‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 109 sur 142 · REZ · texte numérisé non relu

REZ

» et les petits : il convenait aux pre- » ccllent orateur au palais \ consul- » miers plus que nul autre par sa » tant judicieux daus sou oubinet $ » bonne raine , par sou affabilité , par » père et mari tendre dans sa famille ; » des manières qui sentaient Pnom- » ami essentiel et agréable j orne' en^ ' » me de condition : les derniers vou- » fin de toutes les connaissances na- » 1 aient aussi l'avoir pour défenseur, » turcllcs et acquises qui peuvent » parce qu'ils connaissaient son hon- » satisfaire le cœur de l'homme. Il » neur, sa bonté et son attention » ne dui manqua que de vivre plus » pour tout le monde. A l'égard des » long-temps : mais au milieu de la » uns et des autres , il remplissait » course la plus éclatante et des espé- » tous ses devoirs par une exactitude » rances les plus belles, il mourut » jusques dans les moindres choses, » d'une fièvre maligne, â^é de 4$ aris, >» et une fidélité à laquelle on ne pou- » le 7 février 1G9}» après sept jours » vait rien ajouter : les magistrats de » de maladie : il laissa de Magde- » tous les ordres , persuades qu'il ne » laine du Four sa femme , deux en- » pouvait sortir de sa bouche rien » fans, un fils et une fille. »

» que de vrai, l'écoutaient aveccom- (B) Le second éloge est tiré

» plaisance, aimaient à le voir, et d? une harangue prononcée au parle- » l'honoraient de leur affection la ment de Paris par un avocat- général.} » plus singulière. Accablé d'affaires, Voici la suite des paroles que. vous » il suffisait à tout par la règle et par avez lues dans la remarque précé- » l'ordre de son esprit : il n'y avait dente. « M. de Harlay , alors avocat- » point de contestations importantes » général portant la parole à l'ouver- » où il ne parût pour attaquer ou » ture du parlement de la même àn- » pour défendre : on le vit soutenir » née > se souvint de lui dix mois »» avec toute la splendeur de l'élo- » après sa mort, et le proposa pour » quence l'intérêt des princes de Lor- » modèle à tous ses confrères , dans » raine dans la donation de Mlle, de » des termes très-glorieux à sa mé- » Guise s on le vit ensuite soutenir » moire : les voici. (*) Pour mode- » 6on testament : ce n'était plus que » ivr la liberté véritable de votre pro- » nouveaux combats et nouvelles » fession , nous répéterons que ce n'est y> victoires : s'il manquait un avocat » pas une entreprise aisée ni un trait à un client , la cour le nommait » vail médiocre : c'est le fruit d'une » par un ordre supérieur, et lui con- j» étude ou plutôt d'une attention » fiait les droits abandoués. Les cran- » continuelle sur nous-mêmes, et de la » des affaires croissaient, et deve- » pratique exacte de plusieurs ver- » naient faciles entre ses mains; » tus. C'est ainsi que l un de vos con- » les difficultés les plus épineuses » frères , qu'une mort prématurée » disparaissaient dès qu'il les avait » nous a enlevé depuis peu de temps , » touchées^ et les juges portés à » avait acquis l'estime du public et » une décision par une voie sûre et » l'amitié de tous ceux dont il était » claire étaient certains d'embrasser » connu , et qu'il avait atteint dans » le bon parti. Tel il était au bar- » un âge peu avancé la réputation » reau , tel et plus aimable encore, » et l'emploi des avocats les plus » s'il se peut, était- il dans la société » consommés. Orné de ces grâces » et dans la conversation. Il n'y eut » extérieures que la nature seule » jamais un ami plus tendre, plus » peut donner, il portait sur son » sincère, plus officieux, un meil- » front le caractère de la probité et » leur père, un meilleur mari. Ses » de la modestie qu'il faisait paraître » mœurs étaient pures , innocentes , » dans toute sa conduite. V ous l'avez » vertueuses, mais vives et gaies: » vu dès ses premiers commencemens » son esprit lui fournissait sur le » soutenir dignement le poids des » champ mille inventions ingénieu- » plus grandes actions, et défendre » ses pour se délasser de ses grands » les causes les plus difficiles avec » travaux : l'ennui ne l'a jamais atta- » autant de politesse que de solidité. » que , ni ceux qui se sont trouvés )> Aucntif a tous ses devoirs , zélé » avec lui : c'était cet homme uni- » pour ses parties, honnête envers >» versel dont M. Pélisson fait l'ima- (.} Disc0ttrs prononc>: à la Saintrâtamn ifiy4, » gc dans sa préface sur Sarrazin : ex- sur la liberté.

