‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 81 sur 142 · XLVIII. XXm · texte numérisé non relu

XLVIII. XXm

QUIRINUS. 4r9

cette <lame. Il s'était aussi rendu d'avoir Toula empoisonner «on mari

odieux par la manière sordide Q»irinus > Condemnatam et gênera

dont il passait sa vieillesse au tiam Quirini consularis prœdiJitù,

milieu d'un fort grand bien. Jl etorbi% qui dimissam eam èmatrimo-

m ou rut Tan de Rome 774 , et on nio Post vigesimum annum veneni

lui fitdes funérailles publiques à ?f\^nseeo^^tia^uebat(7). n^

4 , S N V joint a ce pèche d omission un péché

1 instance de libère (m), (.eux de commission ; car il prétend qu'on

qui voudront savoir s'il le faut la condamna vingt ans après que

nommer Quirinus , ou Quirinius Quirinus l'eût répudiée. Sa chrono-

(n), n'auront qu'à lire les notes ^ * «S ;^™F»YA™eTl

» t> i 1 à , , ment je le prouve. Cette dame fut

de M. Kyck sur les Annales de condamnée l'an 773. On avait voulu

Tacite à la page 3^. Josèphe le la marier à Lticius César petit -fils

nomme Kvoïîvtoç, Crrenius , et d'Auguste ; il faut donc dire qu'elle

dit que c'était un homme qui 1?%^*"™?™ la ?î?rt

, . , » de ce jeune prince. Or il mourut lan

avait passe par toutes les charges , 755 f selon le calcul d'Ussérius et du

et l'un des plus illustres de ce père Noris (3) ; ou l'an 756, selon le

temps-là (<?). r » " i ou l'an 7^7 ' selon M Va~

* lois (4). 11 n y a point d apparence que

(m) Ex eodem Tacito, ibidem et capite Quirinus l'ait répudiée avant que d'a-

XLFIII. voir passé un an avec elle ; il n'est

(n) On le nomme ainsi dans la plupart des donc pas vrai qu'en 773 il y eût vingt

éditions de Tacile . ans qu'il l'avait répudiée. Les comte) Joseph., Ant.judaic, lib. XVIII. cap, raentateurs de Suétone gardent îà-

/, pag.tSity. dessus un profond silence. Cela mé-

(A) Il répudia sa femme , et plu- ^JT^3"' U ^'

sùu-s années après il fut son accusa- ™ (5) a. eu ra"°» de c™iur"

i- r < n 11 „ 17^ Lssenus, qui a prétendu , d un cote

leur sur divers crimes A 111 accuse d a- • • v J tÎ VV

. ' » „ c ^i. que Lucius César mourut l an «;55 ,

voir suppose qu elle avait eu un enfant 2* j„ 1 „'.: j r„t J___/7; /

de h

vait;

était

filles. Les autres accusations roulèrent 1?"» y™ «»; < H™ .««r.agu

sur l'adultère , et sur l'empoisonne- * Qul™us 'ut postérieur à la mort

ment, et sur îa consultation des de- ^L^ C * ^ J ^ ♦ f *ers?nne

vins touchant la famille impériale. ^ ^ iî?!^.0^ C CP°U~

At Romœ Lepida , cui super Mmi- g**» n\f^n: , Um^rea^c

.. j V e> r ., yy n lerame que Uuinmus aurait quittée,

jtems proa» erant ,defertur simula- . rf ,,, f . . Sdft

visse partum ex P. Ouinno divite, at- , \ , rl . ^««^"«e,

*u j - C. „j n •„ c'est-a-dire pour avoir cru que Sue-

que orbo, adjtciebantur aduJtena , . v . , . M ^ ,

^ ' <. 01 1 j tone avait suppute exactement les

venena : quaesitumque per Chaldaïos n a - ~ • »^Li 1 « « #. * 1 j-

, • » / j années qui s ecoulcrent entre le di-

în domum Laesans , défendante rearn „ [1 » j,iî •,. f ,

njr • r j~ s Jr\ • - . vorce et le procès d fcmilia Lepida.

Mania Lepido fratre. Quirinus post •• r„ 11 • . Lr

„ ' #lx o 1» ne tallait pas avoir une si bonne

ftictum repudium adliuc infensus , . j n - W 1.1*

. .r* ,. J. ' opinion de lui. Pi oublions pas que

auamvis intami ac noccnti rniseratto- rJ-t% \ 1 1 *. 1 ,

" r \ \t „ Tibère, après la condamnation de

/2e 771 addiderat (1). Vous voyez au * £ . « Vl

. \ y cette femme, révéla enfin qu il sa-

commencement de ce passage qu Enrt- j . ' . • / . ,

■ • « r • j », • » 1 '/.n j vait cie science certaine, par le temoi-

lia Lepida était arrierc-petite-iille de j 1 \l *\ • •

ô i - * • n , , . . enace des domestiques de Our. inus,

Sylla et de Pomnee. Elle n en valait 00 # ^ Y"***MUO>

pas mieux. Je m étonne que Suétone , (a) SMetoll< t ,„ Tib«rio, cap. X£/T.

quia écrit après Tacite, ait réduit (j) foyrI ^Cénouphia Pi»«u dupèm^on»,

1 accusation à un seul chef : il dit png. et a6o.

seulement que Lepida fut accusée (4) /n.^ti9 «d Ewwrpu Dioni», p. 90. r«»r«

( .) Tacitu. , Annal. , Ub. If F, cap. XXII. (5) TforU , iftW , pag. a58.

