‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 66 sur 109 · BERGAME · texte numérisé non relu

BERGAME

» sens des paroles de MM. Lloyd et » Hofman. Perenice, Herodis Æscalo- » nitæ filia, Agrippæ fratris uxor. »

Je réponds que j'explique le latin de ces trois auteurs dans le sens le plus naturel, et que puisque les deux derniers confirment par les vers de Juve. val les paroles alléguées, ils ont voulu dire sans doute qu'Agrippa était le mari, et non pas le frère du mari. Au pis aller, je le puis convaincre de ce mensonge. Îls supposent que Bérénice, femme frère d’Agrippa , était fille d’Hérode l’Ascalonite : cela est faux; elle était fille d’Agrippa I*r. du nom, qui la maria à Hérode, roi de Chalcide , son frère. La IHe. faute est de citer Strabon pour la prétendue fille d'Hérode l’Ascalonite : c’est n’avoir point su qu'il n’a parlé que de la fille de Salomé. Cette fille fait un article à part dans Charles Étienne, ce qui montre qu’il n’a point pris l’une pour l’autre, mais qu'il s’est figuré deux personnes très - distinctes ; et cela pourrait passer pour une [V®. faute.

BERGAME (Jacoues-Puicippe pe), religieux augustin, naquit à Bergame , l’an 1434. Il composa en latin une Chronique depuis la création du monde jusqu’à l'année 1503 (A),etun 7raité des Femmes illustres *. 1] était d’une famille tres-considérable (B) , et ilse fit moine l’an 1451 (C). Il avait une dévotion parti-

* Ce traité des Femmes illustres est intitulé : de Plurimis claris selectisque mulieribus, Ferrare. 1497, in-folio; réimprimé dans leRecueil de J, Ravisius Textor, ayant pour ütre : De Memorabilibus et claris mulieribus aliquot diversorum Scriplorum opera, Paris, 1521 , in-folio. On y trouve sur la papesse Jeanne un article qui fait rechercher ce livre par les curieux. Pour leur épargner des recherches, David Clément en rapporte un passage dans le tom. 11E, pag. 174 de sa Bibliothéque curieuse. C'est à tort que Niceron intitule l'ouvrage de J. de Bergame :

Traité des Femmes:illusires chrétiennes.

Bayle avait commis cette faute dans l’édition de 1702,.et on la lui reproche dans le tome I°"., pag. 202 des Mémoires de littérature : de Sallengre :. La faute a , comme-on voit, élé corrigée d’après cette critique, par P, Marchand, si ce n’est pas Bayle lui-même qui l’a aperçue et fait disparaître.

culière pour Nicolas Tollentin * ; par l’intercession duquel il crut avoir été guéri de la peste l’an 1474 (a). Il mourut à Bergame lan 1518, dans le couvent de son ordre. Îl en avait été prieur, et il l’avait fait réparer à trèsgrands frais (bd). Consultez le Dictionnaire de Moréri sous le mot Forrsra. Ce que vous Y trouverez de fautif se pourra rectifier par un parallèle avec cet article.

*.« Il faut de Tolentin, dit Leclerc, » autrement on croira que Tollentin est un » nom propre »

(a) Voyez sa Chronique à l'an 1446, folio

(b) Tiré de Phil. Elssius ir Encomiast.

Augustin, pag. 314, 315.

(A) Z! composa en latin une Chronique depuis le commencement du monde jusqu'a l’année 1503.1 Vossius observe que la première édition est de Bresce, et qu’elle finit à l'an 1485, et non pas à l’an 1436 , comme Possevim l'assure (1). Beliarmin a commis la même faute (2). La seconde édition est de Venise, et s'étend jusqu’à l’anmée 1503. Vossius dit que l’auteur marque àla fin du livre qu'il avait alors soixante-neufans. On réimprima cet onvrage à Paris, l'an 1535 , avec une continuation jusqu’à ce temps-là.

