‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 74 sur 109 · TOME ii · texte numérisé non relu

TOME ii

donna une seconde édition dans la même ville, lan 1659, in-folio. Le père Bourgoing (17) les dédia à la reine régente Anne d'Autriche, et y ajouta une préface , qui n’est point, comme le prétend M. Moréri, un abrégé de la Wie du cardinal de Bérulle, mais plutôt l'éloge de sa dévotion, et l’idée générale de ses écrits.

(E) Je réfuteraiune faute de M. Perrault. | Il affirme que le cardinal de Bérulle, ayant conduit la princesse Henriette-Marie en Angleterre, s’y concilia l’amour et la bénération de tout le monde (18). Cependant voici ce qu’en trouve dans une lettre que ce cardinal écrivait à cette princesse, le 26 d'octobre 1625. 1! a pleu à M. le duc de Boukquingam faire J'aire de grandes plaintes au roy , par un sien confident , nommé M. de Gerbières , arrivé dix ou douze jours après MOY , que j'avois conspiré et attenté en Angleterre contre sa vie et sa

fortune (19).

(17) Moréri le nomme Bourgouin. Cela est blémable : il faut donner les noms propres sans altération.

RUE AUE Hommes illustres, tom. J, pag. 34.

(19) Œuvres de Bérulle, pag. S6x » édit. de Paris, en 1657.

BEVERNINGK (JÉRÔME) a été V'un des plus habiles hommes du XVII°. siecle pour ce qui regarde les ambassades , et les impor— tantes négociations. Il était originaire d’une maison noble de Prusse (A); mais il naquit à Tergou, dans la Hollande, le 25 d'avril 1614. Cette ville, qui se glorifie avec raison d’avoir produit un si grand homme, le vit au nombre de ses conseillers l’an 1645, et au nombre de ses bourgrestres l’an 1648. Elle le députa l’an 16,6 aux états de la province. Il y donna de si bonnes preuves de sa capacité, qu’on ne tarda gueëre à se servir de lui pour les affaires de conséquence, Les états de Hollande le déjutè-

rent avec M. de Brederode, l’an 1650 , aux états d'Utrecht, pour les prier de se trouver à l’assemblée extraordinaire des Provinces-Unies qui se devait tenir à la Haye. Les mêmes états de Hollande le députèrent en 1651, pour assister à cette grande assemblée des Provinces-Unies. La ville de Tergou le députaen 1653

à l’assemblée des états généraux.

Il fut envoyé la même année au protecteur et à la république d'Angleterre, en qualite de député extraordinaire : cette qualité fut changée l’année d’apres en celle d’'ambassadeur extraordinaire. Il conclut la paix entre la Hollande et l'Angleterre, le 28 d'avril 1654. Pendant le cours de cette ambassade, on lui conféra la charge de trésorier général des Provinces-Unies. Il la posséda jusqu’en 1665 , et il ne tint qu'à lui de la garder plus long-temps; car les états géné raux le prièrent de continuer à exercer cet emploi, et ne consentirent à la démission qu’il leur demandait, qu'après avoir vu que ni leurs raisons , n1 leurs prières n'étaient point persuasives. On lui donna un témoignage tres-avantageux que lon était parfaitement satisfait de sa conduite , et on lui marqua en particulier l’estime que l’on avait pour sa personne (a). Il avait eu le bonheur, l’an 1659, de contribuer avec d’autres députés à la cessation des différens qui s'étaient élevés dans la province de Groningue. On peut dire que cette sorte de bonheur était attache à son étoile, et cela paraît (a) Ce fut par Le présent d’une coupe d’or émaillé, que le conseil d'état lui fit.

