RYER
ces théologiens d'Italie ; car il soutint que la doctrine qui e'tablit uuc les cicux sont animés est ridicule , exécrable, et contraire à la foi (5).
Claude Despcnce , qui m'apprend cela , ne savait point sur quelles raisons cette censure c'tait appuyée; car il n'avait point vu le livre de Jean Eekius , il ne le connaissait^ue par la réfutation que Riciusen avait faite, et dont il nous donne une petite analyse. Il dit(6) que cet écrivain soutenait trois choses : i°. , qu'il n'importe point à la foi que l'oit affirme qno les cieux sont animés , car cette thèse ne se peut prouver ni réfuter par les principes de la religion , et de là vient que les docteurs ont fait partage sur ce problème. i°. Que l'affirmative s'accorde mieux que la né-
§ativc avec les paroles des prophètes.
°. Oue la raison nous conduit à dire que les cieux ne sont pas des êtres inanimés (7). Despence examine les preuves de Ricius , et les critique , et se range enfin à dire qu'il est plus sûr de nier que d'affirmer l'âme des cicux. On sera peut-être bien aise de trouver ici l'occasion qui le porta à publier son ouvrage de Cœlorum yfnimatione (8) On voulait faire à Paris une édition de toutes les œuvres du cardinal Contarin , mais le théologien qui les devait approuver ne l'osait faire à cause qu'il y trouvait l'opinion de l'âme des cieux (q).
Il consulta Claude Despensc , qu i lui répondit d'abord que cette difficulté lui semblait petite , et qui peu après se ressouvenant d'avoir compilé quelques recueils sur cette question , le9 rassembla et les mit en forme (10).
Notez que parmi les théologiens et les philosophes de l'école , il ne s'agit guère que de savoir si le moteur immédiat des sphères célestes est une âme proprement dite, et une forme informante. C'est l'opinion de quel-
(5) Johannes Eckius positionem hanc ludicram prorsiu et exoticam , execrabilem , et àfide rxorbitantem esse censuit in tractatu de Prœilestinalione. Claudio* Kspcns%us, in Tractatu de Cœlorum Animationc , cap. V, Pag- m« 49*
(6) Idem, ibidem.
(7) Idem, ibidem, cap. VIII, pag. -0.
(8) Il fut imprime' à Paris, l'an xfyji.
(9) Dans le /*r. livre de Contarin , de Anima; IminorUlitate, imprimé à Venise, l'an i5a5.
(10) Voyez la préface de ce Traite' de Claude De»pcnre.
ques-uns , c'est celle que Ton rejette ordinairement : car pour ce qui est de l'opinion qui admet des intelligences motrices comme des formes assistantes , elle est presque généralement reçue ; et franchement parlant je ne comprends pas que l'on s'en puisse passer , et je m'imagine ue les sectateurs de Copernic l'aopteront tôt ou tard par rapport à leurs planètes. Le père Daniel (n).
et M. le Clerc (11) , ont proposé des difficultés contre leur système , qui les embarrassent beaucoup. M. Newton et quelques autres ont tellement combattu l'hypothèse des tourbillons , au'on ne peut trouver son compte dans les seules lois générales.
La direction particulière d'une intelligence viendrait ici fort à propos.
(11) Dans son Voyage du Monde de Descartes. (ta) Dans sa Physique.
RYER (André du) , sieur de Malezair, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , et chevalier du Saint-Sépulcre , a vécu au XVIIe. siècle. Il séjourna assez long-temps à Constantinople pour le service du roi , et puis il fut consul de la nation française en Egypte. Il apprit beaucoup de turc et d'arabe , comme il Ta témoigné par ses écrits (A). Il était de Marcigni(a), petite ville sur la Loire aux frontières du Forez (b) *.
Je ne devais pas omettre que sa traduction de l'Alcoran a paru digne de censure à quelques critiques (B).
(a) Marciniacensis. Voyez Colomié*, Gai-
lia orient. , pag. i63.
'/») Voyez Baudrand , Voce Marciniacum- * Marcigni , dit Leclerc , est a l'extrémité
du Ckarolais, et peu éloigne' de la Loire et
des frontières du Lyonnais.
(A) // apprit beaucoup de tutv et d'arabe , comme il l'a témoigné par ses écrit s. ~\ 11 lit imprimera Paris, en i63o, une grammaire turquc.Qiutre ans après il publia dans la même ville sa version française du Gulis-
RYER. 5a7
tan , ou de l'Empire des Roses , com- qui est des anciens auleurs latins pose parSadi, prince des poètes turcs jj a SOUVent ignoré ce qu'ils vou-
paraït par
Vl^^nt Strada. On croit que ses traducce avantageux que lui en donnèrent . . 1
les consuls de Marseille, le 1 1 de fe- tions seraient meilleures , si les
vrier i633, et qu'il mit à la fin de libraires l'avaient un peu mieux
cette version. récompensé (B) ; mais comme ils
(B) Sa traduction de V Alcoran a ne iui donnaient que peu de chose
nariÀ. dîtane de censure a quelques ci'tm - ... ., \. .* .
