TOME NY
cel BOCCALIN.
minum genera, qui nihil ferè legibus, quas ipsi als imponunt, utantur, nimirum jurisconsultos, medicos , atque theologos : nulli enim magis in negotis ab jure , ab æquitate, discedunt quam J. C.; nulli tuendæ valetudinis rationent mins servant quare medici ; nulli conscientiæ acul/eos minùs metuunt quam theologi. Ltaque, qui justtiam , valetudinem , et conscientiam amitlere satagunt, juris doctorum, medicorum , theologorumque armicitias colant : quod tamen de iis tantum intelligendum, qui ea siudia non serid ac seduld, verbm in speciem, et dicis causd , profitentur (4).
(D) On a dit qu’il meéditait des discours politiques sur Tacite , lorsqu’il Jut assassiné.] I] fallait dire, non-seulement que ces discours étaient composés, mais aussi qu'on en avait fait à Genève deux éditions difiérentes.
Pour relever le prix de ces éditions, on a fait accroire au monde, 1°. que le manuscrit de cet ouvrage était une pièce trés-rare ; 2°. que le sénat de Venise avait gardé soigneusement l'original , jusqu’à ce qu’il en fit présent à la reine de Suède; 3°. qu’on avait trouvé moyen, avec mille frais et mille peines, de recouvrer une copie du manuscrit donné à cette princesse par le sénat de Venise. Pure forfanterie. Vingt ans avant l’arrivée de cette reine en Îtalie, ce manuscrit courait partout. Il y en a bien trente copies en diverses bibliothéques de delà les monts. L'auteur avait luimême fait présent de son ouvrage à plusieurs personnes, et nommément au cardinal Barberin à Kome , et au procurateur Morosini à Venise. Le cardinal fit présent de son exemplaire à l’académie des humoristes, et on en tira plusieurs copies. L’exemplaire de Morosini n’a pas été moins copié :
ainsi il n’était pas difficile d’en ache= ter des copies. Lé gouverneur d’un milord en acheta une, dont il s’accommoda à Genève avec un libraire qui l’imprima (5). Un gentilhomme allemand en apporta d’Ifalie un autre exemplaire environ le même temps, et le donna à un professeur de Tubinge. nommé M. du May, qui y joignit des remarques, et l’envoya à M. Leti à Genève. M. Leti le fit im-
(4) Nicius Erythrœus , Pinacoth. 41, pag. 277, (5) Ce futile sieur de Tournes.
primer chez le sieur Widerhol, et lintitula Bilancia Politica, et y joignit un troisième volume , auquel il mit son nom (6). Cet ouvrage de Boccalin n’a pas été estimé : M. Amelot de la Houssaye en parle avec beaucoup de mépris (7).
(E) ZL laissa des enfans.] Jai sa Pietra del Paragone Politico , imprimée à Paris l’an 1626, in-8°., et dédiée au cardinal de la Valette. Ce fut le fils de Boccalin qui la dédia à ce cardinal : lépitre dédicatoire est datée de Paris, le 10 d’avril 1626. Ce qui me surprend est d’y voir traité de posthume cet ouvrage -là; car j'ai vu une édition de l'an 1615 du livre de Poccalin , qui porte le titre de Pietra del Paragone Politico. Cela me ferait conjecturer que l’ouvrage, qu’on dédia au cardinal de la Valette, était une suite, ou une seconde partie de la Pietra del Paragone Politico. Je prie ceux qui auront du loisir, et plusieurs éditions en main, de vérilier ce qui en est. M. Giri avait publié sa version française de cet ouvrage de Boccalin , avant que le fils de l’auteur le publiât en italien, l’an 1626 (8). La version latine du même ouvrage, faite par Ernest-Jean Creutz, fut imprimée à Amsterdam, l’an 1642, in-12, sous le üitre de Lapis Lydius Politicus.
(F) On l’a mis au nombre des plagiaires.] Ce terme me paraît impropre, parce qu’on n'impute pas à Boccalin d’avoir dérobé le travail d'autrui, mais d’avoir prêté son nom pour mettre à couvert l’auteur véritable. Il a imité, dit-on, certaines personnes qui, pour épargner à leur patron ecclésiastique la honte d’avoir engrossé quelques servantes, disent que ce sont eux qui l’ont fait, et se marient avec la servante, résolus à l’adoption de tous les enfans qui pourront venir de la même main. On veut que le cardimal Cajetan soit le véritable auteur des livres qui ont paru sous le nom de Boccalin (9) ; et si vous demandez
(6) Toutes ces particularités sont tirées d'un Mémoire venu de bon lieu. On en garde l'original.
(7) Dans le Discours critique qui est au-devant de sa Morale de Tacite, et de sa traduction des six premiers livres des Annales de Tacite.
(8) Cela paraît par l'épitre dédicatoire.
(a) Scavenius, num. 89, affirme, apud Rhodium de Auctoribus suppositituis, pag. 42. Mo-
BOCCALIN.
pourquoi le cardinal Cajetan se dépouilla de son droit en faveur d’un autre, on vous répondra que ce fut afin d’avoir le plaisir de censurer et de mordre sans faire tort à sa dignité, ni sans se faire des ennemis. Je ne saurais croire que cela soit vrai; je croisseulement que Boccalin fit comme Térence : il communiquait ses pensées aux cardinaux qui le protégeaient (10), et il profitait de leurs avis et des pensées qu’ils lui suggéraient. Il se faisait un honneur de l'opinion qu’on aurait qu’il était aidé par de telles gens : c'était suivre le goût de Térence. Quemadmodum Terentio malevoli objiciebant, ipsum, in fabulis
Jfaciendis, Scipionis African, Lælüi
qui dictus est sapiens, et Furii Pü operd uti, assiduèque cum illis una scribere ; ita etiam de Trajano fama distulerat , in his actis referendis homines nobilissimos socios et adjutores habere. Verum id sibi non minuüs laudi ducebat, quam Terentius, qui gloriosum sibi putabat , id quod malevoli quasi maledictum vehemens existimabant, ac fit verisimile hæc cum illis eum communicädsse, quibus, ad notanda et animadverienda aliorum vilia, eadem esset volunias aique propensio (11). Quelques-uns , pour n’avoir pas assez pris garde à l’ordre du temps, ont dit que le cardinal Cajetan, qui disputa contre Luther , a fait les Ragguagli du Parnasse , et la Pietra del Paragone. M. Chevreau attribue cette faute à Jean Rhodius, médecin danois, et à Pierre Scavemius : il se trompe ; car ils prétendent parler d’un autre cardinal Cäjetan , et il les réfute par une mauvaise raison. Boccalin, dit-il (12), qui était fils d’un archilecte de Rome, fut saquetté à Venise par l'ordre de l'ambassadeur d'Espagne. Est-ce une preuve qu’il n’a pu prêter son nom à un ouvrage du car-
dinal Thomas de Vio, qui disputa
rhofius, Polyhist., pag. 81, rapporte ce sentiment. Voyez Placcius de Pseudonym., pag.
165, et Deckherrus de Scriptis Adesp. , pag. 253,
(10) Il dédic la première centurie des Ragguaghi, l'an 1612, au cardinal Borghèse, et la seconde , l'an 1613, au cardinal Cajelan.
(xx) Nicius Erythræus, Pinacoth. III, pag.
(12) Chevreau, Histoire du Monde, Liv. F, chap. IV, pag. 185, édition de Hollande, en
BOCHART
contre Luther ? Notez que Nicius Érythréus assure que Perenda, qui avait été secrétaire du cardinal Henri Cajetan, aida Boccalin à composer les Fagguagli (13).
(13) Nicius Erythr. , Pinacoth. IIL, pag. 131.
BOCHART (MarTraiEu), ministre du saint Évangile, à Alençon, dans le XVII°. siecle, a publié quelques livres (A) qui l’ont fait passer pour un savant homme.