BEVERNINGK. -

par le grand nombre de traités de paix ou d’alliance qu’il a conclus (B). 11 fut envoyé deux fois à Clèves l'an 1666. La première fois , 1l conclut une alliance tresétroite avec son altesse électorale de Brandebourg (b): la seconde, il conclut la paix avec l’évêque de Munster(c). L’année suivante, revêtu du caractere d’ambassadeur , il conclut avec l’Angleterre le traité de paix de Breda (d). Il fut envoyé l'an 1668 en qualité d’ambassadeur extraordinaire à Aix-la-Chapelle, pour le traité de paix entre la France et l'Espagne; et ce traité fut conclu le 2 de mai. On le nomma en 1668, pour aller avec le prince Maurice de Nassau sous la qualité d’ambassadeur extraordinaire vers l’empereur; mais les états généraux se raviserent à l’égard de cette ambassade. Les états de Hollande donnerent des marques à M. de Beverningk de leur considération pour ses importans services (e). Il alla à la cour d'Espagne, l’an 1651, en qualité d’ambassadeur extraordinaire, pour disposer sa majesté catholique à mettre en négociation ses différens avec la France:et 1l réussit à la satisfaction de ses maîtres. Il suivit eu 1652 M. le prince d'Orange à l’armée comme député des états. Après cela, il se voulut donner du repos: il crut qu'il se devait contenter de la gloire qu'il avait ac quise , et qu'il s'était acquitté de tout ce qu'un bon sujet doit à sa patrie; mais on avait trop de

(b) Le 16 dé féfbicr 1666.

(c) Ze 19 d’avril 16606...

(d Le 31 juillet 1667.

(e) Ils lui firent présent d’un beau service de vaisselle d'argent.

BEVERNINGK.

besoin de ses talens, pour le laisser jouir de la retraite où il voulait vivre. Les instances redoublées des états ét de M. le prince d'Orange l’obligerent en 1673 à s'engager à l’une des plus importantes négociations qui se fussent encore présentées. Je parle des conférences de Cologne.

On avait d’abord choisi la ville d’Aix-la-Chapelle, pour y négocier la paix entre les princes qui étaient alors en guerre; mais Von trouva plus à propos d’aller à Cologne. M. de Beverningk y parut avec le caractere d’ambassadeur extraordinaire. L’enlévement du prince de Furstemberg eut tout l'effet que l’on avait attendu de ce coup hardi; savoir la rupture des conférences par rapport à la France. On ne laissa pas de négocier avec les alliés de cette couronne ; et on le fit avec toute sorte de succes ; car M. de Beverningk ramena dans lalliance des états généraux l’électeur de Cologne, et l’évêque de Munster (f). Il fut fait curateur de l'académie de Leyde, l’an 1673.

C’est une charge qui ne se donne ordinairement qu’à ceux qui ont servi la patrie dans de grands emplois. Lorsqu'il crut jouir du repos qu’il cherchait depuis longtemps , il se vit plongé dans la plus pénible de toutes les négociations : on le sollicita siinstamment d’aller à Nimegue comme ambassadeur plénipotentiaire de la république pour la paix générale, qu’apres s’en être excusé plus d’une fois, il ne put refuser

(S) Le traité de paix avec l’évéque de Munster, fut signé le 22 d’avril 1674, et celui avec l'électeur de Cologne, le xx de Mai suivant,

cette importante et labdriéuse commission. On ne saurait dire les obstacles qu’il lui fallut vaincre : une adresse , une expérience moins consommée que la sienne n’en $Seraient jamais venues à bout; car, excepté les ambassadeurs de France, presque tous les autres travaillaieut incomparablement plus à éloigner le traité de paix, qu’à l’avancer. Néanmoins , depuis la prise de Gand, il semblait que la paix était devenue pour le moins un mal nécessaire à la Hollande, et les peuples comprenaient si bien les suites funestes que là prise de cette place pouvait avoir, qu’ils souhaitaient ardemment la fin de la guerre. M. de Beverningk eut ordre d’aller trouver le roi de France à son camp de Wetteren g),et on ne douta plus, après la réception qui lui fut faite (C), que la paix ne se conclût.

