‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 95 sur 109 · TOME Ill · texte numérisé non relu

TOME Ill

Cond

SES lecons .publiques , trouveront que Sainte-Marthe s'est plus avancé que Bodin ; car il décide que la République de Bodin était expliquée à Cambridge dans les auditoires publics :

Quem ( Andium ducem ) in Angliam secutus , cum illic E SUGGESTU PuBLICO sua scripla Ju‘enibus énarrari corperisset , ex hoc inusitatæ gloriolæ proventu non mediocrem vigiltarun suarum fructum sibi visus est collegisse (21). M Ménage a suivi la même idée.

(G) {se retira à Laon, où il épousa la sœur d’un magistrat.] « Il épou- » sa Francoise Trouilliart, veuve de » Claude Guyart, contrôleur du do- » maine du roi en Vermandois, et » sœur de Nicolas Trouilliart, procu- » reur du roi au bailliage et siége » présidial de Laon. Les articles de » son mariage sont du 25 février » 1576 (22). » Cette date montre qu'il est nécessaire de rectifier le récit de M. Ménage. Je m’y suis accommodé ; mais c'était dans la pensée d’en faire voir ici le défaut. M.

Ménage suppose que l'an 1576 est postérieur aux voyages que fit Bo‘in avec le duc d’Alencon en Angleterre et aw Pays-Bas : il prétend même que cette année-là est postérieure à la mort du duc d’Alencan ; mais c’est une grande fausseté. Ce duc alla en Angleterre lan 1579-11 y retourna l'an 1582 Il entreprit de se rendre maître d'Anvers l’an 1583 , et 1l mourut l’année suivante.

Il fallait donc dire ; non pas que Bodin , déchu de ses espérances après la mort de ce prince ;:se retira à Laon , et s’y maria ; mais qu'il retou:na chez lui à Laon , où il s'était marié l’an 1576. Notez qu’il eut trois enfans de son mariage, deux garcons, Elie et Jean , et une fille. I} survécut à Elie, et Jean mourut Jeune, sans avoir été marié. La fille tomba en démence , ne fut jamais mariée , et vécut plus de quatre-vingts ans (23).

(H) 4 eut une charge dans le présidial de Laon. ] « Le président de » Thou dit qu'ily fat lieutenant-gé- » néral. C’est au liv, CXVII de son His » toire. M. Ménard , dans ses Hom- » mes illustres d'Anjou, dit qu'il y » fut procureur du roi. M Joly, dans

(22) Sammarth., Elog. , Lib. IV, pag. 03.

(22) Ménage, Remarques sur la Viede Pierre Ayrault pag. 146.

(23) Idem , ibid., pag. 147 , 148

» ses Notes sur le Dialogue des avo- » cats de Paris de Loysel, et M. de » Mézerai , dans son Histoire de » France , disent qu’il y fut avocat du » roi. Sainte-Marthe , dans l’Éloge de » Bodin ,.dit, en général , qu'il y » exerça une charge de magistrature.

» Îlest certain qu'il y fut procureur » du roi, en la place du sieur Trouil- » liart son beau-frère. Il dit dans son » testament, qu’il est un des plus » pauvres procureurs du roi de » France (24).» Notez que M. de Thou suppose qu'il n’eut la charge de lieutenant général, qu'après la mort du duc d'Alençon.

(L) Æux états de Blois , il se montra bien intentionné pour les droits du peuple. 1] « Il y remontra avec une li- » berté gauloise, pour user des ter- » mes de M. de Mézerai , que le » fonds du domaine royal apparte- » nait aux provinces , et que le roi » n’en était que le simple usager. Ce » que le roi Henri IIf ne trouva point » mauvais , disant que Bodin était » homme de bien. Voyez la relation » de Bodin. Il y remontra aussi que » les députés FA deux corps ne pou- » vaient rien décider au préjudice du » troisième , et sur sa remontrance » les députés de l’ordre ecclésiastique » et les députés de la noblesse ; qui »-avaient été d'avis contraire , chan- » gèrent de sentiment ; ce qui fit dire » au roi Henri IT, que Bodin avait » été ce jour-là le maître dés états.

» Voyez le chap. 7 du liv. III de la Ré- » publique de Bodin (25). » Voyez aussi la lettre latine qu'il écrivit à Pibrac, et qui se trouve au-devant des éditions françaises de sa République :

vous y trouverez ce qui suit. Res ipsa planum fecit ; me in legatione ad Galliæ conventus pro populi commodis adversus. potenliorum opes , non sine capitis met periculo, dimicavisse :

ac primm omnium ne bella civilia ; popularis fundi calamitas , renovarentur , acerrimé restitisse : deindè auctorem Juisse ne quis è numero legatorum cooptarelur | qui populi rogationibus judicandis interesset : contra quam ab omnibus ordinibus und omnium voce décretum erat, cum res ipsa popularis ac speciosa videretur , esset

(24) Ménage, Remarques sur la Vie de P.