Celui qu’il composa contre le sacrifice de la messe lui fit des affaires, comme le remarque M.
Daillé : un missionnaire , ayant trouvé plus à propos de le traduire devant les juges séculiers, que de répondre à ses raisons, s’avisa de lui faire une querelle juridique, sur ce qu’il avait donné aux ministres la qualité de pasteurs (a). Il n’y a point lieu de douter du fait ; mais il est fort apparent que M. Daillé ne s’est
as bien souvenu des circonstances (B). On a quelquefois confondu Matthieu Bochart avec son cousin Samuel Bochart (C), dont je vais parler.
(a) Daillé, Réplique à Adam et Cottiby, IIC. part., pag. 103.
(A) Il a publié quelques livres.] Les principaux de ses ouvrages sont un Traité contre les Reliques, et un Traite contre le Sacrifice de la Messe. Il a fait aussi un Dialogue sur les difficultés que les missionnaires faisaient perpétuellement ‘aux protestans de France , en vertu de ce qui s’était passé au synode national de Charenton, touchant la tolérance des erreurs luthériennes. Ce dialogue , étant tombé entre les mains de l'électeur palatin, lui parut propre à porter les princes de la confession d’Augsbourg, à travailler à la réunion des deux églises protestantes (1) ; ainsi il le leur fit voir pendant l’assemblée de Francfort. Cette bonne nouvelle étant venue
(x) Epist. dedicat. Diallact, Matth. Bocharti.
à la connaissance de l’auteur, lui fit enfanter un livre latin intitulé Diallacticon, qu'il dédia à cette altesse électorale. Il fut imprimé à Sedan , en l’année 1662, et contient un projet de réunion entre les luthériens et Îles calvinistes.
(B) On lui fitune querelle juridique, sur ce qu'il avait donné aux ministres la qualité de pasteurs... M, Daillé ne s’est pas bien souvenu des circonstances.| Je w’ai besoin pour le prouver, que de M. Daillé lui-même. Il veut que le missionnaire, embarrassé par le livre de Matthieu Bochart contre le sacrifice de la messe, ait mis Vauteur en justice l’an 1657; mais il convient dans l’une des tables de son livre, que le traité contre le sacrifice de la messe fut imprimé à Genève, l’an 1658. Il remarque dans la page 417 de la première partie de sa réplique, que cet excellent traité du sacrifice de la messe (2) fut mis en lumière il n’y avait que trois ans. Ce qu'il dit vers la fin de sa préface est une preuve certaine qu'il composait sa réplique en 1661, Il ne peut donc pas être vrai, que le missionnaire, qui fit un procès à Matthieu Bochart en 1657, trouva cela plus à propos que de réfuter le livre du sacrifice de la messe. De plus, M. Daillé déclare qu’il ne sait point, qu'avant le procés intenté à M. Bochart en 1657, on eût jamais porté plainte contre les ministres de ce qu’ils se qualifiaient pasteurs. Mais il ne laisse pas de faire mention tout aussitôt d’un arrêt du parlement de Rouen , rendu 22 ou 23 ans depuis l'an 1633, que les ministres de Charenton se donnérent la qualité de pasteurs de l’église réformée de Paris, dans l’approbation d’un livre (3). Cet arrêt du parlement de Rouen fut rendu sans doute sur la plainte portée contre le ministre Bochart; car autrement M.
Daillé se contredirait lui-même : il n’est donc point vrai que le procés fait à ce ministre tombe sur l’année 16537.
Il faut donc que M. Daiilé se soit mépris, et quant au temps que ce procès fut intenté, et quant au livre qui en fournit l’occasion. Il s’est mépris encore par un autre endroit, puisqu'il est certain qu’en l’année 1633 les agens généraux du clergé de France
(2) Ti le loue beaucoup en cet endroit.
(3) C'est l'Apologie de M. Daillé.
de se plaignirent de ce que M. Aubertin avait fait imprimer un livre, où il prenait qualité de pasteur de l'église réformée de Paris, et où ses collègues Mestrezat, Drelincourt et Daillé, signaient dans l’approbation , les deux premiers , pasteurs de l’église réformée de Paris, et le dernier, ministre du Saint Evangile de ladite église (4).
Sur cette plainte, le conseil privé donna un arrêt le 14 juillet 1633, ortant prise de corps contre M. Au- Pics , tt ajournement personnel contre ses collègues, avec injonction aux ministres de prendre la qualité à eux attribuée par les édits, et non autre (5).
{C) On l’a quelquefois confondu avec son cousin Samuel Bochart.] M. le Fèvre, docteur de Sorbonne, dans sa réplique à M. Arnauld pour ja défense de ses motifs invincibles, a cité le Diallacticon de notre Bochart.
Je ne pense pas qu'il puisse trouver mauvais qu’on croie qu’il l’a cru un ouvrage de M. Bochart de Caen. S'il avait su que deux ministres de ce nom ont écrit des ouvrages de controverse, ou du moins s’il avait su que l’auteur du Diallacticon n'est pas le même Bochart qui s’est rendu admiration de la république des lettres par son Phalég, ete., il n’eût jamais cité, comme il a fait plus d’une fois (6) , l’auteur du Diallacticon avec cet éloge, le savant Bochart. Qu’on dise tant qu’on voudra que le ministre d’Alencon était savant, et que M. ie Fèvre a pu l'appeler ainsi sans hyperbole, ni flatterie; je suis sûr qu'on ne persuadera jamais aux lecteurs intelligens que j'aie tort dans celte remarque.
(4) Foyez le Recueil des Édits pour le clergé. (5) Voyes la remarque (B) de l'article Au- 2ERTIN, dom. IT, pag. 514.
* (6) Pag. 27, 129.
BOCHART (SamuEL), ministre
de la parole de Dieu à Caen, aëte
.un des plus savans hommes du monde. fl était de Rouen, et de
fort bonne maison (A), et naquit
Pan 1509. La prématurité de ses
progres fut tres-grande : on en
peut juger par les quarante-qua-
ire vers grecs qu'il composa à
BOCHART
la louange de Thomas Dempster (a), qui les publia en 1612, à la tête de ses Antiquités romaines. Îl étudiait alors sous ce sa— vant Écossais ; et apparemment 1l était loge chez son oncle maternel , le fameux Pierre du Moulin, ministre de l’église de Paris (b).
Il fit sa philosophie à Sedan, et 1l y soutint des thèses publiques, Van 1615, qui lui firent beaucoup d'honneur, non-seulement à cause qu’il répondit bien aux argumens , Mais aussi à Cause de certains vers dont il les accompagna, accommodés à la figure d’un cercle avec beaucoup d’arüfice (c). On croit qu’il a étudié en théologie à Saumur , sous Caméron (d); et lon sait qu’il le suivit à Londres, lorsque la guerre civile eut dissipé cette académie. Il ne fit pas beaucoup de séjour en Angleterre, puisqu’on sait que vers la fin de l’an 1621 il était à Leyde, où il s’attacha- ardemment à l’étude de l'arabe sous Erpénius. 11 trouva dans la même université un professeur en théologie , qui conçut pour lui une estime tres-particuliere , et qui lui en donna des marques publiques l’an 1629, en lui dédiant son Catholicus Orthodoxus (B). Je parle de M. Rivet, qui était alors marié avec une sœur de la mere de notre Bochart. Celui-ci, étant en Fran-
(a) Ils sont dans la nouvelle édition des OEuvres de Bochart , en 1692.
(b) Tunc, msi memoria me fallit, hospitabatur Parisiüs apud avunculum Petrum Molinœum. Steph. Morin. de Bocharto ; et ejus scriplis. U
(e) Ils sont dans la susdite édition de ses œuvres, er 1092.
