AL ES
bourg ont dû nommément stipuler la conservation de ce privilège , lorsqu’ils ont capitulé avec la France , et lorsqu'après la paix de Hyswyck. ils ont demandé le renouvellement de leur capitulation (7). Je sais bien que par leur prérogative ils ne croient point faire mentir cet axiome certain et incontestable de l’antiquité :
NulLd reaarabilis arte
Lassa puduUta est ; dépérit Ma semel.
Ils ne prétendent point rétablir , physiquement pa riant, la virginité perdue :ce serait combattre le vrai sens de l’axiorac; mais, moralement parlant, ils prétendent la restituer , puisqu'ils prennent sous leur protection la renommée d’une malhonnête fille, et qu’ils la mettent à couvert de la médisance , de sorte qu’elle peut aller partout la tête levée , aussi sûrement qu’une honnête fille. On dit même que l’efficace de leur sentence est telle , que les filles qui ont eu des enfans, et qui en payant 1 amende ont obtenu la réhabilitation, trouvent un inari aussi aisément , et presque aussi avantageusement , que si elles n’avaient point fait cette faute. .Mais j’attribuerais plutôt cela au peu de délicatesse des hommes qui les épousent , qu’à leur persuasion de l’efficace de la sentence (8). Quoi qu’il en soit , nous pourrions dire à ceux qui supposent que le paiement d’une amende répare les crimes de cette nature , ce que l’on a dit à ceux qui s’imaginaient qu’un peu d’eau claire effaçait la tache d'un homicide :
Ah ! minium faciles, qui Inslia crimina ewdis Flumined tolli posse putalis aqud (g).
Ce même honnête homme m’assura que ce qu’il savait très-certainement des coutumes de Strasbourg, il l’avait aussi ouï dire touchant plusieurs autres endroits de l’Allemagne. De telles loiseussent. mis bien en colère le théologien dont je fais ici l’article; car tant s'en faut que ce soit punir la fornication , que cest en quelque mauière la récom-
(?) ^ ore s le Mercure historique du mois de juin i6q8.
(8) Ôn m'a assure quil s sont les premiers à plaisanter , et à dire que ces sortes d'injures n emportent point la pièce . Ils croient appa- 1 eminent imiter ceux qut se raillent eux-memes pour énerver la raillerie des autres. V #r« le commencement de la remarque (B) de V article AcLsilad» Il .
(9) Ovithu* , t'aslor. Itb. II , vs. 45.
penser, vu que l’avantage de se produire partout, sans la crainte d’aucun reproche ni d’aucune médisance, est un bien quisurpassede beaucoup le préjudice de l’amende que l’on a payée , qui n’est pas quelquefois la moitié du gain que l’on a fait en s'abandonnant.
J’ai ouï dire à des personnes bien judicieuses, que l’usage d'une infinité de pays est plutôt une récompense qu’une peine de la fornication. Cet usage est que ceux qui se reconnaissent les pères d’un bâtard soient condamnés à le nourrir , et à donner à la mère quelque somme de deniers. L’ordre de pourvoir à. la nourriture de l’enfant ne peut point passer pour une peine , puisque le droit naturel a établi clairement cette obligation. On ne peut donc compter pour peine que l’argent qui est donné à la fille : mais, outre que c’est un châtimcut fort léger à l’égard du père , c’est à proprement parler une récompense à l’égard de la mère. « Or , c'est une chose bien » étrange , disaient ces messieurs-là, » que des tribunaux chrétiens adju- » gent des récompenses à des filles , u pour avoir perdu leur honneur en » scandalisant le public. » Quelqu'un leur répliqua , que la perte qu’elles avaient faite , qui leur rendait à l'avenir plus difficile la rencontre d’un mari , demandait comme un acte de justice qu’on leur procurât quelque dédommagement . a Non , répondirent- » ils , ce n est point un acte de justice» » c’est une faveur , c’est une grâce :
» la justice ne demande pas que des a personnes qui ont souffert du dom- » mage par la transgression volon- » taire des lois de Dieu et des lois de » l’honneur huroaiq clairement con- » nues , obtiennent un dédomc&age- » ment ; et si le souverain voulait a répaudre des grâces , il devrait » choisir des sujets plus dignes. Obli- » gerait-on les nommes à récompen- » ser une fille , qui , en commettant » un vol pour l'amour d’eux , et à » leur instigation , se serait estropiée, » ou d’un bras, ou d’une jambe? Tant » s'en faut qu’un juge lui fît obtenir » quelque gratification qui réparât le » dommage qu'elle aurait souffert , » qu’il la condamnerait à des peines » corporelles. 11 arriverait la même » chose dans tous les cas punissables » où elle perdrait quelque membre