On en donna une bada chi italienne à Venise, lan 1540, in-folio. Elle contient des additions à l'ouvrage du premier compilateur, jusqu’à l’année 1539. Celui qui a fait ces additions était de Milan, et se nommait Bernardino Bindoni. Je crois que Jacques Philippe de Bergame continua à travailler depuis lan 1503, et qu'une partie de ce qui suit est de lui; mais on a négligé de marquer dans cette version italienne où commencent les additions qui viennent d'une autre main. Je n’y ai pas trouvé à la fin de l'an 1503, que l’auteur dise touchant son âge ce que Vossius rapporte *.

(a) Vossius, de Historicis latinis, Lib, III, cap. XI, pag. 66».

(2) Bellarm., de Script. eccles., pag. 4xr.

*X C'esta la fin de la version italienne que Bayle dit ne pas avoir trouvé l'âge de-J. de Ber-

Cette Chronique est assez bonne, et surtout à l'égard des siècles voisins de l’auteur. Il à eu soin de marquer les hommes illustres qui ont vécu dans chaque siécle , et il dit touchant les modernes d’assez bonnes particularités. Gesner , en 1544, ne conpaissait aucune édition de ce livrelà (3). La

(B) Z{ éïait d'une famille trés-constdérable. 3 C'était celle des Foresti.

Matthieu de Bergamo , qui était de cette noble famille, et un très-savant jurisconsulte , obtint de l’empereur Louis de Bavière plusieurs très-beaux priviléges , tant pour lui que pour sa postérité. Il fut créé comte palatin, avec le droit d’instituer des notaires, des docteurs, des chevaliers et des juges par toute l'Italie, et de légitimer des bâtards , etc. La liste de tous ces priviléges se trouve dans la Chronique de notre auteur (4). Ils ont été confirmés par tous les seigneurs qui ont possédé Bergame. Les lettres patentes de cette concession de Louis de Baviére, furent datées à Trente, le 20 de janvier 1330 (5

ne) 1 se fit moine l'an 1451.] Il assure dans un endroit de sa Chronique, selon Vossius, que Jean Rochus * le fit entrer dans son couvent , avec quelques autres jeunes hommes , l'an 1451; mais je trouve dans la version italienne de cette Chronique que ce fut Jean de Novare, supérieur des augustins de Bergame, qui lPassocia à son ordre le 1°, de mai 1451. I avait parlé de Jean Roco, réformateur des augustins et leur général, qui mourut à Mantoue, lan 1461, à l’âge de soixante et dix ans. Immédiatement après, il parle de Jean de Novare, qui avait fort secondé Jean Koco dans l'ouvrage de la réformation de l’ordre, et qui lui succéda à la dignité de prieur du couvent de Créme ; en suite de quoi il fut promu à Ja même charge dans le couvent de Bergame. C’est à ceux qui ont l’édi-

game. Leclerc assure que le témoignage de Vossius est cependant véritable : ce qu'il dit se trouvant dans l'édition de 1506 qu'il a citée.

(3) Gesneri Biblioth., folio 360 verso.

(4) Phil. Bergom. Chronica, folio 249, ad ann. x330.

(5) Idem, ibid.

* Ce me fut pas Jean Rochus, comme le remarque Leclerc. L'auteur lui-même dit que ce fut Jean de Novare.

BERGIER

tion latine dont Vossius s’est servi , à examiner sil s’est trompé. L’italienne, dont je me sers, a été faite sur lédition de Paris, corrigée de plusieurs fautes.

= BERGIER ( Nicoras ) naquit à Reims, en 1559*. Il yétudia dans la nouvelle université que le. cardinal de Lorraine venait d’y établir, et il y régenta aussi pendant quelques années. Il passa du collége chez le comte de Saint-Soupplet, grand bailli de la province , pour être précepteur de ses enfans , et il embrassa ensuite la profession d’avocat, où 1l se rendit fort habile, Les habitans de la ville de Reims, qui connaissaient son mérite et sa capacité , le firent leur syndic,

et le députerent souvent à Paris,

pour les affaires de la ville. Cela le fit connaître de plusieurs savans, et entre autres de MM.

