‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 108 sur 142 · TOME XII · texte numérisé non relu

TOME XII

5i4 RÈVÉREND-DE-BOUGY.

» étonne et les met en trouble j et drai , et je ferai votre fortune , lui » commo ils ne peuvent faire joindre dit le cardinal ; mais auand il fut » la porte , un ue ceux qui l'accom- revenu , il lui allégua les obstacles » pagnaient , nommé la Rivièrc-Re- de la profession huguenote (7). » nouf, s'étant poussé avec autant (D) Il n'a laissé qu'un Jils .] Savoir » de hardiesse que de courage par Jean- Jacques Révérend -de- Boogy , » l'ouverture , va donner du pistolet qui est né Tan i655 , et qui a été » dans la tète à la Motte-Corbinière, neuf ans mestre de camp du régiment » et fait par sa mort évanouir son Colonel , et n'a quitté le service qu'à » entreprise et son parti. La ville cause de sa religion. 11 s'est retire en » reconnut mieux la grandeur du Hollande. Il demeure à la Haye , et w péril , quand il fut passé ; et le roi y est fort considéré. Aussi le mérite- » rendit depuis ce témoignage à Bou- t— il bien. Il a perdu son fils unique v gy , <|ue sa fidélité , qu'il avait depuis sa sortie de France. Il ne reste » déjà- éprouvée en d'autres occa- que deux filles du mariage qu'il con- » sions , lui avait en celle-ci sauvé tracta en 1674 avec Élizabeth de Bar j> toute la Basse-Normandie (3). » daCamparnau t qui du côté mater-

(B) Le maréchal de Gassion conçut nel est issue de ce fameux Réniers pour lui tant d amitié et tant d'esti- dont la querelle avec Veisins eut des iwe.] On sait qu'il mourut de la bles- circonstances si particulières. M. de sure qu'il avait reçue au siège de Thou (8) et M. de Mézerai (9) les rap- Lens ; en tachant d'ébranler un des portent. Ce dernier historien remarpieux d'une palissade (4). H y reçut que qu'il était lieutenant des princes un coup de mousquet à la tête, dont dans le Querci. Les Bar de Camparilfut abattu : et aussitôt relevé par uau sont d'une très-bonne noblesse son cousin de Gassion , et par le mar- Les livres en parlent, et surtout quis de Bougy , qui seuls l'avaient l'Histoire du siège de Montauban (10). suivi. Ils le reportèrent à la tranchée. ÇE) La reine-mère et le cardinal Il se fit porter à Arras: M. de Bougy, Mazaiin se mêlèrent fort obligeamqui était alors maréchal de bataille, ment de ce mariage. ] M. le marquis Fy accompagna (5). I* maréchal en de Bougy fut le porteur d'une lettre mourant lui donna son évée (6) , lui qUe cette reine écrivit à mademoiselle élisant qu'il le croyait llwmme de de Callongc , pour laprier de le rece- France le plus digne de la porter voir comme venant de sa part. Elle après lui. Le régiment du maréchal ajoutait: Les services de feu votre père fut partagé entre son cousin M. de m obligeant à m intéresser h votre Gassion , et le marquis de Bougy. établissement , je n'ai pas cru vous en

(C) Le cardinal réussit mieux à sac- pouvoir procurer un meilleur (11). quérir M. de Bougy , après la mort (F) Des bons services du père de la de Gassion. ] L'ayant fait venir à la demoiselle. ] C'était Jacques de la cour dès qu'il eut appris la mort du Chausade, baron de Callonee. Il avait maréchal de Gassion, il lui dit: Je été gouverneur de Montpellier dans vous offre un ami h la place de celui les guerres de M. le duc de Pvohan , que vous venez de perdre ; la fidélité dont il était proche parent. Ce fut lui que vous avez toujours eue pour ce qui porta la parole pour les réformés, maréchal m'a tant plu que je vous lorsque la paix fut conclue devant demande d*en avoir une pareille pour Montpellier. Voyez l'historien Dnmoi , et je vous offre mon amitié. M. pleix, et Girard dans la Vie du duc de Bougy fit une réponse telle que le d'Épernon: les Mémoires de Bassomcardinaî la souhaitait , et lui tint si pierre, la Vie du duc de Montmorenbien sa parole, que lorsque son émi- ci, et plusieurs autres auteurs. Les nence sortit de France, il l'accom- lettres patentes du roi, pour l'érection paena jusqu'à la frontière. Je revien-

(7) Tiré du même Mémoire.

(3) Là même , dans la Vie d'Henri IV , pag. (8) Thuan. , lib. LU , pag» 1070 , ad annum 1097 , 1098. 157a.

