‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 82 sur 109 · TOME Il · texte numérisé non relu

TOME Il

» que Fabricius se moque de Bèze à » son ordinaire , et poursuit sa pointe:

» ÜUbi id eviceris, dit-il , facilè deindè » efficies quod præterea suspicis , ut » pérsuadeas , tan: fuisse hactenus te- » mulentos omnes protestantes, etc.

» Et peu après, Zagenua profectd et » ingentiosa fuerit illa tua emendatio , » ut ubi in eorum de cænd confes- » sione scriplum est corpus adesse , » scribatur abesse. Facilem enim lap- » sum ebrit scriptoris fuisse , in tantd » affinitate unius litterulæ. Certes , ce » serait une ingénue correction que 5 Ja tienne , si, au lieu que la Con- » fession d’Augsbourg porte adesse, » tu mettais abesse, ct que tu vinsses » dire que c’est une erreur qui s’est » glissée facilement dans le corps du » texte, par la faute de quelque 1vro- » gne d’Allemand, à cause de l’affinité » et ressemblance de ces deux lettres, d et b (116).

Vous pouvez croire que ce censeur n'oublie point d’insulter Garasse sur la hardiesse de noter cette circonstance, qu'à ces discours les docteurs, et particulièrement Claude d'Espenses , et Claude de Saintes , demeurèrent étourdis d’etonnement, Il finit par une très-bonne réflexion. Cette procédure, dit-il (117), est grandement nuisible à la conversion des dmes errantes , et particulièrement de ceux que Garasse prétend de ramener à l’é- «dise par le movren de son livre. Car, de grâce , quel‘hérétique , quel athée, voudrait maintenant se fier à lui, ayant été surpris en une si manifeste fausseté ? Qui ne présumera que mille absurdités qu’il rapporte de divers auteurs hérétiques ne soient de méme aloi , et qu'il cite les anciens avec pareille foi que les modernes P...

Je sais:de bonne part, que la principale raison qui a retenu ce grand Casaubon dans l'erreur où il avait été nourri, ce fut pour avoir apercu de pareils traits dans quelques docteurs modernes , qui lui firent concevoir une très-mauvaise opinion de la foi de ceux qui veulent iriompher de leurs ennemis à fausses enseignes.

Notons quelques petites méprises de ce judicieux censeur. La cause des médisances que les protestans publiérent

(116) Jugement et Censure de la Doctrine curieuses pag, 05.

{ bn . (xe7) La même, pag. 06, 97.

BÈZE

contre Baudouin ne fut pas qu’il eût quitté leur religion , et composé de doctes ouvrages pour les réfuter.

Voyez la remarque (H) de son article :

vous y trouverez qu’il s’attira leur indignation , pour s’être mêlé de quelques intrigues où ils crurent que lon cherchait à les perdre sous prétexte d’accommodement des religions. Vous y trouverez qu'ils le prirent pour l’auteur d’un petit écrit que Cassander avait fait, et qui n’était pas un livre de controverse , mais plutôt une explication du devoir d’un honnête homme dans l’état où était alors l’église. Enfin, vous y trouverez que la tempête de médisance fut antérieure à la préface de l’Optatus Milevitanus. Ce sont déjà quelques fautes du prieur Ogier. En voici d’autres: les protestans n’attribuèrent à Baudouin que le seul écrit anonyme de George Cassander. 11 est faux que Théodore de Bèze Vait regardé comme l’auteur principal de l'£xamen Doctrinæ calvinianæ de Claude de Saintes : il se contenta de dire que Baudouin avait fourni à ce docteur certaines choses qui consistaient beaucoup plus en faits qu’en raisonnemens.

(EE) …. Æt aima mieux se servir d'une défaite pitoyable , que de donner gloire à la vérité. ] D'abord, il suppose qu'il ne s’agit que de savoir si f'abricius a dit ces paroles sérieuse= ment, ou par ironie (118). Il avoue ensuite que son adversaire se fonde sur la nage 19 du livre de Fabricius, et puis il s'exprime ainsi : « À tout » cela, pour ne multiplier mal à pro- » pos les paroles , je réponds que » n'ayant pour cette heure le livre ». de Fabricius en ma puissance, pour » vérifier le passage, et ne l'ayant » pu recouvrer quelque diligence » que j'aie su faire, il faut que Je » m'en rapporte à la fidélité de mes » extraits, que J'ai faits fort ponc- » tuellement il y a plus de douze ans, » par lesquels je m'aperçois , que » M. Ogier a fait par simplicité , » ou par finesse , ce que les ministres » font par malice ès livres des anciens » pères ; car il a pris une partie du » passage qui lui était favorable, et » a dissimulé lautre..….. Pour mon- » trer donc que Fabricius ne par-

(118) Garasse, Apologie de la Doctrine curieuse,, chap. XXVI, pags 349.

BÈZE

» lait pas par ironie, et qu’il n’accu- » sait pas mal à propos Théodore de » Bèze d’avoir substitué une négative » aux sacrées paroles des évangélis- » tes , il montre évidemment en la » suite de son discours, que la créan- » ce de Bèze était telle, et qu’assu- » rément il avait corrompu les pas- » sages de. l'Évangile. Voici ses paro- » les, qui sont dignes d’une grande » A 8 2 Ha Ipse Illyricus de illd » explicatione et InvenTrione Bezandä » loquens , vocat phantasticam inven- » tionem , qualis est amantium in pic- » turd et poësi, ut ibi suos amores esse » somnient , ubi non sunt. Îllun ab- » sens absentem auditque videtque , et » ia , inquiebat [llyricus, se cum » Christo in Eucharistid Beza gessit , » ut Phædria cum Thaïde upud Te- » rentium, cum ait, volo ut cum mi- » lite islo. præsens sies , et mecum to- » ta sis. lia Beza, su& illd phantas- » ticä et imaginosé inventione vult ut » Christus in Eucharistiä præsens et » absens siet , et ita sit ut non esse di- » catur. Par ces paroles , M. Ogier » pourra voir clairement , que Fabri- » cius, lequel il nous représente com- » me un esprit de bateleur , tout » exprès pour amoindrir son auto- » rité , ne parlait pas'en bouffonnant » comme il suppose , mais avec toute » la sériosité qu’on doit porter en » semblables matières (119). »

On ne peut représenter dignement la mauvaise foi qui règne dans ce discours du père Garasse. Un laïque de peu de bien, et séjournant dans quelque canton éloigné des grandes villes, pourrait se servir de cette excuse , je n'ai pu trouver un livre, je nai pu vérifier un tel passage; mais s’il demeurait dans Paris , et que son honneur l’engageit à justifier une citation , on serait en droit de se moquer de cette excuse , ét de la traiter de fourberie. Or Garasse était alors à Paris ; il pouvait donc trouver aisément l'ouvrage de Fabricius , et jamais auteur n’eut un si grand intérêt de se purger de calomnie. Ce fut donc une hardiesse prodigieuse , ce fut une obstination invincible à ne démordre de rien ,.que d’oser dire , je n'ai pu recouvrer cet ouvrage, quelque diligence que j'aie su faire. Quoi ! un jésuite, à qui dans le fond d’une pro-

(1109) La même , pag. 350.

#19 vince la plus éloignée de la capitale, et dans le pays le plus perdu , les bibliothéques de son ordre peuvent fournir en cas de besoin tout ce qui lui est nécessaire , nous viendra dire qu’il n’a pu trouver à Paris l'ouvrage qu’il avait cité ? Votre adversaire, lui répondrons-nous , {y a bien trouvé , et sans qu'il témoigne qu'il ait eu quelque besoin de diligence. Que ne recouriez-vous à cet exemplaire, Si, toute autre ressource vous manquait ?

M. Ogier n'eut pas osé vous le refuser : Son refus aurait été une preuve de votre innocence. Voici bien pis : ce

jésuite a tiré de ses recueils un passa-

ge de Fabricius, et l’a donné comme la suite de celui que son adversaire avait rapporté ; comme une suite, dis-je, arüficieusement supprimée par cet adversaire : mais 1l paraît manifestement que M. Ogier ne supprime rien, et que les paroles de Fabricius , que Francois Garasse a citées, concernent un autre fait. Que serait-il devenu , si la réplique que M. Ogier allait faire n’eût pas été arrêtée par la réconciliation que l’on moyenua entre eux ?

Eût:l trouvé de nouveaux moyens de se dispenser de reconnaître nettement sa calomnie , sa témérité , son imposture , son impudence ?