Ayrault , pag. 147, 148.

(25) La méme.

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tamen à populi commodis valdë aliena : ego ad collegium pontificum et patritios ire jussus, ordinis nostré decreto , illos à proposité suscepttque sententid deduxi. Cum verd prædia publica sub hast4 vendere , el quidem alienatione sempiternd , ac tributa duplicare specie levandæ plebis Propositum esset , idque modis omnibus tentaretur , nos tanto studio intercessimus ut cum nihilobtineri potuisset , rex ipse, Homaro Burdegalensium præside, Dureto præside Molineorum , Ripuario Aquüaniæ sindyco , ac plerisque aliis audientibus dixerit, Bodinum ab ejus commodis non modà dissentire , verüm etiam collegarum voluntates ac studia à se averteré consuésse. Silamen procurator regius tune Juissem , non aliter sentirem : quia necesse est si lien intumescat | ut caput ipsum, ac Ccætera membra contabescant. Quid igitur facere decuit plebis legatum ? Cüm autem nullis illecebris flecti potuissém , omnes penè Viromanduorum civitates , quæ me absentem , et certè repugnantem communibus suffragiis elegerant , litteris quorumdam persuasæ , procuratores ad conventus miserunt , ut Bodinum , si fieri posset, à suscepté legalione revocarent , quasi qui duplices in republicä religiones tueretur : sed non priüs procuratorias tabulas in comilio aperuerant , quam summd cune ignominid explosi fuére. Ex eo tamen quantum detrimenti meis rationibus allatum Sit, satis intelligunt , qui sæpius audierunt libellorum in regi& magistrum me designatum à principe antea fuisse.

Ce que M. de Thou narre touchant ces mêmes choses est très-glorieux à Bodin. Il dit que les cahiers des états ayant été présentés au roi, on proposa au tiers état de nommer douze ‘commissaires qui assisteralent à lexamen qui serait fait de ces cahiers au conseil du roi (26). On avait agréé cela au commencement ; mais la chose ayant été de nouveau examinée, Bodin opina qu'il ne fallait point en user ainsi , et conseilla à ses collègues de ne nommer aucun député , et de s'opposer aux députations que le clergé et ka noblesse voudraient faire. Il fut envoyé zëx deux

(26) Thuan. , Lib. LXIIT', pag. 187.

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autres chambres , et leur fit voir par plusieurs raisons le péril qu'il y avait à commettre à un petit nombre de personnes la décisioh de ce qui avait été demandé par tous les trois ordres du royaume ; que quand même les comraissaires qu on nommerait seraient à l'épreuve de la corruption, la présence du roi pourrait les intimider , les brigues et les instances des courtisans pourraient les séduire. On lui répondit , il répliqua , et enfin il gagna sa cause par la fermeté avec laqueile il fit entendre que le tiers état s’opposerait aux députations. Henri Ill fut fort fâché de cela , et en voulut du mal à Bodin, Ztaque rex Bodinum, quem unicè diligebat, et ob raram eruditionem ac multamvariarum rerum experientiam , dum èibum caperet, libenter audiebat , ab eo tempore non iam benigno vultu dignatus est, quod ordinibus prioris sententiæ mutandæ auctor extilisset , ele in re quantum ad cireumagenda ordinum ingenia momenti haberet , minüs grato rest experimento docuisset (2%). Ce prince fit représenter aux états la nécessité où il était d’aliéner une partie de son domaine : /Vecessitate , quæ potentissimum telum est, urgente , id licere contenderet, quippè clm constet salutem populi supremam legem esse debere (28) ; mais ils rejetèrent cette proposition : et ce fut Bodin qui les y détermina principalement ; car les plus considérables députés, corrompus par des promesses , chancelaient déjà. Pessimum de domanio affectatæ necessitatis obtentu alienando commentum , Bodino præcipuë auctore ( nam præcipu: jam promissis corruplti nutabant , ) evanuit ,. quod , si locum tunc habuisset, sub principe profuso ; miserè dilapidatum fuisset (29). Le même Bodin résista courageusement aux cabales des partisans de MM. de Guise , qui voulaient faire conclure la guerre contre les huguenots (30).

Inférons de ceci que M. de Mézerai se trompe , quand il assure que le roi joua Jes oppositions de Bodin à l’aliénation du domaine. Il confond deux choses qu'il aurait dû distinguer. La conduite de Bodin fut approuvée au

(27) Idem , ibid.

