‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 96 sur 109 · D YO Ÿ · texte numérisé non relu

D YO Ÿ

(34) Thuan., ub. LXIIT, pag. 188.

BODIN

» claration , par laquelle, sans avoir » égard à son opposition et à ses pro- » testations qu'il déclara nulles, il » ordonna qu'il serâit passé outre à » l'exécution (35). » Ce passage m’a paru digne d’être rapporté tout entier , 1°. parce qu’il contient un. fait curieux et peu connu ; 2°. parce qu’il est propre à faire connaître le naturel de Bodin , Je veux dire son ardeur , son activité, sa vigilance et sa fermeté. Il va nous dire lui-même quelques circonstances de sa procédure, qui confirmeront la chose. Et me souvient que le roi Charles IX , ayant décerné ses leitres patentes l'an M. D. LXX pour la réformation générale des eaux et forêts de Normandie, qui tirait après soi la connaissance du plus beau-de son domaine, Les présidents et conseillers du purlement de Rouen furent interdits d’en connaitre : et combien qu’ils eussent remué ciel el terre pour empécher l'interdiction, si est-ce qu’enfin ils l’accordèrent après que je leur eus présenté les jussions réitérées , et que je tenais en procès vingt-deux conseillers, et le premier président à partie , pour les cas résultans de la commission : et tout de corps de la ville de Rouen, pour les droits qu'ils prétendaient contre le rot, et que c'était La cause pour laquelle j'avais obtenu l’interdiction (36). Ù

(L) ZE avait été de la religion : cependant, en 1589, il persuada aux habitans de Laon de se déclarer pour le duc de Maine. ] M. Ménage dit qu'il a su le protestantisme de Bodin par une de ses lettres à Jean Bautru des Matras , avocat célèbre du parlement de Paris (35). M. Colomiés a publié une partie de cette lettre dans sa Gallia Orientalis (338). Il est clair comme le jour que c’est la lettre d’un bon huguenot. Elle n’est point datée :

on y peut connaître seulement qu’elle fut écrite après la premiére guerre

(35) Gréard, Défenses pour les particuliers qui possèdent des bois en Normandie, contre la prétention des Droits de Tiers et Danger, cité par Ménage, Remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 146, 147.

(36) Bodin , de la République, div. TIT , chap. IT, pag. 381. Voyez-le aussi au chap. VIT du livre VT, pag. 1031.

(35) Ménage, sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 147:

(38) Pag. 56 et seqq.

BODIN. 517

civile; j'entends celle qui fut termi- ‘ née au mois de mars 1563. M. de Thou raconte que la ligue ayant envoyé à Laon l’ordre de ne plus reconnaître le roi Henri IIL, Bodin , qui avait été autrefois de la religion , et qui depuis n’en avait jamais été guère éloigné, loua la conduite de la ligue, et par le conseil de l’évêque harangua le peuple, et dissipa les scrupules et les craintes des habitans (39). Il n’épargna point au roi les noms de perfide et d’hypocrite , ni les mauvais augures. C’est, disait-il, Ze roi LXIII. de France : il sera le dernier , comme l'an climaterique LXIIT est ordinairement le dernier de La vie humaine. C’est ainsi qu'il poussa la ville de Laon à s’associer avec les ligueurs: il écrivit sur ce sujet (40) une lettre qui fut imprimée (41). Voilà comment les Nicodémites font quelquefois plus de mal qu’un ennemi déclaré. Ils savent qu'ils sont suspects : cela fait que , dans la crainte d’être perdus sans ressource , s'ils n’effacent les soupçons, 1ls temoignent plus de zèle pour le part qui prévaut, que ceux qui ont déjà donné assez de preuves de ce même zèle. Notez bien ces paroles de M. de Thou, videri regem huic regno Francico fatalem, et ultimum ex ed familid fore. Que voulait dire Bodin par ce présage ? Prétendait-il qu'Henri Il serait le dernier roi de la branche de Valois? Il ne fallait pas être grand prophète pour deviner cela à l'égard d’un prince qui était le seul de reste de cette branche, et qui était marié à une jeune femme stérile. Prétendaitil qu'aucun prince de la troisième race ne monterait sur le trône aprés Henri HI ? En ce cas , l'événement l’a démenti. Cependant M. de Thou fait un grand cas des prédictions de Bodin. « [l répara cette faute (42) par » l’admirable prédiction qu'il fit de » lissue inespérée de ces tronbles :

» car quoiqu'il n’y eût point d’appa- » rence de paix, il publia par avan- » ce l’année et le mois qu’elle devait » être conclue, et l'événement fut con- (39) Thuan., Lib. XCIV, pag. 262, ad ann.

1580. u (40) Au président Brisson.

(45) Thuan., Lib. XCIV, pag. 262.

(42) C'est celle d'avoir dit beaucoup de cho=

ses injurieuses au roi Henri IIT et au roi de Navarre.

» forme à ce qu’il avait prédit (43). »

(M) Z{ mourut... en 1596... dans la soixante-septième année. | Il témoigne dans son testament, daté du 7 de juin 1596, qu’il passe l’âge de soixante-six ans (44). Cela réfute ceux qui disent qu’il mourut l’au 1585 (45), et ceux qui assurent qu'il vécut plus de soixante-dix ans (46), ou qu'iln’en vécut que cinquante-cinq (49). Notez que l’épître dédicatoire de son Univer-

.sæ ÎVaturæ Theatrum est ‘datée de

Laon, le 25 de février 159 ela est un peu mortifiant pour ceux qui mettent sa mort à l’année 1585.