Je le dirai plusieurs fois, je ne m'en lasserai point, il est très-utile de recueillir les exemples de la mauvaise foi des auteurs, et les piéces des procés qu’elle a fait naître. Il serait à souhaiter que les Langius et les Gruterus eussent destiné à de telles compilations une partie du temps qu'ils ont donné à des Polyanthea. Garasse y aurait paru souvent : c'était un esprit satirique , étourdi : boutfon , téméraire , qui avancait hardiment une fausseté , et qui ne voulait pas convenir qu'il l’eût avancée. ILa été de son intérêt que la doctrine de ceux qui tiennent qu'un bomme qui meurt au service des pestiférés est un martyr fût véritable. Voyez Théophile Raynaud , au Traité de Martyrio per Pestem. I dit que la lecture de ce livre persuada au père Garasse qu’on pouvait recueillir ainsi la couronne du martyre, et le porta à s’exposer au péril de la peste (120). 1} mourut

(120) Voyez le numéro 44 du Theologia anti-

ua de verâ Martyrii notiope , aux pages 163 et 164 de l’'Apopompæus de Théophile Haynaud,

de cette manière , et il avait publié tant de calommies , et s'était servi de tant de mauvaise foi, qu'il ne fallait 9 :

pour expier de telles fautes. Notez qu’il y a des gens qui sacrifient plutôt leur vie, qu'un faux point d’honneur. Garasse, pour rien du monde, eût avoué ses calomnies , ét il ne fit pas difficulté de s’enfermer avec des pestiférés (121).

(FF) Voici une remarque contre le cardinal de Richelieu. ] Rapportons premièrement ses paroles. Bèze étant ecclésiastique, et possédant quelques bénéfices , sortit de l'église romaine en même temps que le parlement le fit assigner pour étre out sur une poésie (**}) qu'il avait composée extraordinairement impure et scandaleuse : mais, se sentant coupable d’un si grand excès , il ne répondit à cet au- , guste sénat que par fuite , et se retira a Genève (*?). Pour apprendre quel il a été , nous n'avons pas besoin d'autre témoignage que le sien, ayant publié lui-méme par les vers qu'il a faits à l’imitation de Catulle et d'Ovide, qu'il s'était abandonné à des impuretés énormes et monstrueuses (122) , en considération de quoi il est appelé par ses propres confrères , la honte de la France , simoniaque, rempli de tous vices, et de celuimême qui a attiré le feu du ciel (*).

Voilà ce que dit ce cardinal, dans le chapitre X du IIe. livre de sa Méthode , aux pages 321, 322, de l'édition de Paris , en 1663. M. Martel , professeur en théologie à Montauban et à Puilaurens, avant la révocation de Védit de Nantes, et à Berne depuis

cette révocation, oppose à ces paroles’

du cardinal le témoignage d’Étienne Pasquier ; et il ajoute que ce n’est point un Français qui a répandu ce torrent de bilé où Bèze est traité de simoniaque, aussi-bien que de sodomie.

C'est Costérus , Flamand de nation, et jésuite de profession. Je ne sais par quelle figure de rhétorique on prétend ce Le ranger entre les confrères de no- (x21) Voyez son article & la remarque (E).

(*1) C'était une épigramme adressée 4 une femme qui s'appelait Candida.

© (%2) Ên 1554, dgé de cinquante-cinqg ans.

(122) Le cardinal cite ici en marge quelques vers de l’épigramme de Audeberto et Candidä.

(*5) Galliæ probrum, simoniacus , sodomita, omnibus viliis coopertus.

guère moins qu'un vrai martyre,

BÈZE

tre ministre (123). À l'égard de ce.

qu’il dit de Costerus , il nous renvoie au chapitre XXI du Ie, livre de la Ire, partie de l’Apologie catholique de Morton , où il est certain que les paroles latines que le cardinal a citées Galliæ probrum, etc., se trouvent comme tirées du Ier. chapitre du He. livre d’un ouvrage de Costerus. On ne saurait pardonner à cette éminence, ou à ceux qui ont publié sa Méthode, le défaut de citation : il fallait nécessairement faire trouver à la suite du Galliæ probrum, etc., le nom d’an écrivain réformé ; car quand même on prouverait que les paroles de Costerus se lisent dans les écrits du luthérien Schlusselburgius, on ne se sauverait pas , vu qu'il est de la dernière évidence que ce luthérien ne pourra jamais passer pour un confrère de Théodore de Bèze. Quant au reste, il faut avouer qu’an Flamand de nation, et jésuite de profession, n’est pas le premiér , qui ail répandu ce torrent de bile, etc. Costerus ne pouvait être que le copiste de plusieurs Français, et nommément de Claude de Saintes. On aurait pu relever une fante chronologique du cardinal. Il dit dans une note marginale que Béze se retira à Genève Van 1554, âgé de cinquante-cinq ans (124) : il fallait dire l’an 1548, âgé de vingt-neuf ans. | (GG) Pierre de S'aint-Romuald l'accuse ridiculemént de rébellion, pour avoir donné le titre de reine de France a la reine Flisabeth, « Cette même » année 1581, dit-11 (125), Théodore » de Bèze , ministre de Genève, » donna le jour à son livre intitulé » Icones Firorum illustrium pietate » et doctrind , lequel il dédia à Elisa- » beth, reine d'Angleterre , la qua- » lfiant reine de France. Certes, un » Français ne peut user de ces ter- » mes , Sans se déclarer mauvais su- » jet; car c’est dire que le roi son » maître est un usurpateur , et que » la couronne ne lui appartient pas, » mais à un autre. Cela se peut-il

(123) Martel. , Réponse à la Méthode de M. le cardinal de Richelieu, 4v . II, chap. X, pag. 186, 187. PART

(124) C'est sans doute une faute d'impression Pour trente-cinq ; car dañs une note suivante, on marque la naissance de Bère au mois de juin 15710. ,

(125) Pierre de Saint-Romuald, Abrégé du Trésor chronol., tom. TIT, pag. 364.

BÈZE

>» faire en un livre imprimé, sans cri- » me de félonie et de trahison ? Mais ‘» que faut-il attendre d’un hérétique, » que de semblables traits ? » Il a réété mot à mot la même chose dans un autre livre (126) ; ce qui prouve qu’il se savait très-bon gré de cette remarque, qui est néanmoins puérile, grossière et superstitieuse. Je lui passe les erreurs de fait : je l’excuse d’avoir dit que les /cones de Bëze virent le jour l’an 1581 ,et qu'ils furent dédiés à la reine d'Angleterre. Ce fut à Jacques, roi d’Ecosse , que l’auteur les dédia , le 1°7, de mars 1580 ; et c’est l'an 1580 que je vois marque au titre de mon exemplaire; mais si l’on pardonne cette sorte de méprises au feuillant, on ne doit point lui faire grâce sur Perreur de droit où il est tombé. J’avoue que Théodore de Bëze, en dédiant ses Remarques sur le Nouveau Testament à la reine Elisabeth, lui donne le titre de Angliæ, Franciæ , Hiberniæ , et cireumjacéntium ÆInsularum Regina : mais il est absurde de prétendre que ce fut un crime de félonie et de trahison ; et que parlà, l’on décide que le roi de France est un usurpaieur. Car, en 1°, lieu, Bèze ne devait point être considéréen ce temps-là comme un sujet du roi de France : il avait renoncé à sa patrie pour la religion , et avait cherché un refuge dans les pays étrangers ; il était devenu bourgeois de la ville de Genève , et y exerçait actuellement la charge de professeur et de ministre.

Je dis, en 2°. lieu , qu’un particulier, qui donne aux princes , dans une lettre, les titres qu’ils prennent ordinairement, ne s’érige point en juge de leurs prétentions : il ne fait que suivre lusage qu’il trouve établi ; de sorte qu’en se conformant au formurlaire des suscriptions , il ne s'engage point à examiner si l’on a raison ou tort de se donner de tels ou teis titres.