(d) Puto me didicisse quod Salmurii audiverit Cameronem, et eo præside 1heses
theologicas defenderit. Moriaus , de Bocharto , eL ejus scriplis,
BOCHART
ce, fut bientôt reçu ministre, et donné à l’église de Caen. La première chose de grand éclat qu’il y fit, fut de soutenir une longue conférence avec le père Véron , et d’en sortir pleinement victorieux *. Cet homme, muni d’une mission spéciale émanée de la cour pour disputer, et revêtu en quelque maniere de la charge de controversiste exploitant par tout le royaume, défia M. Bochart le quatrième jour de sep— tembre 1628, et ne cessa de criailler qu’il n’eût obtenu jour et lieu pour entrer publiquement en lice avec lui. La dispute se fit au château de Caen , en présence d’un grand nombre de personnes de l’une et de l’autre religion.
Le duc de Longueville, gouverneur de la province, s’y trouva aussi souvent que ses affaires le lui permirent, et il y eut des commissaires nommés de part et d'autre pour y assister. On disputa depuis le 22 de septembre jusques au 3 d'octobre, et l’on battit presque tout le grand pays des controverses dans les neuf séances consécutives que l’action contint. Les actes bien signés et collationnés en furent rendus publics de chaque côté : mais M.
Bochart ajouta du sien plusieurs choses, que lhumeur tumultueuse de son antagoniste avait empêché qu’on ne mit en ordre sur-le-champ; et il y joignit la dispute de l’eucharistie, et celle du célibat, que l’on était convenu d'examiner, mais que lon n'avait pas approfondies , à cause que Véron avait quitté le champ
* Joly demande de quel droit Bayle assure que la victoire resta à Bochart; mais il n’essaie aucunement de douner la moindre preuve contre.
oi de bataille (e). La réputation de ce ministre , laquelle jeta dès lors ses fondemens, s’augmenta beaucoup en 1646, par la publication du Phaleg et du Chanaan (CG). Il y traite, 1°. , de la dispersion des peuples causée par la confusion des langues; 2°., des colonies et de la langue des Phéniciens. Les recherches qu'il lui fallut faire pour travailler à ces ouvrages et à quelques autres , et qui l’obligerent à fouiller dans tous les anciéns auteurs, et dans les trésors les plus cachés des langues orientales, ont cette relation à sa qualité de ministre, qu’il ne s’y engagea peu à peu qu'à Cause qu'il avait entrepris de prè— cher sur la Genëse; car dès qu’il en fut au second chapitre , il fallut qu'il expliquât la situation du paradis terrestre. Les chapitres suivans l’engagerent à examiner l’origine des nations, et il y eut cent autres passages qui l’appliquerent à travailler sur les animaux, Sur les plantes, et sur les pierres précieuses de la Bible.
S'il avait assez vécu, il aurait donné des traités completssur ces matières; mais 1l n’a pu achever que ce qui regarde les animaux.
Onlimprima à Londres, en 1663, sous le titre d’'Hiérozoicon. Ses recueils sur le paradis terrestre, sur les plantes et sur les pierres précieuses , n’ont point été trou-, vés en état après sa mort qu’on en püt faire quelque chose. Tout le monde sait que la reine de:
Suède l’attira à sa cour (D), ét qu'il y alla en 1652. Il n’est pas besoin de parler en particulier de quelques écrits qu'il publia
(e) Adpersarius vadimonium deseruit.
Morinus, ibid.
5o2 en divers temps, et qui lui firent honneur. Par exemple, il publia une Lettre, en 1650, sur l'autorité des rois , et sur l’institulion des évéques et des prétres :
il en publia une , en 16671, contre le jésuite la Barre, touchant la tolérance du luthéranisme , décidée dans le synode national de Charenton; et il en publia une, en 1663 , où il montre par plusieurs savantes raisons , qu’z/ ny a point d'apparence qu Énée soit jamais venu en Îtalie. Il mourut à Caen, le 16 de mai 1667, ayant perdu tout d’un coup la parole et la connaissance, dans l’académie qui s’assemblait chez M. de Brieux. Ses papiers sont entre les mains de M. de Colleville , fils de sa fille unique (f), et ci-devant conseiller au parlement de Normandie. Il y a parmi ces papiers un grand nombre de sermons, écrits de la propre main de M. Bochart. Ce sont ceux qu’il a prêchés sur la Genese, depuis le premier chapitre jusques au verset 18 du chapitre
IX. On a ramassé autant qu’on a pu les Drssertations manuscrites de ce grand homme, et on les a jointes à la nouvelle édition que l’on a faite de toutes ses œuvres en Hollande, lan 1692 (E). M.
Morin , autrefois collegue de M.
Bochart , et à présent ministre de l’église française d’Amsterdam , et professeur aux langues orientales dans l’école illustre de la même ville, a joint à cette édition un discours (g), duquel
(f) Elle fut mariée avec un conseiller au parlement de Normandie , nommé M. de Coldeville. C'était un nom de seigneurie : celui de famille était Le Sueur.
(g) De clarissimo Bocharto, et omnibus ejus scripls.
BOCHART
je me suis servi pour la COMPO= sition de cet article. Ceux qui voudront voir les éloges qui ont été donnés à M. Bochart feront bien de s’adresser aux auteurs que
je leur indique (h). Sa science ,
quelque vaste qu’elle fût, n’était pas sa principale qualité : il avait une modestie infiniment plus estimable en lui que toute sa science. Aussi a-t-1l possédé sa gloire avec beaucoup de tranquillité, et à couvert de ces malheureuses querelles que tant d’autres savans s’attirent par leur orgueil, et par l’emportement de leur style. Je n’ai jamais oui parler d’un certain traité que M.
Ménage lui attribue (F).
(2) Colomiés, dans la Gallia orientalis, qu’il lui dédia ; Pope Blount , Gensur. celeb. auctorum; Spizelius, ir Infel. Literat. pag.
916 et seg,
(A) IL était de fort bonne maison. ] Son père, René Bocarr du Ménillet, ministre de l’église réformée de Rouen, était arrière-petit-fils de Jean Bocuarr, conseiller au parlement de Paris, en 1490, et petit - fils de Jean Bocxanr, qui plaida avec tant de force pour la Pragmatique Sanction (1), et fils d’E- TIENNE BocHarT, qui fit la branche du Ménillet. On peut voir dans le Dictionnaire de Moréri la parenté qui était entre notre Samuel Bochart , et les Bochart Champigni , qui ont exercé tant de belles charges dans la robe.
(B) Rivet.…. lui dédia son Catholicus Orthodoxus.] M. Rivet dédia ce livre à quatre personnes : savoir, à Pierre du Moulin, ministre et professeur à Sedan ; à Guillaume Rivet, ministre de Taïllebourg ; à Jean Maximilien de Langle, ministre de Rouen ; et à Samuel Bochart , ministre de Caen.
Il loue ce dernier de sa dispute contre Véron , dans laquelle , ui dit-il , vous lui montrdtes qu’il ne savait rien, ni en grec, ni en hébreu, et vous mîles un frein à son impudente sophistique rie, lequel il a tâché de secouer en
(x) Ce fut en présence de François Ex. : il combautit le concordat.
BOCHART
débitant bien des fables , selon sa coutume, sur ses vicloires imaginaires ; mais les gens sages n'Y ont pas été trompés , et vous avez découvert sa vanilé par votreréponse. Ceci peut servir de supplément au narré que j'ai fait de cette dispute tiré de M. Morin. On voit par-là que Véron s’attribuait la victoire. Au reste, en la même année 1629, M. du Moulin dédia son Anti- Barbare (2) à M. Bochart. Ce dernier l'avait averti d’une méprise , c’est que du Moulin ayant nromis ce traité de controverse, dans la table de la Nouveauté du papisme , avait oublié de le donner.