(N) Zly a autant d'hyperbole dans les louanges que Gabriel Naude lui a données... que d’injustice dans le mépris que Cujas , Scaliger, et quel.

ques autres lui ont témoigné. | Voici le jugement que Naudé faisait de Bodin dans un ouvrage qu'il publia en 1625. Ce premier homme de la France, Jean Bodin..….., après avoir par

‘une merveilleuse vivacité d'esprit, ac-

compagnée d’un jugement solide; trai= té toutes les choses divines , naturelles et civiles ,(se fut peut-étre méconnu pour homme, et eut été pris infailliblement de nous pour quelqueintelligence, s’il n'eut laissé des marques et vestiges de son humanité dans cette Démonomanie, qui a été fort bien jugée par le défunt sérénissime roi de la Grande-Bretagne , majori collecta studio quäm scripta judicio (*') : ce qui peut étre arrivé parce que ce grand esprit, qui entendait fort bien la langue sains

te, s’est amusé plus qu’il n'était à pro=

pos à la doctrine des rabbins et thalmudistes, quibus, comme remarque le jésuite Possevin (*?), hoc libro tam videtur addictus , ut ad eos sæpiüs recurrat quàm ad Evange-

lium (48). Naudé publia en 1627

(43) Thuan., Lib. CXVIT, pag. 71, cüé par Teissier, Addit., tom. IT, pag. 247.

(44) Ménage, Remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 147.

(45) Moréri, Hofman, Bucholcer , in Indice chronol., pag. 682; Paul Freher , in Theatro, pag. 895; Saldenus, in Ot. theol., pas. 567, (ou il ignore que notre Bodin soit l'auteur des Dialogues de Abditis rerum sublimium Arcanis,) sont de ceux-la.

(46) Thuan., Lib CXVTI, pag. nr.

(47) Ménard, cité par Ménage , Remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 147.

(*1) In libro de Siigilib.

(2) In Jadicio libr. Bodini.

* (48) Naudé, Apolog. des grands Hommes, chap. VIT, pag. 127.

son Ævis pour dresser une bibliothé-

ue ; et observa que, s’il est question de la République de Bodin, il faut in- Jérer qu’on la doit prendre, parce que l’auteur a été des plus fameux et renommés de son siècle, et qui a le prenier entre les modernes iraité de ce sujet, que la matière en est grandement nécessaire et recherchée au temps où nous sommes, que le livre est commun, traduit en plusieurs langues, et im-

primé presque tous les cinq ou six ans, (49). lez à cela ce qu’il disait à M.

Ménage”(bo) , et cequ'ila publié dans

sa Bibliographie politique (51), où il ne paraît pas être de sang - froid en louant Bodin, mais plutôt saisi du plus violent enthousiasme qui ait fait voler jusqu'aux nues les hyperboles des poëtes. Comme c’est un livre aisé à trouver, et que le passage qui concerne notre Bodin contient plusieurs lignes, jy renvoie mon lecteur, et n’en copierai rien. | Parlons du mépris de Cujas *. On apprend par une lettre de Bongars que Cujas ayant oui dire qu'il avait été censuré dans la République de Bodin, et n'ayant pu trouver cet ouvrage chez les libraires , l’'emprunta de Bongars (52), et déclama quelques jours après contre Bodin pendant plus de deux heures. Cette lecon de Cujas fut envoyée à Bodin, et l’obligea de mettre au-devant de la seconde édition de’sa République une épître latine où il maltraita Cujas. Il profita LA remarques de celui-ci; car il efaca dans cette seconde édition toutes les choses que Cujas avait censurées, eorum quæ Cujacius notaverat in istä

(49) Naudé, Avis pour dresser une bibliothéque, pag- 06.

(So) Ci-dessus , citation (9).

(51) Pag. 513 et seq. in edit. Rotterodam. , ann. 1692 , in-4°. / 1

* Joly reproche à Bayle de n'avoir pas bien détaillé la dispute de Bodin avec Cujas, en comparaison de qui Bodin n'est qu'un aventurier. Joly donne à ce sujet quelques explications et finit ses remarques par traiter de la religion de Bodin. C'était un hérétique, dit-il, qui n'avait échappé au massacre de la Saint-Barthélemi qu’en se jetant du haut d’une fenêtre. « Per- » sonne n'ignore, ajoute-t-il, que Bodin a été » aceusé de judaïsme; ce fait est éclairci dans » les Mélanges de Chapelain , depuis la page » 167 jasqu'a la page 180. » Les pièces qu'on trouve dans ces Mélanges consistent en trois lettres de Chapelain et deux de H. Conringius.

(52) Ce fut en 1596. Bongars était venu d’Alemagne depuis peu; pour étudier en droit sous

GCujas.

BODIN

alterd editione nec volam reliquit nec vestigium (53). Cujas répondit dans le chapitre XXXVIIT du livre VIII de ses Observations , et se servit de Panagramme Ændius sine bono, pour désigner son antagoniste. Voyez M.