(28) Idem, Tbidem.

{29) Idem , ibidem, pag. 188, col. x.

(30) Idem, ihidem , col, 2.

conseil du roi, quand quelques villes se plaignirent de ce qu’il avait combattu la proposition de ne point souffrir deux religions dans le royaume.

Homines à factiosis subornati venerunt , qui Bodinum contra mandata sua intercessisse dicerent , quibus in consistorio regio auditis nihilominus pronunciatum est, Bodinum nihil nisi rectè fecisse (31). Cela fut antérieur aux deux affaires dont M. de Thou vient de nous parler , et qui firent perdre à Bodin les bonnes grâces de Henri IL. Remarquons aussi une contradiction de M. de Thou. Il dit dans la page 183, que Bodin ayant apercu que ses remontrances contre les complots de ceux qui voulaient enfreindre les édits de pacification seraient inutiles , s’abstint de parler sur cette matière. Cùm videret homo futuri providus , conjuratione fucté ed animos inclinare, et fatali regis ac consiliariorum ejus cæcitale effici, ut ab illis, qui prohibere poterant , præposterd prudentid in ed re dissimularetur , hujusmodi publicis sibi perniciosis et in publicum nihil profuturis admonitionibus deinceps abstinuit (32). Mais dans la page 168, 1l nous apprend que ce même jurisconsulte: s’opposa vigoureusement à la faction de MM. de Guise, lors même que les cahiers des états ayant été présentés au roi, il semblait que la commission des députés était expirée. L'opposition roulait sur le dessein de renouveler [a guerre contre ceux de la religion. Les partisans du duc de Guise avaient gagné le clergé et la noblesse : ces deux corps formaient souvent des conventicules pour éloigner les propositions de paix.

Bodin , qui, à causé que les députés de Parisétaient absens, se voyait alors à la tête du tiers état, s’opposa avec beaucoup de courage à ces pratiques (33) ; et quand on lui dit que la chose avait été ainsi résolue dans les états et que l'assemblée n'avait plus d’autorité , « Vous êtes donc des rebelles, leur répondit-il hardiment , « puisque » vous reconnaissez Que votre dé- » putation est finie ,; et que vous » ne laissez pas de vous assembler ; » mais je suis d’un autre avis : nous » pouvons encore présenter au roi

(31) Idem , ibidem, pug. 183.

(32) Zdem , ihidem.

(33) Summé fiduci& inlercessu, ibid. , p. 88.

» une requête : les assemblées où » lon traitait de la paix à Rome pou- » valent être moins solennelles que » celles où il s'agissait de commencer » une guerre .» Æt cüm illi ita in comniliis conventum dicerent , et postulaais semel regi oblatis nullas ordinum parles esse , quippè extinctis mandais , audacter respondit , in perduellionis crimen ipsos incurrere , qui cum potestatem agendi vel propri& confessione non habeant, tamer quotidiè conventicula celebrent : verum se aliter censere , et licere adhucregisupplicare.

ÎVam ut, etc.(34). I étaitnécessaire que je fisse voir la contradiction de M. de Thou : il avait diminué notablement, et sans sujet , l’honneur de Bodin.

(K) 11 fut procureur du roi d'une commission pour les foréis de Normandie. | « Maître Jean Bodin, avo- » cat au parlement de Paris, persua- » da au, roi Charles IX, que le droit » de Tiers et Danger était un droit » général sur tous les bois de Nor- » mandie , et se chargea des soins de » cette recherche, en qualité de pro- » cureur de la réformation. Il n° » eut presque point de famille dans la » province qu'il n’attaquât. IL in- » struisit, comme il le dit lui-même » dans ses écrits, jusqu’à quatre cents » procés ; et il poussa l'affaire jus- » qu'au point qu'il ne manquait plus » à l'exécution de son dessein, que la » dépossession actuelle de tous ceux » qui avaient des bois. Toute la Nor- » mandie fut émue de son entre- » prise. Le parlement s’assembla plu- » sieurs fois sur ce sujet. 1] nomma » des députés, et la noblesse suivit » son exemple. Enfin , le roi fut tou- » ché de leurs plaintes, et convaincu » par les raisons qui lui furent re- » présentées. Et, pour finir cette re- » cherche , qui avait duré plusieurs » années, il fit un édit en l’année » 1971, par lequel il ordonna l’alié- » nation des droits de Tiers et Dan- » ger qui lui appartenaient sur les bois de Normandie. Et, par ce méme édit, il reconnut que ces bois » étaient en petit nombre, et que le » revenu qu'il en tixait n’était pas considérable. Bodin, qui ne se pou- » vait rendre, s’opposa à l’enregistrement. Mais le roi donna une dé-

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