‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 54 sur 142 · POMPON ACE · texte numérisé non relu

POMPON ACE

ti , et solidis theologis per omnia salis faciat , saltem hoc prœstal , ne m- ^ra atheismi nota illi tam perpmptoriè inuratur. Hœc ego in reliubiâ :

postquàm omnia ejus opuscula prœsertim modo nominala videre contigit rqui antè multos annos ex lectione solius tract, de Incantationibus ( ubiplacitis Aviccnnœ et A verrios ni" mis adkœrescens , in supemaluralibus quibusdam satis misère fluctuât ) et ex communi atiorum juàicio sinistram magis de Mo opinionem conceperam (q5). N'oublions pas l'épitaphe que fit quelqu'un à ce philosophe :

ilîc sepultus jaceo. Quare ? nescio :

nec si scis aut nescis euro. Si uales , benè est : vivens ualui. Fortassè nunc valeo. Si aut non, dicere nequeo (46).

(F) Si Von n'a fondé les impiétés dont on l'accuse que sur son livre de l'Immortalité de l'Ame , il n'y eut jamais d'accusation plus impertinente que celle-là. ] Premièrement ce n'est tout au plus qu'une injure personnelle , que de soutenir que les principes d Aristote nous conduisent à la mortalité' de l'âme.

Tout au plus en disant cela vous faites une injustice â un homme qui a e'te' précepteur du conque'rant de l'Asie , et qui a fondé une secte florissante. Mais est-ce ce qu'on appelle des impiétés? En second lieu , comme Aristote n'étant point en vie ne peut pas rendre raison de sa foi , ni éclaircir les équivoques de ses ouvrages , il est fort permis de prendre parti contre lui , si l'on trouve dans ses écrits autant ou plus de raisons plausibles pour montrer qu'il a enseigné la mortalité de l'âme , que pour montrer qu'il en enseigne l'immortalité. 11 n'y a donc rien de plus innocent en ce cas-là, que de convertir en problème les sentimens d'Aristote sur ce grand point , et de choisir le pour ou le contre selon qu'on se trouve plus frappé , ou des raisons qu'il a alléguées pour l'un des membres du problème , ou de celles qu'il a alléguées pour l'autre.

Si l'on n'attrape pas exactement sa pensée , on ne lui rend pas justice ; mais au fond ce ne serait qu'une injure matérielle , qu'il serait obligé de pardonner en l'imputant à son

(45) Lient , ibidem , fag. n»R.

C4«) KoDig , Bibliotb. , pas. 654-

peu d'exactitude , à ses variations et a ses contradictions. Le plus célèbre de tous ses interprètes (47) , et tant d' autres après lui, comme deux saints Grégoires , Lescot , Cajétan , et Simon Poitiusy ont avoué que la mortalité de l'âme était du tout nécessaire par la doctrine de ce philosoplie (48). Il faut donc qu'il ait avancé des maximes qui donnent un bon prétexte de lui imputer cette impiété.

11 n'y a donc rien de plus ridicule que de prétendre que 1 on ne peut , sans être impie, former un tel jugement de la doctrine d'Aristote ; et ainsi , la prétcrfdue impiété de Pomponace ne serait fondée que sur des illusions très-grossières. On n'aurait pas même raison de le soupçonner d'avoir voulu faire tort à la mémoire de ce grand chef des périnatéticiens. En troisième lieu , j'observe qu'il est permis de soutenir , nonseulement que ses ouvrages fournissent des preuves qu'il a cru la mortalité de l'âme , mais aussi que son système, tel qu'il a plu auxscolastiques de l'expliquer , et tel qu'on l'explique encore dans les collèges et dans les académies , est incapable de donner des preuves de l'immortalité de notre âme , et très-capable de donner des preuves qu'elle est mortelle. Car enfin la principale pièce de ce système est , i° , que le corps naturelcomprend deux substances , dont l'une s'appelle matière , et l'autre s'appelle forme ; a°. , que la forme de tous les corps naturels , à la réserve de l'homme , est un être corruptible , et qui périt régulièrement toutes les fois que le composé périt , c'est-à-dire toutes les fois qu'une pierre , qu'un arbre , qu'un chien , etc. , sont convertis en quelque autre espèce de corps naturel. 11 résulte de là nécessairement qu'on ne peut donner dans ce système aucune preuve de l'immortalité de notre âmc$ car pour en donner il faudrait montrer qu'elle est immatérielle : or comment le montrerait-on, puisque l'on avoue que l'âme des bètes douée de la faculté de sentir , et de discerner , et de désirer , est

(.'<-;) C'est Alexandre d'Aphrodite.