Ménage , qui observe outre cela que Bodin avait maltraité Cujas sans le nommer, dans ces paroles de la préface . de sa Méthode de l'Histoire :

Hostium aspectum ferre non magis possunt, quam is qui in scholis Biturigum tantd cum glorid florebat : id est, strabo inter cæcos acutissimè cernebai. Cum in forum venisset, de levissim quæstione consultus obmutuit ; non sine acerbd& Riandi reprehensione (54). Notez en passant que Moréri, et plusieurs autres, qui disent que Bodin fut nommé Ændius sine bono , à cause de sa pauvreté, se trompent. Cujas, dans celte anagramme , ne faisait aucune allusion à la fortune de Bodin, il considérait seulement les dispositions de l’âme. Quelqu'un débite que la reine Élisabeth employa cette expression en parlant à notre Bodin ; et il cite Burgoldensis (55). Il se trompe dans sa citation ; car ce Burgoldensis dit seulement que cette reine l’appela Badin. Homo iste sine bono, sive Badin (uti illum Elizabetha Angl. regina appellavit), licitum esse putat suorum popularium dignitatem honesio mendacio tueri in su& Methodo Histor. c. 4 456). Un autre prétend que la manière. peu avantageuse dont Bodin a parlé des femmes au chapitre V du VIe. livre de la République, lui attira « une raillerie fort piquante...

» La reine Elisabeth, qui en faisait » d’ailleurs pourtant assez de cas, prit » plaisir a le faire passer exprès en » Angleterre, pour le renvoyer froi- » derent avec ces mots : Bodin , ap- » prenez en me voyant que vous n’é- » tes qu’un badin (57). » Un docteur de Louvain remarque que lorsque Bodin était à Londres, pour négocier le mariage de son maître Hercule , duc

(53) Tiré de la Lettre de Bongars à Conrad Ritiershusius, que Colomiés à publiée dans sa Gallia Orientalis.

(54) Ménage , Remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 144. .

(55) Diecman. , de Naturalismo, pag. 2.

(56) Burgold. , Notitia Rerum flmperii Romano-Germanici, part. 1, pag. 33. ,

(57) Ancillon, Mélange critique, tom. IT , pag, 5.

BODIN

d'Alencon (58), la reine avait accoutumé de l’appeler maître Jean Badin :

Pro Bodino solebat eum regina magistrum Joannem Badinum appellare (bg). Rien n'empêche de croire qu’elle n’ait parlé ainsi; car la cour alors n’était guère moins dans le goût des pointes que le peuple ; mais il est faux que cette princesse ait fait venir tout exprès cet écrivain, afin de le mortifier par cette turlupinade. Il fut à Londres à la suite du duc d’Alencon , son maître. Il y fut aussi en qualité d’envoyé de ce même duc.

Ce que Scaliger disait de Bodin était bien désobligeant. Bodinus patrem Jul. Scaligerum falso ignorantiæ matheseos arguit, ipse indoctissimus valdèque jejunus , cum quicquid à multis annis doctrinæ consequutus est, transcripserit ex aliorum laboribus, imd et ex meo libello in Varronem de lingud latind, cujus paginas integras suas fecit fur impudentissinus, el in unum velut chaos congessit, plurima scribens quæ ipse non in:

telligit. Denique librum de Methodo legendæ Historiæ inscripsit, in quo mhil mins quam ed de retractat, ut titulo suo nullo modo respondeat oratio, quod quidem Verrius Flaccus notavit in Originibus Catonis quæ nihilminüs inguirunt quam ltaliæ Origines. Porro , si quis velit in illum scribere, je lui dresserai tout son fait : neque enim mihi honoris loco ducam aliquid proferre quod meo nomine circunferatur (60). Vous voyez qu’il le nomme très-ignorant , et qu’il tiendrait à déshonneur de le réfuter. Quelle arrogance ! et qu’elle sied mal aux gens de lettres, quoiqu’elle soit fort commune parmi eux! Appelons de ce jugement de Scaliger à celui de M. de Thou; et si nous voulons disputer à Jean Bodin la qualité d'écrivain exact et judicieux, laissons-lui sans controverse un grand génie , un vaste savoir, une mémoire et une lecture prodigieuses. Les ouvrages d’où il a tiré sa gloire n’ont pas eu besoin des emprunts d'un commentaire sur Varron. Ils n'étaient pas d’une espèce à ti-

(58) M. Crenias, Animadv., part. I, pag.

93, n'a pas raison de critiquer ce nom et ce éitre.

(39) Libert. Fromond. Meteorolog., Lib. WF, sap. À, art. IV, pag. 240.