5i8 RHODOMAN.

» ses confrères, respectueux envers leurs connaisseurs ont admirés » les magistrats, il a montré par des Ses yers |atins nW jnt » preuves éclatantes que si quelque- , , c /TÎX T, - *, .

» J'ois la nécessité de iotre ministère , Pl,u ^ ^cahger (B) Il a fort bien a ou les ordres précis de vos supé- réussi dans la traduction latine » rieurs, vous obligent de prêter vo- de Diodore de Sicile. Il eut enfin » trevoix à l'imposture et à la ca- ,a chaire de profeSseUr en his- » lomme, vous pouvez être les deten- . , i>*j' • j , seurs du crinîe sans blesser votre toire dans j académie de Wit- » honneur et votre conscience, et temberg, ou il mourut le 8 de » dire même les choses les plus du- janvier 1606. Je donne la liste » res, sans manqruer aux règles les de seg principaux ouvrages (C). »"plus exactes de la bienséance et de ,. • .IV. ri»i 5 •

» Phonnêteté; mais il ne suffit pas H a™t obtenu 1 honneur de poêla » de rendre dans vos cœurs un si /awreafi/j.NiCOLAsRiiODOMAN,son » triste devoir h sa mémoire, ni d'en- fils ? a publié quelque chose (e). » tendre avec plaisir les éloges qu'il

» a si justement mérités; son exemple (<Z) Voyez la remarque (B).

» doit vous exciter a imiter ses vertus, (e) Konig , Bibliotheca , pag. 6îJo.

» et à continuer de nous obliger par

» votre conduite^ employer ces jours (A) Il fut capable d enseigner à la » solennels à publier vos louanges, téte des meilleurs collèges et dans de » sans être contraints de censurer des fameuses académies."] Voici ce qu'il » défauts opposés aux devoirs de vo~ dit lui-même (1) : Eosque in Jiis , » tre profession, que nous voyons <rùt ôt» jcai [awtchç , progrès sus feci , » avec plaisir être si rares dans votre nobiliumindè puerorum, et Mus- » ordre. » triss. principum injbrmationi neque

immaturè,nequeinfructuosè applica- RHODOMâN (LAURENT) naquit rer scholarum etiam bene constituta-

l'an i5A6 au village de Sassowerf rum adnùnistralioni dehinc prœfice- , . ^ t 0 . j rer. Les lieux ou il enseigna sont

(a), appartenant aux comtes de ainsi mar„ué8 dans soo l)n?gramme

Stolbcrff dans la haute Saxe. Les funèbre: Docuit Walcerodi, docuit

belles dispositions qu'il fit pa- Ienac , docuit Stralesundi , docuit de-

raître pour les sciences , dès sa ni1uè Wittebergœ atque ita docuit

. . »' ut criuutione. seduhtate, ac dexte-

plus tendre jeunesse , portèrent rilate secunJas 1iaberi nem

ini debeat

ces comtes à 1 entretenirda ns le (2). 11 fut professeur en langue grec-

collège d'Ilfeld (6). Il y demeura que à Iëne pendant sept ans, et pro-

six ans, et il y fit de si beaux Çsscur en histoire à Wittembergpen-

» Tur- u 1 kt ' j / \ dant quatre années (3).