(C) Sa réputation s’augmenta beaucoup en 1646, par la publication du Phaleg et du Chanaan.] Ce sont les titres des deux parties de la Geographia Sacra de M. Bochart. On fit venir à Caen un imprimeur de réputation (3), afin que cet ouvrage fût plus correct, et qu'il sortit plus tôt de dessous la presse. S’il en faut croire ceux qui l’ont fait réimprimer à Francfort, in-4°. en 1681, l'édition de Caen est toute pleine de fautes, dont ils se vantent d’avoir repurgé la leur : 4b infinitis cpéuan, quibus exemplar Cadomi impressum refertum erat , purgatum. Îls joignirent à leur édition deux lettres de M. Bochart, l’une touchant l’épiscopat et le droit des rois, écrite à M. Morley, chapelain du roi d'Angleterre Charles IT ; l’autre écrite à M. de Segrais, sur la question si Enée est venu en Italie (4). La première de ces deux lettres avait été imprimée en 1650, comme je l’ai déjà dit, Spizélius n’en savait rien; car, après avoir cité une lettre de M. Sarrau, qui témoignait qu’il serait injuste de ne point rendre publique cette belle production de M. Bochart, il ajoute qu’elle est néanmoins demeurée dans les ténèbres (5). Je n’ai point de connaissance de l'édition de la Geographia Sacra, marquée par M. Pope
(2) C'est ainsi que le livre est intitulé, et, non pas l'Anti-barbarie, comme le disent le Catalogue d'Oxford, pag. 462, et M. Baillet, num. 176, $S 6 des Anti.
(3) IL s'appelait Jean Jannon. Voyez Steph.
Morin. in Dissert. de Bocharto, et ejus Scriptis.
(4) Voyez les Nouvelles de la République des Lettres, mois de juillet 1684, art. IF.
(5) Spizelius, in Infel. Litterat., pag. 023. Notez que dans l'errata il fait savoir qu'il a vu qu'elle a été jointe x l'édition de la Geograph, sacra , & Francfort , en 1674.
5o3 Blount comme faite à Cacn, in-folio, l'an 1651 ; et je ne crois pas qu’il y en ait eu de telle. Quant à l’Aierozoicon ( c’est le titre du volume de Animalibus Sacræ Scripturæ ), il fut réimprimé à Francfort, l'an 1675, et l’on en fit un abrégé l’an 1690, qui fut imprimé à Franeker. L'auteur de cet abrégé est un Hongrois nommé Vecseüs.
(D) La reine de Suède l'attira à sa Cour.] Jai oui faire mille sots contes de ce voyage de M. Bochart ; par exemple, qu'on lui fit un jour fort brusquement cette question dans la bibliothéque de la reime, que pensezvous d'un certain livre, qu'on nomme la Bible? On prétend qu'il prit la chose d’un ton aussi sérieux qu’il le devait, et qu’il fit un grand discours sur les caractères de divinité qui brillent dans l’Écriture; mais que les assistans ne firent que s’en moquer.
On ajoute que l’abbé Bourdelot avait fait accroire à la reine, que M. Bochart jouait admirablement de la flûte; mais qu’à moins d’un commandement absolu de sa majesté, il n’en jouerait pas devant elle; et que là - dessus, la reine , sans écouter les protestations d’ignorance qu'il lui redoublait, voulut absolument qu’il en jouât ; à quoi il obéit. Jai oui dire ces choses et quelques autres de même nature à une infinité de gens; mais, quand j'ai voulu les examiner de prés, je n’ai rien trouvé qui les doive rendre croyables. Jen parle néanmoins ici, afin d'empêcher autant qu'il me sera possible, que ceux qui entendront parler de ces sornettes n’y ajoutent point de foi. M. Huët, à présent évêque d’Avranches, qui alla avec M, Bochart en Suëde , a fait une relation fort gentille de ce voyage (6). Je l’ai citée dans la remarque (A) , citation (6), de l’article de ( François) BLonpez le mathématicien.
Cette remarque était achevée, lorsque le Ménagiana w’est tombé entre les mains : j'y ai trouvé ces paroles :
a C'était une belle chose à voir, que de voir jouer M. Bochart au volant avec la reine de Suède! La reine l'ayant pressé un jour d'y jouer avec elle, il mit manteau bas, et joua.
» Ses amis Jui en firent la guerre , et » Jui dirent qu’absolument il devait
(6) Elle est en vers latins,
501, » refuser dele faire (7). » J'y ai trouvé aussi que la reine avait résolu de se trouver à une assemblée où il devait lire quelque chose de son Phuleg ; mais que M. Bourdelot, pour le priver de cet honneur, tâta le pouls à la reine, et lui dit qu’elle avait de lPémotion, et qu’il fallait qu’elle prît un remède. Elle demeura donc au hit ce jour-là. Si le conte de la flûte avait eu quelque fondement , on le verrait dans le livre que je viens de cit+r.
(E) On a joint des dissertations à la nouvelle édition... de toutes ses œuvres... en 1692.] M. Moréri n'avaît pas tout-à-fait tort de donner quelque espérance que M. le Moyne publierait les manuscrits de M. Bochart ; car ilest certain qu’il songeait à cette nouvelle édition , et que n’ayant pas tout le loisir qu’il fallait pour entrer dans le détail de cette entreprise, 1l en commit les soins à M. de Villemandy , en lui promettant de Paider de ses conseils, et de lui fournir plusieurs lettres et plusieurs dissertations de M. Bochart. La mort Va empêché de s'acquitter de cette promesse. Mais, d’ailleurs , il est certain que M. Moréri s'est trompé lourdement dans cet article, soit quand il a dit que tous les traités manuscrits de M. Bochart étaient tombés entre les mains de M. le Moyne, soit quand il a dit qu’une affaire fâcheuse avait obligé M. le Moyne à sortir du royaume. Îl est de notoriété publique, qu’il ne sortit de France, qu'avec la permission de la cour, et qu’il ne tenait qu’à lui de demeurer dans son église de Rouen, qui faisait tout ce qu’elle pouvait pour le retenir. Il ne sortit du royaume, que pour venir prendre possession d’une chaire de théologie qu’on lui offrait à Leyde depuis long-temps. Il est vrai, qu’en 1674 on lui fit un méchant procès à l’occasion d’une demoiselle de la relision, qui, étant sortie de chez son pére, conseiller catholique au parlement, s'était sauvee en Angleterre ; mais ilest vrai aussi qu’aprés quelques mois de prison, il fut remis pleinement au premier éfat.
(F) Je n'ai jamais out parler d’un certain traité, que M. Ménage lui attribue.] I serait à souhaiter que
(7) Ménagiana, pag. 349 de la première édition de Hollande,
BOCHIUS.
M. Bochart eût publie ses recueils sur une matière aussi curieuse que l’est celle dont M. Ménage fait mention.
Elle roule sur certaines choses que l’on ne trouve qu’une fois dans les écrivains. Multa esse in Libris juris, ut libros cæteros taceam, singularia aique ul grammatici græci loqui amant puovApn , Sive ama&Ë £ipnuéve {quo titulo librum audio scripsisse Samuelem Bochartum ) quis nescit (8) ?
(8) Menag. Juris civilis Amænit. , cap. XX, pag. 09 , 100.
BOCHIUS (Jean), bon poëte latin, et secrétaire de la ville d'Anvers , naquit à Pruxelles, le 27 de juillet 1555 (a). Il fit ses premieres études à Lire et dans Aeth, et se distingua de ses camarades. 1] excella principalement dans la poésie; de sorte qu'on pourrait le nommer le Virgile du Pays-Bas (A). 11 enira chez le cardinal George Radzivil , et par ce moyen, il eut occasion d'étudier en théologie à Rome, lorsque Bellarmin y expliquait les controverses. Bochius assistait à ses lecons avec beaucoup d’assiduité. Il fit ensuite divers voyages : il vit la Pologne , la Lithuanie et la Moscovie. Ce ne fut point sans de fâcheuses incommodités et de grands périls (b) ; car en passant de Smolensko à Moscou , il fut si maltraité du froid, que ses pieds se gelerent entierement.