» en exécutant les conseils d'un hora- » me. Il n'y a que la fornication qui » soit exceptée de cette règle : appe- » lons-la donc te délicl commun et le » cas privilégié , termes consacrez sé- » parement à d’autres choses (10) , et » sur quoi il parât un livre à Paris , » l’an 1611 (11) ». Quelqu'un allégua là-dessus , que les magistrats d'Amsterdam f fatigués de la multitude de servantes qui accusaient de leur grossesse quelqu'un des fils de la maison , avaient tait un règlement , que désormais on ne donnerait à ces sortes de créatures que a5 florins , moyennant quoi elles seraient obligées de nourrir l'enfant : qu’ils avaient cru par-là mettre un frein à la débauche ; car ils voyaient que le profit qu'elles retiraient de leur mauvaise conduite , les engageait, ou à faire des avances, ou à succomber à la sollicitation, et qu’en un mot, leur lasciveté devait être privée de toute espérance de gain , et non pas encouragée par l’espérance des sommes que les tribunaux leur adjugeaient. Mais il y eut des gens qui repondirent qu’il n’est pas certain qu’on ait fait de telles lois à Amsterdam , quoùfue le bruit s’en soit répandu dans les autres villes du pays. Que cela soit vrai ou faux , il est toujours certain que cela prouve qu’on n'ignore pas que la conduite ordinaire des tribunaux est trop favorable à la fornication, et qu’elle excite beaucoup plus les filles à se débaucher qu’à se contenir ; et il paratt clairement que les souverains ,
2ui font punir les transgresseurs du •écalogue , ne se règlent point sur ce que Dieu est offensé , mais sur le préjudice temporel de l'état. C’est pour cela qu'ils punissent les voleurs et les homicides : mais , parce que la fornication semble plus utile que préjudiciable au bien temporel de l’état, ils ne se soucient point de la punir, et ils se conduisent d’une manière à faire juger qu’ils ne sont pas fâchés qu’on peuple leurs villes per fus et nef ns. S'ils avaient à coeur la pratique de la loi de Dieu sur ce point-là , ils
(10) On apprit* Délict commun Irt fautes d'un ecclésiastique, qui sont jugées par le* tribunaux de l’Église { et Cm privilégié les fautes d'un ecclésiastique , qui sont soumises à la juridiction séculière.
(11) Il est composé par Bénign« Milletot, conseiller an parlement dç Dijon .
fortifieraient la crainte de l’infamie, au lieu de la faire évanouir : ils feraient payer de grosses amendes applicables, non pas aux filles qui auraient forfait , mais aux hôpitaux : ils imprimeraient une flétrissure , tant à celui qui aurait été le tentateur , qu’à celle qui aurait mal résisté à la tentation : et comme le déshonnenr par mi les personnes de basse naissance n’est pas un frein assez fort pour arrêter une certaine coquetterie , qui anime le tentateur, qui le prévient, qui lui assure le triomphe avec la dernière facilité, ils emploieraient une peine plus réelle , et dont ils trouve raient aisément de bons moyens.
La discipline ecclésiastique est tombée à peu près dans le même relâchèment. 11 n’y a que peu d’années (ta) que le précepteur a'un gentilhomme s attacha dans une ville de... à une jeune coquette , et qu’il en obtint bientôt tout ce qu’il voulut. Dès que les parens eurent connu qu’elle était grosse , ils travaillèrent a lui faire avoir pour mari ce gaiant-là. Il fit le rétif ; car, outre que la facilité de sa conquête n’etait pas un grand attrait à aimer pour le sacrement , il ne croyait point être le seul qui eût eu part au gâteau , ni que l’enfant fût son ouvrage plutôt que celui d’un autre. Le seul moyen de venir à bout de lui fut la menace que , s’il n’épousait cette fille, il perdrait le bénéfice
3u’il avait en Angleterre. Il l’épousa onc } et , par ce moyen , il conserva son bénéfice. Voilà comment la coquetterie fut récompensée : la coquetterie , dis-je , qui avait été poussée jusqu’à l’excès le plus scandaleux.