(62) Scaligerana prima, pag. 30, 3.

rer de là quelque éclat; et il y a lieu de croire que Scaliser et Cujas n’eussent pas été capables de produire ce qu’il fit avee tant de force aux états de Blois. |

(0) Possevin n'est pas le seul qui l’accuse d’avoir écrit bien des choses «... contraires à la religion. | Alléguons d’abord son panégyriste Naudé, qui observe que ceux qui ont écrit contre la République de Bodin n’ont été que des pygmées attaquant Hercule ; de sorte que cet auteur, hors de crainte de ce côté-là, ne doit redouter que les censures de Eglise. Scio equidem, Fabium Albergatum hominem ltalum, et Serrium, ac Augerium Ferrerium, Gallos (61), magnis conatibus, et libris ad id consequendum edilis, periculum illi ac ruinam intentässe : sed eventus docuit eundem fuisse istius pugnæ eventum, quem Py gmæorum cum Hercule : ut non jam ad miniatas alicujus ÆAttici aut Hyperattici ceras trepidare debeai , sed ad Ecclesiæ solius judiciunt ; cujus censuris quoniam vehementius urgetur, quäm inimicorum argumentis, hinc est, quèd ipsius libri evolvi minimé debeant, nisi obtenté prius et hunc et quoslibet auctores politicos legendi ; facultate (62). Un peu plus bas, il le blâme d’avoir trop commis les intérêts de la vraie foi, et il approuve à cet égardlà les plaintes de Possevin. Quibus ( quæstionibus ) certè compescendis dirigendisque ad finem religionis christianæ præceptis ac instituto consentaneum , sanè haud necesse erit , diversas inter se religiones committere ; quemadmodum non sine dispendio ve.

ræ pielatis superioribus annis fecére, Petrus de Alliaco cardinalis et episcopus Cameracensis, in opusculo quodam astrologico detribus sectis; Hieronymus Cardanus in libris suis de Sub.

ulitate, et Joannes Bodinus , compnsuo, sed nondum edito ( atque uiinam nunguäam edatur ! ) de rerum sublimium arcanis ingenti volumine ; quod equidem , jesuitam Possevinum non perperam de ipso judicium tulisse, ar-

(61) INotez que Bodin , au commencement de l'Apologie de René Herpin, fait mention, nonseulement d’un Ostatus Vasco, (c’est celui que M. Mévage, ci-dessus, citation (9), nomme Pierre l’Hostail, ) mais aussi d'un Andreas Frankebergerns Saxo, qui avaient écrit contre sa République.

(Ga) Naudæus , Bibliogr. Polit., pag. 23, 24.

gumento esse potest validissimo certè manifestissimoque (63). L'auteur du livre de Justd reip. Christianæ in reges impios et hœæreticos auctorilate accuse Bodin d'indifférence sur le chapitre de la relision, et de n'être pas contraire aux protestans, Unius viri indifferentis , et protestantibus non iniqui, testimonio comparationem hanc transigum (64). Le jésuite Martin del Rio soutient que la Démongmanie de Bodin est pleine d’erreurs , et que dan: l'édition même d'Anvers, que l’on donna comme corrigée, 1 reste beaucoup de choses dangereuses , et qui marquent la religion amphibie de Pauteur. Manent multa noxia, et quæ amdiguam auctoris fidem satis contesdantur, nncereque Legentibus possunt (65) C’est pourquoi , ajoute-t-il, cet ouvrage-là a été justement mis par l’inquisition de Rome dans le catalogue des livres défendus. Il promet de faire voir que le Theatrum universæ IVaturæ dun même auteur contient des dogmes si contraires à la théologie , que, pour le moins, on peut les qualifier erronés et entièrement téméraires. Notons que l’ouvrage de la République eut le même sort à Rome que celui de la Démonomanie, quoique l’on eût inséré dans la traduction italienne certaines choses que des amis officieux jugèrent capables de conserver à Bodin la réputation de bon catholique (66). Sa Méthode de PHistoire, et son Théâtre de la Nature n'eurent pas un meilleur sort auprès des inquisiteurs. Voici quelque chose de terrible : Ceux qui montent en chaire ici font des contes, déclament contre Bodin tout un sermon, et le déchirent, sans se souvenir que le vilain a été de la ligue, et est mort juif , sans parler de Jésus-Christ par les dernières paroles que j'ai en vers de lui (67). Voilà ce qu’on trouve dans une lettre de Jacques Gillot à Scaliger, datée de Paris le 9 de février 1607. Ce que M.

(63) Naudæns, Bibliogr. Polit,, pag. 33.

(64) G. Guillelmus Rossæus, de justâ Reiïp.

Auctorit., cap. IV, num. 3, pag. 104, edit.

Autverp., ann. 1502.

(65) Del Rio, Disq. magic, Lib. T, cap. ITT,

(66) Loscher, de Latrocinio in Script. publ., pag. 4x, apud Diecmannum, de Naturalismo, Pas" 4 à ° 1 .

(67) Épitres françaises écrites à Scaliger, pag. 439.

BODIN

Diecman a trouvé dans un manuscrit, et qu'il a inséré dans son ouvrage de ÎNaturalismo , est encore plus terrible. Vaudœus in àrorracuariw Gallico ex MScio laudati Patini mecum benevolè à Viro Nob. communicato , de hoc opere, « C’est un livre bien » fait, inquit, mais fort dangereux ; » parce qu’il se moque de toutes les » religions , et enfin conclut qu’il » n’y én a point. Aussi n’en avait- » il point lui-même : il mourut com- » me un chien, sine ullo sensu pie- » tatis , n'étant nijuif, ni chrétien, » niturc. ÆAlius adécrorus itidem in » MSC. Paiini :Bodin était un étran- » ge compagnon en fait de religion.