Je passe plus avant, et je dis, en 5°.

lieu , que lors même qu’on ne doute pas qu’un royaume n’appartienne légitimement à un prince, on suit néanmoins l’usage des suscriptions dans une épiître dédicatoire , ou dans une autre lettre. Bèze , par exemple,

(126) Dans son Journal chronologique, sous le 15 de janvier ( 1519 , ) jour natal de Théodore de Bèze, prétend-il; mais il se trompe, et devait dire le 24 de juin.

fort persuadé que Charles IX , et Henri IL, possédaient légitimement la France, ne laissait point de donner à Elisabeth les titres qu’elle se faisait donner en Angleterre. IL est donc de la dernière impertinence , de conclure qu'il traitait d’usurpateur le roi de France. Enfin , je dis en 4°. heu , que l'usage , ou que la coutume , autorise ceux qui donnent les mêmes qualités aux possesseurs et aux prétendans, el que , jusques à ce que ceux-ci aient renoncé à leurs prétentions et à leurs tres , on les appelle rois ou seigneurs d’un tel pays, sans cesser de reconnaître pour rois ou seigneurs du méme pays ceux qui le possèdent actuellement. Nous en avons, entre autres exemples , la conduite qu’on tenait en France envers Uladisias, roi de Pologne , et Gustave Adolphe, roi de Suëde, On avait des alliances trèsétroites avec celui- ci et comme avec un roi de Suède , et on ne laissait pas de donner à l’autre la qualité de roi de Suède. M. le Laboureur a inséré dans sa Relation de Pologne (127) une lettre , qui fut écrite par le roi de France au roi Uladislas , le 24 de novembre 1645 , lorsqu'il y avait tant de liaisons entre la reine Christine et la France. La suscription de cette lettre est , à très-haut , très-excellent, et très-puissant prince nostre très-cher et très-amé bon frère et cousin leroi de Poulogne et de Suède. Je ne pense pas que, dans un temps de concordé , on fit des affaires à un auteur espagnol , qui, en dédiant un livre à sa majesté trés-chrétienne , l’appellerait rot de France et de Vavarre ; et je ne sais si le grand seigneur serait assez turc, pour punir un évéque grec , qui , en écrivant au duc de Savoie , l’appellerait roi de Chypre, ou qui, en écrivant au roi d'Espagne, l’appellerait roi de Jérusalem ; et qui, en cas d'accusation, répondrait qu'il avait suivi bonnement le formulaire des inscriptions , sans vouloir déroger le moins du monde à la fidélité qu'il devait à sa hautesse. Y a-t-il aucun prince dans la chrétienté , qui ne reconnaisse deux rois de Navarre : l'un, en France , l’autre en Espagne ; l’un, qui n’est que titulaire , l’autre qui est possesseur ? Cela donne-t-il lieu à des plaintes , ou à des menaces ? Férait- (127) À la page 14 de la I'®, partie.

on des affaires à un Anglais qui, dans une épiître dédicatoire à Louis XIV , l’appellerait roi de France ou roi des Français , ce qui est la même chose ? N'est-ce pas ainsi que l’on qualife eh Angleterre les rois de France, non-seulement dans le langage de conversation ; mais aussi, dans des histoires , et dans des actes publics ?

(HH) Je m'étonne que Balzac fasse la méme querelle à des gens dont il ne dit point le nom. 1] Je la rapporterai, sans la réfuter ; car je lai assez détruite dans la remarque précédente.

« Qu'il soit donc permis à ceux qui » ont perdu des états de se flatter » avec les titres qu'ils se réservent.

» Ce peuvent être des amusemens, » et des jouets formés par l’imagina- » tion, après la perte des choses es- » sentielles, Il y aurait de la cruauté » de refuser à leur douleur cette lé- » gère consolation. La reine Elisabeth » d'Angleterre a donc pu se nommer » elle-même reine de France , et les » Anglais pouvaient parler le langage » de leur maîtresse. Je ne veux pas » insister là-dessus. Mais je ne saurais » supporter qu'il se soit trouvé des » Français qui aient osé parler ainsi.

» Cet autre Français disait bien » mieux , quand il disait du roi Jac- » ques, successeur d'Élisabeth : Sans » doute , il a plus d'un nom qu’il ne » faut, ou moins d’un royaume qu’il » ne croit : et si le roi de France est » à Londres , à qui envoie-t-il des am- » bassadeurs à Paris? Néanmoins , » puisqu'on parle partout impropre- » ment, et que tout est comédie dans » le monde, celle-ci se peut souffrir » comme les autres ; mais on la doit » jouer en Angleterre , et non pas en » France, ni aux lieux qui sont sous » la protection de la France. Un Fran- » çais he peut user de ces termes, » sans oublier qu’il est Francais , sans » se déclarer mauvais sujet, sans dire » quele roi son maître est usurpateur.

» Dégrader son prince publiquement, » donner sa couronne à un autre » prince, par un aveu solennel et im- » primé, cela se peut-il faire , sans » crime de félonie ? Je ne le pensepas, » monsieur ; et, de peur de me mettre » davantage en colère , je suis d’avis » de changer de discours (128). » Je

128) Balzac, entretien XLI, pag. 384, 365.

+ À Lé

. BIBLIANDER.

crois qu'il en veut à Théodore de Pcze, et que Pierre de Saint-PRomuald n’a été que son copiste.

Il n'est peut-être pas inutile de remarquer que Noël Beda avait déjà fait une semblable querelle à Érasme, touchant la dédicace d’un de ses livres au roi d'Angleterre. Voyez la remarque (B) de l’article Bena , citation (11).

BIBLIANDER * (THÉoporE), “in en théologie à Zurich

ans le XVI°. siècle , était né à Bischoffssel (a), pres de Saint- Gal en Suisse. C’était un hom— me fort universel (b), mais il excellait principalement dans l'exposition de l’Écriture. Il fut professeur en théologie à Zurich depuis l’an 1532 jusquesen 1560, et 1l mourut de peste dans la même ville le 24 de septembre 1564 (c). Si l’on me demande pourquoi sa profession finit plus tôt que sa vie,.je répondrai que ce. fut à cause qu’il remuait certaines questions qui causaient du trouble (A), dans lesquelles il s’écartait trop de la doctrine commune des protestans sur la prédestination. Pour aller audevant des schismes qui auraient pu naître d’une trop longue contestation sur ces points-là, il fut jugé à propos de déclarer Bibliander , emeritus , je veux dire de le traiter en vétéran, et de lui faire entendre que son âge et ses longs services deman-

* Son véritable nom , dit Joly, était Bouchman, selon A. Ruchat, auteur de l'Histoire de la réformation de la Suisse.

Bibliander n’est donc que la traduction en grec du nom allemand Bouchman ou mieux Buchman qui signifie l’homme du ou des livres.

(a) En latin Episcopi Cella ou Episcopocella.

(b) Vir fecundissimi ingenii, et theologiæ exegeticæ , communis in Helvetià parens.

Hottinger. in Biblioth. Tigurinâ, pag. 72.

(ce) Hottinger. in Biblioth. Tigurinâ , pag.

72. M. de Thou , Bucholcer, Melchior Adam, elc., mettent sa mort au 26 de novembre.

ne

BIBLIANDER.

daient que pour récompense on

lui accordât du repos, et une démission honorable. Je ne sais pas s’il comprit le fin de ce com pliment , et s’il s’en fâcha; mais Je sais bien qu’il n’enseigna plus.

Comme il entendait les langues orientales, il travailla à une nouvelle édition de l’ÆZcoran, dont il corrigea le texte selon les regles de la critique , en conférant ensemble les exemplaires arabes et les latins. Il y joignit la Jie de Mahomet, et celle de ses successeurs, et une préface apologétique, contre laquelle on a bien crié (B). Il publia plusieurs autres livres (C), et ilen composa un grand nombre, qui n’ont jamais été imprimés, et dont on garde les manuscrits dans la bibliothéque de Zurich (d). Il eut part à une version de l’Écriture (e). J'ai cherché inutilement l’âge qu'il avait quand il mourut : je n’ajoute point de foi là-dessus au bon Melchior Adam , et j’admire qu'il n’ait point aperçu sa fau— te (D). M. Moréri rapporte tresmal ce qu’il emprunte de M. de Thou touchant Bibliander (E).

Je viens d’être averti ( f) que lon trouve dans la Prosopographie de Pantaléon, qu'il vécut soixante ans (F}), étant né en 1504, et mort en 1564.

(d) Hoitinger. in .Bibliothecâ Tigurina, pag.172, 73.

(e) Voyez la remarque(E).

(f) Par M. Bresler.

(A) {? remuait certaines questions qui cuusaient du trouble. | Pantaléor n’a point spécifié ces questions : 1l s’est contenté de les noter comme peu conformes à la commune traditive, et de dire qu’elles firent perdre à Bibliander une partie de son autorité.