Que diraient les anciens pères, s’ils revenaient aujourd’hui au monde ?
Quel sujet n’auraicnt-ils pas de s’écrier en jetant les yeux sur la face de l’cglisc : O domus antiqua , quant tlispari dominât is Domino ! C’est la destinée de toutes les religions, aussi bien que celle de tous les corps politiques , de se gâter en vieillissant. Les hommes sont plus corrompus dans leur jeunesse que dans leur âge avancé. li en va tout autrement des républiques. II n’est rien tel que les lois naissantes et toutes neuves (i3). Les
(ia) On écrit ceci l’an i6q8.
(»H) flores, ta remarque (n) de l'artiste Nn- Tom» , an commencement.
f\/jO A L E S.
lois sont comme le nain et les oeufs , pan d’un di , ovo a un hora. L’état florissant d’un code ( j’entends ici la pratique et l’observation ) est celui de l’enfance. Voyez la plainte d’un poète qui avait décrit quelques abûs du siècle d’Auguste; elle ressemble à celle de Jésus -Christ , Du commencement il n'était pas ainsi (i4) ’
Non ità Bomuli
Prarscriptum, et inions i Caloni * Auspiciis , velcrumque normd (i5).
Par cet endroit-là , les sectes , et les communautés , etc. , ressemblent à l’homme , qui n’est innocent qu’au berceau , et un peu après.
Notons qu’il y a encore quelques pays protestans (16) où l’on a gardé quelques restes de sévérité contre la fornication , tant à l’égard des tilles qu’à l’égard des hommes. Mais je suis sûr que notre Alexandre Aies en demanderait davantage. Que dirait -il des autres pays ?
Ne finissons pas sans dire que les tribunaux , qui adjugent un profit pécuniaire aux fornicatrices, ou qui condamnent même à les épouser ceux qui les ont débauchées , font cela pour éviter plusieurs inconvéniens ; mais, quoi qu’il en soit , ils fomentent par cette conduite les désordres de l’impureté ; car chaque sentence qu’ils prononcent sur ce point-là est un bien réel pour uue personne , et un motif d’espérance pour vingt autres. Chaque fille qui parvient au mariage par cette route, fait naître l’envie à plusieurs autres de tenter le même moyen. On a compris cet abus en France : le nouveau Code n’y est pas aussi favorable que le vieux à cette espèce de filles qui profitent trop des privilèges du mariage. C’est un sacrement qui a des vertus rétroactives, et qui, comme celui de la pénitence, esl une planche après le naufrage. Il fait rentrer au port de l’honneur, il répare les vieilles brèches, il donne la qualité de légitimes à des enfans qui ne la possédaient pas (17). Je ne dis rien du voile épais dont il peut cou-
04) Évang. de S. Matthieu, chap. XIX,
15) Horat. Od. XV , Ub. II, et. 10.
16) A Genève, et plus encore au canton de Berne .
(*7) la remarque (A ) de l’article
Amqita.
vrir les nouvelles brèches , les fautes courantes , et le péché quotidien.
(E) L' attachement qu’il avait pour Mélanchthon avait fait croire qu’il $’ était retiré à Wtnembcrgfj Mélanchthon, dans sa CCXC*. lettre à Camerarius, ne sait si Aies se défiait de son amitié. Dans la lettre CCLXXXVIIJ*. il avoue qu’il avait remarqué en lui des saillies et des boutades , irstpetCvkovt x. au TttpaLkoyout cp/uât.
(F) Il mourut le 17 de mars i565.] Le Calendrier de Paul Eber marque
u'Ales mourut le 18 de mars i565, gé de soixante-quinze ans. La première faute est fort légère , puisqu elle n’est que d’uu jour ; mais la seconde est de dix ans ; et ainsi elle est plus considérable. Aies écrivit lui - même, sur la matricule de l'uoiversité de Leipsick, qu’il était né l’an i5oo.
