RADULPHE
» tremcnt que Mathieu ne pouvait tile'e *. Si Ton s'examinait attentive*
» avoir fait ces vers ; et ne se rendit ment, on trouverait qu'en mille ren-
» là-dessus que lorsque Ivrante "les contres , ce qu'on croit inventer est
» lui fit lire dans ce livre de Ma- une pense'e qu'on a ouï dire , ou que
» thieu , avec le pins grand étonne- l'on a lue; mais on n'a point retenu
» ment du monde. Je ne doute point cette circonstance. Je m'en vais citer
» de cette histoire , étant trés-per- des vers de Molière qui confirment
y> suadé que M. de Racan, qui me l'a ce u;ue i'ai dit sur l'éducation des en-
fans.
Voyons la ceusure d'une coquette • c'est un père qui parle à sa
souvent racontée , et en présence » de plusieurs personnes, est un homme trés-véritable. Mais je doute fort de ce que dit Léonardo Salviati , au livre premier de ses Avertissemens de la langue italienne, » qu'un poète de son temps, qui n'a- » vait jamais vu les sonnets du car- » dina) Bembo , en avait fait de tout » semblables. » Vous voyez que M. Ménage met beaucoup ae différence entre l'aventure de Racan , et celles des autres poètes qu'il a nommés : il trouve dans celle-là quelque chose de plus extraordinaire.
J'en jugerais autrement, si j'avais à dire ce que j'en pense. Il n'y a guère de gens qui ignorent que l'on fait apprendre aux enfans bien élevés quelques maximes de piété et de morale , et qu'avant même qu'ils sachent lire , on tâche de leur faire retenir par cœur quelque couplet sententieux. Les protestans choisissent quelques endroits des Psaumes de David,
OU même, comme les Catholiques, entre autres celui d'ûu jeune homme de seïxe
V oilà , voilà le fruit de ces empressemens , Qu'on voils voit 'nuit et jour à lire vos romans : De quolibets d'amour votre tête est remplie. Et vous parle*, de Dieu bien moins que de Clélie,
Jetez-moi dans le feu tous ces méchant écrits , Qui gâtent tous lès jours tant de jeunes esprits: Lisez-moi, comme il faut , au lieu de ces sornettes,
Les Quatrains de Pibrac , *J et les doctes tablettes
Du conseiller Mathieu , ouvrage de valeur. Et plein de beaux dictons à réciter par eaur : Le Guide des pécheurs est encore un bon livre; C'est là qu'en peu de temps on apprend à bien
Et si vous n'aviez lu que ces moralités , Vous sauriez un peu mieux suivre mes volontés(S).
** Leclerc observe que la première centurie des quatrains de Malliieu ne parut qu'en 1609 , et il Dame le raisonnement de Baylc. Joly trouve très-juste le raison nnement de Bayle , et dit que Racan peut avoir entendu réciter les vers avant leur publication. Legendre de Saint-Aubin , dans son s rai té de l'Opinion , croit que ce fut une pure rencontre. Joly cite quelques exemples et
quelques quatrains de Pibrac , ou d'un autre poète de même force (4) , dont on ne manque en aucun pays.
Sans doute le petit Racan, dès l'âge de cinq à six ans, avait ouï dire à sa gouvernante ou à sa mère quelqu'un de ces beaux quatrains, ou de ceux du sieur Mathieu , que l'on relie ordinairement avec Pibrac. Les idées qui s'en imprimèrent dans son cerveau se bouchèrent , et demeurèrent en cet état quelques années : elles se débouchèrent dans la suite, et se représen- m'* tout r*ir d élrc Joly
tèrent à lui Comme Un objet tout . /l.Joly "conte que ce qui porta Molière i citer
qui , sans avoir lu ni ouï réciter la première scène de l' Iphigénie de Racine, composa un petit poème , qui n'a pas vu le jour, sur l'inconstance de la fortune, et dans lequel se trouvaient ces vers :
Heureux qui satisfait de son humble fortune , Fuit, se cherchant lui-même, une foule importune ;
Loin du superbe joug , qui captive les grands, Il sait mettre à profit des jours purs , iunocen», Nulle soif des honneurs, nul désir de vengeance ,
Ne peuvent de son cœur troubler l'indifférence: D'un «il sec et tranquille il voit venir la mort. Et même en expirant il maîtrise le sort.
Le jeune homme de seize ans , auteur de ces vers,
nouveau , et sans réveiller le souvenir particulier de l'auteur , ou de l'ouvrage d'où elles venaient. 11 crut donc être l'auteur de ces quatre vers, quoique dans le fond ils ne fussent autre chose qu'une réminiscence mu-
ici Pibrac , ce fut le bon accueil qu'il avait reçu à Toulouse d'un descendant de Pibrac.
(5) Molière, Sganarellc, ou le Cocu imaginaire, scène I.