progrès sous Michel Neander (c), (B) Ses uers latins n>ont point plu

qu'il fut ensuite capable d ensei- h Scaliger.'] Voici ce qu'il disait en gner à la tête des meilleurs col- conversation : Rhodomanus doctissiléges , etdansde fameuses acadé- mus inpoësigrœcâ, sed in latind im-

9 /. c .«il • m. l. perttus et mieux.. . . nonum /Jtodo-

mies(A). surtout il devint habile rum siculum edidit; joly homme,

dans la langue grecque. Il fai- qui latuit, comme Leopardus, qui

sait des vers grecs que les meil- était bon grec. J'ai tant écrit touchant Rhodomanus , en A llemagne ,

(a) Rhodomanus , episl. dedicat. Quinti que les lettres ont été montrées au

Soiymœi, Quenstedt, de Patriu illust. , duc de Saxe, qui l'a appelé, d'une

pag. 219. école triviale de Poméranie , a Wit-

(l>) Leurs ancêtres l'avaient fonde [dans le temoer{r . c'est un personnage trèsmonastère de ce nom, parle conseUde Lu. ^ ,.usli . .r . . . // esl poéle tlter et de Melanchthon. rayes l epUre dedt- ' r catoiradu Quiutus CaIah«H- , de RUodoman. ( t) Tn rpisu>lâ dedicatorid Quinù Calabri .

(<*) P 'y tz la même v'pitre dedicaloire , et (*) Daniel Scnnertus , in Programiualc , aptui

la ptvfacede sa traduction de Diodore de Henningura Witie , Memor. philosoph. , p. >4*

Sicile. (3) Idem , ibidem , pag. a5.

RHODOPE. 5ig

et bon grec; il a fait une Chronolo* siœ sive Populi Dei, Politiœ ejus-

gie, où il s'est proposé de contredire dem et rerum prœcipuarum , quœin

tout le monde, et moi aussi. Il y a en Mo populo acciderunt , grœco carmi-

son livre les plus grandes fadaises du ne, cum versione lalind fè regione

monde. Les chro no logis tes ont bien texlds grœci, Francof. , i58i , /n-8°.

fait des fautes ; Hhodomanus rêve sur Poësis Christiana , id est Palestinœ

son vieux temps : il se met a pronon- seu Historiœ Sacra: grœco-latinœ li-

cer comme rulcanius. Hhodomanus bri IX, Marpugi , i58q, Francof.,

carmina latina non\benè scribit, sed i5qo, i63o , in-$°. Argaunaulica

grœca bona ; bonus est grœcus in 3 lieba'ica , I lias parva , Lips. , i588,

poëtis (4). in~8°. Tabulœ Etymologiœ grecœ :

Notez que Scaliger a confondu no- ibid , 1 590, m-8°. Memnonis Historia tre Laurent Rhodoman, avec un Lau- de Republicd Heracliensium, et rébus rent Codoman (5) qui est auteur de Pontîcis Eclogœ, seu excerptœ et abquatre livres de chronologie, qu'il joig- breviatœJVajraliones insermonem /«finit à ses Annales de laSainte Ecriture, num translatée , Uelmstadii, i5qi , l'an i58i. 11 arrive très-souvent aux m-4°. Epithalamia sacra,\ensey 1694» plus savans hommes de faire des qui- in-\° . Ex Memnone,de Tyrannis Heproquo dans leurs discours de coo- mcleœ Ponticœ Ctesia et Agatharversation , et lorsque les noms des chide excerptœ Historiœ , grecè et laauteurs ne différent les uns des au- line, partim ex Laur. Rhodomani très que de quelques lettres , on interprétations, Gcnevae, 1693, in-S°. tombe aisément en défaut; ou donne Theologiœ Christianœ tyrocinia, caries uns pour les autres. C'est ce que mine heroïco grœco-latino in If lifit Scaliger. bros digesta, Lipsiae, i5q7, m-8°. Sa