Bucholcer (18) et Reusnerus (19) lui donnent tout autant de vie que Paul Eber. Toute cette remarque a été prise de Thomasius. On eût pu reprendre Bucholcer en une autre chose ; c’est qu’il a dit qu’Ales vécut et enseigna en Allemagne depuis son arrivée à Wittcmberg, c’est-à-dire, depuis l’an i533.
(G) Il avait été préservé de la mort par miracle dans sa jeunesse .] Il dit dans l’un de ses livres (ao) , qu’il se remet souvent en mémoire, mais non pas sans de grands frissons par tout le corps , que, comme il roulait vers un
!>récipice, sur le sommet d’une trèsîautc montagne, et qu’il était déjà fort presse ce précipice , il se sentit transporté dans un autre lieu, sans savoir par qui, ni comment ; ce qu’il attribue à la foi de ses parens * , et non pas aux billets qu’il portait sur soi , contenant quelques versets de saint Jean , selon la coutume des enfans en ce temps-là.
(H) Il assista à un grand nombre de conférences. ] Lorsque Mélanchthon fut prié, en 1 555 , par ceux de Nurenberg, de venir terminer les dis-
(18) Chronolog. , pag. 6i3.
(•9) l**!®*- Hiat. . pag.^36.
(70) Epistola dédit nions Commentai-, in Josanem. Vi de et prtrfal. in altérant ad Tintotheum, apud Jacobtun TLomaaium , in Orationa de Aicaio , pag. 3o5.
* Il était important , dit Leclerc, de faim remarquer que les parens d‘ Aies riaient catholiq ues. Quel argument en faveur de F Eglise romaine qu’un protestant reconnaissant le pott~ voir de la foi!
sensions que les disciples d'André Osiander causaient dans leur ville(xi)j il amena avec lui Aies, qui tint fort bien sa partie dans les disputes où l'on entra (ai). Mélanchthon le connaissait bien par cet endroit; car il l'avait déjà eu pour assesseur , en 1 554 » dans la conférence de Naumbotirg , où il s'agissait d’assoupir les troubles théologiques de la Prusse. Camerarius , à ce sujet , donne un fort grand éloge à Aies : Alexander Alésais , patrui Scotus , vahle carus Philippo Mclanchthoni , rei theologicae intelligenlissimus , et arli/ex excellent congruentium dispututionum , et vir dignitate atque doctrind exquisité priestans (a3). 11 avait remarqué en un au? tre lieu que Granvelle , qui présidait à la conférence de Worms , ae la part de Cltarles-Quint, en i54« , ne voulut point qu’Ales, que l’électeur de Brandebourg y avait envoyé, parlât : Qui quidem et paratus eral et cupidus con fl ictus : sed huic obstitit jussum prœsidis , qui et Alesium ad pugnam inslruclum sciret , et talent administra tionem rei viciosam esse animadverteret.
(31) T amerar. in Vjtâ MeUachthonis. Thoraa- •iu» , Oralione de Aleaio, pag. 3si.
(33) Reta , in Icooibua.
(a3) Caœerariu» , in Vili McUncbth.
ALEXANDER AB ALEXAN- DRO (A) , jurisconsulte napolitain , qui avait beaucoup d’érudition, a fleurivers la finduXV'.
siècle , et au commencement du XVIe(B). Il s’attacha au barreau avec ardeur , premièrement à Naples , et puis à Rome (a) ; mais tout le temps qu’il pouvait dérober aux embarras des procès , il le consacrait à l’étude des belles-lettres; et enfin il abandonna entièrement le barreau, afin de mener avec les Muses une vie plus tranquille et plus agréable. Voici la raison qu’il allègue pourquoi il renonça à la profession d'avocat (C). 11 dit que ce
(a) Alex. al> Ale*. Geo. Dicr. lib. Il ,
cap. /.
fut à cause de l’ignorance ou de la méchanceté de ceux qui rendaient la justice, et qu’il aima mieux vivre en repos que de prendre beaucoup de peine à bien étudier la jurisprudence , puisque cette peine ne servait de rien contre la témérité d’un mauvais juge (b). Il avait vu à Rome bien des exemples de ce désordre , lequel il cita à Raphaël Yolaterran , qui lui avait demandé la cause ae sa retraite. Il est un peu étrange que de ce grand nombre d’hommes doctes qui vécurent de son temps , ou qui ont fait l’éloge des savans de ce temps-là , il n’y en ait presque aucun qui fasse mention de lui (D). Nous saurions très-peu de chose de sa vie , s’il 11’en avait touché lui-même quelques particularités dans son ouvrage (c).