Pantaleon seribit ante obitun motas

ab ipso fuisse quæstiones quasdam novas et insolentes ,undè auctoritati aliquid decesserit : sed quales ill fuerint quæstiones non addit (1). Mais Henri Alting ne s’est point tenu dansie général : il a dit que Bibliander avait embrassé les erreurs d’'Érasme touchant la prédestination ; et qu’à cause de cela, messieurs de Zurich le dé.

chargèrent des fonctions de sa charge, sous prétexte que son extréme vieillesse l’en rendait incapable , et mirent en sa place Pierre Martyr (2). On ne pourrait pas contester ce dernier fait, sous prétexte que Pierre Martyr fut appelé à Zurich dès l'an 1556, pour succéder à Pélican. Il pouvait être professeur à Zurich depuis quelques années, et succéder néanmoins à Bibliandre :

car tous les professeurs en théologie ne sont pas affectés aux mêmes fonctions. Voyez ci-dessous là remarque (E) à la fin. | (B) I! joignit à la version de PAlcoran une préface apologétique contre laquelle on a bien crié. ] Elle a pour titre Æpologia al reverendissimos patres ac dominos episcopos et doctores Æcclesiæ Christianæ , in qué rationes redduntur editionis voluminis quod continet Alcoranum , et ejus confutationes , et Vitas Mahumetis atque successorum ipsius. Cet ouvrage fut 1mrimé chez Oporin , lan 1543 ,.ir- Jolio (3). Bibliander corrigea, le texte de l’Ælcoran par la collation des manuscrits latins et arabes , et fit des notes marginales, qui indiquent ou qui réfutent les absurdités de ce livre.

Cela n’a pas empêché les inquisiteurs d’Espagne de condamner cette édition de l’Alcoran : ils ont condamné nonseulement les préfaces |, mais aussi V Alcoran même (4). Cela est de la dernière évidence, et néanmoins 1!

se trouve des auteurs qui disent qu’on n’a condamné que les préfaces impies, et les notes pernicieuses qui l’accompagnent dans l'édition de Bibliander.

de père Théophile Raynaud soutient que l'Alcoran même est très-digne

(:) Melchior Adam, in Vit. theol. , pag. 403.

(2) Altingii theol, Histor., loc. IF, cité par Teissier , Addit. à M, de Thou, tom. I, pag.

(3) Notez que la préface de Bibliander a été imprimée à part l'an 1638, par Les soins de Jean Fabricins de Dantzick.

(4) FWoyez Vindex Librorum prohikitorum , pag. 765, édition de 1667. À

#24 “ d’être proscrit , et il montre que Sanctarellus, qui a débité que l’/rdex n’en a défendu la lecture qu'à cause des pièces que Bibliander y a cousues, a raisonné peu solidement (5). Je rapporte un/peu au long la remarque de ce jésuite, afin qu’on ait une idée moins générale du dessein de Bibliander. On verra que ce ministre ne trouve pas bon que les livres des adversaires soient exterminés. Tractans hoc punctum Antonius Sanctarellus tract.

de hæresi, cap. 14, dub. unico, propositione 7, ait, ÆAlcoranum per se non prohiberi, sed ratione scholiorum impiorum , notarumque ac præfationum Lutheriac Melanchthonis, quibus PBasiliensis editio Alcorani , per Theodorum Bibliandrum damnatæ memoriæ scriptorem adornata , contaminatur. Hoc verè et rectè auctor ille. Et addere æquè poterat , ipsius Bibliandri ÆApologiam , qu& Alcoranc patrocinatus est, dignissimam fuisse quæ con- Jfigeretur. Omnium quippé librorum prohibitorum indemnitati studet meribibulus ille , usque aded , ut non erubuerit contra Theodosü et Valentiniant Imperatorum legem de comburendis ÎVestorit libris, grunnire. Hæc igitur concedo Sanctarello. $ed addit quo everli videantur quæ sic sunt constituta ; addit enim rationem , cur Alcoranus prohibeatur , esse, quia in eo agitur de religione nationis , hoc tempore maximè potentis , et ad corporum voluptatis patentissimum ostium aperientis ; quæ sunt valida corruptelæ illectamenta. Hæc, inquam, ratio monstrare videtur , Alcoranum non vetari tantüm ratione impiarum Bibliandri Annotationum , vel ratione

Præfationum Lutheri ac Melanchtho-

nis, sed per se ac ratione contextiis ipsiusmet Alcorani, quo ÆApostasiæ

hami , quos diximus , apponuntur

(C) Zl publia plusieurs autres livres.] Voici les titres de quelques-uns :

ÆEvangelica Historia quam scripsit B. Marcus, etc. una cum Vitd Johannis Marci evangelistæ collecté ex probatioribus auctoribus, à Bâle, en 1551. {1 y ajouta le Protevangelium Jacobi, de quoi plusieurs le blâmerent. £xpositio Vaticinii de Restitu-

(5) Theoph. Raynaudus, Erotem,. de malis et bonis libris, num. 341, pag. 200.

(6) Idem, num. 342, pag. 207.

di d

BIBLIANDER.

tione Israëlis, de instaurandé& urbe Jerusalem et templo, terrdque dividendé rurshs inter tribus, quod ultimis octo capitibus Ezechielis legitur. Cet ouvrage fut inséré dans les Commenlaires de Pélican sur l’Écriture, Purgatio scriptorum Joannis OEcolampadii et Ulrici Zuinglii, qué et acta eorum obiter defenduntur contra calumniatores. Cet écrit fut imprimé à la tête des œuvres de Zuingle. De Fais Monarchie Romanæ Somnium , Vaticinium Esræ prophaiæ explicalum non conjectatione privat&, sed demonstratione theologicä, historicé, et mathematicé ; Ad Julium ILE papam , et cæteros ecclesiæ Romanæ præsides, Consideratio de Judæorum et Christianorum defectione à Christo, et Ecclesi&, et fide catholict : itemque de Judæorum et Christianorum conversione ad Christum Jesum , et ÆEcclesiam Dei sanciam et fidem catholicam , à Bâle, en 1553 ; De summé Trinitate et fide catholicé, à Bâle en 1555; De Mysteriis salutiferæ Passionis et mortis Jesu Messie Expositionis Historicæ libri tres, au même lieu , en 1555.

(D) Je n'ajoute point de foi à Melchior Adam touchant l’âge de Bibliander. J'admire qu'il n'ait point aperçu sa faute.] 1] assure que Bibliander naquit lan 1514 (7), et qu'il mourut enfin lan 1564, fort vieux , valdè senex, Peut - on dire cela d’un homme de cinquante ans * ? Il ajoute que le trop d’attachement aux livres avait tellement affaibli la vue à Bibliander , que dans le déclin de Vâge , entrant un matin dans son poële , et voyant son chat qui folâtrait sur une table, le prit pour sa servante, et lui souhaïita le bon jour. £x nimiis studiis ætate declivi, au£nveriav contraxit. Accidit ergd ut aliquando cum diluculd surrexisset, hyÿpocaustum ingressus , feli in mensé gesticulanti, ancillam suam esse ratus, faustum Juerit diem precatus, quem felis, ut

(7) Si cela était, on remarquerait comme quelque chose de fort extraordinaire qu il eût été professeur en théologie l'an 1532; mas c est ce que l’on ne remarque pas.

* D'après Ruchat , déjà cité, ce serait à peine âgé de trente-deux ans, et le 11 janvier 1532 que Bibliander aurait pris possession de la chaire de professeur. « Bibliander, ajoute Joly, est donc » né environ l'an 1500; ce qui détruit toutes les » conjectures de Bayle. »

BIBLIANDER.

potuit resalutavit. Belle particularité , et bien digne d’être transmise aux siècles futurs !

(E) AZ, Moréri rapporte très-mal ce qu'il emprunte de M. de Thou touchant Bibliander.| 1°. I n’est pas vrai que M. de Thou mette la mort de Bibliander au 29 de novembre :

il se sert de Pexpression #1 Kalend.

Decernb. , qui veut dire le 26 de novembre. 2°. Il nest pas-vrai qu'il parle de Léon Juif. s’est servi de ces termes Leo Judæ , qu'il faut traduire, ou par Léon Juda, ou par Léon de Juda. Quant au reste, il est très-vrai que Bibliander fut un de ceux qui mirent la dernière main à la Bible de Léon Juda, à cette Bible que l’on appelle de Zurich, et qu’on imprima dans cette ville l'an 1543.

Léon Juda avait fort avancé la version latine de PÉcriture quand 1l mourut , et il fit promettre à ses collègues qu'ils achèveraient cet ouvrage, Quem Leo Judcæ inchoaverat , et moriens ut opus persequeretur , collegis in fidem religiosé adactis, transcripserat (8).

« Bibliander traduisit les huit der- » niers chapitres d'Ezéchiel, Daniel, » Job, l’Ecclésiaste, les Cantiques, » et les 48 derniers psaumes , qui » restaient à traduire, Pierre Cholin » fit la traduction des livres grecs que » Les protestans nomment Apocry- » phes (9). » C’est de Cholin seul que M. de Thou assure qu'il entendait très -bien la langue grecque. Bibliander Chunradi Pellicani et Petri Cholini Tugiensis græcæ linguæ perilissimi operd adjutus. M. Moréri ne traduit pas bien cela par ces paroles:

Bibliander aidé par Conrad Pélican et par Pierre Cholin savans en la langue grecque. C’est sa [I. faute. La IVe.

est beaucoup plus considérable. Longtemps après, dit-il, des théologiens espagnols firent encore imprimer cette Bible de Zurich à Lyon, ayant été revue par Guillaume Roville (10).

