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yeux au ciel, de faire de grands soupirs , et autres semblables contenances (f). Cela donnait de l'admiration à toute la compagnie. On célébra la cène peu de jours après, et l'on fit faire abjuration du papisme à Jean Coïnta autrefois docteur de Sorbonne (g). Villegagnon fit des prières admirables , et reçut à genoux le pain et le vin de la main du ministre (h). Les espérances que l'on fondait sur ces témoignages de zèle cessèrent bientôt; car lui et Coïnta ne tardèrent guère à disputer sur les matières de l'eucharistie avec Richier et avec Chartier (i). Celui-ci fut envoyé à Genève afin de porter l'état de cette dispute à Calvin , à la décision duquel Villegagnon déclara qu'il se soumettait (k). Mais il n'attendit pas à lever le masque que la réponse de Calvin fût venue (/): il se déclara papiste peu après la cène de Pentecôte (m) , et s'il eût été assez puissaut, il eût fait un mauvais parti à Pierre Richier , et aux autres Génevois (n). Il se contenta de leur donner ordre de se retirer, et ils obéirent. J'en parle ailleurs plus amplement (o). Ils s'embarquèrent le 4 de janvier i558(w); et après avoir souffert les plus grandes
(f ) Jean de Leri , Histoire d'un Voyage »lc l'Amérique , chap. VI, pag. 56.
(g) Là même, pag. 5û.
ih) Là mente , pag. 66.
(i) Là même , pag. 67.
(k) Là même , pag. 68.
(/) Là même, pag. 76.
(wi) Là même, Voyez aussi Théodore de * flè*o, Histoire ecclc'siastiquc , lin. If, pag.
(n) Le'ri , là même, pag. 83.
(«) Dans ratticle Villegagnon, iom.
I» Un , chap. XXI , pag. 34 1 .
incommodités du monde (q) , ils arrivèrent au port de Blavet en Bretagne, le 26 de mai suivant (r). Richier fut ensuite ministre de l'église de la Rochelle (A) , et publia quelque chose contre le sieur de Villegagnon (B). Il n'y a rien de plus ridicule que de le faire chef de la secte des richériens , et que de donner à cette faction prétendue un caractère de nestorianisme. C'est pourtant ce qu'un célèbre jésuite a osé faire (C). Il ajoute que Richier infecta de ses erreurs les habitans d'Annonai dans le Vivarez (D). J'ai parlé ailleurs (s) d'une lettre que ce ministre écrivit de l'Amérique.
(«7) Jean de Leri, t un d'eux, les a décrites, là même, chap. XXI et XXI t.
(r) Là même, pag. 373.
(s) Dam la remarque (A) de l'article Léri , tom. IX, pag. i83.
• (A) Richier fut ensuite ministre de l'église de la Rochelle.'] « En ce temps » Pierre Richer retournant de l'A- >> merique , où il avoit beaucoup » souffert sous la tyrannie de Vil- » legaenon très - meschant et tres- « malheureux apostat ; vint à la Ro- » cbclle , où il trouva environ cin- » quante personnes , qui avoient este » assemblées au Seigneur par le mî- » nistere de la Fontaine et de la » Place , desquels nous avons parle » eu l'histoire de l'année preceden- » te : lequel petit troupeau il forti- » fia tellement en peu de temps , » qu'un consistoire avec le reste de » la discipline ecclésiastique y fut » établi : et fut ce premier comm mencement tellement favorisé de » Dieu , qu'en peu de temps une » bonne partie de la ville se rangea » à l'église du seigneur , abandony> nant les superstitions de l'église » romaine , se préparant deslors le » Seigneur ceste place, pour lui faire » soutenir quelque jour les plus » durs cil'orts de ses adversaires (i).»
(i) Tbëo<\. de Bcze, Histoire ecclé*ia&t. > lit/. Il, pag. i Mj , i4o , h l'ann. i558.
RIGHER. 523
11 était encore eu vie lorsque Jean bliothéque de Gesner nous donne ce
de Léri fijt imprimer sa relation , titre : Pétri Richerii Apologetici libri
c'est-à-dire Tan 1577. Car voici coin- duo, contrit JVicolaùm uurandum
ment il parle dans la description des qui se Vilagagnonem uoeat , quibus
misères de leur voyage : « Quanta dlius in piosAmericanos lyrannidem
» maître Pierre Richier, à présent exponit, et negotium Sacramentarium
» ministre de l'église de la Rochelle, tractât , Gcnevœ, i56i , in-/\°. (7).