C’est là que nous apprenons qu’il a été logé à Rome dans une maison oit il revenait des esprits ( d ); et ainsi voilà un témoin à citer à nos incrédules ; un témoin , dis-je, qui se vante d’avoir vu, et qui raconte des singularités étonnantes du spectre qui tourmentait cette maison. Il dit aussi qu’étant fort jeune il allait aux leçons de Philelphe , qui expliquaità Rome les Questions Tusculanes de Cicéron (e). On peut recueillir du chapitre XXI du IVe.
livre , qu’il était à Rome lorsque Nicolas Perot et Domitius Calaerinus y faisaient des leçons publiques sur Martial (E). Je ne
(b) Ibid , lib. vr , cap. Vit.
(c) Intitulé Geoulium Dierum libri VI.
(il) Ale*, j b Alex. Geo. Dier. lib. V ,
cap. XXIII.
(é) Eum ego adolcsceotulus senetu inter ca trroi coævos meo* colui et ubservavi. Ibid, lib. T , cap. XXIII.
sache point qu’il ait parlé de la charge de protonotaire du royaume de Naples, qu’on prétend qu’il a glorieusement exercée ( f ). Je ne sais point quand il mourut ; mais je sais qu’on l’enterra dans le monastère des Oli vêts (£•). Tout le monde l’a blâmé de l’affectation qu’il a témoignée de ne point citer les auteurs qui lui fournissaient ce qu’il débite (h). Tira— queau a remédié à ce désordre par un docte Commentaire qui fut imprimé à Lyon en 1 587 (1).
O11 l’a réimprimé à Leide en deux volumes in-8°. , l’an 1673 , avec les notes de Denis Godefroi , de Christophe Coîérus et de Nicolas Mercérus , sur le meme texte.
J’apprends de la Bibliothèque de Gesner , que l’édition qu’on fit à Paris de cet ouvrage d 'Alexander ab Alexandro , l’an 1 53a , était plus exacte que les autres , et que Gérard Morrhius de Campen , <jui la corrigea , avait collationne aux originaux les endroits que l’auteur avait pris d’autrui.
Il avait donc collationné bien des choses ; car les six livres des Jours Géniaux ne sont presque que des pièces de rapport. C’est un mélange d’une infinité de recueils concernant l’histoire et les coutumes des anciens Grecs et Romains : on y trouve aussi plusieurs questions de grammaire.
L’exactitude n’y est point dans sa perfection (F). Je ne crois pas
( f ') Pamir, de Claris Lcg. Interp., lib. II, êap. CXXII.
(je) Leaod. Albert. Descript. Jtal., p. 377.
(A) Bardait», de Regau , lib. FI, cap. F ; Cvpræus, de Spoosal. , cap. XIII , num. 61 ; Vossius, de ïlist. Lat., pag. 609; Mcibomius , de Vitâ Mnrccnatis , pag. 1 38.
(i) Sous le titre de Semestria in Gcnialitim Dicrtim Alexandri ab Alexandro libros VI. C est un in-folio. On le réimprima d Franc fort , en l594, in-folio.
que la traduction française que Bernard de la Roche * en fit (À) ait été jamais imprimée. L’auteur de la Bibliothèque Napolitaine n’a nullement réussi dans l’article de notre Alexander (G); mais les additions de Léonard Nicodème sont très-curieuses sur ce sujet (H).
Alciat croyait qu’ Alexander ab Alexandro vivait encore l’an i52i. Je donnerai ses paroles, parce qu’elles contiennent le jugement qu’il faisait de cet écrivain (I).
* Ce personnage est , dit Joly , te pif sident de la Rocbe-Flai’in.
