‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 104 sur 142 · TOME XII · texte numérisé non relu

TOME XII

■SI US. ^xj7

été l'aggreseeur , et qu'il n'avait fait que repousser les injures de ce critique. (Jelui-ci néanmoins porta ses plaintes aux magistrats , et employa toutes sortes de machines pour empêcher que la réponse de Réinésius ne fût publiée. Peut-on rien voir de plus injuste ? Numquam odio habui hominem ; sed calumniatorem et projectu~ simae proteruiai accusatorem ferre non tlebui tamen. Etiamnum'hodiè crêpant nutantque subsellia judicum apud nos , ad quos me , stultè querens ae injuriis quas ipse prior intulisset, deferebat , neque suât famœ satis cavens , diim meam maculare intenderet fl-oxxïc <p*vT*<ri'etc xet* ù*\,n*yopt*ç... Defensionem meam , quam à provocanlis impudentià imposita mihi nécessitas excusât , in amicoimm sinu deposui ( l3 )... Dixit quœ voluit ; œquum est ut audiat quœ nolet... Ex eo uero , quod Apologiam meam tôt adhibitis machinis , mendaciis etiam, supprimere annisus fuitt malam causam fovere judicatus est dudàm , et désignasse facinus , quod œternam nomini ejus inussit notant, y oluit nimiriim ut ipse de me censor sed ère possel , sed oLvuirwùUTQÇ voluit ut liceret sibi in me quiduis , mihi ne quidem hiscere contra ( i^). L'Apologie de Réinésius fut imprimée non-ob-»

stant les oppositions de l'agresseur.

Je tire ceci <r une lettre qui fut écrite le 7 d'août i653. Voyez aussi la lettre que Réinésius écrivit à Bosius,le 18 de janvier de la même année (i5).

Ce que je viens de rapporter , touchant les malheurs dont Réinésius se plaignait , semble être le destin commun des savans. L'histoire de leur vie et leurs lettres témoignent presque toujours qu'ils ont été engagés dans des querelles chagrinantes , ou la jalousie , la calomnie , l'emportement, les satires , l'esprit de faction, la fraude , et mille autres passions honteuses répandaient tout leur venin. Il semble que les gens de lettres sont ceux qui conspirent davantage contre leur propre repos et contre celui de leur prochain. Cela n'est propre qu'à inspirer du mépris et de

(13) Réinésius , epist. XLIV ad Dauminm , pag. iaa.

(14) Ibidem , pag. i»3.

(15) Epist. Thon»* Reinesll, et Job. Andr. Bo-

sii, pag. i3.

498 RÉiNÉSIUS.

la haine pour les sciences, ou du vaisseaux lymphatiques , les fibres du moins qu'a faire perdre la bonne opi- cerveau , cent autres organes dont les nion que l'on aurait d'elles. Les igno- anatomistes ne savent pas encore le

mon nue i vu - »»~"- — — ~ -n — — «•.

rans s'imaginent que s'ils avaient siège ni la figure, produisent en nous donné tout leur temps à la - lecture , bien des inquiétudes , bien des jalouils auraient appris à modérer leurs aies , bien des chagrins. Pouvonspassions , et à se guérir de plusieurs nous changer ces organes-là ? Sont-ils défauts qui les font agir injustement en notre puissance (17) ? envers leur prochain. Mais pour- (C) Des théologiens. . . Vont accusé raient-ils demeurer dans cette pensée, de s'être fait une religion particuliès'ils entendaient dire comment les re, composée de ce qu'il avait trouvé plus doctes se maltraitent les uns les de meilleur dans toutes les autres. ] autres , et se persécutent , et se plai- Un théologien de Wirteroberg, que gnent de leur malheureuse destinée? j'ai cité ci-dessus , assure que Rtiiné- Tirons de là cette conclusion , qu'il sius , qui allait au prêche des luthén'y a rien de plus difficile à acquérir riens, et communiait avec eux , parque la quiétude et la droiture de l'â- lait si mal de leurs docteurs , et de me. Une étude continuelle des bons leur doctrine , et de leurs livres hlivres semble très-propre à procurer turgiques ou symboliques , qu un ce trésor , et cependant elle le pro- adversaire déclaré l'égalait à peine, cure rarement, et amène très-souvent On conclut de là, ou qu'il était de la le vice contraire. Horace n'y enten- religion desprudens, ou cju îllafavodait rien lorsqu'il parlait de cette risait , attendu qu'il avait dit ouverfacon il me suffit de prier Dieu de tement qu'il suivait en certains points me conserver la vie , et de me donner une religion , et en d'autres points des richesses: je saurai bien moi-même une autre. Tarn sinistré sensit , tant donner la tranquillité de Vesprit. scabiosè locutus %st, de doctoribus et

professoribus ( lutheranarum ) par-

QuidsenUreputas?quidcredista,mce,pre- r ^ rf ipsâ doctrinâ , de SYm-

SU mihi, quod nunc est, etiam mirât* : utmihi bolicis libris, de dogmatibus m usdem ' vivnm contentis , ut vix quisquam ex mani-

