité d’auteur, et de bek esprit actuellement.
(D)... Æ£t au cardinal Maäzarin.] Qu'il me soit perwis d'insérer ici un long passage d’une pièce d’un titre assez surprenant (15). Plusieurs de mes lecteurs seront bien aises de voir ici ce que c’est, sans avoir la peine de changer de livre; outre que quelques-uns pourraient bien n'avoir pas dans leur cabinet lArliquiniana. (*?) « Votre
(10) Voyez. les Lettres XXI et XXIV du IX°. livre d'Érasme. Elles sont daiées, l'une de l'an 1499, et l'autre de l'an 1498.
{11) Érasme, là méme. Voyez aussi l'Épitre XXIV du livre VW, pag. 323. \
(x2) Dans la table des Lettres d'Érasme,
(13) Lettres historiques de février 1692, pag.
*1 Woyez ma note pénultième sur le texte, page 316, colonne 1'€.
(14) Voyez la remarque (O).
(15) Intitulé Arliquiniana. Je ne sais pourquoi on a mieux aimé dire Arliquiniana qu'Arlequimiana, puisqu'on dit Arlequin et non Arliquin.
*2 L'auteur de l’Arliquiniana est Cotolendi.
Le passage qu'en cite Bayle est traité de fable par Leclerc et par Joly.
CNRC RS EX
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