On parlait déjà de les lui couper, lorsqu'un chirurgien du czar trouva qu'il n’en fallait pas venir à ce remede : celui dont il se servit n’aurait peut-être point procuré la guérison, si un autre accident ne fût survenu. Bochius s’était fait porter au quar— tier des Livoniens, etily était
(a) Valerii Andreæ Bibl. belg., pag. 467.
(b) T2 en fait le récit dans ses notes sur le psaume CXLVII.
BOCHIUS.
encore, lorsque le grand-duc Basilides y entra en armes pour le piller (B). Bochius , saisi de peur , s'enfuit où :| put ; et apres avoir été dépouillé et battu , s’échappa des mains du soldat , et regagna son gite le lendemain.
Cet exercice hâta de beaucoup l'effet des remèdes. Étant retourné en son pays, il fit un poëme qui plut tellement au duc de Parme , que ce prince fit donner à Bochius la charge de secrétaire d'Anvers. Ce poëme était un Panégyrique du duc de Parme,
sur la prise de cette ville. Il a.
depuis composé plusieurs poésies de cour (C) : et enfin, il prit les Psaumes de David pour le principal sujet de sa plume. Il mourut avant que l'impression de ce qu'il avait fait là-dessus fût achevée (c) (D). Ce fut le 23 janvier 1609 (d). Quant à la Vie de David, qu’il avait écrite, il la publia en 1608. Il ne laissa qu’une fille. On fit imprimer à Cologne, en 16:15, un Recueil de ses EÉpigrammes , de ses Élégies , et de ses autres poèmes dispersés ; et l’on y joignit tout ce que l’on put trouver des Vers de Jean Ascagne Bochius , son fils , qui était mort en Italie à la fleur de sa jeunesse. François Swert , qui eut soin de cette édition , nous apprend que Jean Bochius, son bon ami, avait été malheureux en femme ; ce qui, dit-il, est assez la destinée des grands hommes (e).
(c) Melchior Adam, x Vitä philosoph., pag- 408.
(d) Idibus januar. Zdem., ibid. Val. Andr., Bibl. Belg., pag. 461. Moréri a mal traduit cela par le 15 de janvier.
(e) Matrimonio implicitus fuit non usque-
quaque felici ac concordi, quod ferè viris mag'nis commune. Swertii Ath. Belg., p.398.
(A) On pourrait le nommer le Vir gile du Pays-Bas.] I faut que je rapporte les propres paroles de Valère André, afin que l’on voie mieux avec quelle précipitation Moréri compilait son Dictionnaire. x poeticé palmam cœæteris facilè præripuit, aded ut alterum Belgii nostri Maronem nominare liceat (1). Dans l’exemplaire dont je me sers , la première lettre du mot Maronem n’a pas bien marqué; de sorte que, si l’on n’y regarde pas de bien près, on la peut facilement prendre pour un V : je m'imagine que l’exemplaire de M. Moréri a eu lemême défaut ; et qu’ainsi ila été cause qu’on a lu Faronem au lieu de Maronem.
Là-dessus on s’est souvenu que Varron a passé pour le plus savant des Romains, d’où l’on a conclu, que puisque Bochius a été surnommé le Varron du Pays-Bas, il fallait le déclarer célèbre par son érudition, lui faire
faire un merveilleux progrès dans
l'intelligence des langues savantes et dans toute sorte de doctrine, et ajouter qu'il se forma très-bien dans ioutes les sciences sublimes de la controverse, de la jurisprudence civile et canonique , etde la théologie scolastique. François Swert, qui l’aimait et qui le connaissait très-particulièrement, ne lui donne aucun éloge .
qui nous conduise à cette idée. Meichior Adam, et Valère André, qui le louent un peu plus , ne nous y conduisent pas pourtant; il s’en faut bien. Ce dernier ne dit pas même qu’il ait été surnommé le Virgile du Pays-Bas, mais seulement qu’on lui ourrait donner ce titre.
(B) LL s'était fait porter au quartier des Livoniens, lorsque Basilides entra en armes pour le piller] La raison ou le prétexte de cette violence fut que le patriarche des Moscovites se plaignit au czar que les Allemands, (et l’on comprenait aussi sous ce nom ceux de Livonie) , efféminaient le courage des Moscovites, et leur faisaient dépenser beaucoup d’argent pour diverses sortes de breuvages qu’ils leur vendaient. Quasi Germani, in quibus Livones , delicüis Moschos corrumperent , coctisque variis potûs generibus pecunid emungerent , et masculos animos enervarent (2).
(x) Val. Andreas, Bibl. belg., pag. 461.
(2) Melch. Adam, in Vità philos., pag. 498.
(C) ZI a composé diverses poésies de cour.] C’est ainsi que j'appelle, par exemple, la Description des honneurs faits aux gouverneurs du Pays- Bas, lors de la prise de possession, Celle qu'il fit du voyage et de l’installation d’Albert d'Autriche, et de son épouse l’infante Isabelle-Claire- Eugénie, ne peut pas avoir été impne lan 1595 , comme l’assure
alère André; car ils ne firent leur entrée qu’en 1599.
(D) h mourut avant que l'impression de ce qu’il avait fait sur les Psaumes fut achevée. | C’est Melchior Adam qui l’assure en termes précis deux fois de suite (3). On en pourrait néanmoins douter, si l’on s’en rapportait à François Swert , qui ne fait nulle mention d’aucun livre de Bochius imprimé depuis sa mort, excepté d’un recueil de poésies diverses. Outre qu’il remarque que les Obser-
s’ations physiques , morales, politi-
ques et historiques de Bochius, qui sont sans doute l’ouvrage sur le Psautier, furent imprimées l’an 1608.Mais qua on considère que Valère André,
ont l’ouvrage est sans comparaison moins fautif que celui de François Swert, donne à Bochius un ouvrage intitulé, Observationes physicæ, ethicæ, politicæ et historicæ in Psalmos, è græcis latinisque auctoribus, sans marquer l’année de l’impression, on ne saurait se persuader que l’année 1608, marquée par Francois Swert, soit bien marquée; et par conséquent, on s’imagine qu'il s’en faut tenir au narré de Melchior Adam, tout comme si l’auteur des Æihenæ Belgicæ n’avait rien dit.
(3) Melch. Adam, in Vitä philos. , pag. 498.
BODEGRAVE, village de Hollande sur le Rhin. Je n’en parle que pour corriger le Dictionnaire de Moréri, où l’on trouve que c’est un bourg célèbre par la bataille que les Français y gagnèrent contre les Hollandais l'an 1672. Cest une fausseté (A). On cite Baudrand : cest une autre fausseté (B).
(A) Moréri dit que c’est un bourg célèbre par une bataille... c'est une
BODEGRAVE. BODIN.
Jausseté.] I n’y à jamais eu, ni bataille, ni combat, à Bodegrave, entre les Français et les Hollandais. Tout ce qu’on peut dire est que sur la fin de décembre 1672, les Français assemblèrent une armée considérable pour pénétrer jusqu’au cœur de la.
Hollande, à la faveur des glaces; mais qu'un grand dégel , qui survint subitement , les contraignit de renoncer à leur entreprise. Le dépit qu’ils eurent de ce contre-temps les porta à des cruautés extrêmes sur les habitans de Bodegrave, l’un des postes qu’ils avaient occupés, et qu'il leur fallut abandoner. On trouve le détail de leurs barbaries dans un livre que M. de Wicquefortpubliasur cesujet(r).
(B)...... Moréri cite Baudrand.
C’est une autre fausseté.| Car M. Baudrand ne dit pas que les Francais aient gagné une bataille sur les Hollandais en ce lieu-là : il dit seulement que les Hollandais y furent maltraités par les Français, ubi Belgæ uniti malè habiti fuére à Francis anno 1672.