Elle fut en effet signée le 1 0 d’août 1678 entre la France et la Hollande; après quoi, M. de Beverningk servit efficacement de médiateur pour faire conclure celle de la France avec l'Espagne le 11 septembre de la même année, I conclut aussi un traité de paix et de commerce entre la Suede et les états généraux le 12 d’octobre 1679. Ce fut apres tant de glorieuses et tant d’heureuses négociations ; qu'il goûta enfin la vie tranquille qu'il avait tant souhaitée. Il se retira dans uné belle seigneurie qu’il avait à uné petite lieue de Leyde (}), où il s’occupa principalement à la culture de toutes sortes de plantes qu'il faisait venir de tous les en-

(g) Il y arriva le 30 mai 1678.

(h) Elle 4 nom Oud-Teilingen.

386 / droits du monde. Mais cette agréableetinnocente occupation, si semblable à celle que de grands princes ont fait succéder aux triomphes et au gouvernement de l'état, ne l’empêchait point de travailler pour la république des lettres. 11 remplissait avec beaucoup de vigilance sa fonction de curateur de l’académie. Il sentit les commencemens de sa dernière maladie peu après avoir passé une matinée à voir les manuscrits de la fameuse bibliothé— que d’Isâc Vossius, qui ayait été achetée depuis peu pour l’université de Hollande (z). Il ne fut pas plus tôt remonté dans son car-

rosse, qu'il frissonna. Ce furent

les commencemens d’une fievre qui devint plus forte de jour en jour, et qui l’emporta le 50 d’octobre 1690, à l’âge de soixanteseize ans. Madame sa femme lui a survécu ( k) : il n’en eut jamais d’enfans; de sorte que, comme il était fils unique, il ne reste personne qui porte son nom en ce pays-ci. Il fut enterré à Tergou, dans une chapelle de marbre qu'il avait fait faire. Messieurs ses parens y ont fait graver son épitaphe sur une pierre de touche. C’est une fort belle inscription : on la verra toute entüere dans les remarques (D). Elle contient en abrégé une vie qui pourrait remplir un juste volume; et si M. de Beverningk avait pris la peine de composer des mémoires touchant ses ambassades, ce serait un livre le plus instructif et le plus curieux que lon sau-

(à) C’est celle de Leyde.

(k) Elle naquit à Amsterdam, le 11 de mai 1655, et s'appelle Jeanne le Gillon.

Elle estoriginaire d’une famille noble de Picardie.

BEVERNINGK.

rait voir. [Il a toujours réussi dans ses négociations : c’est une gloire dont on ne trouve presque point d’exemple parmi ceux qui ont eu tant d’affaires publiques à manier. Il était laborieux et adroit, et ne se rebutait de rien (2). Les écrivains de France, et ceux de Hollande s’accordent à lui donner de grands éloges. J'en pourrais alléguer beaucoup de preuves ; mais il suflira de produire ce qu'ont dit de lui M. de

Wicquefort (E), et M. de Saint-

Didier (F). Pour ce qui est de M. Temple, il fait paraître un peu de chagrin de la signature de Nimègue, mais il ne laisse pas d’avouer que M. de Beverningk apaisa les murmures de ses ennemis (m). Il aurait pu dire que messieurs d'Amsterdam lui écrivirent une lettre trèes— obligeante , pour le remercier de la conclusion de la paix (n).

Ils l’assurerent qu’ils avaient travaillé fortement auprès des membres des états de Hollande, pour qu'il fût employé à cette négociation. Ils savaient bien qu'il fallait un homme tel que lui, pour la faire réussir. La ville où il était né lui témoigna en cette rencontre combien elle l’estimait. Messieurs. de Tergou lui firent présent de deux chenets d'argent l’année 1679 , en considération du dernier traité de paix, et pour d’autres services importans rendus à l’état et à la ville.

(1) Tiré de Mémoires venus et ramassés de bon lieu.

(7) Mémoires, pag. 417, édition de la Haye, en 1002.

(n) Elle est datée du 14 d'août 1678.