PtHZs '¥ Le docte Windet le blâme par feuille , il était contraint
d'avoir transposé, ajouté , et retran- de se hâter extrêmement , afin
ché trop licencieusement : hune lo- <]e gagner la subsistance de sa fa-
cam malè reddit Gallus inlerpres mille. Il mourut l'an 1 656
sieur du Rver, et solet mrmutn U- , • w.
center intérieure, addere , ac de- On trouve dans le Ménagiana
mens. Vcrsio autem Anglica , ex quelque chose qui le concerne
Gallicâ ejus facta , itidem malè ha- (Q} et qUe je rapporterai. bel(i).
(d) Et non pas en i658 , comme dit Moré-
* La traduction de TAlcoran, par du Ryer , r|, Saint-Bomuald , Journal chronologique ,
dont Jolj cite une édition de 1730, en deux vo- fontm jfy pag. 670, met sa mort , non au 6
lûmes in-ia , faite en Hollande, est oubliée de- n0i,emore 1658, (comme Moréri, mais au 2t.
nuis celle qu'a donnée Sa vary , sous ce titre : L.e c.0 . . . . .
oui» une u u « y » , /. 'i' a* i~ V.- La date de idjS parait devoir être nre- Coran traduit de l arabe, précède de la Vie de , , , " *T ir j« 1 . j ' • „ Mahomet, Pari», 1783, ocux volume» in-8<\, force-, cardans Je tome IT de la tradurtion Amsterdam , 1786, deux volumes in-o , Pans , de Sénequc , qui porte la date de IOM , laan VII (1798) , deux volumes in-8°. , 1811 , deux vi3 du libraire au lecteur contient ces mots : volumes in-8°. I impitoyable mort nous l'ayant enlevé ces (1) Ja. Winder,'de vitâ functorum Statu, tect. jours derniers d'entre, les bras , etc. On peut IX, pag. aa3 , edit. Londin., 16*77. au resle consulter V Histoire de V Académie ,
„ . . par Pélisson et d'Olivct , iy^3 , deux volu-
RYER (PIERRE DU), Parisien , m,.s in.I2i et la Biographie universelle,
entra dans l'académie française tom. XTI , Pag 3S7-38o Mais dan* ce der-
T 1 1 j o l~ o., nier ouvraqe jai eu tort de dire que la tra-
à la place de t aret , le 21 IIO- (iuc|ioil tle* offices de Ciccron, donnée par
Vembre l646 (à). H est auteur du Ryer, était de Soreau. Quant à la traduc-
d» • r ' J ~ C~*r% lion àe la Consolation, elle est donnée com-
une infinité de verrons Iran- m<? uq eoup el ne peut .ln <le flu
CaiseS , et de quelques pièces de Ryer ; elle est beaucoup meilleure que ce Il //\ T ^.^lâni^c rni'îl n nu'il a fait. Les volumes de la traduction
théâtre (b). Les auteur* qu il a ^ nt diftV?rcnles
traduits sont pour la plupart grecs
dates.
ou romains : à l'égard des grecs R ^ ^ . . ^ ^ lc$
il n'a fait que mettre en nouveau ancicns liaient dire. Cela lui est
français les vieilles versions (c) ; arrivé aussi dans la traduction des
tout au plus il s'est réclé sur les modernes.] (1) La moins mauvaise
i 1 *• „ MA<ia. 00 do ses traductions , au jugement de
traductions latines : et pour ce plusieurtf est celie Jes Oïuvres de
M Pellisson , HUt. de r.Vcadem. franc. , Çicéron , quoiqu'il y ait passé plu- (a) i-emsson , nm. ut. sieurs endroits au d n a point enten-
PJb)mvZwn la liste dans /'Histoire de dus , surtout dans les Oraisons ; et
Y Académie , pag. 356 , 357 , el dans les Ju- que pour se tirer d affaire , et pour
gemens de M. Bailict, sur les Poètes , num, empêcher le vide , il Y ait mis a la
i486. place de petits galimatfùas propres h
{c) Voyez M. Ibiïlct , Jugemens des Sa- e1>lonir et h embarrasser les jeunes vans, nnm. 9^9, gui nous renvoie au Parnasse
réformé" , pag. m. 20 et suiv. (0 Baillet , Jugemens des Savans , num. ^9.