Peiresc et du Puy, à qui il communiqua le dessein de son livre

des Grands Chemins de l’em-

pire , et qui lencouragèerent beaucoup à l’exécuter. M. Pei-

resc lui communiqua pour ce sujet la carte de Peutinger (a).

Mais de tous les amis et de tous

les protecteurs que ses bonnes

quahtés lui attirerent, le principal et le plus illustre fut M.

Nicolas de Bellièvre , président à mortier au parlement de Paris, qui lui procura un brevet d’historiographe, avec deux cents écus de pension, et le voulut avoir Chez lui, où il le garda jusqu’à sa mort. Il mourut le 15 septembre 1623, dans le chàäteau de Grignon , appartenant à

x Il'estnéen 1567. Voyez la Biographie universelle, au mot BERGYER.

(a) Foyer Gassendi , dans la Vie de Peirest,

BÉRIGARDUS.

M. de Bellievre. On peut voir au commencement de l'Histoire de Reims, imprimée en 1629 , l’épitaphe que fit cet illustre president à la mémoire de son ami (b). Je parlerai ci-dessous des ouvrages de Bergier (A). Voyez aussi à la fin de ce Dictionnaire * la Dissertation sur le Jour, re-

marque (B).

(b) Mémoire communiqué par M. Oudinet, garde du cabinet des médailles du roi Louis XIV. Je le donne tout tel que je l'ai reçu.

* Tom. XV dela présente édition.

(À) Je parlerai... des ouvrages de Bergier.] Outre l'Histoire des grands chemins, nous avons de lui Le Bouquet royal, qui est une relation du sacre de Louis XIII , imprimée à Reims, Van 1637 *; un Traité de point du jour, imprimé à Reims en 1629, et qui l'avait été à Paris dès l’année 1617, sous le titre d'Ærchemeron (1) ; le Dessein de l'Histoire de Reims, imprimé en 1637. Il composa la fie de saint Albert, avec l'histoire de la translation de son corps de Reims à Bruxelles, qui se fit en 1612, à la réquisition de l’archiduc Aibert. Il recut pour récompense de cet ouvrage une chaîne d’or , que ce prince lui envoya ; mais ouvrage n’a point été imprimé, et le manuscrit est entre les mains des héritiers de l’auteur, avec quelques autres cahiers écrits de sa main de l’'Excellence des bonnes Lettres de l’antiguité, et de l'Excellence de la Poésie et de la Musique spéculative (2) *?.

*1 La Relation a été , dit Leclerc, imprimée en 1635 et non 1637.

(x) Consultez notre Dissertation sur le Jour, tome XV, et surtout à la remarque (B).

(2) Tiré d'un Mémoire comununiqué par M. Oundinet.

#2 Joly parle da manuserit sur la musique spéculalive comme d’une omission de Bayle.

BÉRIGARDUS (CLaupe) . lun des plus subtils philosophes du XVII. siècle, était de Moulins *, Il s’acquit une telle répu-

* Chaufepié d'après Niceron dit que son nom français état Beauregard, Né à

tation dans l’université de Paris, que le grand-duc de Florence l’attira à celle de Pise (a). Il y enseigna la philosophie pendant douze ans (b), apres quoi on l’ap= pela à Padoue, pour la même profession. Il l’exerçait glorieusement, lorsqu’en 1643 :l fit imprimer à Udine un ouvrage qui déplaît beaucoup à plusieurs théologiens (A). Cependant il est muni de l’approbation

du saint-office. Il en avait publié

un autre à Florence, l'an 1632 (c). Sa taille douce . au-devant du livre imprimé l'an 1643, lui donne cinquante et un ans; mais on n’y marque point l’année du siecle.