(C) Je donne la liste de ses princi- Gcrmanide n'était pas imprimée

paux ouvrages.'] Il traduisit en la- auand il mourut : on la loue fort

tin le poè'mc grec de Coïntc de dans son Programme funèbre. Im-

Smyrne , ou de Quintus Calaber , primis opus illud auro contra œsti-

touchant la prise de Troie, et il y mandum, quod de origine, moribus

joignit quelques corrections. Quant ac rébus gestis veterum Germanorum

aax commentaires qu'il avait faits sur grœcè scnpsit, et Germanidem in-

cet auteur, je ne pense pas qu'ils scripsit. Quod opus unicum taie est ,

aient été imprimés; c'est en l'air que ut animum atque ingenium hominis

ouvrage (b) dans la- (9). Le sieur Wute (10; l'a range par-

qruelle il y a deux poèmes grecs et la- mi les livres imprimés de Rhodoman,

tins de Rhodoman : l'un a, pour titre mais il ne dit pas en quelle année on

IAIA2 MIKPA, et contient un abrégé la publia â Wittemberg.

de l'Iliade , et de Quintus Calaber : , . . „

l'autre, sous le titre de TPOIKA, con- ^J""**™» m Progratnraatc ' WlUe '

tient TEpitome de la Guerre de Troie, (IO) supra, ex variis aucloribus decerpta. On y

voit aussi la harangue où Dion Chry- RHODOPË , fameuse COUrti-

sostome a soutenu que Troie ne lut sane contemporaine d'Ésope , et

point prise: on l'y voit , dis-ie , ac- 1 n i 1* * • 1

r r 'i 1 * » 1 »• j1 esclave dans la même maison que

comparée de la traduction latine , . , . , v* ■

de Rhodoman, avec des scolies. Voi- lui, était de ihrace (a). Xan-

ci le titre de quelques autres ouvra- thus le Samien la transporta en

ces : (7) Historia Viiœ et Doctrinœ Écypte , où Charaxus, marchand

Martini Lutheri carminé heroïco des- j ^V» p w/\ * r ' j c

cripta. (8) Descnptio Historiœ Ecole- de Mitylene (t>) , et frère de Sa-

puo, devint si amoureux d elle ,

(4) Scaligcrana , Voce Rliudoniaous , pag. r ,.. v •»

m. ao4. qu il 1 acheta une grosse somme

l# ,04. auu 1 acneia une grosse somme

(S)Voye*M. Moiiérus, h la page Je svu d'areent. Par ce moyen elle ac-

(G) CestcelU de iCi^. , , , , . , ~wvrts

<-} Witte, Mcroor. plilomph. . pag. 38. («) ^Z^fnJi /' ^P CXXXIV

i«i tà«» , ibidem , faff. »7! (*) Vite de VUc de leshos.

5ao RHODOPE.

auit la liberté ; el comme elle régne d'Amasis , sous lequel cette C„~* K^llz» o* «ho lav^lla A» courtisane vécut. Il ajoute (3) qu en-

etait fort belle , et que la ville de core ,cUe eûfc amJ$é beaucoup de

Naucratisou elle fixa son séjour bien, elle n'eût nas pu fournir aux

était pleine de gens riches et vo- frais immenses de cet édifice. 11 le

luptueux , elle amassa de grands prouve par une très-forte raison. On

v Yi „f ° ' sait, dit-il, à quoi se montaient les

biens en s abandonnant au me- rich'esses d'e c'tte femme . car on

tier de courtisane (c). II ne taut voit à Delphes les broches de fer pas pourtant croire qu'elle y ait qu'elle y consacra , et à quoi elle emassez gagné pour pouvoir faire ploya la dîme de tout son bien. Ces t.*.- î? J^^IA»* f\\ broches étaient destinées a rôtir des

bâtir l'une de ces pyramides (A) Ws Leg du paganisme n^

qui ont ete mises entre les sept taient pas fort délicats; ils trouvaient

merveilles du monde. Hérodote fort agréable l'odeur du gain , quel-

reîette cela comme une fable. Il que P«ante qu'en /ùt la source ; et

faut traiter de la même sorte ce c est ^ux que Vespasien pouvait

taut uaïkci i« » w apprendre la maxime,

que I on raconte de son soulier rr . .

Page 1