» Îl mourut de la peste, à Laon, en » 1596 , assez vieil, et ne dit pas un » mot de Jésus-Christ (66 ): » Je ne sais si ceux qui prêchaient contre Bodin dans les chaires de Paris, l’an 1607, avaient oui dire quelque chose des dispositions qu’il témoigna en mourant, ou des doctrines pernicieuses de l’Æ-ptaplomères. Scaliger ne pouvait comprendre d’où venait leur déchaînement. {{lud velim ex te scire, écrivait-il à Charles Labbé, vers la fin du mois de février 1607, quare pontificii tam acerbè quotidiè in Bodinum declament. Certè quod mancipium ambitionis fuerit, proptereä odio ullis esse eum non crediderim. Aliam subesse causam necesse esl, quam ex Le scire velim. Hujus igitur tam inopinati odii causam , et quare hominem pridem morituum canes ex tumulo eruanlt, néque ejus manes q'iiescere Sinant, à vobis expecto (69). Il ne faut pas oublier qu’aussitôt que la République de Bodin eut paru , il y eut des prédicateurs qui déclamérent contre lui. Lisez sa lettre latine du 13 de mars 1581, au commencement de l’Apologie de René Herpin. Vous verrez qu'il y remarque deux choses : l’une, que de Serres, qui avait publié contre Jui un million d’injures, en avait été châtié sévèrement ; l’autre, qu’encore que ceux qui médisent de quelqu’un en chaire soient aussi coupables que ceux quiloffensent par écrit, il y a néanmoins des prédicateurs qui ternissent impunément sa réputation et celle de plusieurs autres gens de

(68) Diecmannus, de Naturalismo, pag. 72.

(69) Voyez la Gallia Orientalis de Colomiés, pag. 86,

pas

BODIN

bien, S'erranus ille *, qui inaudiüto genere scribendi, ac probris inusitatis libellum complevit, ipsius principis jussu pœnas graviores dedit, quam optare potuissem. Ac tamelsi eodem scelere obligantur , qui publicis in concionibus nomen cujusquam læserunt, videmus tamen legibus solutos, non modù meam , sed elium optimi cujusque existimalionem impunè violare, qui prudenter ferendum putat ; quod au- Jerri non potest (jo).

ais il n’y eut personne parmi les cathoiïiques romains qui témoignât plus de chaleur contre ce jurisconsulte que le jésuite Possevin. Voyez avec quelle envie de censurer il épluche La Méthode de lPHistoire , et avec quels tours de sophiste il empoisonne des propositions qui peuvent avoir un bon sens. Son grand grief est que Bodin parle de Luther, de Caivin, et de Mélanchthon en termes honnêtes; et qu’il voudrait que l’on mît des bornes à la puissance papale (71). Voyez surtout le petit livre où Possevin a donné son jugement de quatuor Scriptoribus , Philippo la Nua, Jo. Bodino, Philippo Mornæo , et Nic. Machiavello (72). Il a prétendu que les ouvrages de Bodin étaient remplis d'un trèsgrand nombre d'erreurs, d'hérésies et d’impictés (73).

es protestans n’ont point gardé le silence sur les erreurs de cet écrivain ; Car, pour ne rien diré de Grotius, qui déclare que Bodin avait fait de grandes brèches à sa foi par ses habitudes avec les juifs (74), nous pouvons citer Méric Casaubon, qui avoue qu'il ne sait que croire de la religion de ce personnage, s’il se doit compter, ou parmi les catholiques, ou parmi les protestans (75). Le ministre luthérien qui m’apprend cela étend beaucoup plus ses doutes, et paraît fort disposé à croire qu’enfin cet auteur se dépouilla de tout sentiment

*% Voyez ma note sur le texte, pag. So.

(70) Apologie de Réné Herpin, folio 2 verso.

(71) Possevin., in Biblioth. Selectà , lb.

XVT, cap. IX, pag. 269, 2790, tom TI.

(72) IL fut imprimé à Rome, l'an 1597, et à Lyon, l'an 1593.

(93) Teissier, Additions aux Éloges de M. de Thou , tom. IT , pag. 248.

(74) Grotius, Epist, ad Cordesium, apud Colomes. , in Galliâ Orientali, pag. 85.