RADULPHE , moine bénédictin surnommé Flaviacensis > ou Flaïcensis , à cause qu'il était du couvent de Saint-Germer de
(4) Il y a un livre intitulé : Le Miroir de Vertu et le Chemin de bien vivre. Ce Chemin est un recueil de quatrains chrétiens et moraux , corn- Flaiï , au diocèse de BeaUVaiS , a posé par Pierre Hahcrt , conseiller et secrétaire n • i> r 1,
du roi, Ueuri I an 1 1 57 , connue rassure
RADULPHE. 4a3 Alix; rie (a) sur le témoignage nulla desiderantur *pnipnt : et vixit d'Hélinand (b). Plusieurs écri- iuxtk Trithemium anno circiterçâo,
vains célèbres ont fait la fau- l^^K^ î^^i-*'"' j . f accipere potuent , qui iliud vider uni.
le de le placer à lan 910 (c) : Atque ex illo cœnoso fonte promana-
quelques—uns le nomment Raoul— vit in cœteros error (1). Mais il est
le-Noir (d ). Le commentaire que Vignier l'avait commise
„ 1 t ' deux ans avant que 1 ouvraee de Con-
qu il composa sur le Levitique rad Decker f(* imprimé.SVoici ce
subsiste encore : il a ete insère qu'il publia Pan 1610. « Ce que Barodans la Bibliothèque des pères et » nuis et Bellarmin disent que Maimprimé à part à Cologne, Tan w rianus Scotus, qui écrivait vers .ri/. n f \ \ *•* • » l an 1080, a ete le premier auteur de 1 536. On (e) lui a restitue un M cette histoire . est faux; comme on commentaire sur le Cantique des » peut voir par l'Histoire ecclésiasti- Cantiques , qui passait pour un » que de feu Nicolas Vignier , mon
témoins ; mais c'est par un grand » eu vers l'an 930, selon Trithémius
abus. » (a) >' Un capucin, qui écrivit
contre Vignier, en 1611 , ne sut pas
(a) Albericus trium fontium monachua, bien profiter de ses avantages : il ne in Chron. Voyez le père Labbe , de Script, connaissait pas assez les livres et les cccles., tom. II , pag. vjl^. auteurs, il ignorait que l'auteur de ce
(b) Moine de Froimond au diocèse de Polychronicon , cjue son adversaire Beauvais vers la J!n du XII*. siècle et au avait cité , n'avait pas vécu au Xe. commencement du XIII*. Voyez le père siècle , mais au XIVe. Voyons ce qu'il Labbe, de Script, ecclcs., tom. II, pag. répondit. Relisez bien vostre pere;
. x » . . vous trouverez en la Bibliothèque
(c) Voyez le père Labbe , ibidem, pag. Uistoriale sur ce mesme subject : Pre-
a7/Anf r» 13' n ui- .l s ,v mûrement, qu'il commet une fauceté,
.8^«/Â^B^",<""- "'""S' ^ndildit, que tous ceuxV ont
(e) Lepère Hommey, t/a»s /e Supplément. c*CTlt 1 histoire des papes, excepte
Patrum , Pan 1684. Anastase, tesmoignent d un consentement que vostre Jehanne succéda à
(A) Les partisans de l'histoire de Léon IV. comme il pouvoit considérer
la papesse Vont compté parmi les té- dans Onufrius , qu'il cite au mesme
moins de la papesse ; mais c'est par lieu. Secondement , qu'il parle foi'
un grand abus.] Car c'est en le con- blement et douteusement de ceste af-
fondant avec un moine bénédictin faire , aussi bien que les autres, qui
nommé Ranulphe de Hygeden, An- s'y sont trompés. Tiercement, que
glais de nation, qui mourut l'an i363. par son texte bien considéré , il aîle-
Le père Labbe s'imagine que Conrad gue Marianus, comme le plus vieil
Decker a été la première source de autheur de ce conte. Quartement,
cette bévue. Auctor primus illius qu*d ne cotte nullement en ce lieu ,
apud Blondellum erroris atque in vostre Arnulphus , mais bien allègue
A/aresio malœ fideifuit homofurio- t?il Jehan Lucide. Que s'il vous plaist
susConradus Ûeckerusin librof cui ti~ ne faire qu'un de ces deux , scachez
tulumfecit de Papd romano et Papis- encore , qu'on ne cir>id gueres , voire
sâ romand, quba Johannes Octarus du tout point, les allégations de vos-
fuerit mulier et puerpera , oppenhei- tre dict pere (3). Ce n'était point
mii ad Khenum,in-fr: anno 16x1 ; sic (i) Labbeï in Ceaota Vl0 cverso, ^ calcem
enim loquitur pagina 430. UescripsU / dc Scriptor. ecclc*. , vag. 986, 987.
Radulfushanc histOriam inSUO Poly- (3) Nicolas Vignier, Théâtre de l'Antéchrist,
chronico, libri V., cap. 3a, testis lo- n*:. Çf - f*9?!,™. m. io55.
, . ? 7 \. (3) Silvestrc dc l'Aval . prédicateur capucin ,
cupletlSSimus et Omni exceptione ma- {ei)ustM Grandeurs de 1'Lgfise romaine, lil III,
jor, utpotc in qxio veritalis histoiicœ pa^. 78.