(A) LL était originaire d’une maison noble de Prusse, | Jean ne BEver-

BEVERNINGK.

minck, son aïeul, gentilhomme de Prusse , vint en Hollande l’au 1555, avec le comte de Hohenlo. Les états lui donnèrent une compagnie d’infanterie. Il devint ensuite lieutenant

énéral de Partillerie. Il épousa la lle de Dirck Loncq , bourgmestre de la ville de Tergou , et trésorier général de la province de Hollande. De ce mariage sortit Meccuior DE BEVERNINGK, capitaine d'infanterie au service des états généraux , et commandant aux châteaux d’Argenteau et de Dalem. 11 se maria avec Sibylle Standert , fille de Léonard Standert, écuyer , capitaine d'infanterie , et gouverneur de Knodsenbourg , visa-vis de Nimègue , et de Catherine Haussart, fille de François Haussart , chambellan de la reine de Hongrie.

Notre M. de Beverningk est sorti du

mariage de Melchior de Beverningk:

et de Sibylle Standert.

(B) Le bonheur de faire cesser les différens était attaché a son étoile : cela paraît par le grand nombre de traités de paix ou d'alliance qu'il a conclus. | Vous allez voir un passage qui, dans une longue parenthèse, nous commentera ceci. « M. Patius » (1) étant ambassadeur en Espagne, » et ayant conservé et augmenté, par » sa grande capacité, dans lesprit » de la reine et du conseil d'Espagne » les salutaires impressions que M. de » Beverningk ( homme né pour faire » Ja paix dans le monde, l'ayant don- » née du temps de Cromwel , et puis » après à Breda, aux Anglais et aux » Hollandais ; à Clèves, à l’évêque » de Munster ; à Aix-la-Chapelle , » aux Francais et Espagnols; et tout » nouvellement à Cologne, à lar- » chevêque de Cologne et à Pévé- » que de Munster, et n'ayant pas » peu contribué à la paix faite depuis » peu avec l'Angleterre, et qui pour » ce sujet pourrait porter avec Justice » le nom de pacifique ) leur avait » données pour s'opposer de bonne » heure, par des moyens justes et » eflicacieux , à l’ambition des Fran- » çais, Stoupe ne sait comment s’en » venger autrement qu’en le calom- » niant, et en l’accusant faussement » d'être arminien. C’est encore une

(:) IL fallait dire Paeis. C'est celui dont je parle dans la note (12) de l'article Saxncres, remarque (F).

» sotte crainte qu'il a pour M, Pa- » tius, qu’en cas qu’il vienne à pas- » ser par la Suisse, il n'en échappe » pas à fort bon marché Je m’assure » que si cela arrivait qu’il passât par » ce pays, messieurs les Suisses, tant » des cantons protestans, que des ca- » tholiques romains, le recevraient » avec leur civilité ordinaire, et avec » le respect dû à son caractère et à » son grand mérite, et qu’ils lui fe- » raient des remercîmens solennels » pour avoir tant contribué à la con- » servation de la religion, et pour la liberté de l’Europe. » Voilà ce qu’on trouve dans une Réponse qui fut faite aux Lettres de M. Stoupe sur la religion des Hollandais (2).

(C) IL alla trouver le roi de France, et l’on ne douta plus de la paix, après la réception qui lui fut faite. 7 Voyez la réponse que le roi de France fit à la lettre de messieurs les états généraux, et le mémoire qu'il fit Hvrer à M. de Beverningk avec la méme réponse. Tout y facilite l’avancement de la paix : le style en est doux et honnête, et l’on y fait bien des avances. Chacun s’en peut convaincre (3). Îl y eut dans cette ambassade une circonstance particulière qui n’est point connue , et qui mérite de l'être. Elle témoigne d’un côté la distinction avec laquelle le roi de France considérait la personne qui lui avait été envoyée ; et de l’autre, avec quels principes d'honneur et de désintéressement M. de Beverningk se conduisait. Lorsqu'il partit de Wetteren, le roi lui voulut faire présent de deux portraits de sa majesté enrichis de pierreries, qui valaient chacun environ huit mille francs. D’ordinaire, on ne donne pas deux portraits, mais un. Ï1 répondit à celui qui lui voulait donner ce présent de la part du roi, qu’il remerciait sa majesté de cet honneur; mais qu’il ne trouvait pas à propos de l’accepter. Il ne laissa pas de faire un présent au porteur des deux portraits, comme s'il les eût acceptés. La lettre du roi aux