420 RAGAN.

qu'elle avait tâché d'empoisonner son injustice , tyrannie , etc. Concluons

mari. Dein tormentis seruorum pale- que cette dame méritait la peine

facta sont flagilia, itumque in sert- airelle souflïit. Cependant le peuple

tentiam Rùbelti Blandi, a quo aqud fit e'clatcr son indignation contre les

atque igni arcebatur : huic Drusus auteurs du procès , et murmura hau-

adsensit , quamquam alii mitiits cen- tement et avec des imprécations hor-

suissent , mox Scanro , qui filiam ex ribles de ce qu'on sacrifiait à Quiri-

ed germerai , datum , ne bôna publi- nus une dame si illustre. Elle avait

carenlur. Tùm demùm aperuit Tibe- su attendrir le peuple par les com-

rius , compertum sibi etiam ex P. plaintes qu'elle alla faire durant la

Quirini servis, veneno eum à Lepidâ célébration des jeux publics, et ou-

petitum (G). Nous allons voir que tre cela Quirinus s'était rendu odieux,

selon toutes les apparences , la con- C'était là le grand point; car les gens

dammation de Lépida fut très-juste, qui se font naïr du peuple lui ren-

(B) On se tourna vers la compas- dent chers et précieux les intérêts des

te ait trop médit de Tibère , encore les. Quirinus quamuis infami ac nomoins peut-on soutenir qu'il l'ait centi miserationem addtderat (9)

voulu épargner. Puis donc qu'il Lepida ludorum diebus, qui cognitio-

avoue que Lépida était coupable , et nem interuenerant , tlteatrum cum

perdue de réputation (7) , il faut claris feminis ingressa, lamentations

croire que c'était un fait évident. Il flebili majores suos ciens , ipsumque

ne nie pas que Tibère ne fît des dé- Pompeium , cujus ea monumenta, et

marches dans ce procès, qui faisaient adstantes imagines visebantur, tan-

connaître son penchant vers la puni- tùm misericordiœ permovity ut ejfusi

tion de Lépida ; mais il avoue que in lacrymas , saeva et d êtes tan da

par quelques autres démarches on Quirino clamarent, cujus senectae at-

pouvait le soupçonner d'avoir du que orbitati, et obscurissimae domui

penchant vers 1 impunité. Haud fa- destinata quondàm uxor L. Caesari ,

cilè quis dispexerit illâ in cognilione ac divo Auçusto nurus , dederetur

mentem principis , adeo uertit ac mis- (10) La punition de Lépida ne servit

cuit irœ et clementiœ signa (8). Le pis qu'à rendre encore plus odieuse la

que l'on puisse dire, est que Tibère personne de Quirinus (n). Conférez

travailla efficacement sous main à la avec ceci ce qu'on a dit ci-dessus

vérification des crimes dont Lépida ^

était accusée. Ce n'est point ce qu'on appelle oppression de l'innocence ,

(g) Idem , ibidem.

(10) Idem, ibidem, cap. XXIFT.

(11) Sed céleris haud lœta memoria Quirini erat , ob intenta , ut memoravi , Lepidte pericula

(6) Tacit., Annal., lib. III, cap. XXIII. sordidanujue et prœpotentem senectam. Idem,

(«) QaamTis infami ac nocenti. Idem , ibidem , ibidem , cap. XL FIJI, cap. XXI I. (12) Article Mahillâc ( Louis de ),

(8) Idem, ibidem. PH- *95 , marque (A), num. I.

RaCAN (Honorât de Beuil , (a), Tan 158g (b). Il était page Marquis de ) , fils d'un cbeva- du roi, l'an 1 60 5 (c), et comme il lier des ordres du roi * , naquit commençait à faire des vers , il à la Roche Racan en Touraine , „. , .

(a) Pellisson, Hist. de 1 Académie franç., * Le» additions faites par Chaufepie' a cet Pa8"' m- 344* article sont en grande partie extraites de la (b) Je dirai dans la remarque qu'il avait Vie de Malherbe dont il est question dans dix-neuf ans Van 1608. l'article Malherbe , tome X , page 170. (c) Vie de Malherbe , pag. 5.

