BÉRULLE
une autre réformation de la version de Genève , il ne veut sans doute marquer que la date de l'impression :
il ne prétend pas que tout ce travail ait été fait l’an 1588. On sait assezque ces sortes de révisions durent ordinairement plusieurs années, Ainsi Bertram a pu être le principal directeur de celle-là, quoiqu’elle n’ait vu le jour que long-temps après qu’il fut sorti de Genève. J'ajoute qu’il fut en particulier l’auteur des figures de cette Bible , et de leur explication (5).
C’est donc de lui qu’il faut entendre ces paroles de la préface qui fut mise au-devant de cette Bible : Vous avons aussi ajouté certaines figures, mais à la fin et hors du corps de l'ouvrage, qui pourront servir à l'intelligence de cerlains passages, en quoi a particulièrement travaillé un docte personnage de notre compagnie grandement versé en la langue hébraïque , et en La lecture du Vieux Testament. M. Colomiés les a appliquées à notre Bertram (6).
(5) Teissier, Addit. aux Éloges de M. de TFhoù , tom. IT, pag. 202.
(6) Colomesius, in Galliä orientali, pag. 73.
BÉRULLE (PIERRE DE), cardinal et fondateur des pères de :lOratoire en France, naquit le 4 de février 1595, et mourut le 2 d’octobre 1629 (a). Vous trouverez beaucoup de choses sur son chapitre dans le Dictionuaire de Moréri, et dans les Hommesillustres de M. Perrault; mais vous n’y trouverez pas qu'il fut exposé à la satire des carme (A), qui s’efforcerent de le décrier comme un très-malhonnète homme; ni qu’il s’opposa au dessein que le cardinal de Richelieu avait formé d’abaisser la maison d'Autriche (B); ni qu'on voulut faire accroire qu’il * était mort de poison (C). Ce que je dirai de l’édition de ses œuvres rectifiera une négligence
(a) Perrault , Hommes illust., Z'°. part., Pas. 30, 34.
de M. Moréri (D). Je réfuterai aussi une faute de M. Perrault (E). Le cardinal de Bérulle avait un frere conseiller d’état , et dont Jun des petits-fils à été maître des requêtes, intendant à Lyon, et puis premier. président au parlement de Grenoble (à). Le frère de celui-ci se nom— mait l’abbé de Bérulle, et fut maître des requêtes, et prieur de Saint-Romain du Puy, aupres de Lyon, et mourut sur la fin du mois de juin 1704 (c).
(b) Mercure Galant de
pag. 99. | (c) Là méme , pag. 100.
Juillet 1504,
(A) Il fut exposé à la satire des carmes, | Voici ce que j'ai lu dans un livre de l’évêque de Bellei (1). « M. de » Bérulle, encore supérieur de l’ora- » toire... avait été fait supérieur » par délégation et commission du » pape, de certaines moniales de » grande piété et édification (2), qu’il » avait amenées d’Espagne et intro- » duites en France. Les moines du » même ordre, voulant en avoir: la » direction, remuérent ciel et terre » à Rome et en France. Et ne pouvant » venir à bout de leurs intentions » (parce qu’en cour de Rome ils ont » en horreur la conduite des moniales » par des moines, pour des raisons » que l'expérience fait assez connaf- » tre, ) ils se mirent à faire des H- » belles diffamatoires, où ils l’appel-
wlent anti-pape , huguenot couvert, Br , libertin ;- bref, ils vomis-
sent tout ce que la passion peut » écumer de plus odieux. Ils accu- » sent ses mœurs, censurent sa doc- » trine ; que ne font-ils pour noircir » sa réputation ! A la fin, ces contra- » dictions par une providence admi- » rable de Dieu, qui sait tirer le bien » du mal, et la lumière des ténébres, » ont fait naître ces excellens ou- » vrages de l’État et des Grandeurs » de Jésus , et celui de sa Vie , qui » jetèrent tout le soleil dans les yeux
(x) L’Anti-Basilic, pour réponse à l’Anti-Camus, pag. 141.
(2) C'est-a-dire , des carmelites.
» de ses adversaires , et les rendirent » muets comme des poissons.» Quelques-uns d’eux arrivérent à tel degré d'outrecuidance et d'aveuglement, de soutenir que le pape ne pouvait donner le gouvernement des
moniales à d'autres qu'aux moines de
leur méme ordre(3).
Il y a parmi les œuvres du cardinal de Béruile un narré de la querelle qui lui fut faite par les carmes. Leur prétexte fut un certain mémorial qu’il avait dressé pour servir de formulaire à une nouvelle sorte de vœu (4).
C'était un vœu de servitude à Jésus- Christ et à la Vierge. Cet auteur ne répondit point à leurs écrits : mais il composa un Discours de l’état et des grandeurs de Jésus, pour faire l’apologie du mémorial. Au lieu de réplique et de repartie, dit-il (5), après dix ans de patience et de silence; après trois ans dé tempêtes et orages suscités en France et en Ltalie, par des esprits nés à cet exercice; avec plusieurs calomnies et six libelles injurieux et diffamatoires soigneusement espandus et méme aux provinces étrangéres ; je produis ce discours en évidence, et le produis , non pas pour parler de leurs personnes, de leurs desseins , de leur conduite ; mais, pour parler de Jésus.
(B) Il s’opposa au dessein... d’abaisser la maison d’Auiriche.] I fut secondé par Marillac , garde des sceaux , et par quelques autres gens du conseil secret de Marie de Médicis (6). Les raisons qu’ils alléguerent , pour empêcher qu’on ne secourût le . duc de Mantoue, se trouvent dans M. le Vassor (7), qui ajoute « Bérul- » le , homme d'état à révélations, » repaissait de sa politique dévot » il la débitait au conseil de la reine* » mère, et l’appuyait des faux rai- » sonnemens que sa théologie mysti- » que, et son imagination naturel- » lement vive et féconde lui suggé- » raient en abondance. Le rde Les » sceaux l’écoutait comme un pro-
(3) L'Auti-Basilic, pour répondre à l’Anti- Camus, pag: 202.
) Ce Mémorial est dans les OEuvres du cardinal de Bérulle, pag. 278 et suiv., édit. de Paris, en 1657, in-folio.
(5) Bérulle, pag. 111 de ses OEuvres.
(6) Le Vassor, Histoire de Louis XII, tom.
VI, pag. 1.
(7) La même , pag. 2.