(2) Cette Réponse a pour titre : la Véritable Religion des Hollandais, et fut imprimée à Amsterdam, en 1675, in-12. Woyez-en les pages 234 et 235.

(3) Tout cela est inséré dans la IIS. partie. du ÎT°. tome des Actes ct Mémoires des Négociations de la paix de Nimègue, pag. 407, édit, d'Amsterd. er 1680.

états porte que la conduite et la per-

sonne du sieur de Beverningk {ui ont

été trés-agréables.

(D) On verra son épitaphe toute.en-

tière dans les remarques. | La voici :

on observe la même situation des li

gnes qui est dans l'original.

Perillustris. ac generosus. vir

HIERONYMUS. VAN. BEVERNINGK.

Theilingæ. Toparcha Senator. Judex. Consul. Goudanus In, consessu. præpot: ord: gen: Assessor Idem. aliquoties. extra. ordin:

Communi. Belsicæ. Fœd : ærario. Præfectus Lycei. Batavorum. Curator.

In. Hispan: et. Fœd: Belg: finibus. regundis. Adjutor Legatus. Wilbelmo. 1IE. in. exercitu. datus Westmonasterium. Cliviam. II. Bredam Aquisgranum. Bruxellas. Madritum Coloniam. Agripp:‘Noviomagum Ad. Gall: item. Regem Wetteræ. Morinorum. castra habentem Cum. potestate. res. componendi. missus Ad. Cæsarem. vero. designatus. Orator.

Re. nisi. perfectà. nunquam. reversus.

De. maximi. prætereàa momenti. rebus, domi.

De. amicatiis. parandis Et. fœderibus. pangendis. forie À, Pairiæ, Patribus. passim Feliciter. consultus. et adhibitus Natus. Goudæ. xxv April. mpcxrv.

Mortuus Theilingæ. xxx. octob : Mpexc.

Satur. honorum Hoc. monumento. conditur Cum Optima. vitæ. fortunarum, que. socia Joanna. Le. Gillon Nata. Amst. x1, meji. MDCXXXV Mortua:

@ANATOA. TIANTEY. ODEIAOMEOA.

(E) Poicice qu'ont dit de lui M. de

Wicquefort..…….| « Hiérôme Bever- » ningk est sans doute un des pre- >» iniers hommes des Provinces-Unies » pour la négociation, La ville de

» Goude, qui d’ailleurs ne manque

» pas de grands sujets, l’a député » plus d’une fois aux assemblées des

» états de la provirice de Hollande,

» et aux colléges de la généralité, et

» ila toujours parfaitement bien ré-

» pondu à ce qu'on pouvyait se pro- » mettre de son habileté, Ce fut lui » qui, en l’an 1654, fit, avec Olivier » Cromwel, le traité qui donna la » paix aux Provinces-Unies ; mais qui

» faillit à les jeter dans une guerre

» civile, à cause des intérêts du prin- » ce d'Orange qui , selon lavis de » quelques-uns,n’y avaient pasétébien » ménagés, La Hollande, en son par- » ticulier, fut tellement satisfaite du

BE VERNINGK.

