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s’il faut en croire Pratéolus (b), il s’éleva une secte sous l'empire de Charles V, et sous le pontifi-cat de Jules TIT, environ l’an 1550 (c), laquelle on nomma les bézanites , ou les bézaniens, à cause de Théodore de Bèze. Toute la preuve qu'il en pourrait rapporter serait qu'on a lu cela dans un livre de Lindanus : car il est vrai que Lindanus le débite (d), mais sans citer qui que ce soit. Ce qu’il y a de fort sûr est qu'on ne hasarderait pas une maille, si l’on consignait cent millions pour être donnés à ceux qui pourraient prouver qu'il y à eu au XVI°. siecle quelques per sonnes qui , en qualité de disciples de Théodore de Bèze, ont fait secte à part. On peut faire le même défi à l'égard d’un tresgrand nombre d’autres sectes qui remplissent l'alphabet de Pratéolus. Peut-être que la principale cause, qui le porta à faire mention de la prétendue secte des bézanites , fut l’envie de donner pour ornement à son ouvrage les médisances que l’on publiait contre Théodore de Beze (A). Si,
au lieu de récompenser Linda.
nus, on l’avait châtié de ses mensonges (B), il n’eût pas été copié par tant de gens, dont sans doute le plus ridicule est un chartreux d’Allemagne (C).
(b) In Elencho hæreticorum, F’oce Bezañtæ, pag. 03.
(c) En ce temps-là, Bëze n'était point ministre, et n’était que professeur en langue grecque.
(4) Lindanus, Dubitantii dialoso IE, pag.
(A) Pratéolus n'a peut-étre parlé des bézaniens que pour ramasser les médisances que l'on publiaït contre Théodore de Bèze.] Ma conjecture paraïtra fort vraisemblable à tous ceux qui
prendront garde quePratéolus n’ayant eu que cinq ou six lignes à donner à ses prétendus bézanites, a rempli sept ou huit pages de tout ce qu’il a trouvé de plus flétrissant contre ce célebre ministre, dans les écrits de Lindanus, de Claude de Saintes et de Jean le Vieil. Il empoisonne même ce qu’il prend d’eux ; car il le rapporte infidèlement. Jen vais donner un exemple. Lindanus avait cité Pierre Viret, qui a dit que certains régens se plaisaient à répéter mille fois à leurs écoliers, que celui-là était heureux qui avait pu mettre sous ses peids la crainte même de la mort et des peines infernales. C’est un passage de Virgile. Festatur P. Viretus lib. 2 de minist. verbi esse quosdam ludimagistres ex illo Épicuri grege porcos, qui in scholis soleant suis sæpè schodasticis occinere illum veré beatum qui, ali est apud Virgilium ,
.….Metus omnes et inexorabile fatum
Subjecit pedibus, sirepitumque Acherontis ava-
« ni(x).
( Georg. IT, 497. )
Lindanus ajoute que Bèze s'était rendu suspect d’un semblable épicuréisme parmi les siens, comme ses confrères de Paris et d'Orléans le témoignent. Qu’a fait Pratéolus ? Il a soutenu que Lindanus dit que Théodore de Bèze , lorsqu'il était maître d'école, répétait souvent à ses écoliers ce passage de Virgile (2). N'est-ce point falsifier un auteur? Apréscela ,
indanus , qui jusque-là n’avait rien cité contre Théodore de Bèze , cite un certain Fabricius (3) ,-qui accuse ce ministre d’avoir vendu ses bénéfices , et d’aimer excessivement le sexe. Beneficia ecclesiastica..….. publicè venderet, et alienas uxores permoleret tam familiariter ut publicus matronarum haberetur maritus.Cela est bientôt dit ; mais où en sont les preuves ?
(B) Æu lieu de récompenser Lindanus, on devait le châtier de ses mensonges. | C’est un fait constant que Pratéolus a rangé selon l’ordre alphabétique un trés-grand nombre de sectes qui n’ont jamais existé, et qu’il n’a point eu d'autre garant que Lindanus. Un jésuite, nommé le père Gaultier, étala ces mêmes sectes dans
(3) Lindanus , Dubitantii dialogo II, p. 246.
(2) Prateol., in Elencho Hæretic., pag. 94.
(3) Mich. Fabricius pro Franc. Baldwno.
BÉZANITES.
sa Table Chronographique, fondé sur le témoignage de Pratéolus. Si ce n’est pas son unique auteur, c’est du moins la principale et la capitale de ses autorités. Cent auteurs ont parlé et parlent de ces mêmes sectes sur la foi de ce jésuite, Voyez l’immense et affreuse.
propagation du péché d’un seul écrivain, je veux dire de Lindanus. Et quand on songe que cet auteur, parvenu à un petit évêché, monta ensuite à un plus grand, et reçut à Rome de grands honneurs (4) ; et qu’entre tous les supérieurs auxquels il devait rendre compte de sa conduite, il ne s’en est pas trouvé un seul qui l’ait censuré de la hardiesse avec laquelle il s’était érigé en créateur d’une infinité de sectes (5); on ne s’étonne plus qu’il y ait tant de menteurs parmi ceux
qui se mêient de controverse. Si les.
supérieurs de Lindanus avaient exigé de lui As prouvât que certains disciples de Bèze, distincts de ceux de Calvin, et de ceux des autres réformateurs , avaient formé un corps petit ou grand qui se sépara des autres sectaires ; et si, faute d’en donner de bonnes preuves, ils l’avaient condamné à la peine des imposteurs publics, et l'avaient déclaré inhabile à manier les choses saintes, ils auraient établi un exemple qui aurait fait rentrer en eux-mêmes tous les écrivains crédules ou fourbes , qui débitent tant de faussetés. Mais , bien loin de lui faire des affaires, ils le regardérent comme un vaillant champion de la cause catholique , et l’élevèrent de plus en plus. Qui se ferait après cela une religion de ne point calomnier les hérétiques ? Peu s’en faut qu’on ne puisse apostropher cet auteur avec ces paroles d'Horace :
Ulla si juris tibi pejerati
Pœna, Barine, nocuisset unquaum;
Dente si nigro fieres , vel uno
T'urpior ungue ;
Crederem. Sed tu simul obligésti
P:rfidum votis caput , enitescis
Pulchrior mulid , juvenumque prodis
Publica cura.
Expedit mairis cineres opertos Fallere, et toto laciturna noctis
Signa cum cæœlo , geldäque divos Morte carentes (6).
À (4) Valer. Andreas, Bibl. belg., pag. 323, 24. |
(5) TT les tira du néant, il les fit de rien : Ex
mihilo sui et ex nihilo subjecti. C’est ce qu'on
appelle créer.
(6) Horat,, Od. VIII libre IT.
BÈZE
Ï] y a une autre réflexion à faire, qui serait bien digne d’être pesée. Je crois aisément que s’il eût été question de diffamer les tailleurs , ou telle autre branche du corps des métiers d’une ville impériale, Lindanus n'aurait voulu rien affirmer publiquement, sans être cerlain du fait; mais, parce qu’il s’agissait de la religion et de la gloire de Dieu, il publia sans examen, sans remords, tout ce qui lui monta à la tête. De sorte qu’à le bien prendre, le zèle des controversistes est si peu propre à augmenter leur vertu , qu’il ne fait qu’étouffer toutes les lumières et tous les scrupules, qui, sur des sujets purement humains, les retiendraient dans le chemin de la probité :