Quod superestawi, si quid superesse volunt aduersariis taliter fecerit. Pro-

SU bona librorum et provisat frugis in annum bari hœc pOSSUnt ex epistolis , quas Copia : ne Jluitem dubice spe pendulus horat. arim ,55^ ciixiler , Coloniœ Bran- Sed satis est orare Jove,n,qui àonat, et au- ^nourgicœ publicavit , ubi COntemp-

Det»tam%°P<" • <*juum mt animumipse Ûm formularios VOcattheologOsF. C

parabo{i6). amplexos ; D. majorem seniorem ,

Il se trompait lourdement : la chose Grandionem , qui applausores nulles

pour laquelle il ne croyait pas avoir "> N.habeat ; ahos nominat Archi-

Chî lu secours de rieu éïait celle perecida, et lla conseq rei fc

beaucoup plus facile de parvenir par rehgcone , aitua m aua sequt <jo;. ïoïïnd wtfe a« hannLn et aux théologien avait explique en un autre ricVesses , qu'à la tranquillité de l'es- ce qu'il entendait par la religion prit Mai ,qdira-t-on , les honneurs des prudens. Voici le précis de son et les richesses dépendent de mille discours Un Hollandais di .un jour choses dont nous ne pouvons dis- que la région de Grotius était ce e

ci s "1 " e ™Ju„c . il p«r des cens doctes. Et quelle est cette

poser comme nous voulons il est J demanda-t-on ? Ils donc nécessaire de prier Dieu qu il »

les tourne à notre avantage. Je vous f m Ul , w ,

répondrai que le calme des passions, vs) JL . y

le repos de l'a me , le contentement pr*cipilfc unai (il parle du sage des statues )

de l'esprit , dépendent de mille cho- niai cbm pitaiu moiesu ett,

ses qui ne Sont point SOUS notre ju- se peuvent très-bien appliquer h l'âme; en sorte

risdiction. L'estomac, la rate, les que signifie l* tranquillité de v dm*.

(18) Andréas Carolun , Memorabil. eccles. f 16) Hor.i. , epi.t. XVIH, lib. /, infine. mii XVII , lift. VI, cap. XXXII, pag. 97.

RÉIHÉSIUS.

tenir à la décision des prud'Uommes ,

et il croit que c'est là cette religion pourrait les appeler en Jatin miscel-

des prudens qui est connue à peu de lianes (^4).

personnes , et que Ton vante beau- (D) Le titre de la plupart de ses

coup en France , et principalement ouvrages. ] En voici de médecine :

en Hollande. Sur cela M ullérus,théo- de Vasis umbelicalibus eorumaue rup-

logien de Hambourg (a i ), et Kromaier, turd observatio sineularis, à Leipsic ,

théologien de Leipsic (22) , tenaient 1624, in-^°. Chimiatria, hoc est me~

]>our certain que Grotius avait suivi dicina nobili et necessarid suî parte ,

l'autre, ce que bon lui semble, et Tac- ture : De Deo Endovellieo, à Altcincoramode à ses intérêts. On l'appelle bourg , 1637. 'lç-opoujuura linguœ Pula religion des prudens , parce que nicœ, conlrh Vittum PTolfrum, à Ailes sages de ce monde la choisissent tembour^ , i63t. Variarum Lectioavec beaucoup de prudence, croient- nu m libn très , là-même , m-4°. Deils , et la gardent autant qu'il leur Jensio variarum Lectionum, à Rosplaît : on l'appelle aussi la religion tock , i653 , in - 4°. Epistolœ ad

sent , eux qui cherchent aussi la li- Epistolœ ad Johannem Vorslium , à

berté en ce point-là , et qui se^ tour- Coin au pays de Brandebourg , 1667 ,

nent de tous les côtés. L'épithète de in.^% Epistolœ ad IVesteros pâtre m

philosophique lui est donnée à cause et jilium , à Leipsic , 1670 , in - 4°-

•gage de l'obligation de Epistolœ ad Christianum Daumium,

sur les paroles d'aucun maître : liber tiquarum cumprimis nomœ veteris homo philosophus , quarum omissa est recensio in vaslo