>» le bon homme dira que de débilité Joignez à cela ces paroles de Jean
» durant notre misère , étant e'ten- de Léri : « Mais parce que quand
» du tout de son long dans sa pe- » Villegag non fut de retour en Fran-
» tite capite , il n'eût su lever la » ce , non-seulement Pétrus Riché-
» tete pour prier Dieu ; lequel néan- » rius le de'peignit de toutes ses cou-
>' moins ainsi couché tout à plat qu'il » leurs, mais aussi d'autres depuis
» étoit , il invoquait ardement (3).» » l'étrillèrent et époussetérent (*) si
Notez que M. Moréri se trompe quand » bien qu'il n'y fallut plus retour-
il dit qu'après le retour de l'Améri- » ner, craignant d'enn 11 verdies lcc-
que , Richer fut ministre de Genève. » teurs , je n'en dirai ici davantage
Notez aussi que M. Vincent (3) qui » (8).» Si vous vouliez avoir une
rapporte les paroles de Théodore de preuve qne M. Moréri examinait peu
Bèze , et qui ajoute qu'elles ont don- ce qu'il avançait, vous n'avez qu'à
né lieu a Poupelinière (*) de nommer considérer qu'ayant dit beaucoup de
Richer le père de l'église de la Ho- bien de Villegagnon il nous renvoie
chelle , a observé que ce que dit Bèze (9) à sa Vie, composée par Richer ;
de l'établissement fait du consistoire, ouvrage où Villegagnon ne peut pa-
en cette année 1 558 , 5e justifie par le raitre que sous la forme d'un scélérat. registre de ses actes; mais bien loin (C) Ce qu'un célèbre jésuite a osé
de dire que Richier fut choisi minis- faire.'] Consultez les Tables du père
tre , il déclare (4) que le pasteur éta- Gaultier, vous y trouverez que le
bli lors de la première création du chapitre LXII1 du XVIe. siècle est in-
consistoire se nommait M. Fayet. J'a- titulé de Richerianis , Doce Petro
voue qu'il dit qu'en 1 56i , cette église Richerio, 11 assure (10) que ce Pierre
avait deux pasteurs qui étaient les Richer enseigna dans l'Amérique, en
sieurs Fayet et de l'Isle. Celui-ci est présence de Villegagnon , que Jésus-
notre Richier (5). Christ, en tant que homme n'est point
(B) // publia quelque chose contre adorable. C'est Fune des preuves que
le sieur de Villegagnon.'] Le livre ce jésuite met en ayant lorsqu'il sou-
qui a pour titre -.Réfutation des folles tient que les calvinistes renouvellent
rêveries et mensonges de Nicolas Du- les impiétés de Neslorius. Calvini
ranâ dit le chevalier de Villegagnon , vestigiis , dit-il (m) , insistit Petrus
imprimé l'an i56a , i/i-8°. , n'a pas Richerius in Americam ab eo missus
été composé par Jacques Spifame, sous anno 1 557 > <!uùm et prœsente domi-
le nom de Pierre Richer, comme du no Villagagnono prœdicat , et coram
Verdier- Vau-P ri vas l'assure (6) , c'est notario publico rrancisco Alberico
le véritable ouvrage de celui dont il mordicus tuetur Jesum Christum in
porte le nom *. L'épitome de la bi- carne humanâ non esse adorandum.
(a) Léri , nistoirc du Voyage de l'Amérique , Tuetur, inquam , diim respondet ad chap. XXII , pag. m. 368. intcrpellationem sibi per eum faclam
JÏÏÏT^JS^- U lEÏK D- r«l°mni nonùne ,
de la ville de la Rochelle , pag. a7 , a8. utpote causam exigentts cur Jesum
(*) Poupel., liv. 5, an commencement. Christum adorare no lit* JJorum no-
(4) Vincent , Recherches etc. , vag. 44*
(5) Pierre Richer, sieur de 1 Isle, là même, (7) Epitora. Biblioth. Gesn., pag. m. Ctào. paç.imt. ^ (*) L'Etrille , et rÉpoussettc , sont deux pe-
(b) Du Verdier, Biblioth. française , pag. Gao. tltf livres imprimas contre Villegagnon.
* La Mounoie , dans ses notes sur Baillet (g) Ijéri UisU>ire du Voyage de l'Amérique ,
56,^63 ) et encore dans ses notes sur du Ver- ^ *
dier, dit que la ItrfutaUon de i5ti2 , in-8°. , )•". , '. , „ n'étant qu'une traduction de l'ouvrage latin pu- (10) Gaultenus , Tab. Chron. , pag. m. 8oa. blié en i50i . in-4°. , le traducteur y a laissé na- (n) Idem , ibid. , pag. i-fy , roi. a. V oyei
turcllement le nom 'le Vantcur original; mais «m.mi Maimbourg , Histoire du Calvinisme, tir.
voyct , tom. XIII, l'article SrifiMr.. //. pag. édition de Hollande.