(4) L'abbé de Pnrc , Vie du maréchal .le Gav (<>) Mcxcrai , Histoire de France, lom. Ifl, sion , tom. IV, pa%. 3op, à Vann. 164-7. Vn$' ,59*

(5) Du mémo Mémoire. (10) Du Mémoire ci-dessus coté.

(6) On la garde encore dans la famille. (n) Là même.

RÉVÉREND-DE-BOUGY. 5j5

de la baronnic de Callonge en mar- près termes des lettre patentes du quisat, portent , <jpie ce Jacques de la roi que j'ai citées ci-dessus. L'an iG5o Chausade avait été mestre de camp il se jeta dans la ville de Sainl-Quend'un régiment d' * infanterie pour le tin , avec 5oo chevaux , et rompit par service du roi, en Hollande ; qu'il ce moyen le dessein des Espagnols sur s^était l'cndu considérable par sa va- cette place qui était en grand danleur et expérience dans la guerre , et ger. Et lorsqu^Zi assiégèrent ensuite par un grand nombre d'actions glo- la ville de Guise , l'avis qu'il donna rieuses , particulièrement dans les de poster douze cents mousquetaires mouvemens arrivés en Guictine sous dans le bois pour ôlerle passage des le gouvernement du duc d'Epernon , vivres aux assiégeans et l'adresse durant lesquels, en deux diverses oc- avec laquelle il exécuta lui-même casions y il mena a ce duc un secours cette liardie entreprise , furent l'une considérable de noblesse volontaire , des causes de la levée de ce siège (17). ce qui ne contribua pas peu a main- La cour étant résolue de quitter Patenir l'autorité de sa majesté, et a ris en i<î5r, après que le prince de réprimer les factieux : quf à la bataille Condé eut fait éclater ses mauvais d! A veine il prit le canon des ennemis desseins ,* la reine fit venir incesaprès les avoir enfoncés et rompus samment M de Bougy qui était en avec son régiment de vingt compa- Flandre , et le voyant entrer dans sa gnies ; et qu afin que sa gloire ne fût chambre tout botté,elle s'écria : voila pas bornée par les frontières de ce Bougy ? je n'ai plus de peur. Après royaume, il suivit en Turquie le duc quoi lui adressant la parole, elle lui de Caudale pour faire la guerre aux dit qu'elle l'avait fait venir pour lui ennemis du nom chrétien , ou il ap- confier la personne du roi et la sienpliqua le pétard aux portes d'A^li- ne. En effet , il les mena à Fontaincman et entra des premiers l'épte a la bleau. Et notez qu'il n'était encore main dans cette place , après s'être que maréchal de camp , et qu'il y signalé en plusieurs autres rencontres avait à la cour plusieurs officiers plus (11). Mademoiselle de Callonge , son avancés (18). Mais la reine ne se fiait autre fille, est morte à la Haye depuis pas à tout le monde , ou plutôt elle quelques mois f i3) dans un âge très- se défiait à peu près de tout le monavancé. Elle n'avait jamais été ma- de. M. de Bougy (19) , en partant de riée. C'était une fille d'une piété et Flandre, avait ordonné à un détached'une vertu exemplaires, et oui en- ment de cavalerie de le suivre, et tendait fort bien l'hébreu (i4) : elle avait nris les devans en poste. 11 apsortit de France pour la religion au prit, des qu'il eut mené la cour à Fontemps que l'on révoqua l'edit de tainebleau , que les troupes de M. le Nantes. L'Histoire de Mézerai parle Prince s'avançaient vers Gien pour d'un Callonge entre les seigneurs Hn- s'en saisir. Il envoya un courrier aux guenots de la province de Guiennc troupes de Flandre qui avaient reçu îjui prirent les armes sous le règne ordre de le suivre, elles pria défaire de Charles IX (i5). en sa considération la plus grande (G) On verra... quelques-unes des diligence qu'elles pourraient. Le circonstances les plus glorieuses de sa courrier les rencontra comme elles vie ] A la bataille de Rocroi, il coin- entraient dans leurs quartiers. Ayant mandait la compagnie des gendarmes vu l'ordre, elles ne firent que repaîde Gassion , et quoiqu'il eût reçu un tre, et remontèrent à cheval. Ellesne coup de mousquet qui lui fracassa un furent pas plus tôt arrivées, que M. de piea , il ne laissa pas d'entrer dans Bougy se mit à leur tête ? et étant un bataillon des ennemis où il eut entré dans Gien, il fit ouvrir la porte son cheval tué sous lui de coups de du côté des troupes du prince , et les piques et d'épées (16). Ce sont les pro- chargea si brusq;uemcnt,qu'il les ren-

(„) Tire de, lettres pactes. ' et Ct P"80™™ trois officiers

îSoLc^Lh,»,, généraux. Comme ,1 poussait les

(14) Voyez Colonne* , à la page a-;t du Gallia

Orientant (17) I*M*e» patentes.