Nullius addictus jurare in verba magistri. Jani Gruteri opère , cujus isthoc dici

noms; dens est stiai

point dit queiqu.

philosophes éclectiques, fondée par touchant auelques autres livres que

platoniciens , ni stoïciens, ni péri- oni cie puune» ci ceux qui ne i oui pas

patéticiens, ni d'aucune autre faction été. 11 lui attribue^ Glossarium Vocum

particulière , mais ils prenaient dans barbaricarum ; Censurant nonnullo-

chacune ce qu'ils y trouvaient de bon, rum in SalmasiiExercitationibus Pli-

ct laissaient le reste. Voilà l'idée de niants. Commentarium in Inscriptio-

la religion que l'on attribue à Réiné- nés Gruteri ; Variarum Lcctionum

sius. (/était une religion de triage, lifovs sex; 'Is-oct^y* Medicinœ, vel

une mosaïque , un ouvrage de mar- suçcessiones et vitas Medicorum, et

(iq) Idem, lib. V , cap. LIfl , pag. 1088. // (a^) Miscellioncs appellantur qui non certte

cita Burgold. Nbt. rer. Imp. , part. 1 , 11. sunt sententiœ , sed variorum mixtofumejuc judi-

(*o)/nDiatr. Schol.,deAaûl. Grat.,p. 4:g. ciorum. Festus Pompcius.

(ai) AUiei». devict., pag. 45q. (*5) Voyez U Journal de Leipiîc , 168a , pag.

(m) Loc. Anti»ynrrct., pag. a7« seqj. .. . . „, ... .

U Andréa, C.ro,«„ ^ VI , cap. XXXII , ^^jfc^gU**,*****»

REYN1ER.

Zr tes six livres qu'il a composés de m-4*. <3o). On cotte cette édition diverses lecoûs , qu'il a fait aussi dans Lindemus renovatus , a la pa?e u ne censure sur leïExarcitations que a75, sous le nom de Fortunatus Fi- Saumaise a composées sur Pline ou de lis ; mais ou n'a point su que le Salin ■ et des commentaires sur les Schola Junsconsultonim , etc. , îmiwHptions de Gruter (u7) .Je ne puis primé â Leipsic, Fan'%, est le acquiescer à cela ; car il n'a paru que même ouvrage que celui detortunatrois livres de diverses leçons , et tus Fidelis, car on le donne a Reinefienore que Réinésius ait fait un li- sius à la page io*3. Je conjecture que Ire intitulé Censura E xercitationum l'édition de Leipsic, i6j4, ne diffère Plinianarum Salmasii. Je n'en vois de celle de 1679, qu'à 1 égard du aucune mention dans les préfaces de titre ; et que ne se vendant pas on ses ouvrages posthumes. Je ne doute y mit le nom de Réinésius afin d atpoint qu^il ne fût capable de bien tirer les acheteurs (3 1). s'acquitter de ce travail, et de tailler

de H besoene à Saumaise autant qu'à^ (3o) J'ai su cela par une lettre de M. Bourdeae la pesoRuc «• ^ . > ' lot premier médecin de madame la duchesse de

Barthius (38) 5 mais je ne sais s il eut SoJJ

ce dessein , et en tous cas je me per- ^ ^ deuus t Cltoto<m (3) de

suade que le public n en a point vu Varticie pIK*AO , dans ce volume, pag. 88. l'exécution. La censure sur les Exer-

citations de Saumaise n'a point paru : REYNIER (PlERRE DE ) , che-

^ïSïïJS^^JES valie, de l'ordre de SaintjJea» Gruter. Enfin , Moréri s'est tu à l'é- de Jérusalem était de 1 illustre eard dé plusieurs ouvrages certaine- famille des Reyniers de Toulouse, ment imprimés. Si l'on corrige son u fut tué\ l'an i3li,dans l'île de ^jtSSZ&ZZJïïS. Modes qu'OthoŒan , roi des inots. Turcs , assiégea cette année : ce

Il faut avertir mes lecteurs que les chevalier se signala dans ce siège libraires ont mis le nom de Réinésius ar une bravoure extraordinaire, alatéte d'un ouvrage dont i * avait £ f .j, donné des tins fait une seule ligne. M. Vitte par- v * * , . . r .