RICIUS.
tavo Julii anno i56o , ad magistratum 6Ï la cène n'ayant pas été instituée par Gencuensem scripsit , tum annexa aucune nécessité qu'ils en eussent , ejusdem notarii testijicatio , quam , il n'en fallait user que rarement (i4). dieidecimœ quartœ maii anni 1 55g , Je m'imagine qu'il n'enseigna que nota obsignavit ; tùm altéra testijica- ceci , c'est que le sacrement de l'fcutio, die octavo junii i558, data sub- charistie n'ayant pas été destiné aux scriptaque h D. Petro à Falcilld , utilités du corps , il n'était pas néquem D. Pillagagnonus ad minis- cessaire que la chair de Jésus-Christ trum Richerium , 37 decembris î557 , y fut contenue. Tout les reste fut miserai rationem ejusmodi doctrinœ brodé sur ce canevas par ses ennesciscitatuj'um : ubi asserit se , dum a mis.
ministro Richerio quœreret, curinter (D) // ajoute que Richier in-
orandum non dicejvt , Gloria Patri et Jecta de ses erreurs les habitons aTAn- Filio et Spiritui Sancto , etc., respon- nonai, dans le Vivarais^ Il ne marsum plané nullum accepisse : dum qUe point le temps : ce fut sans douautem denuntiaret, conqueri Z>. Vil- te avant le voyage d'Amérique. Prolasagnonum , quod nu II a m unquam nQi/i hune Petrum Richerium aaJesum Christum precationem diri- fuisse illum ipsum , qui urbi Annogeret , hoc se à ministro responsum nœensi, Vwariensi provincid , ma- Yiabuisse , hereticum illum arbitran- lorum plurimorum aulhorfuit. Ciim dum esse , qui necessè , duxerit orare enim in eam , se catholicum simulansf Jesum Christum (*). Nùmhdc loquen- esset ingressus f imo et menses alidi formuld uti potuisset minister Ri- quoi in concionibus ed simulalione cherius , si credidisset in came hu- us us , tandem ubi se in prœcipuorum mand Jesu Christi aliam non esse civium , qui illum sœpè convèvio exhypostasim , subsistentiam aut perso- ceperant , amicitiam insinuatum vidit
(»4) Varillas, Histoire de l'Hérésie, bV. XXI, pag. 18 , 19.
(t5) Gaul'leriu* , Tab. Cbron., pag. 80a, col. 1.
tesb M. de Sponde rapporte que par- ac nominatlm in realitatem Jiuckaris-
mi les sectateurs de hichier il y en ticam. Quod ubi animaduertunt ma-
eut de si impies, qu'ils nièrent la ré- gistratus , dhm in eum inquirunt ,
surrection(ia). Mais quand on re- cece evanescit Ixomo nequam y nuijo-
marque que M. Vincent , dans l'ou- rem tamen urbis partem erroribus
vrage que j'ai cité ci- dessus, ne fait illaqueatam relinquens (i5). J'ai dû
presque aucune mention de Pierre rapporter ce fait , comme une partie
Richier , peut-on ne pas rire de la de 1 histoire de notre Richer. hardiesse de ceux qui donnent pour un grand chef de parti un personnage qui faisait une si petite ligure ?
Au reste, l'opinion que l'humanité
de Jésus- Christ in abstracto n'est point RICIUS (Paul), juif convertie,
adorable, a beaucoup de partisans était Allemand , et florissait au
parmi les théologiens calvinistes (. 3). ^v ifed fut professeur
Si Pierre Richier ne soutenait autre ., 1 • . r» • »
chose, il n'avait pas lieu de crain- eo philosophie a Pane,. et s acquit
dre de passer pour hérétique dans par-là beaucoup de réputation ,
son parti. et l'estime de plusieurs savans
Notez que M. Varillas est allé plus • le rec0mmandèrent dételle
loin que Al.de aponde ; car il aiitrmc , t* ht *i*
que M. Pierre hichier dogmatisa que s<>rte a 1 empereur Maximilien,
que ce prince 1 attira en Alle-
(*) Exlant hsec omnia inler controversia» Villa- „ . 1 „rtmK-„ Jn
8agn0ni. magne , et le mit au nombre de
(12) Sjwndauu», ad ann. i555 , nom. i s. Ses médecins. Il publia divers
(13) Voyez .V. Saurin . tlans son Exameu de »• „ . I ^„ ...If. rt» etm
la Tbéoloi-ic de M. Juricu , p%\ ?38 et suiv. "Vl'eS COntre les )Ulh , et SUr
RICIUS. 5*5
quelques autres matières (A). On ^^^^^Le^l^opïS^n' loue beaucoup sa candeur, son
lum theologiœ ; tiim quœ animi puhonnêteté , sa modération , et ritas , qui discendi ardor , qui do-
son savoir (a). Voyez son éloge cendi condor, quœ disnutandi ma- , . \J /T>\ deslial Mihi sanè vir die primo sta-
dans une lettre d Erasme (15) qui ûm ffus[u placuit oRm Papia!f cum
sera citée ci-dessous. Il eut entre Ulic philosophiam projiteretur : nunc autres adversaires le célèbre Jean propiùs intuito mugis etiam placet.