424 RÀDZIWIL.
frapper au but , ni aller au jugulum munde (9) , Bellarmine , Baroni , causa. Vignier fournissait des verges Bini , Florimunde , quàd vestram aucontre soi-même en donnant le titre daciam in negando muliehii hoc ponde l'ouvrage de son Ranulpbe. C'est à tificatu nihiï curans, ueritatem rei la faveur de ce titre que le père profero ex Rudolpho Flaviacensi, Labbe (4) a découvert, par le passa- monacho benedictino qui uixit circa ge de Decker , la source du maf-en- annum iocccxx. ex Mariano Scoto , tendu. Le docte Blondel n'avait pas qui natus , etc. (10), sont trompeuses, pris garde à ce titre , et de là vint et qu'il en faut retrancher Vex Ruqu'il se laissa persuader que Radul- dolpho Flaviacensi. Voilà combien phus Flaviacensis a parle de la pa- il importe aux controversistes de ne pesse (5). Il est vrai qu'il n'a point se point arrêter aux écrivains de leur suivi l'erreur de ceux qui le placent , parti , sans suivre jusqu'au dernier ou sous l'année 910 , ou sous l'année bout toutes les répliques du parti o3o. Il a mis sa mort à l'année 1 157 : contraire. Si l'on se contente de conîl s'est fondé béric ; mais
qu'Albéric met sous cette année-là qui l'a réfuté (
1 état florissant , et non pas la mort bonnes d'avec les mauvaises. Disons
de notre Radulphe. On ne fut pas en passant que M. Uartnac a mis en
heureux quand on lui représenta que marge le nom de plusieurs auteurs
son Radul phus Flaviacensis est plus protestans qui ont soutenu l'histoire
ancien qu'il ne dit , que c'est un té- de la papesse, et dont la plupart ont
moin de l'histoire de la papesse an té- écrit depuis rlorimond de némond
rieur à Marianus, et qu'en un mot (13). Il cite entre autres le fameux
c'est un homme qui a pu voir de ses Gérhard , et Witaker , et André Wil-
propres yeux la papesse Jeanne (6). let.
Hic (Raaulnhus Flaviacensis) inter , v r, , /. „ . ... . ™ .
m . v *• tx * •« « UA II ne le fallait pas distinguer du Flori-
testes ventatis malè lerlius pomtur a œ^de qui vieJnt on a /flft d.un auteur
Mariano ; nec enim Radulphus Fia- deux.
uiacensis mortuus est denuo anno (10) Miereliu» , Hi«t. «ccle»ia*t. , ///, sect.
1157. Nisi eum multo longœuiorem 1 de Vf 5o8, /dit., 1699.
faciamuê Johanne de temporibus; («) ^ F«» Labbe
J . ym • • y>i Conférez la remarque (T) de l article Pa-
cùm floruertt ipso nono Chnsti sœcu- p,;,.^ to,i xi, pag. 37o. ar"cie lo , plusquam 100 annis antequhm
Marianus nascereîur , adeo ut ipsam RADZIWIL ( NlCOLAS ) , qua-
Johannam uidisse potuerit : etenim triëme du nom (A) , palatin de
tSellarminus de bcriptor. ceci, lia- -17-1 j » 1. 1 1
dulphum ait floruisse anno Christi Vilna, grand-maréchal et chan-
910 (7). Celui qui parla de la sorte celier de Lithuanie , au XVIe.
s'embarrassa dans quelques méprises siècle , fut un homme très-illus-
3ue le père Labbe releva avec une tre. H fit des voyages presque
urete épouvantable (8). » « 1*1? 0 S P
c. „ „ „ , ... par toute 1 fcurope pendant sa
in M. Hartnac l avait su lorsqu il * . *i • 1
procura une nouvelle édition du jeunesse , et il se rendit si adroit
Syntagma Historiée ecclesiasticœ de dans les exercices du corps ,
Micrœlius, il eût averti sans doute qu'aucun gentilhomme de sou
les lecteurs que ces paroles , Nolite âge ne t'hait en cela. Il eut
indtgnan , Ai cnlme, Onuphti, Ray- 1? 9 » » 1»
0 r * j beaucoup de part a l estime et a
(4) Labbe, d« Scriptor. ecdeii.iL , tom. /, l'amitié du roi Sigismond Aupaf«*?\* • « * « guste; il fut capitaine de ses
(5) Blondel , m Examine Qu*st. , de Papâ fo>- D j i 1 ■.
mini , pag. m, 5. gardes, et il commanda trois
(6) On prfanj au'elu a tiégé après Léon iv, fois ses armées dans la Livonie.
qui mourut l an 855. ,. . i * il
(7) i Samuel Man»iiut in jobaana Papitsi w- Ij y gagna sur les Allemands une ûu>*ipag. s. victoire signalée qui leur ôta
(8) Vojrex le II*. tome desaDistett.de Script. 44. .& ^ . ,
•cci«ria»t., pag. »74 et 795 et seq. cette province , et qui la soumit
igmzea Dy