RACAN. 4»i

se fit connaître à Malherbe, » de la Fortune , ces deux vers si cé-

dont il apprit ce qu'il a jamais * !cI)res :

SU de la IJOésie française • Et comme elle a l'éclat du verre-,

y» 1 . J * , p • • , . Elle en a la fragilité,

Cette connaissance , e/ / amitié J ^

<7i/ï/ contracta avec Malherbe , » *Jns savoir ^ fussent de M- de

dura Jusque, à sa mort , arrivée ; J^fc ^ vt^uf &t

en 1628 {d). Il entra dans l aca- » faits jans son ode au cardinal de *

demie française au temps de sa » Richelieu , quinze ans avant que

fondation , et il y fit lire un dis- » M- Corneille les eût faits dans son

rnnr* rnntrp 1p« lr\pnrf>* 1p n dp * Polyeucte- 11 <»* assez ordinaire de cours contre les sciences, le 9 de M fie renContrer ainsi dans la pensée

juillet ibou (e). o il eut ete a » ei dans l'expression des autres.

Paris il l'eût prononcé lui-même, » Porphyre, dans un fragment de

mais il était dans sa province. Il » son livre de la Philologie, rapporte

• • j:* „ „„M » par fcusebe au chapitre troisième

fit imprimer ce discours avec , Jju x, Uvre de fa Preparation

quelques-unes de ses poésies (f). » évangéliquc, fait mention d'un Il mourut Tan 1670. Sa place » certain Arétadés, qui avait fait un

d'académicien fut donnée à M. » traite' tout entl^r dec,es 8.ortes de

1 1 ri n 1 ' i ç • , » rencontres Il est, dis-ie, assez

de la Chambre , cure de Saint- , ordinairedeconcourir,ainsiétdans

Barthelemi. Il lui arriva un jour » ja mêrae pensée, et dans la même

de faire un quatrain tout-à-fait » expression des autres $ et particu-

semblable à celui d'un poëte qu'il M librement quand on a vu autrefois , • . • r, fk\ jA» cette même pensée et cette même

croyait n avoir jamais lu (A). Je w expre8sion / comme d'Andilli ,

dirai ailleurs (g) combien il était „ m. Chapelain et M. Furetière

sensible aux faveurs des dames. » avaient vu sans doute ce vers de

» Malherbe, et M. Corneille ces deux

(</) Là même, pa%. 6. » vers de M. de Vence; car il arrive

(«0 Pcllissoa , Histoire de l'Académie fran- » souvent qu'une chose nous demeure

çaise. » dans l'esprit, et que Fauteur de

(f) Là même. » cette chose s'efface de notre mé-

(g-) Dans la remarque (F) de fartic/e „ moire. Mais ce qui est arrivé à

Tirésias, tom. Xir. w M àeRacan est tout-à-fait extraor-

(A) // fit un quatrain tout-à-fait » dina!»e- ?» > etant

semblable a celLi d'un poëte qu'il » garnison a Calais, âge de 19 ans , il

croyait n'avoir jamais /«.] M. Ménage » flt ces <luatre ver3 :

va nOUS dire bien des choses particu- . Estime qui voudra la mort épouvantable ,

lières, et qui méritent un transport en • Et la fasse l'horreur de tous les

ce lieu-ci. « (1) J'ai souvent ouï dire • <?uant ^ la tUm u de"~

» à M. Chapelain que lui et M. d'An- m (fo commencent nos biens, et finissent no,

iv slîllî qiriiorit fftlt r><» m m f» X'OVi

» dilli avaient fait ce même vers (2), » sans savoir qu'il fût de Malherbe. Q , rf , â p

» Et dans le moment que h fa.s cette V ^ ^ > ,

» remarque, 1 apprends de M fure- , . . , » »

,, tière que fa même chose lui est » ^"•"T "Â Ivra.nte • .80° .an»

. " „ . . • ^„ » lui dit qu il ne donnait point dans

» arrivée. J ai aussi oui dire sou- ^ Vl .f - .

* » m r> -n^ «..';i o«a,f » ce panneau: qu il savait fort bien

» vent a M. Cornedle qu il aval F Je

» fa,t dans son Polyeucte, au sujet ^ 4 ^

<i) Ménage, Observations sur Mallierbe, pag. »de SOU livre intitulé : les Ta-

»54 etsuiv. Il a inu-W tout cela dans {'Anti-Bail- » blette s de la J^ie et de la Mort. M.

Ict , chap. CXXVIII. n je Racan , qui n'avait jamais vu ce

<3},c,le?t'*"d.iref: . . , , , . » livre,contestalong tempsctoniuiâ-

D arbitres de la paix, de foudres de la guerre, ' 1 *

tff.i «*e Ain* Za paraphrase' du psaume CXLV ,

faite par Malherbe. {i) C'est-à-dire N. Godcau.

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