(A) La Croix du Maine , pag. 76.
(A) Alexander ab Alexandra.] Je lui donne sôn nom latin , comme cordonnent nos grammairiens. Ceux
3ui traduisent Alexandre d‘ Alex anrie (i) s’abusent. Notre auteur était d'une famille napolitaine , dont le nom était Alexandre. On préteud qu’elle avait déjà produit des gens illustres , comme M. Moréri le rapporte , après Lorenzo Crasso. Chacun sait la plaisanterie * de Balzac : lŸ'y a-t-il pas eu , dit-il (3), au royaume de JVaples un grammairien jurisconsulte , qui s’est fait appeler Alexakder ab Alexasdro r Et se peut-il rien imaginer de plus magnifique et de plus superbe , que d’être deux fois Alexandre , que d'avoir Alexandre pour son nom , et de l’avoir encore pour sa seigneurie (3) ?
(B) Il a fleuri vers la fin du XVe. siècle , et au commencement du XVIe. ] Ce qui me fait parler ainsi , est que notre auteur , en parlant des calamite's du royaume de Naples , les a conduites jusqu’à la mort de Frédéric ,
(1) Simon Gonlart l'a fait dans la version d • Philip. Camerariut.
* Leclerc pense que ce nest point plais anterie , ntaii fausse idée , c'est-à-dire , ignorance de Baltac.
(a) Baluc , préface du Socrate Chrétieo.
(3) Pour parler exactement , il eût fallu dire ^«'Alexandre /toit son nom de baptême et mn nom île famille. Une pareille choie s'eit > ue en d'autres personnes. V oyes Mollet u* a: 1 Traits De Seriploribu* Homonymi*.
fils de Ferdinand 1er. (4' , c’est-à-dire, jusqu’à Fan i5o4j outre qu’il parle de Jovien l'on tan , comme a’une personne qui n'est plus (5). Or , Jovien Pontan n’est mort qu’en l’année 1 5o5**. C’est à quoi n’ont pas pris garde ceux ui ont placé la mort de notre Alexaner à 1 an i494 > en Moréri
leur donne beaucoup plus de témoignages de son approbation , que de son incertitude **.
(C) Voici la raison qu’il allègue pourquoi il renonça à la profession d’avocat. ] Je crois que pour en montrer toute la force , je suis obligé de la rapporter dans les propres termes de l’auteur. Quœ cùm viderem , ditil (6) , patronisque contra vint potentiorum aut graliam nihil prcesidii esse , mhil opts , frustra nos in legum controversiis et ediscendis toi casuum t >ariclatibus tam pensiculati editis , tantum labo ris et vigiliarum suscipere , lantoque nos studio faligari diccbain , riun ad ignavissimi impurissimique cujusque lemcritalem , qui juri dicendo prœsiderct , quem leges virum bonum esse volant , non aequo jure sed ad graliam et libulinem judicia ferri , dr.cretaque legum lanlo consilio édita convelli et labefactari vide rem. 11 fit beaucoup mieux d’abandonner le barreau que d’imiter quelques autres avocats , qui , ayant perdu plusieurs bonnes causes , prennent le parti de se charger des plus mauvaises. Je lisais 1 un de ces jours , qu un avocat des plus fameux de ce siècle *3 , à qui ses confrères demandaient pourquoi il se chargeait de méchantes causes , leur répondit en riant , que c’était qu'il en avait perdu quantité, de bonnes. C’est une mauvaise excuse , poursuit l’auteur : un avocat , qui , après avoir examiné une cause , la trouve insoutenable , est obligé de Cabandonner (7). J’ai trouvé un autre endroit clans le livre à? Alexander ab
fi) Al«. ab Aies- Geo. Dicr. U b. III, cap. ï tub Jin. , pag. -36.
^5) Id. i bid. , lib. I , cap. /.
** Leclerc, d’aprèt Paul Jovc , fixe au mou l'aodl i5©3 ta mort de ce perionnage.
** Le Duchal , tf aprèt la Bibl. latin» de Fabridât , dit t)n Alexander mourut à Borne le a i>« tobre i Sa 3, à toixanle-deux ant.
(6) Id. And., Ub. FI, cap. FU.