On ne l’a peut-être déjà dit que trop de fois : un traducteur, qui se hasarde de paraphraser , ou d’abandonner tant soit peu son original, doit savoir à fond la matière dont il s’agit.
Sans cela, il s'expose à des méprises d'autant plus blämables, qu'il est cause qu’une infinité de gens les imputent à ceux qui en sont très-innocens, je veux dire aux auteurs traduits. Cent exemples de ce désordre pourraient étre facilement indiqués,
(x) IL a pour titre : Avis fidèle aux véritables Hollandais.
BODIN (JEAN), natif d'Angers, l’un des plus habiles hommes qui fussent en France au XVI®. siecle, fit ses études de droit à Toulouse (a); et après y avoir pris ses degrés , il y fit des leçons de droit, avec grand applaudissement de ses auditeurs...
(b). IT avait dessein en ce tempslà de s’établir à Toulouse en qualitéde professeur en droit : et dans ce dessein ; pour Captiver
(a) Ménage, Remarques sur la Vie de P.
Ayrault, pag. 141.
(b) Voyez sa lettre latine à Pibrac, au devant de sa République.
BODIN
la bienveillance des Toulousains
il fit son oraison de Instituendä
in republicä juventute , qu’il adressa au peuple et au sénat de Toulouse , et qu’il récita publiquement dans les écoles de Toulouse. On a dit aussi que, dans ce méme dessein, il fit l’épitaphe de Clémence Isaure Ha gravée. à Toulouse en 1557 , sous la statue de cette Clémence (A).
Mais il préféra enfin la plaïdoirie à la jurisprudence , et quitta l’école de Toulouse, pour le barreau de Paris. Loysel et Sainte- Marthedisent que la plaidoirie ne lui fut pas glorieuse (B); et c’est sans doute ce qui l’obligea de quitter le barreau, pour s'adonner à la composition des livres, où il réussit admirablement. Il commença par faire imprimer son Commentaire sur les livres de la chasse d’'Oppian, et sa traduction envers latins de ces mêmes livres. On l’accuse d’y avoir été plagiaire (C). Je donnerai dans une remarque la liste de ses autres livres (D), et n’oublierai point ce qui concerne son Heptaplomires , qui n’a jamais été imprimée, et où l’on prétend qu’il débita beaucoup de choses impies. « Sa réputation » d'homme savant , et de bel es- » prit le fit souhaiter par Henri » ÏII(E), qui aimait les gens » de lettres, et qui se plaisait » dans leur entretien (d). Hen- » ri IIT appela donc Bodin au- » pres de lui : et comme Bodin » avait la conversation agréa- » ble; car il avait une grande » lecture, et il se souvenait
(c) Institutrice des jeux floraux de Toulouse , à ce qu’on prétend faussement.
(d\ Ménage , remarques sur la Vie de P.
Ayrault, pag. 145.
» de tout ce qu'il avait lu ; Hen- » ri IIT se plaisait dans sa con- » versation. [l eut d'abord tant » de considération pour lui, » qu'il fit emprisonner Jean de » Serre *, qui avait fail contre » Bodin un écrit injurieux, et » qu'il lui fit défense sur peine » de la vie de publier cet écrit » (e). Mais sa faveur ne fut pas » de longue durée. Ses envieux » lui rendirent aussitôt aupres » du roi de mauvais offices, qui » firent que le roi cessa de le » considérer. Ce fut en ce temps- » là que, se voyant caressé de » François de France , duc d’A- » lençon et d'Anjou, frere des » rois François IT , Charles IXet » Henri III, il prit parti avec » Jui. Le duc d'Alençon le fit son » secrétaire des commandemens, » un des maîtres des requêtes de » son hôtel ,et son grand maître » des eaux et forêts (*). Et il » le mena avec lui en Angleter- » re et en Flandres comme un » de ses principaux conseillers.
» Étant en Angleterre, 1l eut » le plaisir et la gloire de voir » lire publiquement dans l’uni- » versité de Cambridge ses livres » de la République(F), traduits » en latin par les Anglais; car » 1l les avait faits en français.
» Ce qui l’obligea de les traduire » ensuite lui-même en latin...
» L'Histoire de Flandre remar- » que que ce fut lui qui con- » seilla au duc d'Alençon de se
* Leclerc remarque que l'adversaire de Bodin, qui écrivit contre sa Republique , et fut emprisonné, n’est pas Jean de Serre, mais Michel de Serre, que Bodin lui-même
appelle pourtant en latin Serranus qui est le nom que J. de Serre a mis à ses ouvrages.
(e) Voyez la remarque (O), citation (69).
() Foyez l'abbé le Lahoureur, pag. 385 de son IT°. volume de Castelnau.
saisir d'Anvers *. Apres la mort du duc d'Alençon, arrivée peu de temps après l’entreprise d'Anvers , Bodin se voyant déchu de ses espérances , songea à sa retraite. 1] se retira à Laon, où il épousa »
une femme qui était sœur d’un magistrat (G). Il eut une charge dans le présidial de la même ville (H); et ce fut apparemment à cause de cette charge, qu’il fut député en 1556 par le tiers état de Vermandois aux états de Blois ; quoique dans la relation qu'il a faite de ces états, il ne prenne d'autre qualité que celle de député du tiers état de V'ermandois ( f). Il s’y montra bien intentionné pour les droits du peuple (T), et il a cru que cela fut cause qu'il n’obtint point une Charge de maître des requêtes, qui lui avait été destinée. Il eut le courage de s'opposer fortement à ceux qui voulaient que tous les sujets du roi fussent contraints à professer la religion catholique (g). Il représenta vivement , quecette demande était une infraction des édits, et qu’une telle infraction exciterait nécessairement la guerre qui avait été si souvent funeste à tout le royaume. La liberté avec laquelle il représentait cela, lui fit beaucoup d’ennemis ; c’est pourquoi , ayant aperçu qu'il y avait complot pour faire
passer cette demande , et que #
* Leclerc dit qu’au contraire Bodin n'avait pas été de l'avis du voyage en Flandre ; mais il conjecture cependant que voyant le voyage entrepris il aura conseillé l'occupation d’Anvers. |
(f) Ménage, Remarques sur la Vie de P, Ayrault, pag:. 146.
(g) Thuan., lib. LXIIT, pag. 183, ad ann. 1576. Voyez la remarque K).
BODIN
par un aveuglement du roi et des conseillers du roi, ceux qui eussent pu détourner cette mauvaise résolution n’osaient rien dire , il s’abstint de proposer son sentiment, qui lui était en particulier préjudiciable , sans servir de rien au public (z). Il y eut des villes qui se plaignirent qu’il avait passé sa commission ,
en s’opposant à la demande ;
mais le conseil du roi, qui examina ces plaintes, le disculpa (à). Chacun sait que dans les Ragguagli du Boccalin il fut condamné au feu comme un athée , notorio atheista , pour avoir dit dans ses livres de la République , qu'il faut accorder aux sectes la liberte de conscience (k). L’abbé le Laboureur, à la page 355 du IT°. volume de son Castelnau , a écrit qu’il » avait été lieutenant général de la table de marbre (2). Il est constant que , du temps de » Charles IX, 1l fut procureur du roi * d’une commission pour les forêts de Normandie (K). » Il avaitété de la religion : cependant, en 1589 , il persuada aux habitans de Laon de se déclarer. pour le duc de Maine (L), leur remontrant
ue Le soulèvement de tant de villes et de tant de parlemens ,
en faveur de MW. de Guise , ne
(k) M. de Thou s’est contredit, et a réfuté ceci lui-même. Voyez la remarque (}), à la
n, (ë) Ex Thuani lib. LXIII. Voyez la remarque (I), citation (31).
(k) Ragguagli di Parnasso, cent. I, cap.
LXIV, pag. 195. ÿ
() Ménage, Remarques sur la Vie de P, Ayrault, pag. 146.