» service qu’il lui renditen cette ren- » contre, qu'elle lui fit donner la » charge! de trésorier général, c’est- » àdire, de premier ministre des » Provinces-Unies. {1 n°y a point d’af- » faire si difficile qu'ii ne déméle » lorsqu'il s’y veut appliquer Si on

- » en veut des preuves, il ne faut que

» voir le traité qu'il fit conclure à » Clèves avec l’évêque de Munster , » en Pan 1666 : et il n’a pas moins » heureusement négocié à Madrid, » touchant les importans intérêts des

» provinces de Flandre. S'il n’a pas

» réussi à Cologne , il s’en faut pren- » dre à la mauvaise disposition des » esprits, et à la méchante conjonc- » ture des affaires, plutôt qu’à sa ma- » nière d'agir, qui s’est toujours sou- » tenue avec la même force. Aussi

» lui a-t-on confié toute la négocia- :

» tion qui s’est faite à Nimègue ; et » c’est lui que les états ont choisi » pour l’aller achever avec le roi très- » chrétien auprès de Gand. I] se trou- » ve rebuté des emplois : de sorte » qu'au lieu que les autres les cher- » chent, illes fuit; aimant mieux se » posséder dans sa solitude champé- » tre, que de nourrir le chagrin que » les affaires lui donnent, et qui bien » souvent ne lui est pas moins in- » commode qu’à ceux qui ont à né- » gocier avec lui. Pour faire le carac- » tère de M. de PBeverningk , il fau- » drait une autre plume que la mien- » ne, parce qu'à en bien examiner » toutes les parties, il se trouvera » que, sans une petite inégalité qui se » rencontre en son humeur, il n’y a » rien qui ne soit achevé (4). »

(F) …... et M. de Saini-Didier. | De tous les endroits où cet auteur parle de M. de Beverningk, je n’en choisirai que ces trois. « Le prompt re- » tour de M. de Beverningk, que cette

» nouvelle (5) fit partir dé chez lui

» pour se rendre en diligence à Ni- » mêgue, confirmait la conjecture » qu'on avait d’un accommodement » particulier de la Hollande avec la » France. Cet ambassadeur paraissait » siaffectionné aux véritables intérêts » de sa patrie , que, s’il y avait quel- » que négociation particulière à at- » tendre, ce ne pouvait être que par

(4) Wicquef., Traité de l'Ambassadeur , tom.

IT, pag. 443.

(5) Il entend celle de la bataille de Cassel,

Ph | y

BÉZANITES.

LA

ce moyen (6)... C’est un homme qui a lesprit vif, qui connaît le bien , et qui y va toujours par la voie la plus droite. Il est appliqué et laborieux. Il a été employé par » les états dans plusieurs ambassades, » et dans tous les traités qui se sont » faits depuis 1650 ; mais il aime la » retraite, et ce fut avec quelque sor- » te de chagrin qu’il quitta la maï- » sou de campagne qu'il a auprès de » Leyde, pour aller à Nimègue (7)...

» M. de Beverningk est un homme » qui n’est pas moins habile qu’expé- » ditif (8). »

(6) Histoire des Négociations de Nimègue, tom. TI, pag. 94, à l'an 1677.

(7) Là même, pag. 18.

(8) La même, tom. IT , pag. 29,

BÉZANITES, ou BÉZA- NIENS, secte imaginaire, qui n’a jamais subsisté que dans la tête de quelques faiseurs de catalogues d’hérétiques. On aurait lieu de s’étonner que des écrits aussi absurdes que le sont ces catalogues n’aient pas été supprimés des leur naissance par les personnes d'autorité : on aurait lieu , dis-je, de s’en étonner, si l’on ne savait que ces personnes d'autorité sont bien souvent les moins éclairées , et les plus persuadées de la mauvaise maxime, qu’on peut se servir tndifféremment , ou de la fraude , ou de la bravoure, contre l'ennemi ;

…sDolus an virtus quis in hoste requirat (a) ?

Ces personnes ne voyaient pas que ces catalogues, étant rem plis d’impertinences et de faussetés notoires , n'étaient pro— pres qu’à donner aux hérétiques un tres-grand mépris pour les écrivains du gros de l'arbre :

elles ne considéraient que le profit qui naîtrait de ce que les herétiques seraient crus divisés en mille sectes. Quoi qu’il en soit ,

(a) Virg. Æn., lib. Il. vs. 300.

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