Voici le latin de M. de Thou : Hispani theologi diu post recognitam per Gulielmum Rouillium denuo Lugduni excudendam curaverunt. Guillaume Roville est l’imprimeur de

(8) Thuan., 4h. XXXVT, pag. 526.

(9) Simon , Hist, critique du Vieux Testament, pag. 324. 8

(10) Dans les Eloges publiés par AL. Teissier, on & nus Rauville,

jh: 14.

Lyon, duquel ces théologiens se servirent; mais ce ne fut point lui qui retoucha la version : ce furentles théo logiens espagnols eux-mêmes. Le père Simon ne parle pas de cette édition de Lyon : il dit que Les théologiens de Salamanque firent réimprimer cette Bible à Salamanqgue , en beaux caractères, eten Y changeant fort peu de chose (11). S’étonnera-t-on que le bon M. Du Rier , de l’académie française, ait mal traduit les Cicéron, les Sénèque, et les Tite Live, lui qui a tant fait de fautes en traduisant M. de Thou ? car M. Moréri n’est ici que le copiste de la traduction de Du Rier.

Quant à ce que M. de Thou rapporte, que Jean Stuckius fut mis à la place de Bibliander, cela ne s'accorde, ni avec Alting qui a dit que Pierre Martyr succéda à Bibliander, ni avec Hottinger qui a dit que Josias Simler lui succéda par intérim(r2), et que StuckKius ayant été quelque temps le substitut de Jacques Ammien, professeur en rhétorique et en logique , fut professeur ordinaire en théologie depuis Van 1571 jusqu’en 1607 (13). Il est certain que quand Bibliander se démit de sa profession , Stuckius , jeune homme de dix-huit ans, était en France(14). Il était à Paris l’année d’après, et il y recut la commission de se joindre à Pierre Martyr pour le colloque de Poissi. Il demeura longtemps en France : il fut depuis en Italie, et il ne commenca d’avoir des charges académiques à Zurich, qu’en 1568. Cependant on assure dans sa vie, qu'il succéda à Bibliander dans la charge de professeur du Vieux Testament (15). Ce fut au mois de février 1571. Il y avait loug-temps que Bibliander était mort. Ce n’est pas une affaire : sa charge demeura vacante plusieurs années ; on a cent exemples de pareilles choses. M. de Thou ne laisse pas d’avoir négligé l'exactitude ; car tous ses lecteurs sont portés à croire que Stuckius devint. professeur en théologie lan 1564. On aurait donc dû marquer en

(1x) Simon, Hist. critique du Vieux Testament, pag. 323:

(:2) Rude donatus lampadem ad tempus vicariam tradidit D. Josiæ Simlero. Hotting., én Bibliotb. Tigurinâ , pag. 72.

(13) Idem , ibid. , pag. 160:

(1x4) Melch. Adam. , in Vitis theol, pag. "67.

(15) Idem , ibid., pag. 570.

BYBLIS. j

quelle année il recueillit cette succession.

(F) 1 vécut soixante ans.] C’est dans l'édition allemande de cette Prosopographie (16), qu’on trouve cela ,

et non pas dans l’éditon latine (17), où l’on voit au contraire qu’il mourut Van 1560, à l’âge d’environ cinquante ans. Pantaléon reconnut sa faute, et la corrigea dans l'édition allemande.

(16) Imprimée à Bâle chez Léonard Ossen, l'an 3578, in-folio.

(17) Imprimée à Bdle chez Nicolas Brylinger, l'an 1566, in-folio.

BYBLIS , fille de Milet, et de la nymphe Cyanée (A), devint amoureuse de Caunus son frere jumeau , et tâcha de lui inspirer une semblable passion ; mais n'ayant pu réussir, elle en fut si affligée, qu’elle s’étrangla (a).

Ovide, qui nous l’assure dans lun de ses poëmes (b), dit dans un autre qu’elle courut après Caunus , jusques à ce qu’elle ne püt plus marcher. Il ajoute, qu’étant tombée par épuisement de forces, elle s’opiniätra à demeurer couchée par terre, et à pleurer abondamment, malgré tous les soins que prirent les nymphes de la consoler, et qu’elle se consuma en larmes, et fut convertie en fontaine (c). Il a décrit admirablement les progres et les symptômes de cette passion incestueuse (B) ; et quand il n'aurait point fait d’autres vers , 1l aurait suflisamment témoigné qu'il était ün savant maître dans l’art de peindre l’amour. Antonin Liberalis raconte l'issue de cette affaire un peu autrement (C).

Quelques-uns disent, non pas

(a) Voyez la remarque (D), (b) Ovid., de Arte amandi, Lib. I.

(c) Ovid, Metam., lib. IX, fab. XI.

que Byblis fut amoureuse de Caunus, mais qu’au contraire Caunus l’aima {D), et ne put la faire consentir à le contenter.

Ils la dépouillent un peu après de l’honneur de cette belle résistance : ils supposent qu’elle se repentit d’avoir eu pour lui une dureté qui l’engagea à s’exiler, et qu’elle courut le monde pour retrouver ce cher frere; et que, n'ayant pu le rencontrer, elle se pendit (4). D'autres racontent cette aventure d’une maniere qui ne déshonore, n1 Byblis ni Caunus (E).

(d) Voyez ce qui sera cité de Conon , dans la remarque (D).

(A) Ælle était fille de Milet , et de la nymphe Cyanée.] Cette Cyanée était fille du fleuve Méandre (1) ; mais il y a des auteurs qui disent que Milet se maria avec Eidothée fille d'Eurytus roi de Carie , et que Caunus et Byblis naquirent de ce mariage (2). D’autres assurent que la mère de ces deux enfans s'appelait Arie(3): d’autres la nomment Tragasia (4). 11 y a aussi des variétés sur le nom de leur aïeule paternelle ; car les uns disent que Milet était fils de Deïone (5) : d’autres lui donnent pour mère Acacallis fille de Minos (6). Un s'accorde mieux sur ce point-ci: c’est que Milet se retira de l’île de Crète, et s’en alla fonder e Asie une ville qui porta son nom. Minos fut la cause de cette retraite : on voulut prévenir , ou les violences de son ambition, ou celles de son amour.

Ovide le représente fort inquiet de se voir vieux, et de voir Milet à la fleur de l’âge : cette inquiétude trop ordipaire à ceux qui régnent fit qu'on regarda Milet comme une personne capable de détrôner.

Tunc erat invalidus, Deionidemque juventæ

Robore Miletum, Phœboque parente suyrerbum

(1) Ovid., Metam. , kb. IX, vs. 450. de (2) Anton. Liberalis, cap. XXX, pag. 155.

{3 Scholiast, Theocriti ad Idyll. VI.

(4) Nicænetus, apud'Parthen., de Amator.

Affect., cap. XI.

(5) Ovid., Metam., Lib. IX, vs. 44.

(6) Anton. Liber. , cap. XXX, pag. 155.

BYBLIS.

Pertimuit, credensque suis insurgere regnis, Haud tamen est. patrüs arcere penatibus ausus.

Sponte fugis, Milete, tud (7).

Vous trouverez sans doute dans le grec que je vais citer un prince amoureux qui se fit craindre : re dé 0 mais HuÉeTo, nai éyéveTo HaN0c , xai dpas-hpinc, aa o Mivos xaTa m0ov éveXeiper RidÇeo- Oar, Tore vuxros o Mineros euGac is dux- Tov, Bouañ Eaprndovos, sic Kapiay àTodidparue (8). Puer ut adolevit, pulcher strenuusque evasit : Minosque desiderio impulsus eum violare intendit : ibi tum Miletus noctu conscenso lembo , consulente S'arpedone, in Cariam profugit.

(B)....… Ovide a décrit admirable-

ment les progrès et les symptômes de.

sa passion incestueuse.|] Byblis, au commencement, ne discerna point ce que c'était , et ne sentit point son feu : baiser son frère souvent , se jeter souvent à son cou lui paraissait une bonne action ; elle confondait cela avec lamitié légitime qu’on doit à un frère. Elle demeura dans cet état d’ignorance , lors même qu’elle apercut le soin qu’elle avait de se parer , et l'envie qu’elle avait de paraître belle, quand il s'agissait de voir Caunus.

Paulatim declinat amor, visuraque fratrem

Culia venit, nimiumque cupit formosa videri.

Et, si qua est illic formosior , invidet illi ;

Sed nondum manifesta sibi est : nullumque sub illo

Tgne facit votum, verumtamen æstuat intus (9).

