‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 65 sur 109 · TOME li · texte numérisé non relu

TOME li

Lubin se sert d’une plaisante manière de raisonner. Après avoir dit qu'Hérode Agrippa était frère de Bérénice, il prouve que l'amour de cet Agrippa pour Bérénice était un inceste, par la raison que Bérénice avait été mariée avec son oncle Hérode. Æerodes ÆAgrippa dedit incestæ suæ sorori Berenicæ, cum qu incestum commiseral, UT POTE quæ antè nupta erat patruo suo Herodi. Noldius, qui a vu deux fautes dans ce F’ariorum , et qui les a mises sur le compte de Schrévélius le compilateur de ce Commentaire (31), n’a point remarqué celle-ci.

(H) Voici quelques fautes de M. Moréri.] La ire. Bérénice dont il parle est la mère de Ptolomée Philadelphe , roi d'Egypte : ce qu’il en dit ne se trouve point dans l’auteur qu’il cite (32). La 11e, est fille de Ptolomée Philadeiphe , et femme de Ptolomée :

Evergètes ; il cite Elien et Justin, qui ne disent pas ce qu’il raconte. Il fallait citer Hygin (33), qui rapporte ce qui concerne la chevelure de cette reine. Pour ce qui est du temple de Bérénice la Gardienne , Javoue que je n’ai pu déterrer la source; ainsi je n’oserais aflirmer que M. Moréri avance là quelque fausseté. Jai bien des soupcons contre cela. Il aurait dû se souvenir que dans l’article d’A4rsinoé, fille d’Antiochus Soter, il avait dit que Bérénice, femme de Ptolomée Évergètes, était fille de Magus (34), roi de Cirène, et frère de Ptolomée Philadelphe, et par conséquent oncle de Ptolomée Évergètes. Alors Bérénice, femme de Ptolomée Evergètes , n’était que sa cousine germaine; présentement, c’est sa propre sœur. Chacun voit combien ces variations brouillent la tête aux lecteurs, et les devraient dégoûter de l'étude d’un dictionnaire. li faudrait leur débrouiller ces chaos, en marquant qui sont ceux qui racontent les choses

(31) Noldius, de Vità et Gestis Herodum, pag 411, 42. Ha

(32) I cite Appien : il eût mieux fait de citer Pausanias , Lib. T, pag. 6. PAR LUN

(23) Astronom. , 46. TT, cap. XXIW.

(84) Il fallait dire Magas : il était roi de Cyrène, et, il est vrai, selon Justin , iv. XXVI, chap. IIT, qu'il maria Bérénice sa fille unique au fil: de son frère; je veux dire a Ptolomée surnommé Evergètes. Ce Magas étai fils d'un Macédonien de petile condition, et de Bérénice qui fut depuis femme de Piolomée Lagus. Pau sanias, Lh. I, pag, 6.

d’une facon, et qui sont ceux qui les racontent d’une autre. La IIIe. Bérénice , selon M: Moréri, est sœur de la ile., et femme d’Antiochus Soter, roi de Syrie. Il fallait dire Æniiochus Theüs, et non pas Antiochus Soter ; celui-là était fils de celui-ci, et fut matié avec une fille de Ptolomée Philadelphe , nommée Bérénice (35). La IVe. est fille de Ptolomée Aulètes.

J'en ai fait un article : voyez-en les remarques. La V£. est Bérénice , sœur d'Agrippa H du nom. Ce que dit M. Moréri, que cette princesse était avec son frère Agrippa en 55 , lorsque saint Paul plaida sa cause à leur présence, et à celle des proconsuls Félix et Pontius (36) Festus, suppose que ces deux proconsuls commandaient dans la Judée en même temps ; et cela est faux (37). 11 ne fallait point citer Strabon ; car ce qu’il dit se rapporte à une autre Bérénice, que M. Moréri a oubliée : c’est l’aieule de la maîtresse de Titus.