Te de cela afin <Tem?cchcr qu'on sonnes d'un mente distingue , n'accuse Réinésius d'avoir été plagiai- entre autres HÉLIE DE Reynier , re : Exiitquoque Lipsiœ y an. 1079 , conseiller au parlement de Lan-

subejus nomine ^»'u^n»î,|^ guedoc, l'an i523,qui s'est rentorum Medicina , relationum eius & ' 7 ^ ,

aliquot comprehensa , quibus prin- du recommandable par son grand

cipia Medicinœ in jus transsumta ex attachement pour son prince , professo examinantur. V srus autem dont je ^ ^tait aussi con-

libri IV in quibus en omnia, quœ in moiselle Marthe de Mmut , hlle Forensibus ac publicis causis Medici de messire Jacques de Minut , referre soient , plenissimè traduntur, premier président au même par-

prœler meritum plagiariis adscriba- senechal de Lauragois; JEAIf DE tur (29). M. Witte a oublié une cir- Reynier , mestre de camp. II constance essentielle , c'est que l'ou- res^e encore aujourd'hui de cette

(17) Confire* les Jugemen» det Savana , sur les maison , CHARLES DE R.EYNIER ,

Cntiques, nwn. 5a5. chevalier de Tordre de Saint-

es) Voyez, tom. III, pag. i5* , remarq. (K) ^ucvuiici w

<b l'article Bauthiui. Louis , lieutenant de roi et com-

Jbffoili Yjj ài™o*i0*n*h'lco>adannum mandant dans la ville et gouver-

RÉMOND. 5oi

nenient de Brouage (a) , qui a sous Tan 1600 *. Oo yeut qu'il

son frère conseil 1er au parlement n'ait point fait les ouvrages qui

de Toulouse (b). lui sont attribués (C), dont le

(à) II y est mort au mois de décembre plus considérable est VHistoire 1705. voyez le Mercure Galant du mois de la Naissance , Progrez et De-

JUTà)eÈui delà Fra^e.' cadence de V Hérésie de ce siècle.

Dihitrnivjrw \ / 1? * Il était l'homme du monde le

KJLMUIND (a) ( tlorimond de ), . . , • ,

w , * j d moins propre à réussir dans cette conseiller au parlement de Bor- r. r/Tkx , , • ,1

~ \ c j vvie entreprise (D), vu la haine qu 11 deaux , vers la nn du XV Ie. sie- r .1 •

1 Mi ' • , , , avait conçue contre le parti ou

cle * , se signala par des écrits -i • . » », , . ,*

. • • . ? r 1 1 ,. il avait ete eleve, etquun miviolens contre ceux de la reh- , j • ' , ,7

/Av T, , , t racle, pretendait-il , 1 avait obh-

crion (A), 1J avait ete huguenot » 1, V j nV • i

S^„e • 6- ce d abandonner. Mais quelque

dans sa jeunesse; mais, si on 0 • •» 4. u- * •

^-J» 'i r » *• ' ^ # mauvaise que soit cette histoire ,

I en croit, il tut retire de la 1( 1 ^ /»

~ a vvt a - 1 1 \ elle est devenue une fontaine pu-

gueule de l hérésie {b) par un , |j ue nanti té d'autres

miracle dont il fut témoin, l'an » 1(îue. P?Uîv (Juan 1 au r

. îu vt ^ • • 1 écrivains (/). On ne saurait dire

i aob. M. Moren qui en parle t • V • »

™ • ♦ 1 • j combien de gens y ont puise , et

ne connaissait point la scène de „ °-. *.J r

cette comédie *» : il dit que Ni- 1 on. ne Sa.Ur?'t ftre ™M SurP"S

cole Obri, native deVervins, fut fPres avo,,r ?u df ' ^coup d°

• » a r j , \ ti livres certains faits notables et

exorcisée à Loudun (c). Il se ! j > j

tromne ce fut à I aon - î'ai dit de Srande conséquence, de voir

II ULUUC « Le 1UI d IjaVll . 1 cil dit « «• 19 A. «<1

- ~ 1 • t vi qu'au heu d être renvoyé a des

ailleurs (rf) que le pere Labbe a * , 4i i> s

• i » r * ti actes authentiques «Ion est rencommis la même taute. Il y a , T- ï t?i •

* • i • . V , voye au témoignage de Flori-

lieu de croire que rlorimond de J i i t> ' j P\ i

„ . i ». «v- D mond de Kemond. Ouelques-uns

fiemond étudia sous rierre rla— -,. » -r* •«.* 1 j

i m | h ' j n i i disent qu il s acquittait mal de mus dans le collège de rresle , a i *• i i» i ■

t\ ' t ° , ' on devoir dans 1 exercice de la

Jraris. Je ne remarque cela que t »•• •. i

•i-i^ ^ charge qu il avait au parlement

pour avoir lieu de raconter une , tP j1 T

r, »-i 4 . i . i de Bordeaux (E). Les protestans

chose qu il raconte touchant le , j » r

i' . ~ j\ 'i , •/ /t>x "accusèrent de s y comporter

Page 1