Cela , ni le chagrin qu’elle concevait contre les belles du voisinage, ne Véclairait point encore : son feu brûlait et n’était point lumineux ; il n’inspirait pas encore de souhaiter le remède. On alla jusqu’à se plaire à donner à Caunus le titre de monsieur :

on aimait mieux de lui le nom de Byblis , que celui de sœur, Jam dominum appellat, jam nomina sanguwnis oduil.

Byblida jam mavult quam se vocet ille sororem (10) ; et néanmoins, pendant qu’on veillait, on n'avait pas la hardiesse d’envisager l’espérance. Ce fut en dormant, que l’on commenca à s’apprivoiser à (a) Ovid., Metam., lib. IX, 05.443. :

(8) Anton. , Liberal., cap. XXX, pag. 155.

(9) Ovid., Metam., Lb. IX, ps. 460.

{10) Idem, ibid. , lib. IX, vs, 465.

de si sales imaginations. Byblis endormie songeait souvent à son frère, et crut une fois jouir de lui,

. Placidéä resoluta quiete Sæpè videt quod amat , visa est quoque jun-

gere fratri Corpus , et erubuit, quamvis sopila jaceret(xx).

Elle en eut honte, quoique ce ne fût qu’un songe ; mais le lendemain , elle fitbien des réflexions, et souhaita, non pas de veiller de cette matière, mais de dormir fort souvent comme cela.

s uepahaleha)s

Dummod tale nihil vigilans commultere tentem ,

Sæpè licet simili redeat sub imagine somnus.

T'estis abest somno , nec abest imilata voluplas.

Proh Venus, et tener& volucer cum matre Cupido !

Gaudia quanta tulil quam me manifesta libido

Contigit ! ut jacui totis resoluia medullis !

Ut meminisse juvat! quamvis brevis ulla vo-

luptas , Noxque fuit præceps, et cœptis invida nostris (12)! ,

Un peu après, elle se fâche que la qualité de sœur lui défende d'espérer celle d’épouse : elle se représente les Dieux qui ont épousé leurs sœurs, et ne peut croire que cette prérogative puisse tenir lieu de règle parmi les humains.

Sunt superis sua jura : quid ad cœleslia ritus

Exigere humanos , diversaque fœdera ten-

to (13) ?

Elle veut , ou se délivrer de sa passion, où mourir : elle sent bien que si son frère l'avait le premier aimée , il aurait été écouté favorablement, d’où elle conclut qu’il faut qu’elle risque de s’ouvrir à lui par une lettre, si la pudeur ne lui permet pas de se servir de la parole. Elle prend la plume, et après mille agitations d’esprit, elle déclare sa passion. Elle représente à son frère plusieurs choses qui s'étaient passées, d’où il aurait pu deviner qu’il était aimé : elle le fait souvenir de certains soupirs qu'elle avait poussés, et de la coutume qu’elle avait prise de l’embrasser , et d’un je ne sais quoi qui pouvait faire connaître que ses baisers n'étaient pas ceux: d’une sœur.

Esse quidem læsi poterat tibi pectoris index

Et color, et macies, et vultus, et humida sæpè

Lumina, nec caus& suspiriæ mota patent,

(11) Zbid., vs. 468.

(x2) Tbid. , vs. 478.

(13) Zbid., vs. 599,

Ei crebri amplexus , et quæ, si fortè notéti,

Oscula sentirr non esse sororia possent (14). Elle proteste qu’elle a fait tout ce qu’elle a pu pour éteindre cette flamme , et qu'ellen’a recours à lui qu'après avoir inutilement tenté tout autre remède. Elle lPexhorte à laisser examiner aux vieillards ce qui est juste ou injuste, et à se servir des priviléges de la jeunesse dans une chose, où les plus grands dieux servent d'exemple ,

... Etsequimur magnorum exempla Deorum

et où il n'aura à craindre ni l’opposition d’un pére, ni le qu’en dira-ton, puisque leur commerce pourra se cacher sous les familiarités que la bienséance autorise entre un frére et une sœur. Enfin elle implore sa pitié, et le conjure de ne vouloir pas être la cause de sa mort.

Nec nos aut durus pater, awt reverentia amæ ,

Æut timOr irhpedient ; tantum absit causa timendi.

Dulcia fraterno sub nomine furta tegemus.

Est mihi libertas tecum secreta loquendi :

Et damus amplexus , et jungimus oscula coram.

Quantum est quod desit ? miserere fatentis amorem ,

Et non fassuræ , nisi cogeret ullimus ardor :

Neve merere meo subscribi causæ sepul-

chro (16).

Le porteur de cette lettre lui vint rendre compte bientôt de l’indignation de Caunus. Ce coup la terrassa, et la fit évanouir; mais dès qu’elle eut recouvré la connaissance, elle fit des plaintes qui marquèrent qu’elle ne se voulait point rebuter. Flle se blâma de s'être servie d’une lettre, et se figura que ses discours auraient pu avoir beaucoup plus de force, et que peut-être le messager n'ayant pas bien pris son temps, avait détourné lé bon succes,

Forsitan et missi sit quæedam culpa ministri :

Non adiüt aptè, nec legit idonea , credo,

Tempora , nec petit horamque, animumqne

vacantem.

Hœc nocuére mihi . .-. . « . 1. (x).

(24) Tbid., vs. 536. L'Amarillis du Pastor fido, sans savoir que la personne déguisée en fille für son amant, trouva néanmoins une grande différence entre ses baisers et ceux des autres filles :

Quando la leggia drissima Amarill:

Giudicando 1 miei baci

Piu di quell d’ogn’ altra saporiti , etc.

Voyez la Ire. scène de l'acte IT du Pastor fido. ag. 82, édition de Venise, en 1605, in-49.

(15) Ovid., Metam., Lib. IX, vs. 454.

(16) Tbid , vs. 558. 4

{an} Zbid, , vs, 600.

BYBLIS.

Elle s’avisa de tout ce qui la pourrait excuser dans ses nouvelles tentatives :

tant les passions sont inzénieuses à se flatter, tant eiles mériteraient qu’on les prit pour des animaux, et même pour ces sortes d'animaux qui ont Îe plus d'industrie à chercher leur vourriture! Elle résolut.de se déclarer de vive voix : elle parla, et reparla , sans que linutilité de ses prières la décourageât jamais. Caunus, las de refuser avant qu’elle fût lasse d'être refusée , abandonna le pays.

Si Ovide n’avait pas mérité en cet endroïit-ci, autant ou plus qu’en mille autres , la censure des grammairiens, qui onttrouvé qu'il s’arrêtait trop sur les détails, il aurait fait une peinture achevée. Lascivior aliguanto est Ovidius, inquit Fabius lib, 10. Institutionum, cap. 2 et nimius amator ingeni sui, etmox : Ovidii Medea videtur mihi ostendere , quantum vir ille præstare potuerit , siingenio suo temperare, quàm indulgere maluisset. Æ£t hic sanè fatendum est, lascivire ipsius ingenium , nactum scil. materiam sequacem et genio suo affinem (18).

Notez que je ne marque qu’une partie des traits dont il s’est servi.

(C) Antonin Liberalis raconte l'issue de la passion de Byblis un peu autrement qu’ Ovide.| I} dit que Byblis, recherchée en mariage par de grands partis, les méprisa tous; et que, ne pouvant résister à la furieuse passion qu’elle avait. concue pour son frére , elle résolut de se jeter du haut en bas d’une montagne. Elle était prête d'exécuter ce dessein , lorsque les uymphes touchées de compassion l'en empéchèrent. Elles firent plus ; car elles legdormirent profondément, et lui changèrent pendant ce sommeil sa condition humaine en la condition des immortels : elles la nommèrent la nymphe hamadryade Byblis, et l’agrégeèrent à leur communauté. L'eau , qui découlait de la montagne d’où elle avait voulu se précipiter , fut appelée les larmes de Byblis (19). D’autres prétendent que la fontaine qu’on appelait Byblis se forma où cette fille avait pleuré , et s'était pendue (20).

(18) Farnab. in Ovidium, Metam., lib. TX, vs. 5gx , pag. 2265.

(19) Katon. Liberalis, Metam. , cap. XXX.

(20) Photins et Parthepius, de Amatoriis Affect., cap. XI,

BYBLOS

(D) Quelques-uns disent... que Caunus L’aima.] L’une des narrations de Conon , desquelles Photius nous a laissé des extraits, porte que Caunus, ayant employé inutilement plusieurs moyens pour obtenir la jouissance de Byblis sa sœur, s’exila lui-même. On ne sut point ce qu'il était devenu.