(48) La Mutbc-1c-Vaj*r, de l'Immortalité do l'Ame, pag. m,

a36 POMPONACE.

matérielle? Notez qu'au temps de ches d'irréligion (49). Enfin, je re-

Pomponace Ton ne connaissait point marque qu'il nV a point de conduite

d'autre système de philosophie qne plus indigne trun théologien , que

le péripatétisme , de sorte que c'é- d'accuwr d'impiété un philosophe

tait la même chose de soutenir que qui déclare que pour délivrer notre

par les principes d'Aristote on ne esprit des incertitudes où la raison

Souvait point prouver l'immortalité naturelle le ferait flotter, il faut le

e l'âme , et de soutenir que par des conduire à la parole de Dieu , et lui

raisons philosophiques on ne pouvait donner là le fondement véritable ,

pas le prouver. Cela sert beaucoup à et les preuves très-certaines de l'im-

disculper , et même à justifier le li- mortalité de notre âme (5o). C'est ce

vre de Pomponace , et d'autant plus qu'a fait Pomponace, et pour l'avoir

que les lumières qu'on pouvait tirer fait il s'est vu persécuté cruellement

ou de la secte platonique, ou de par la moinene. Que cela est beau !

le système de M. Descartes qui posé des principes bien solides à cet ce qu'ils trouvent dans leurs princiégard. 11 établit que tout ce qui pen- pes de philosophie , agissent fort sase est distinct de la matière , d'où il gement lorsqu ils conseillent à leurs faut conclure nécessairement que no- lecteurs de recourir à la foi , comme tre âme est un esprit , ou une sub- à V ancre sdre et ferme de l'âme , et stance simple , et indivisible , et par pénétrant jusques au dedans du voiconséquent immortelle. Il n'y a point le (5i) , c'est-a-dire de l'appuyer sur de cartésien aujourd'hui qui n'ose l'autorité de Dieu, le véritanle remèdire que les principes de la vieille de de nos incertitudes , et le s upp léphilosophie sont incapables de nous ment infaillible des obscurités de fournir une bonne preuve de l'im- notre raison. Car s'ils ont l'esprit mortalité de l'âme. Ne serait-ce pas bien tourné , ils doivent croire que une extravagance , que de soutenir ce qui leur parait évident ne le paqu'un cartésien qui dit cela est un im- raîtpasàtant d'autres philosophes pie et un athée? pourquoi donc a-t-on qui les combattent. J'ai lu dans un traité de la sorte Pierre Pomponace ? livre de M. Arnauld , que la réplique C'est , dira-t-ou , qu'un cartésien fait de Gassendi à Descartes a fait dans

mais Pomponace ne reconnaissait toutes les forces de son esprit à éner-

aucun système qui fournît un tel ver les raisonnemens de Descartes

argument. Si cette dillérence pouvait touchant ce dogme. C'est une preu-

être admise , ce ne serait tout au ve que le principe cartésien n'est

plus qu'au cas que ce philosophe pas évident pour tout le monde. 11

ayant connu le système cartésien , est même vrai que les ignorans qui

l'eût rejeté ; mais comme il ne le feraient usage de leur sens commun

connaissait pas , il n'est coupable que ne pourraient jamais s'assurer de l'im-

de n'avoir pas inventé une hypothè- mortalité de leur âme , pendant

se selon laquelle tout ce qui pense qu'ils verraient que les plus grands

est incorporel , est spirituel. Son philosophes ne sont point d'accord crime est donc celui d'une infinité

d'orthodoxes , et par conséquent <4î») r°^^om: rfvag;5i5, la fin delà

■» . • -i • ' 1 * remarque (M) de l article du premier Dicea»-

c est un crime chimérique. Joignez a QOE ^t la (L) & l>articLe pEfcK0T

cela que quand même il eût rejeté (Nicolas) , tom. XI, pag. 645.

la Supposition qui établit que tout (5o) Hœc sola via iiiconcussa et stabilis est ,

ce oui nense est distinct de la ma- c<Ptera verh sunt Jluctuant^s. Pomponau™ , de

"u Pc"se csi aisunci ae ia ma immorU|itatc \n\mv, cap. uliimo,paS. m. n6.

tierc , il n eût rien fait que ce que y0Jes , tom. AT, Pag. 644 , ce que disait d'A-

font aujourd'hui de fort grands CS- blanconrt, vers le commencement de la remarque

pt its, etqui,ense retranchant comme ft> deson article P"*OT (N,COLit> > "eur d A~

Pomponace dans l'autorité de 1 Ecn- (5l) K.,ître ailx Hébreu* , chap. VI, vs. 19.

tui'C, Sont à COUVei t de» justes lCpro- (5a) Fujej. la remarque (G).

Page 1