Eckius : le sujet de leur dispute ** àemhm verè mihi videtur ïsraëli- , . , . , • r . tamagere, suoque cognommi pul-
etait la question si les cieux sont cM °.spondere ; cujus omnis volup-
animés. Ricius tenait pour 1 ai— tas , omnis cura, omne otium ac nefirmative, et avança des senti- gotium, in divinis est Utteris. Dignus mens qui parurent des parado.es
(C). lui envoya son traité de la Cabale ,
(a) Ti,v de Melchior Adam, in VitisMe- et en reçut un remercimeut qui lui dicorum pag. o 10. est très-glorieux; car il fait connai-
' tre que ce prosélyte, soutenant la
(A) II publia divers Hures contre cause d'un de ses amis cruellement les juifs , et sur quelques autres ma- déchiré parla calomnie , n'était point tières.'] Voici le titre de quelques-uns: 80rti des bornes de la modération , Philosophica, proplietica ac tkalmu- ct n'avait point dit d'injures. Arridistica pro christiand veritate tuen- sic animus iste gratiis et amicitiœ nadd, cum juniori Uebrœorum syna- tuSj qui tanto studio tuetur hominis gogd , Disputatio. De sexcentis et eruditissimi innocentiam , adversùs tredecim Mosaicœ sanctionis , seu impudentissimos sycophantas.Arrisit Pentateuchi edictis. Farrago ex deniquè te , hoc est absoluto veroque Thalmudœorum Codice Excerpta , philosopha , digna moderatio ; qud ad petitionem Maximiliani Cœsaris. 4IC fortiter patrocinaris amico , ut a Isagoge in Cabalistarum seu allego- c0nvitiis in adversariorum tempères , rizantium Eruditionem, cum epistold magis reputans quid te,' quam quid contra Stephani Presbyteri Cabalœ Mo dignum esset(5). obtrectatoris , Epistolàm. De modo (C) Si les cieux sont animés. Ri- Orandi in Nomine tetragrammato. cius tenait pour V affirmative, et avan-
De novem doctrinarum Ordinibus , ça des paradoxes.'} Un théolo-
et tolius peripatetici Dogniatis nexu gien protestant observe que les pen- Compendium. Stalcra Prudentumy ge'es de Ricius favorisaient les princi- Conclusiones quibus Aristotelem tri- pC3 des magiciens , et que cependant plicem Doctrinœ Ordinem exercuis- ses livres de cœlesti Agriculturd ' ' ' ./.,........■;. \. ........ , . ■ "i^eJpar
ogne, Pauce temps-là , car il fit une harangue ius Ridus cœlorum animaùonem et pour animer les Allemands à la guer- cabalisticam arithmantiam perdecem re contre les Turcs , in virulenlam enumerationes tradit , magiœ princiimmanissimamque Tuivarum rabiem, p{a non parhm promovet in comme nad principes, magislratus , populos- tariis suis ad librum R. Joseph. Cas" que Germaniœoralio(j). tiliensis qui porta lucis dicitur , et
(B) ffoyez son éloge dans une let- tamen libidos illos de cœlesti A gricultre d'Erasme. C'est la dernière du turâ magnifico elogio approbdrunt livre; elle est datée du 10 de mars academiœ theologicœ Bononicnsis , î5i6 , et voici ce que l'on y trouve : etc. j Jcan Eckius n'imita point Paulus Ricius sic me proximo collo- . ... , oa
, . r j . (2) Erasm. , opist. , ni t. , Ub. I, pat;. fl8.
quio rapmt , ut mira quœdam me si- (3) Idem f ist< XXXIX, Ub. XÙI, p. 64* . tis habeat , cum homine sœpiùs ac elle fut Sente l'ati i5ao. familiariùs conferendi sermonem. f.X4) Gî«b. V^tius, dopenti Causâ Papatfc,
J J Ub. i, sect. IV , pag. 36. // le cite 10 Gompcnd.
(i) Tiré de J'Épitome de Gesncr , pag. 65g. de Animl Cœli , et cœlesti Agricnltarl , lib. IV.