Cela fit un si grand chagrin à Byblis, qu’elle abandonna sa patrie, et qu’elle se mit à mener une vie vagabonde ; enfin, elle se sentit si angoissée , Ipcs ToÛs dTengic iuépouc drayopeouca, Ob Jrustratos amores animo fracta (21), en considérant le mauvais succès des amours de Caunus, qu’elle fit de sa ceinture un licou , et se pendit. Caunus errant par le monde, vinten Lycie, où la naïade Pronoélui annonça que l’amour l'avait vengé, vu que Bybliss’était pendue. T& Te œuyeveYBévra Th BuGnd\ My, Lai oc éYphoaTo T@ époTi dixas'h :

c’est-à-dire, selon la version d'André Schot, Quæ Byblidi accidissent narrat, ulque amore sit coacta mori.

« Mariez - vous avec moi, ajouta - t- » elle, vous règnerez sur ce pays-ci.»

La proposition fut acceptée (22). Parthénius raconte , 1°, que Nicænetus avait débité que Caunus , aimant malgré lui sa sœur, .sortit du pays, et s’engagea à de longs voyages; et que Byblis fut, bien affligée de l’absence de son frère ; 2°. que la plupart des auteurs rapportent que ce fut elle qui aima Caunus, et qui le pria de ne faire pas le cruel; qu’il abhorra cette vilaine proposition, et se retira chez les Leleges, et y bâtit une ville qui fut appelée Caunas; et que Byblis, voyant d’un côté que sa passion durait toujours , et de l’autre qu’elle avait contraint son frère à sortir de son pays, fut accablée de tant de douleur , qu’elle se pendit à un arbre (23).

Le scoliaste de Théocrite a suivi la tradition la moins commune : ñs ( Bu- Énidoc) dit-il, épæobeic o Kaëüvos, drénre Minnroy (24). Etienne de Byzance a sui:

vi l’autre tradition, savoir que Byblis, amoureuse de son frère , s’étrangla à cause qu'il avait pris la fuite (25).

(21) Photius, Bibl. , codice CLXXXVWTI, pag.

423, et Narrat. 11 Cononis,

(22) Idem , ibid.

(23) Parthen., de Amatoriis Affectionibus , cap: .

(4) Schol. Theocriti ad Idyll. VIE p. 115.

(25) Steph. Byzautin. , in KaæÜvos ex edit.

Berkelii.

Hygin se contente d'assurer que la passion, qu’elle avait conçue pour son frère , la porta à se tuer (26). Eustathius dit la même chose(29); et voici deux vers d’Ovide conformes à la même tradition : | ‘Brblida quid referam, vetito quæ fratris amore Arsil, et est laqueo fortiter ulta nefas (28),

(E).…. D'autres en parlent d'une manière, qui ne déshonore, ni Byblis, ni Caunus.] Considérez bien la narration de Nicænetus rapportée ci-dessus : vous y trouverez seulement que Caunus, à son grand regret, fut amoureux de sa sœur, et qu'il s'absenta ; et que Byblis, très-affligée de cette absence , souhaita qu’il retournât , et pleura beaucoup sur ce sujet. Toutes ces choses sont compatibles avec la vertu la plus sévère; car on peut supposer que Byblis ne souhaita sinon que son frère se défit de sa passion, qui le tenait éloigné de la patrie.

Sentir une passion criminelle, et la combattre jusqu’à s'éloigner de l’objet que l’on aime malgré soi, n’est pas un crime. C’est un sentiment aussi involontaire que la douleur : on n’en est pas responsable, à moins qu’on

. my acquiesce ; et notez que Nicænetus

donne à Caunus le bel éloge d’avoir toujours aimé la justice : Kaüvoy #rix- Tev dei qiéovrTa Béuisac. Caunum peperit gaudentem legibus æquis (29).

(26) Hygin. , cap. CCXLIIT, pags. po.

(27) Eustath., in Dionys. Perieget. , Us. 533. (28) Ovid., de Arte amandi, Lib. I, vs. 284.

(29) Parthen. de Amatoriis Affect., cap. XI.

BYBLOS, ville maritime de Phénicie, entre Tripoli et Beryte , était située sur un coteau, et la plus ancienne ville du monde (a), si l’on en veut croire quelques auteurs (b), qui assurent qu’elle fut bâtie par Saturne, fils du Ciel et de la Terre. Malcandre et Astarté son épouse , qui ÿy régnaient, y firent un bon accueil à Isis, lorsqu'elle y alla pour chercher le corps d’Osiris que les flots de la mer

(a) Stephan. Bysant. in BéGnoc.

(b) Sanchoniatho, æpud Euseb,, Præpar, evaug. , Lib. 1, cap. X, pag. 37.

Es

avaient jeté sur cette côte (c).

Les grammairiens ont fonde sur ce voyage l’une de leurs observations étymologiques (A). Quelques habitans de Byblos contaient qu'Osiris avait été enterré dans leur ville, et que c'était en son honneur que l’on pratiquait les cérémonies qui passaient

our être faites en l’honneur d’Adonis(d). La ville de Gobel, ou Gebal, dont il est parlé au verset o du chapitre XXVII d'Ézéchiel , était celle de Byblos, si l’on en croit saint Jérôme (e); ce qui se peut confirmer par la version des Septante. On croit aussi que les Bybliens furent employés par Hirain, roi de Tyr, pour préparer les matériaux du temple de Salomon ( f). Ils se— couerent le joug des Tyriens , et s’érigerent en un royaume par— ticulier. Ils furent ensuite tributaires des rois de Perse (B). Cette ville ayant été subjuguée par Alexandre demeura soumise aux Ptolomees, rois d'Égypte, jusques à ce qu’Antiochus-le-Grand leur'éut enlevé la Phénicie, dont il fit une province du royaume de Syrie, l’an 3 de la 140°.

olympiade , le 536.de Rome (+).

Les guerres civiles ayant renversé ce royaume-là, Tigranes, roi d'Arménie, se rendit maitre de la haute Syrie; et alors il s'éleva un tyran qui établit son autorité dans Byblos. 11 fut decapité par les ordres de Pompée (h). Strabon, en disant cela, re-

(c) Plut., de Iside et Osiride , pag. 357.

(d) Lucian. , de De Syriâ, pag. 859, tom. IT.

(e) Hieron. , de Locis hebraïcis.

(S) Voyez le IIIe, livre des Rois, chap.

V, vers. 9.

(g) Voyez Polybe, au liv. F.

(A) Strabo, lib. XVI, pag. 52x.

BYBLOS

marque que Byblos , le siége royal de Cinyras , était consacrée à Adonis (C). La déesse Vénus y était particulierement honorée (D). Isis y avait aussi un temple (2). Byblos fut attribuée à la Phénicie maritime dans la division qui fut faite des provinces sous les empereurs chrétiens.

Ses évêques ont paru dans le premuer concile de Constantinople , et dans le concile de Chalcédoine. Les Génois la délivrerent de la domination des Sarrasins l’an 1106; mais elle retomba sous le joug des infideles après la victoire que Saladin

remporta sur les chrétiens l’an

1197 (k). Il y avait en Égypte une ville nommée BysLos, qui était très-forte. Cest ce que nous apprenons des extraits que Photius nous a conservés de Ctesias (7). Voyez aussi le Dictionnaire de Stephanus Byzaniinus.

(à) Plut., de Iside et Osinide, pag. 357.

(4) Voyez le père Noris, de Epochis Syro-Macedonum, dissert. IV, cap. ult., pag.

466 et seggqe

(2) Photius, cap. LXXIT, pag. 120, 121.

(A) Les grammairiens ont fondé sur le voyage d'Isis & Byblos l'une de leurs observations étymologiques.| Remarquons en premier lieu, que le mot EüGnoc signifie la plante qui fournissait la matière dont on faisait le papier, et rapportons aprés cela ce qu'ont dit les faiseurs d’étymologie.

Ils ont assuré que Byblos fut ainsi nommée , parce que ce fut le lieu où Isis pleurant Osiris posa son diadème, qui était fait, de papier (1). D’autres veulent que ce nom vienne de ce que le papier se conservait dans cette ville autant de temps qu’on voulait, sans se gâter en nulle maniére (2).

Consultez Étienne de Bysance, et l’auteur du grand Etymologicon.

(x) Stephan. Byzant,, in BuGaoc.

(2) Idem, ibidem.

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BYBLOS

(B) Les Bybliens furent tributaires des rois de Perse.] Arrien raconte qu'Enulus, roi des Bybliens, servait avec ses vaisseaux dans la flotte de Darius; mais qu'ayant appris que Byblos avait capitulé avec Alexandre, il abandonna le parti des Perses, et fut joindre ses vaisseaux à la flotte macédonienne (3).