M) ..... de M. Hofman, de Charles Etienne , etc, ] La le. faute de M. Hormax est d'assurer que la Bérénice dont Juvénal fait mention , était fille d’'Hérode l’Ascalonite (38) , et femme de son frère Agrippa. C’est un double ou triple mensonge pour le moins ; car cet Hérode n’a point eu de fille qui s’appelât Bérénice , ni de fils qui s'appelât Agrippa. Celle dont parle Juvénal, était fille du premier Agrippa , et ne fut jamais mariée avec son frère Agrippa second du nom : on crut seulement qu’elle eut avec lui un commerce incesjueux.

Saint Chrysostome s’est trompé , ou a parlé figurément, lorsqu'il l’a nommée la femme d’Agrippa (39). La Ile.

faute est de dire, que la Bérénice que Titus aima est différente de celle dont Juvénal fait mention. Hofman les fait différentes, puisqu'il traite dans un article à part de celle qui fut maîtresse de Titus. HI. Il n’est pas vrai que la Bérénice de Juvénal ait fait un voyage à Jérusalem la tête rasée et

(35) Forez Justin., lib. LXVII, cap. I.

(36) TL fallait dire Poruus.

(35) Voyez les Actes des Apôtres, XXIP. , vs. 28.

(38) C’est le méme que le grand Hérode , qui fit mourir les enfans de Bethléhem.

(39) Chrysostom. apud Cornel. à Lapide im Act. XXV , vs. 3, citatum à Noldio de Vità et Gestis Herod., pag. 404.

chap.

LD

BÉRÉNICE

les pieds nuds. Il fallait dire que, pour accomplir un vœu , elle s’en alla à Jérusalem , et y observa les cérémonies en tels cas requises : c’est qu’avant que d'offrir des sacrifices, on faisait des prières pendant trente Jours, on se faisait raser la tête , et on s’abstenait du vin. Voilà tout ce que Josephe nous apprend de ce voyage de Bérénice (40). 11 est vrai qu’il remarque qu'elle alla à l'audience du gouverneur à pieds nuds; mais ce n’est point ce qu’on appelle un voyage de Jérusalem. IV€. À quoi bon citer les chapitres XXV et XXVI du livre des Actes, et le XVIe. livre de Strabon, immédiatement après avoir dit

que Bérénice alla à Jérusalem la tête

rasée et les pieds nuds? Est-il parlé de cela au livre des Actes? Et Strabon né parle-t-il pas d’une Bérénice qui était l’aïeule de celle-ci ? Lioyp a comrais la 1re, et la IIIe. faute de M. Hofman ; et c’est de lui que ce dernier les a copiées. .

Cartes ÉTIENNE falsifie le témoignage de Pline : il lui attribue d’avoir dit que Ptolomée Philadelphe bâtit une belle ville sur la mer Rouge, et Ja nomma Bérénice, du nom de sa mère. Pline dit seulement que cette ville portait le nom de la mère de Pto- Jomée Philadelphe. Berenice oppidum matris Philadelphi nomine (41). Cela me faitsou venir d’une faute de M. Hofman, que j'avais laissée à quartier :

il fait dire à Pline que cette Bérénice donna son nom à une ville qu’elle fit bâur. Voilà pour ce qui regarde la Jre, faute de Charles Etienne. La Ie.

est d’avoir dit qu’il y a eu une Bérénice fille d’'Hérode l’Ascalonite, laquelle se maria avec Agrippa son frère. Nous avons déjà trouvé cette faute dans Lloyd et dans Hofman :

c’est de Charles Étienne que Lloyd l’a prise. Quelqu'un me dira peut-être :

« Vous entendez mal ces paroles : Be- » renice, Herodis Ascalontæ filia, » quæ nupsit eliam Agrippæ fratre » (42). Vous les expliquez comme si » elles voulaient dire que Bérénice » épousa son propre frere ; et il faut » entendre qu’elle fut mariée avec le » frère d’Agrippa; et c'est aussi le

(4o) Joseph., dé Bello judaïco, Lb. II, cap.

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