* IL fit à cette occasion, dit Joly, un manuscrit cité par Montfaucon et intitulé :
Avertissement aux commissaires pour la réformation des eaux et forêts de Normandie.
BODIN
devait pas étre appelé rébellion mais révolution (m) * et il fit imprimer en ce temps-là une lettre sur ce sujet(n)...… Il mourut de peste *, à Laon en 1596...
dans: sa soixante-septième année {M), et fut enterré aux Cordeliers de la même ville , comme il l'avait ordonné par son testament (0). Il avait été carme dans sa jeunesse, si l’on en croit M.
de Thou ; mais M. Baudri ,avocat au grand conseil , et petitneveu de Bodin, a dit plusieurs fois affirmativement à M. Ménage , que M. de Thou avait été mal informé de cette particularité (p). I me semble qu'il y a autant d'hyperbole, dans les louanges que Gabriel Naudé a données à Bodin , que d’injustice dans le mépris que Cujas, Scaliger et quelques autres lui ont témoigné (N). Possevin n’est pas le seul qui l’accuse d’avoir écrit bien des choses qui sont contraires à la religion (0); et il y eut des gens qui le soupçonnerent de magie (g), et qui assurerent qu’il était mort juif (r). Notez qu'il se déclara assez librement contre ceux quisoutenaient
(m) Ménage, Remarques sur la Vie de P, Ayrault, pag. 1/7.
(n) Datée de Laon, du 29 de janvier 1590.
Là méme.
* Sur cette circonstance, Joly rapporte un passage tronqué par lui, d'un Borboniana alors manuscrit, et qui a depuis été imprimé dans le tome IE des Mémoires historiques, critiques et liliéraires de feu M. Bruys, 1721, deux volumes in-12. Voici ce qu'on lit à la page 258 : « J. Bodin mourut de la » peste, à Laon en 1596, assez vieux, et ne dit pas un mot de Jésus-Christ. T1 avait écrit et croyait que ceux qui avaient passé soixante ans ne pouvaient plus mourir de la peste. Cette opinion est bien fausse, »
(o) Là méme, pag. 148.
(p) Là méme, pag. 4x.
(g) Voyez la remarque (O), à la fin.
(r) Foyez ci-dessous la citation (66).
que l’autorité des monarques est illimitée (P); mais il ne laissa pas de déplaire aux esprits républicains. Je crois que ce fut, entre autres raisons, parce qu’il soutint d’un côté, qu'il y avait dans l’Europe quelques monarques absolus, et de l’autre, qu’il n'appartient à pas un des sujets en particulier, ni à tous en général, d’aitenter à l’honneurni à la vie de tels monarques , sort Par voie de fait, soit par voie de justice ; quand même ils auraient commnus éoutes les méchancétés, impiétés et cruautés qu’on pourrait dire (s). Ce sentiment ne paraît pas bien lié avec le dog me qu’il avait aussi soutenu , que la puissance de ces monarques a des bornes, et qu’ils sont obligés de régner selon les lois : mais après tout, on peut connaître dans l’une et dans l’autre de ces doctrines , qu’il avait à cœur le bien public, la paix et la tranquillité de l’état (Q). Les Allemands se plaignent beaucoup de lui , et le maltraitent. Voyez sur cela plusieurs passages dans les recueils de Magirus (4), et dans ceux de Pope Blount ().
Consultez aussi la Harangue de Thomas Lansius contre la France (x). Ily a néanmoins des Allemands qui lui attribuent un esprit et un jugement sublimes, et une trèes-grande érudition.
Voyez les mêmes recueils. Les Italiens se sont aussiappliques à le critiquer. Nous en avons des
(s) Bodin , de la République, Liv. IT, chap.
V, pag. 302 Ld
(#) Tobias Magirus, Eponymol., pag. 137 et seqq:
(#) Pope Blount, Gens. auctor., pag.
el scq,
(x) Pag. 301, 302.
preuves dans les Discours politiques de Fabio Albergati, dont la méthode ne plaisait pas trop à Bonifacio Vannozzi. Voyez le premier volume de ses Lettres, (y). Onfit à Bodin en Angleterre une réponse très-ingénieuse (R), qui pouvait lui faire connaître qu'il n'avait pas eu assez de prudence dans ses discours. Il-avait l'estomac si bon, qu'il ne fut jamais incommodé dans les voyages qu'il fit par mer (S). Son sentiment sur les comètes était un peu étrange. Voyez la remarque(O).
(y) Pope Blount, Gens. Auctor,, pag. 190
et suiy.
(A) On a dit... qu'il fit l’épitaphe de Clémence Isaure , gravée sous la statue de cette Clémence-| M. Menard l’assure dans ses Hommes illustres d'Anjou (1); mais Catel , dans ses Mémoires de l'histoire de Languedoc, a écrit que Bodin , estimé l'auteur de cette épitaphe, n’en était pas l’auteur , et que c'était Martin Gascon.
C’est ainsi que M. Ménage s’est exprimé : voyons les paroles de Catel. « Il » n’y a personne qui doute que l’in- » scription qui a été apposée au pié- » destal de ladite statue ne soit nou- » velle, et faite en l’année 1557, » bien que l’on doute qui est celui » qui Va faite; car quelques-uns di- » sent que ce fut Bodin, qui a écrit » le livre de la République, étudiant » à Tolose; les autres , que ce fut un
» nommé Dutil avocat : mais je :
» crois que ce fut un avocat nom- » mé maître Martin Gascon, natif » de l’île de Rhodes, qui était capi- » toul en ladite année, homme fort » bien disant en latin, suivant le té- » moignage du docte médecin Fer- » rier, lequel dans un petit poëme » qu'il a fait imprimer des excellens » hommes de Tolose, parle dudit » Gascon en cette facon :
» Apsaque de longis regionibus inclyta fama
» Gasconum adduxit Rhodium, Ciceronis
alumnum (2).
(3) Ménage, Remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 141. Frs
(2) Catel , Mémoires de l'Histoire du Languedec, pag. 40e.
BODIN
(B) Loysel et Sainte-Marthe ont dit que la plaidoirie ne lui fut pas glorieuse. | Wu ci-dessus les paroles d'Antoine Loysel (3), et joignez-y ce passage de Sainte-Marthe : /Veque pero quam Scrtplis comparaveral existumationemt præsentia sua minuebat , si quand in familiari hominum congressu de quäcunque re proposité& disertè copiosèque disputaret. Qu magis mirandum est, hominem ed facultate præditum inter nobiliores Curiæ Parisiensis advocatos locum obtinere non
otuisse : præserlim cum æquales haberet Brissonios, Pascasios, Püthæos, et alios complures , ingenii laude præstantes viros , qui amænioribus etiam disciplinis incumberent , nec ed minüs celebriter in fori Luce versarentur ( :
(C) ZE fit un Commentaire sur Oppian. ..... On l’accuse d'y avoir été plagiaire.] « Jacques Bongars , dans » une de ses lettres à Conrad Ritter- » shusius, commentateur et traduc- » teur d’Oppian, prétend que Bodin » avait composé cet ouvrage des écrits » de Turnèbe : ce qui paraît peu vrai- » semblable , Bodin n’étant pas moins » savant que Turnébe : et en 1555, » que Bodin fit imprimer son Op- » pian, dont il avait obtenu le pri- » vilége dès 1553, Turnébe étant » encore en vie; car il ne mourut » qu'en 1565. Cependant Turnèbe » lui-même, à la fin de son édition » d’Oppian de 1555, se plaint qu’on » lui a volé ses corrections sur cet » auteur. $'eptem ab hinc annis levi- » ter emendaveram Oppianum de Ve- » natione, partim animi conjecturé, » partim libri veteris ope. Eas emen- » dationes quidam usurpavit, et sibi » donavit : quas tamen non putabam » tanti, ut in furtivis rebus esse de- » berent. ÆEas à nobis vindicatas et » recuperalas esse nemo conqueri de- » bebit ; nam rerum furtivarum , le- » ge, æterna est auctoritas. Ce qui » apparemment doit s'entendre de » Bodin. Bodin, deson côté , se plaint » dans sa Méthode de l'Histoire, qu'on » s’est servi avec ingratitude de son » travail sur Oppian. Quos ego de » Wenatione libros, cùm latino versu » et commentariis illusträssem , qui-
(3) Dans lu remarque (A) de l'article de
(Pierre) AyrAuLT, citation (x), tom. I.