{C) Strabon.….. remarque que Byblos , Le siége royal de Cinyras, était consacrée à Adonis. | Je m'en vais copier cet endroit de Strabon, pour faire sentir la négligence avec laquelle les anciens auteurs écrivaient.‘H wëv oûv BuGnos To Toù Kivupou féaoineroy, ip ci qoù Adwyidoc y TUPAVVOUMÉVHY nneudépors Iloumios menexirac ExeiVoy (4); c’est-à-dire, Byblos, la résidence du roi Cinyras , est consacrée à Adonis. Pompée la délivra de la tyrannie, en lui faisant couper la iéte. Voici le sens le plus naturel de cela. Cinyras avait établi le siége de sa tyrannie à Byblos; mais Pompée lui fit trancher la tête : et par ce moyen il redonna la liberté à cette

ville. Or il n’y a nulle apparence que Strabon ait eu cette pensée : et si c'était son sens, il serait d’ailleurs coupable d’une extrême négligence, puisqu'il nous ferait sortir de terre tout d’un coup un tyran nommé Cinyras , et qu'il nous laisserait là, sans nous en dire quoi que ce soit. Il n’a pas été obligé d’être plus long, silon suppose qu'il parle de l’ancien Cinyras, père d’Adonis ; car ce nom était assez connu. Je crois qu'il parle de lui; et sur ce pied-là, que feronsnous de son éxeivoy ? à quoi pouvonsnous le rapporter ? Notez que son traducteur latin a mal rendu le sep ëgs “Adwyidos, par in qu& sunt Adonidis templa. Pinedo a relevé cette faute (5). Voyons une petite négligence du père Noris : Ædonis, dit-il (6) , filius Juerat Cyneræ (5) apud Byblum regis, ut ex Plutarcho et Ovidio prænotavi.

Or il est certain que touchant cela il n'avait point allégué Plutarque , mais Strabon; et qu'Ovide, qu’il avait allégué, ne dit point que le père d’Ado-

{3) Arrian., Expedit. Alex. , lib. TI.

(4) Strabo , Lib. XVI, pag. 5ar.

(5) Pinedo, in Steph. Byzant., pag. 186.

(6) Noris, de Epoch. Syro-Maced., dissert, IV, pag. 460.

(7) Il fallait dire Ginyræe.

nis fût roi de Byblos , nile mari de la mère de cet Adonis. Il suppose que cette mère était fille du père d’Adonis, et c'était la tradition générale. Néanmoins l’auteur s'exprime de cette maniére : Cyneras fuit è vetustis Bybli regibus, qui ex Zmyrnd conjuge Adonim puerum formosissimum suscepit

(D) Vénus y était particulièrement honorée.] Elle y avait un temple, dans lequel on célébrait les cérémonies du culte d’Adonis. Lucieu en parle comme témoin oculaire : Eidoy dé xai ëv BuGn@ uéya ipoy Aopodirns BuGainc èv TO xai Ta bpyia éc Adi émiTenéoust Vidi etiam Bybli magnum Bibliæ Veneris templum, in quo ritus quosdam sacros in Adonidem peragunt (9), Il parle aussi d’un autre temple de Vénus, consacré par Cinyras, sur le mont Liban , à uue journée de Byblos (10). Il le fut voir. Le pére Noris estime que peut-être c’est le même temple que Constantin fit démolir (11), et qui était consacré à Vénus ÂAphacitide proche le mont Liban et la rivière d’Adonis (12). Je ne crois pas qu’il faille douter de cela, puisqu'Eusèbe remarque que le temple de cette Vénus était sur le mont Liban.

Au reste, le surnom d’Aphacitide était pris du lieu où ce temple fat bâti, comme l’observe Zosime (13) ; et apparemment c’est de cette Vénus que Macrobe parle dans le chapitre XXI du Ie", livre des Saturnales, etnon pas de Vénus Architide , comme portent les éditions (14). Il s’agit là du culte de Vénus et d’Adonis parmi les Assyriens , et l’auteur dit même, que le simulacre de cette Vénus était sur le mont Liban. Eusèbe remarque qu’il se commettait une infinité d’infamies d'homme à homme, et d'homme à femme , dans le temple que Constantin fit détruire (15); mais Sozomène

(8) Noris, de Epocb, Syro-Maced., pag 467.

{9) Lucian. de De Syrià, pag. 878, tom.

Be

(10) Idem , ibid. , pag. 880 , 88x.

(z1) Euseb., de Vitâ Constant., 4b. III, cap. LV. Sozomen., lib, IT, cap. F.

407 Noris, de Epoch. , Syro-Maced., pag.

(13) Zosim., Hist., Lib. I.

(14) Voyez Seldenus, de Diis Syris, synt, TI, cap. LIT, pag. 204.

sa Euseb., de Vitä Constant., lib, TIT, cap.

LF.

se contente d'observer que les gentils assuraient , qu'un certain jour de l’année , l’efficace des invocations faisait descendre du sommet du mont Liban un feu en forme d'étoile, qui s’enfoncait dans la rivière voisine. Ils prétendaient que ce feu était Vénus même, qu’ils appelaient Uranie (16).

(16) Sozomen., lib. IIT, cap. F.

-BIGOIS , nymphe qui avait écrit dans la Toscane un livre touchant Art d'interpréter les éclairs. On gardait ce livre à Rome , dans le temple d’Apollon avec quelques autres de cette na- ‘ture (a).

(a) Servius in Æo. lib. VT, vers. 72.

BIGOT * (Émeric), l’un des

plus savans et des plus honnêtes hommes du XVII®. siècle , était de Rouen (a), et d’une famille tres-illustre dans la robe (A). Il naquit l’an 1626 (b). L’amour des lettres le détourna des em plois publics : 1] ne s’occupa que de livres et de sciences : 1l augmenta merveilleusement la bibliothéque que monsieur son père lui avait laissée (B). On s’assemblait une fois chez lui toutes les semaines , pour des conversations d’érudition. Il entretenait commerce de lettres avec un grand nombre de:savans : ses conseils et ses lumières étaient utiles à beaucoup d’auteurs; et il travaillait de son chef au bien et à l'avantage de la république des lettres. Il n’a publié qu'un livre (C) ; mais apparemment :ïl

* Joly rapporte et transcrit l'éloge que fait de cet article Fr. Camusat , à la page 17 des Mélanges de littérature tirés des lettres de M. Chapelain, 1726 , in-12 dont il fut éditeur.

(a) Hist. des Ouv. des Sav. Mois de février 1690 , pag. 267.

(b) Là méme.

BIGOIS.

BIGOT

en aurait publié d’autres, s’il avait assez vécu pour y mettre la dernière main. M. Ménage dans le royaume , et Nicolas Heinsius dans les pays étrangers étaient ses deux plus intimes amis (D). Il n’avait contracté aucun des défauts que la science traine avec sot : il était modeste et ennemi des contestations.

En général, on peut dire que … c'était le meilleur cœur quily | eût au monde (E). Il mourut à | Rouen , le 18 de décembre 1689, âgé d’environ soixante-quatre | ans (c). Il a témoigné par son testament , qu'il mourait avec la même affection pour le bien des lettres avec laquelle il avait vécu (F).

(c) Gazette de Paris, du 24 décembre

(A) IT était de Rouen , et d'une famille très-illusire dans la robe.| Selon | le bel éloge que M. de Beauval lui a consacré dans son Histoire des Ouvrages des Savans (1), il était fils du doyen de la cour des aides , et d’une fille de M. Groulart, premier président au parlement de Normandie ;'et il comptait parmi ses ancétres deux présidens au mortier, un avocat général, et six conseillers au parlement.

Développons un peu cela; selon le détail que M. le Laboureur nous fournit.

Laurens Bicor , seigneur de Tibermenil, était avocat général au parlement, lorsque la ville fut prise sur ceux de la religion, l'an 1562. IL était catholique zélé, et 1l contribua de toutes ses forces à la penderie qui se fit alors à Rouen. Les historiens huguenots se sont plaints de sa rigueur. Il mourut le 13 de juillet 1570. Il était fils d’Ax- Troie Bicor, lieutenant général du bailli de Rouen , et il fut père d'HÈmery Bicor , seigneur de Tibermenil , qui

: fut pourvu en survivance de la charge de son père, avec dispense d'âge , par lettres du 17. novembre 1551, registrées au Parlement le 27 août 1552, et

(1) Au mois de février 1690 , pag. 266, 267.

BIGOT

V’exerça depuis l'an 1570 jusqu’en 1578, qu'il fut élevé à la charge de président au même parlement. Il s’étaitopposé en la même année à la proposition qui fut faite aux états de Blois , d’exclure de la succession à la couronne de France, le roi de Navarre, comme l’a remarqué M. de Thou, au

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