5aB RYER.
gens (a). On en veut à lui , si ie ne » anciens, il est croyable qu'il s'est me trompe, dans ces paroles de l'Ile- "Quelquefois abuse en traduisant xameron rustique : « Celui qui a mis » Cicéron. Aussi voit -on dans les » en français le beau livre de Cice'- » commentaires du jésuite Lescalow ron qui régie les devoirs de Ta- » pier, sur les livres de Naturd Deo- >» initié , n'a pas mieux rencontré » rum , des plaintes continuelles » dans la traduction de ces mots , » contre la version du pauvre M. du » Agrigentinum doctum quendam vi- » Ryer (5). » J'ai observé une autre » rum, qu'il a traduits en ces termes, faute que M Teissier a relevée; c'est » un savant personnage nommé Agri- sur ces paroles de M. de Thou, Hulrico
)> gentinus , sans s'apercevoir que Huteno equili Franco quadam-
» Cicéron parle d'Empédocle Agri- tenus comparandus (6), que du Ryer » gentin , le désignant par le nom de a ainsi traduites : On peut en quel- » sa patrie Agrigentum , ou A gra- que sorte le comparer h Ulric Ueutin, » gras, ville de Sicile. Outre qu'il n'y chevalier français. Voici la critique » eut jamais aucun homme de lettres de M. Teissier: H ut te n était Alle- » dont le propre nom fût Agrigenti- mand, né dans la Franconie et non pas » nus. Le même écrivain, dans sa tra- Français, comme l'a écrit M. du Ryer, » duction de Valère Maxime , dés le qui n'a pas entendu la signification » premier chapitre , exemple qua- au mot latin Francus (7). M. Teissier » trième, page sixième, traduit vitio a laissé passer une bévue semblable » tabernaculum captum , on avait dans l'article de Duaren. Eaque (Dua- » touché par hasard au tabernacle ; reni Opéra ) Cujacius ipse plurimi j> au lieu de mettre, Von avait failli semperfecit , ciim ex quatuor Franj» aux cérémonies qui se doivent ob- ciscis qui eâdem œlate eandem scien- » server lorsqu'on prend le lieu des tiam profitebantur, unum Duarenum » augures nommé tabernacle. Faute sibi placeret cœteros jus tanlitm deli- » d'avoir entendu ces mots, taberna-" gurire diceret ( 8 ). Ces paroles de » culum captum , comme ils doi- M. de Thou ont été traduites par d h » vent être pris en ce lieu -là, et Ryer en cette manière: Cujas même » pour n'avoir pas su l'usage des faisait un grand état des Œuvres de » augures, il a cru que cela se devait Duaren, et disait que des quatre pro- » prendre comme parmi les Juifs , fesseurs français qui enseignaient en » où d'autres que les lévites n'a- même temps la même science, il n'y j» vaient pas le droit de s'approcher avait que Duaren qui lui plût , etc. » du tabernacle (3). » Joignons à Quelle méprise! S'imaginer que Froncela un passage des Nouvelles de la ciscus soit le nom d'un peuple , et République des Lettres (4). « M. Tes- non pas un nom de baptême. Le sens » sier a remarqué quelques fautes do M. de Thou est celui-ci : Il y » dans la version de M. du Ryer : avait en même temps quatre profes- » celle ci entre autres. M. de Thou , seurs en jurisprudence , qui avaient m en parlant de Jean Rivius qui était pour nom de baptême François, et » mort l'année i553, avait dit que de ces quatre , Duaren était le seal » annos cum seculo numcrabal,cet\\A pour qui Cujas eût de l'estime. Les » signifie que Rivius était mort .1gé trois autres étaient François Baudoin, » de cinqante-trois ans. M. du Ryer François lïotman , et François Roal- » a dit au contraire, qu'il mourut dgé des. J'ai trouvé plusieurs autres fau- » de cent ans. S'il a fait de telles tes dans la version de M. de Thou. » fautes en traduisant un auteur mo- Joignons à tout ceci la bévue que » derne , dont le sens quelque élé- Colomiés a observée. Voici ses paro- » gant qu'il puisse être, est plus aisé les (9) : « M. du Ryer..... a fort obli- » a attraper que ne l'est celui des (5) NoU% qM Le8C,lopier ne critiiJue ^ u
version des livres de Naturà Oeorum.
céron. ,554-
(3) Heiaroéron rtutique, pa#. 37 , 38. (7) Teissier, Addition» aux Eloges, tom. I ,
(4) Nouvelle* de la République de* Lettres, oc- pog- pi-
tobre, t684 , article II , pag. 7*4 , dans l'extrait (8) Tfauan., lib. XXIII, pag. 4:« » ad des Eloge* tiré* de M. de Thon , publié» et corn- i55n. menté* par M. Tei*sier. (9) Colonie* , Bibliothèque choisie, pag. ttf.