(55) Meric. Casauh. apud Diecmann. de Naturalismo , pag, à. | +

bot de christianisme (96). Il s'attache particulièrement à le convaincre d’avoir tout reduit à la religion naturelle. Un autre docteur luthcrien a remarqué qu'il, y a dans les discours physiques de Jean Bodin plusieurs choses qui doivent être en abomination aux chrétiens (77). IL observe aussi qu'on les débile sous le personnage de Théodore, et qu'un autre personnage , sous le nom de Mystagogue, répond assez froidement : 42 ne faut rien prononcer à la légère sur des sujets si difficiles, De rebus tam arduis nil temerè esse affirmandum. Je trouve en efiet que le Mystagogue de Bodin, à la page 222 du Théâtre de la Nature, édition de Hanaw, en 1605, emploie cette réponse : De rebus tam ardus , et à communi sensu remotis , nec lemerè quicquam affirmare , nec leviler cuiquam assentiri velim : mihi satis est certissimis argurmentis el ad assentiendum necessariis demonstrapisse cometas non esse incendia ab exhalationihus concepta. Cette réponse se rapporte à un seutiment fort étrange que Bodin venait d’exposer sous le nom de Théodore : c’est que les comètes sont des esprits qui, ayant vécu sur la terre pendant des siècles innombrables, et étant enfin parvenus au voisinage de la mort, célèbrent leur dernier triomphe , ou sont rappelés au firmament comme des étoiles brillantes. Cela est suivi de famine et de peste , etc., parce que les villes et les peuples perdent les gouverneurs et les chefs qui apaisaient le courroux de Dieu. Il est nécessaire que je mette ici ses parole. Democriti sentenlia in mentem mihi recurrit, ut existimem cometas esse illustrium virorunt rentes , quæ posteaguam insu merabilibus seculis viguerunt in terris, tandem obituræ, ut omnia quæ Oriuntur occasurmm minantur , CXITEMOS peragunt triumphos , aut in cœlum stellatum quasi splendida sydera revocanlur : ac proplereà sequuntur fames , Mmorbi populares, civilia bella, quasi civitates ac populi ducibus illis oplimis et gubernatoribus, qui divinos

(56) Diecmann., de Naturalismo, pag. 6.

(57 Joh. Henricus Ursinus, in sancti Jeremiæ Virgâ vigilante et OIà succensä, pag. 40, apud Th, Crenium, Animadv. Philolog. et Hist., part. IT, pag, 176.

furores placabant , desererentur (78).

Ilest visible qu'il y a une faute à iflustrium virorum | ou que Bodin donne à ces mots-là un sens tout partieulier ; car le sens ordinaire d’hommes illustres ne convient point à ce qui suit, c'est-à-dire, à ces siècles innombrables de vie passés sur la terre ; que Bodin accorde aux esprits dont il fait mention, Disons donc qu’il veut parler des génies ou des anges, et qu'il suppose qu’ils sont sujets à la mort. Vossius , en rapportant ce passage ,; a sauté deux ou trois mots trés-essentiels, viguerunt in terris. I] n'a pas laissé d'y trouver une impiété : Ubi quod animas mori ait, ditil (99), id si non aliud voluit dicere quam verba videntur sonare , sanè impietale summd non vacat. Tolerabilius quod ait heroum animas in sidera revocari. Cette omission est dans édition dont je me sers, qui est celle d'Allemagne, in-4°, Elle est aussi dans celle d'Amsterdam, in-folio, en 1668; car M. Crenius, qui rapporte ce passage de Vossius (80), avec l’omission du viguerunt in terris , cite cette édition d'Amsterdam. | Finissons par des paroles de M: de Thou, qui nous apprennent que l'on crut que Jean Bodin était magicien :

Postea | et Dæmonomaniam gallicè itidem scripsit, in qu& dum materiam ab aliis tantoperè agitatam adversus Joannis Wieri plerumque sententiam, enucleatius retractat, magicæ reti ac vetilarum isliusmodi arlium crimen minime effugit (81). | (P) ZZ se déclara assez librement contre ceux qui soutenaient que l’autorité des monarques est illimitée.] Il soutint que les monarques ne peuvent imposer des tributs sans le consentement du peuple; et qu'ils sont plus obligés à observer les lois de Dieu, et celles de la nature, que leurs sujets; et que les conventions qu’ils passent leur imposent la même obligation qu'aux sujets. Il dit que la plu-

part des jurisconsultes avaient ensei-,

gné le contraire, et qu’il fut le pre-

:(78) Budin., in Theatro Naturæ, Lib. IT, pag. 3244222,

(79) Vossius ; de Orig. et Prog. Idol., lib.

III, cap. IX, pag. 574.

(8o) Crenii Animadv. Philolog. et Histor., œart. IT, pag. 175.

(81) Thuan., uib, CXVIT, pag. 751.

ik

BODIN

mier qui osa combattre l'opinion de ceux qui écrivirent sur les moyens d'étendre les droits du roi. Voici ses paroles : Miror tamen esse qui putent unius potestati tribuere me plus aliquantum ; quäm deceat fortem in republicd civem : cum alibi sæpè , tum vero libro primo, capite octavo , nostræ Reipublicæ , eos ego qui de jure Jisei ac regalibus amplificandis scripsére, senteñtias primus omnium , et quidem periculosissimis temporibus refellere non dubitérim, qudd regibus infinitam supraque divinas et naturæ leges tribuerent potestatem : quid autem magis populare quam quod scribere ausus sum, ne regibus quidern licere, sine summé civium consensione, imperare tributa ? Aut illud quanti est quod item tradidi, principes arctiori vinculo divinis ac naturæ legibus teneri, quam qui sub impérium subjecti sunt ? Illos etiam pactis conventis perindè ut alios cives obligari?