(15) Mêlerai , tom. HP, pag. g3. (18) Du Mémoire ci-dessus cote. (ifi) Lettres patentes. (19) La m fine.

fuyards , il aperçut un jeune garçon épouvanté , et lui demanda son nom, et ayant su que c'était le fils d'un des principaux magistrats de lîourges , voudriez-vous bien, \ui demanda-t-il, porter une lettre a volrç père ? la reine le tient pour Vun tic ses meilleurs serviteurs. Ce çarçon nromit de la rendre , et aussitôt M. de Bougy écrivit à ce magistrat qu'il venait de battre les troupes du prince , et qu'il allait droit à Bourges. Le prince de Conti y était entré sur ces entrefaites , et avait assemblé le corps de vifle afin de les obliger à se déclarer pour lui. Le jeune garçon arrive ; le prince de Conti se moque de cette lettre , et la prend pour une ruse, et passe dans une autre chambre pour dresser lui-même la réponse qu'il voulait qu'on fît â la lettre de M. de Bougy. Pendant qu'il l'écrit , on voit arriver des blessés aui confirment la vérité de la nouvelle. Là-dessus les magistrats lui déclarent qu'il n'a qu'à se retirer, et qu'ils veulent demeurer fidèles (ao). Le prince se retira à Mouron , et de la en Guienne (ai).

M. de Bougy eut ortlre de le poursuivre sous la conduite du comte de Harcourt, lequel lui ayant permis d'aller avec cinq cents chevaux passer la rivière de ÏYé en Saintonge , et une grande étendue {Veaux et de marais très-dangereux derrière laquelle étaient les troupes rebelles , au nombre de quatre mille chevaux, et cinq mille hommes de pied , il enleva au milieu d'elles deux de leurs principaux quartiers , et ramena près de cinq cents cavaliers ou officiers prisonniers. Au siège de Capdequicrs en Catalogne, étant lieutenant-général de jour, et les troupes qui donnèrent l'assaut ayant été repoussées de la brèche , il arracha la hallebarde d'un sergent , monta le premier sur la brèche , et y ramena les soldats par son exemple. Il y reçut un coup de mousquet , et ne laissa pas dV tenir ferme jusques à ce que la ville fût prise. Ôn lui en donna le gouvernement, quoique ce ne fût plus la mode de récompenser ainsi les officiers huguenots (as).

(ao) Tir/ du Mémoire susdit, (21) Lettre* patentes.

(11) Du Mémoire susdit,

REZ (Antoine de) ecuyer, avocat au parlement de Paris , était fils d' Antoine de Rez , conseiller secrétaire du roi , et naquit à Paris Tan i65o. Je ne saurais faire mieux connaître son mérite qu'en employant deux éloges qui m'ont été envoyés (a). Je me persuade que toutes les personnes de bon goût les trouveront bien écrits , et très-dignes de servir de modèle» Le premier est plus étendu , et contient plus de détails (A). Le second est d'un grand poids ; car il est tiré d'une harangue prononcée au parlement de Paris par un avocat-général (B).

(a) Par M, Maraia , avocat au parlement de Paris.

(A) Le premier éloge est plus étendu, et contient plus de détails."] Le voici tout tel que je l'ai reçu ; il m'a semble' que je n'y pourrais changer ou retrancher rien sans y faire quelque blessure. « Antoine de Rez s'a- » donna dès sa plus grande jeunesse » au barreau , et plaida sa première » cause à seize ans. Après avoir reste' » quelque temps dans les cours in- » fe'rieures pour apprendre la ma- » nière de procéder, il parut avec » éclat et encore très-jeune au parle- » ment. On reconnut bientôt en lni » tous les talens qui le firent distîn- » guer dans la suite : un ge'nie aise, » vif , pc'nétrant ; une éloquence no- » ble , simple naturelle j une ënon- » ciation polie et heureuse ; une rail- » lerie cice'ronienne ; une certaine » insinuation dont on ne se pouvait » défendre ; une vérité que tous les i) traits de son visage et sa physiono- » mie gracieuse annonçaient avant i> qu'il eût parlé ; une probité à l'é- » preuve des plus douces séductions ; m une érudition agréablement et so- « lidement cultivée, prise dans le » bon sens, dans la justice, dans » l'humanité , plus encore que dans » les livres ; eu fin toutes les qualités » qui font l'honnête homme. Aussi- » tôt accoururent à lui et les grands

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