(4) Sammarth., Elog., lib. IF. pag. 92, 03.
BODIN
» dam grammaticus, quantum libuit de meo labore detrahens | iterùm pervulgavit. Guillaume Morel imprima en la même aunée 1555 la traduction en vers latins des livres d’Oppian de la Pêche, et les livres d’Oppian de la Chasse, en prose latine. Et c’est apparemment aussi de cette version des livres de la Chasse d'Oppian, dont a voulu parler Bodin (5). » Notez que la lettre de Bongars, citée par M. Ménage, se trouve aux pages 82 et 83 du Gallia Orientalis. Elle est datée de Francfort, le 4 d'avril 1600. Le père de M. Colomieés en avait recu une copie l’an 1648. Celui qui la lui avait envoyée la tenait de M. Gronovius le père, qui avait copié l'original à Nuremberg , l’an 1632, chez Nicolas Rittershusius , fils de Conrad. On voit dans cette lettre plusieurs choses désavantageuses à Bodin. Ce qui concerne le plagiarisme est concu en ces termes : Jam edidisse illum lectiones Turnebi in Oppianum pro suis, nemo nostrorum ignorat (6). Notez aussi que M. Ménage a donné pour le justifier une raison qui n’est pas solide. C’ests celle qu’il fonde sur ce que Bodin n'était pas moins savant que Turnébe.
Je crois qu’à tout prendre il a raisor ; car Bodin sans doute était plus habile que Turnèbe dans la jurisprudence, dans la politique, et dans l’histoire moderne; mais il lui était inférieur dans la critique, et dans tout ce qui s'appelle les humanités; or le livre dont il s’agit appartient à cette espèce de science.
(D)... Poici la listede ses autres livres. | Il publia sa" Méthode de l’'Histoire, Van 1566 , et son Discours sur le fait des monnaies, et Réponse aux paradoxes de Malestroit touchant l’enchérissement de toutes choses, et le moyen d'y remédier, Van 1568. Sa République fut imprimée in-folio, Van 15796*, et ensuite plusieurs fois
(5) Ménage, Remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 142.
(6) Voyez la Gaule orientale de Colomiés, pag. 83. Voyez aussi les Lettres de Richterus, pag. 205.
* Joly mentionne l’Abrégé qui en fut publié sous ce titre : Johannis Angelii Werdenhagen J. C. C. synopsis sive medulla in sex libros Johan., Bodini, Andegavensis, de Republicä , ui per quæstiones omnia succinciè ei nervosè explicantur. Amsterdam, J, Jausson , 1635, in-[2,
Brx
in-8°. (7), et lui donna une très-grande réputation. « Mornac en parle en ces » termes :
+ Jani Bodini gallicam Rempublicamz.
»” QT viderit, majus nihil fatebitur n erudité luce prisci sæculi.
» Gallis hic, olim quod Quiriti Tullius:
» Le président de Thou ne parle pas moins avantageusement de cet ouvrage ; quoiqu'il parle de l’auteur moins avantageusement : l’accusant de vanité , qu'il appelle le vice des Angevins (8). Opus magnum de Republicd gallice publicavit, in quo, ut omni scientiarum genere, non tincti , sed imbuti ingeniü fidem fecit, sic nonnullis , qui rectè judicant, non omnino ab oslentationis innatlo genti vilio vacuum se probavit. Ces grands éloges de la République de Bodin me font souvenir de faire part en cet endroit à mes lecteurs de ce que j'ai oui dire autrefois à M. Naudé , que la Rhétorique d’Aristote , la Poétique de Scaliger, la Sagesse de Charron , et la République de Bodin , étaient de tous les livres ceux qui étaient faits avec le plus d’art. En 1578, Bodin publia ses Tables de droit, intitulées :
Jurisuniversi Distributio. Elles sont imprimées à Lyon , par Jean de Tournes , pour Jacques Dupuy , libraire de Paris. Dans la Dédicace de la Méthode de l'Histoire 1l fait mention de cet ouvrage de droit en ces termes : Juris universi formam sic adumbravimus in tabulé quam tibi exhibuimus spectandam , ut ab ipsis Caussis SummMa genera , generumque partitionem ad infima deduceremus : e& tamen ratione , ut omnia membra inter se apta cohærerent. In quo verissimè à Platone dictum intellexi, nihil difficilius ac divinius , quam recté partiri, Il fit ensuite , en 1579, sa Démonoma.
nie des sorciers , qu’il adressa à Christophle de Thou, premier président du parlement de Paris : à la fin de laquelle il ajouta une Refutation du livre de Lamiis de Jean Wier , médecin da duc de Clèves *.
(7) Voyez la remarque (N), citation (48).
(8) M. Ménage se trompe; car M. de Thou veut parler des Français en général, et non pas des Angevins en particulier.
* L’épître dédicatoire étant datée du 20 décembre 1579, le livre ne peut guère avoir été
NO
5r2 » Il avait fait, en 1556 , une Æelation » des étais de Blois. Cette relation » a été imprimée , mais sans le nom » de son auteur, Et il fit peu de temps » avant sa mort son Théâtre de la » nature universelle. Outre tous ces » livres, il a fait un Dialogue des » religions , qui n’a point encore été » imprimé, intitulé #eptaplomeron , » siwe de abditis rerum sublimium ar- » cants. Il donne dans ce Dialogue la- » vantage à la religion juive ; ce qui » a fait croire à plusieurs personnes » qu’il était juif... Dans sa Méthode » de l'Histoire , au chap. 6, il fait » mention de son livre de Decretis.
» $ed hæc uberius in libro de De- » cretis disseruimus. Ce livre n’est » pas imprimé. Îl ordonna par son » testament , dout j'ai vu l'original , » que ses livres de {mperio , et Juris- » dctione , et Legis actionibus , et » Decretis, et Judicis , seraient brû- » lés : ce qui fut fait avant sa mort » en sa présence. Auger Ferrier, de » Toulouse, médecin et astronome, » et Jean de Serre de Montpellier , » et Pierre de l’'Hostail , écrivirent » contre lui. Il leur répondit sous le » nom de René Herpin , qui était un » homme de la ville d'Angers (9). »
M. Teissier lui attribuela version francaise de Ja ÂAarangue latine , que Charles des Cars, évêque de Langres fit aux ambassadeurs de Pologne, dans la ville de Metz, l’an 1553 10), et Consilium de principe rectè instituendo , et Paradoxon quod nec virius ulla in mediocritate, nec summum hominis bonum in viütutis actione consistere possit , et Historica narratio profectionis et inaugurationis Alberti et {sabellæ Austriæ archiducum , et eorum in Belgio adventiüs (11). I se trompe , à l'égard de ce dernier livre ; car Bodin mourut avant ce voyage de l’archidue Atbert, et de l’infante Isabelle-Claire-Eugénie.
Quaniau manuscrit que M. Ménage nomme Âleptaplomeron, etc., et duquel M. Huet à parlé dans sa Demon-
publié que l'année suivante, dit David Clément. L'édition de 1578, citée par Niceron, est donc imaginaire.
(9) Ménage, Remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 142, 143.
(10) Du Verdier Vau-Privas en fait mention à La page 654 de sa Bibliothèque francaise.
(11) Teissier, Addit. aux ÆEloges, tom. IT,
7ag.249.