Contra quam tamen omnes penè juris scientiæ magistri docuére (82). S'il n'avait fait que cela, il n'aurait pas offensé les esprits républicains; mais comme il soutint d'autre côté que les sujets ne pouvaient entreprendre de déposer uu monarque légitime, qui gouvernait tyranniquement, il y eut beaucoup de personnes qui furent choquées de sa doctrine. Il nous apprend la raison qui le porta à soutenir ce sentiment : c’est qu'il voyait presque partout les peuples en guerre contre leurs princes : c’est qu’on répandait de toutes parts une infinité d’écrits qui, en soutenant qu’on peut déposer les rois, et régler la succession des couronnes comme 1l plaît aux peuples, n'étaient propres qu’à ébranler tous les fondemens des sociétés. Il crut donc que son devoir l’appelait à s’opposer à des maximes qu'il jugeait si pernicieuses. Sed cùm videremubique subditosin principes armari, libros etiam, veluti faces ad rerum publicarum . incendia, palam proferri, quibus docemur principes divinitüss hominum generi tributos , tyrannidis objecté specie de imperio deturbare , reges item non à stirpe, sed a populi arbitrio peti oportere : easque disciplinas , non solùm hujus imperti , verum eliam rerum OMLUNE

(82) Bodin., Epist. ad Vidum Fabrum, in limine operis gallici de Republici.

BODIN

publicarum fundamenta labefactare :

ego boni virraut bon civis esse negavi suum priñcipem quantumvis lyranrun ulld ratione violare : hanc denique ultionem immortali Deo aliisque principibus relinqui oportere + idque cum divinis et humanis legibus actestimomis, tm etiam rationibus ad assentiendum necessariis' confirmavi (33).

Notez qu'ayant voulu dire que les protestans avaient bonne part à cette espèce d’écrits-là , il le fait d’une maniére fort modérée, et en disculpant Luther et Calvin. Voici ses paroles : « Derépondre aux objections » et argumens frivoles de ceux qui » tiennent le contraire, ce serait » temps perdu : mais tout ainsi que » celui qui doute s’il y a un Dieu mé- » rite qu'on lui fasse sentir la peine » des lois, sans user d’argumens ; » aussi font ceux-là, qui ont révo- » qué en doute une chose si claire, » voire publiée par livres imprimés, » que les-sujets peuvent justement » prendre les armes contreleur prince » tyran, et le faire mourir en quel- » que sorte que ce soit : combien » que leurs plus apparens et savans » théologiens (*) tiennent qu'il n’est » jamais licite , non pas seulement » de tuer, ains de se rebeller contre, » san prince souverain, si ce n'est » qu'il y eût mandement spécial de » Dieu , et indubitable ; comme » nous avons de Jéhu (*?), lequel fut » élu de Dieu, et sacré roi par le » prophète, avec mandement exprès » de’ faire mourir la race d’Achab » (84).» Il témoigne ailleurs assez de modération envers MM. de Genève, quoiqu'il crût avoir sujet de se plaindre de lPédition qui s’était faite de son ouvrage dans leur ville, Il ne descend pas dans le détail : il ne dit point, comme Possevin,que les Génevois changèrent beaucoup de choses dans cet ouvrage(85); il se tient dans une assez grande généralité. Vous allez vous en convaincre, si vous entendez

(82) Idem, ibid.

(2) Mart. Luth. Calvinus in Joannem, et in Instit., cap. ulum., lib. [V, sect, XXXI.

(2) IVe. Reg., cap. VI et X.

. (84) Bodin, de la République , div. IT, chap. V, pag. 305. .

(85) Genevates Bodinum reprehendehtes in libris ejusdem de Republic pleraque’immutérunt, Possevinus, Biblioth. , tom. II, pag.

le latin. Ælterum reprehensionis genus est eorum qui apud Genevates secundam editionem Reipublicæ nostræ promulgérunt : quam vel 1ÿpis mandare , suisque civibus ad intuendum proponere minimè debuerant, vel auctorem à éalumnid vindicare : st meminissent legis illius quæa S. P. Q.

Genevate lata ést nonis jun. MD. Lx.

qu sanctissimè vetitum est secundo capite, in eos scriptores invehi quos interpreiére. Quid autem à me scriptum est quod vel à privati cujusquam dignitate, vel ab illius reipublicæ majestate sit alienum ? A4 etiam laudavi quæ ab illis sunt laudabiliter instituta. Queæ verd reprehensione digna putérunt, abundè, ut nobis quidem videmur, et suo quisque loco.et ordine refutavimus, cum ed'quâ decuit animi temperantid , quam in illius civitatis scriptoribus plerique populi desiderare solent (86). Prenons garde qu'il fait une grande distinction entre les sujets d’un tyran d'administration, * et les princes étrangers : car il désapprouve que les sujets prennent Îles armes pour se délivrer de la tyrannie; mais il approuve que leurs voisins viennent lesen délivrer. « Il y a bien » différence de dire que le tyran » peut être licitement tué par un » prince étranger, ou par le sujet.

» EE tout ainsi qu'il est très-beau et » convenable à qui que ce soit, de » défendre par voie de fait les biens, » Phonneur et la vie de ceux qui » sont injustement afiligés , quand Îa » porte de justice est close ; ainsique » fit Moïse, voyant battre et forcer » son frére, et qu’il n’y avait moyen » d'en avoir la raison : aussi est-ce » chose très-belle et magnifique à un » prince , de prendre les armes pour » venger tout un peuple injustement » opprimé par la cruauté d’un tyran, » comme fit le grand Hercule , qui » allaitexterminant par tout le monde » ces monstres de tyrans , et pour ses » hauts exploits a été déifié : ainsi fit » Dion, Timoléon, Aratus , et autres » princes généreux , qui ont emporté » le titre de châtieurs et correcteurs » destyrans (87).» Richeome fait bien des réflexions sur ce passage de Bodin,

(86) Bodin , Æpist, ad Vidum Fabrum.