Moulins, le 15 août 1578 de Pierre Guillermet sieur de Beauregard ; il mourut à Pa-

doue en 1663.

(a) Voyez la préface de son Circulus pisanus, lib. VIII Physic. Aristot.

(b) Voyez sa première épitre dédicatoire.

(c) Intitulé Dubitationes Gal. Galilæi Lyncei. L

(À) il fit... un ouvrage qui déplaït beaucoup à plusieurs théologiens.] IL a pour titre : Circulus Pisanus. Voici le jugement qu’en a fait un archidiacre de Cantorbéri. ÆAunc ( Cæsalpinum ) eddem impietatis vié et ratione non modo secutus est, sed superavit Claudius Berigardus Molinensis, qui unà cum impid Aristotelis disciplind obsoletam istam quoque veterum Loficorum ( quemadmodum de is ipse censuit ac alii plerique censuerunt ) revocavit; cum enim disputationes suas dialogorum consuetudine perscripsit , sermonem in duas personas Charilaum et Aristœum distribuit, quorum alter Aristotelem, quipræter maleriam, quendam primum molorem, providentiæ tamen exper-tem posuit, alter antiquos istos defendit , quos omnia corporea esse vel.

le, nullumque primuin motorenr ab universo corporeo distinxisse puiavit.

Aique aded uno eodemque opere diversas cum Epicureæ tm peripaleticæ impietatis raliones adornavit, quan-

quam Aristotelis disciplinam fusius

et ardentiüs excoluit, atque eam potissimüm quam libro Physicorum octavo , librisque de Cœlo et rerum Generatione tradidit , quibus universam mundi fabricam sine providenti& architectricè extruxisse se putat philosophus. ÎVeque nefaria sua dogmata dispersè uno aut altero capite ( ut Cæsalpinus ) insinuavit, sed aperté omnem peripatelicæ impielatis rationem seculus est, neque nUMmUnIsS providentiam ut ille à rerum natur& tollere satis habuit, nisi et salsè dictis ( qualia vir non admodum facetus potuit ) increparet (1)... Hunc autem sicut et Cæsalpinum , quanquam mul- 10 uberis rem tractavit, et quidem integrum peripateticæ impietatis Systema descripsit, hoc loco redarguere operæ pretium non existimo, quôd in uno Aristotele vincantur qui ab eo steterunt omnes (2). M. de Villemandy , ministre francais (3), se conforme à ce jugement ; car 1l considère Bérigardus comme un grand fauteur du pyrrhonisme , et comine un propagateur de l’impiété : f’estigüs ejus (Pomponati }) institit Berigardus in Circulis Pisanis sub sæculi hujus initium.

Quanta ab his, nonnullisque aliis ejusdem ordinis doctoribus, malorum seges in scientiis , societate civili, et religione luxuriärit, nérunt eruditi {4). 1 s'explique plus fortement en un autre lieu, {psorum quidem dubitationes , contendendique pruritus, ed uUSque non evasantiur , ut vel divinam providentiam , vel etiam existentiam , aperlè summoveant ; ila tamen procedunt eorum nonnulli, ut summovere velle videantur : utcunque sit, suspecta est admodüm eorum religio ac

fides. Cum , ex. g. Claudius'Berigar-

‘dus, in Circulis suis Pisanis, res om-

nes physicas, imd et divinas plerasque , ex principuüs Aristotelis ita declarat et astruit, ut easdem illas ex oppositis Anaximandri hypothesibus, purum atheismum redolentibus, con-

(1) Samuel Parkerus, Disputat. de Deo et Providentiä divin , pag. 67.

(2) Samuel Parkerus, Disp. de Deo, etc., pag. 68.

(3) IL était professeur en philosophie à Saumur lors de la révocation de l'édit de Nantes ; et depuis, il a été recteur du collése Walon à Leyde.

(4) Petrus de Villemandy, in Scepticismo debellato , pag. 1x.

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