(87) Idem, de Republicâ , üb, IT, cap. F,

pag. 300. j

dans le chapitre XIII de son examen catégorique de l’Anti-Coton (88).

(Q) On peut connaître dans l’une et dans l’autre de ses doctrines sur La puissance des monarques, qu'il avait à cœur le bien public.] Il soutint la premiére, lorsqu'il vit que les flatteurs, ou les créatures d'Henri II, proposaient des choses d’où pouvaient naître de grands abus, à la charge et à l’oppression du peuple; et il soutint la seconde, lorsqu'il vit la France pleine de factions , et déchirée par des guerres civiles, qui firent éclore une infinité de manifestes et d’autreslivres où l’on sapait les lois les plus essentielles et les plus fondamentales du gouvernement. On parlait, et l’on écrivait touchant le pouvoir des peuples aussi librement que si l’on eût vécu dans un état démocratique, et l’on travaillait à réduire en acte ce pouvoir-là : on machinait la translation de la couronne. On approuvait même les assassins qui, sous prétexte de tyrannie, attentent à la vie des momarques. Cela ne pouvait être suivi que des plus affreuses désolations. C’est pourquoi Bodin , en s’opposant à une telle licence, se montra trés-affectionné au bien public. Qui regias opes et honores popularibus commodis posthabui, idem scriptis ac sermonibus execratus sum e0S qui lyrannidis specie suo principi manus afferre , deque regibus populi suffragio creandis rogationes promulgare , et à manibus degitimorum principum sceptra violenter extorquere conantur (89). Il eut le malheur de démentir ses principes après la mort d'Henri IT ; car il entra dans le parti de la ligue : mais la chute d’un pécheur n'empêche pas qué les bonnes actions qu’il avait faites ne soient bonnes.

(R) On lui fit en Angleterre une réponse très-ingénieuse.] « Bodin , » étant en Angleterre au voyage de » M. de Mompensier, se rendit odieux » aux Anglais, et indiscret aux Fran- » çais, pour sa Curiosité. Dinant en » la maison d’un seigneur du pays , ».il se jeta sur les prétentions des » princes à la couronne d'Angleterre, » et dit qu’une princesse en était l’hé- » ritiére présomptive, sinon qu’elle en

(88) Bodinus , de Republicà , 6. TT, cap. F, ag. 113 et suivantes.

{89) Bodini Epist, ad Vidum Fabrum,

BODIN

» fût excluse , comme née hors le » pays (*), par une une loi dont il » n’avait jamais su l’auteur ni l’ori- » gine, et n'avait pu apprendre où » elle se trouverait. fous la trouve- » rez, répond le seigneur anglais, » au dos de la Salique : repartie, » qui mit à rouet ce discoureur, et » lui fit connaître qu'il n’était pas » beau aux étrangers d’éplucher les » secrets d’un état.» Voilà ce qu’on lit dans la page 82 du Gallia Orientalis de M. Colomiés. Il cite ces paroles comme tirées de la page 239 du lle.

tome de l’histoire de Henri IV , composée par Pierre Matthieu. J'ai consulté mon édition (90), et jy ai trouvé, non pas Bodin étant en Angleterre au voyage de M. de Mompensier; mais , un homme docte qui avait suivi feu Monsieur au voyage d'Angleterre (91). Je suis sûr que cet homme docte est notre Bodin ; mais on aurait tort de dire qu’il alla en Angleterre avec M. de Mompensier : 1l y alla avec le duc d’Alencon qui, au temps de Pierre Matthieu , pouvait être qualifié feu Monsieur. M. Ménage ne s'accorde pas quant aux circonstances avec cet historien. Le sujet , ditil (02), du voyage du duc d'Alençon .en Angleterre était son mariage avec la reine Elisabeth. Bodin , s’entretenant un Jour de ce mariage avec un Anglais, cet Anglais lui dit que ce mariage ne se ferait point, les étrangers par une loi d'Angleterre étant exclus de la royauté d'Angleterre.

Bodin , qui était très-informé de toutes les lois d'Angleterre, comme de celles de tous les autres royaumes, n'ayant point de connaissance de cette loi, demanda brusquement à l'Anglais, où elle se trouvait : a quoi l'Anglais lui répondit brusquement aussi, qu'elle se trouvait au dos de la loi Salique :

ce qui depuis a passé parmi nous en proverbe. Je tiens cette particularité de M. du Puy. Notez qu’il y a dans Pierre Matthieu deux citations, et que M. Colomiés n’en rapporte qu’une(93).

(*) Quiconque est né hors de l'Angleterre ne peut rien prétendre à la couronne. Voyez l'Hist. de M. de Thou.

(ao) C'est celle de Genève, en x620, in-8°.

(o1) Matthieu , Hist. de Henri IV, à la Ie, Narration du livre VIT, pag. 527.

(92) Ménage , Remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 145.

(93) L'autre est,Noy. l'Ambassadeur de M, Hot

man,

Page 1