' i Cet a focal fiait , dit Leclerc , Bonaeenure Four croc.
(') Journal des Savant iGqn, pas. Joi, édit. U Hollande .
Alexandra , qui marque la droiture de son cceur (8). Un de ses amis , voyant qu’il ne poussait point sa fortune , lui conseilla de se servir des expédiens qui avaient si bien réussi à tels et à tels qu’il lui nommait ; c'étaient toutes personnes que la faveur avait élevées aux honneurs et aux prélatures , malgré le mérite de leurs concurrens , et qui étaient parvenues à la faveur par «les voies illégitimes.
Notre auteur n’ignorait pas ces exemples , et il en savait de pires. 11 avait vu , dans sa jeunesse , un fort honnête homme , savant et en latin et en grec, qui , n'ayant fait que lutter contre une extrême pauvreté pendant qu’il se fiait à sa vertu et à sa science, se résolut de tenter une autre voie :
il se jeta dans un si vilain métier , qu’on n’oserait le nommer $ et peu apres , le voilà riche et puissant* et pourvu de bons bénéfices : JE à vesaniœ processil , ut coactus inopid obscœnis et libero homine indignis artibus vacaret ( qui bus vero artibus non lifet dicere : ila fondas et pudendœ sunt , ) confer laque fuit sibi res ex sententid , nam que haud rnullo post et sacerdolio et opibus auclus , qffluens et beatus tranquillissimc vitam egit (g). Mais ces exemples n’ébranlèrent point notre avocat : il aima mieux se contenter de sa médiocrité , que de risquer sa conscience : Longé igitur multàmque prœslat , saltùsquc fuit uti ingénia meo , vacuumque his molestiis modico civilique cultu contentum esse , ne que in ambitionem non nccessariam incurrere , quant bona animi , si qua sibi homo studio et labore paravit , ea turpi quæstu pessima exemplo fœdare (io). Le conseil qu’on lui donnait ressemble fort à celui-ci :
Aude aliquid brrvibus Grant et cance re dignum ,
Si Wi eitr aliquu, Probilat laudalur et al- S“ (»*)•
Il dédia son livre au duc d’Atri. Ce duc était fort savant, comme nous le dirons sous Aquaviva.
(D)Ilhjra presque aucun auteur de son temps qui fasse mention de lui.’]
(8) Alex, ab Alex. Geo. Dicr. Ub. VI , cap.
XFI.
(9) Id. ibid.
( io) Alex. ab. Alex. Gen. Dicr. Ub. VI , cap.
(»i) Juvcn. Sat. /, vj. <j3.
Cependant, si nous en croyons M. Moréri , tous les grands hommes de ce siècle-là , un George de Trébizonde , un Théodore de Gaze , un Domitius Calderinus , un Hermolaüs Barbarus , un Philelphe , un Pontanus , etc.
étaient ses amis et ses admirateurs.
Tout ce que l’on peut recueillir du livre même d’ Aléa ander ab Alexandra , est qtl’il ouït en sa jeunesse les leçons que Philelphe, déjà vieux , faisait à Rome (iî; , et qu’il mangeait quelquefois avec plusieurs personnes de lettres chez Jovianus Pontanus (»3), chez Hermolaüs Barbarus ( 1 4) * chez Sannazar (i5), chez Gabriel Altilins (16) , etc. 11 faut un fondement plus solide que celui-ci, pour affirmer que certaines gens admirent certaines gens. Voyez la remarque suivante.
(E) Il était a Rome lorsque Nicolas Pérot et Domitius Calderinus y faisaient des leçons publiques sur Martial. ] Voilà tout ce que l’on peut recueillir de ce qu’il rapporte touchant Nicolas Pérot et Domitius Calderintts ; car pour cette grande familiarité, que Panzirole prétend qu’il eut avec eux (17) , il la faut chercher quelque autre part : et je ne sais s’il est possible d’en trouver les preuves.
Je ne ponte point que Panzirole n’ait dit cela à vue de pays , et sur la foi de sa mémoire , sans prendre garde que la mémoire est un moule où les objets changent de forme très-aisément.
(F) L' exactitude de son ouvrage n’est point dans sa perfection. ] J’aime mieux le dire par le témoignage de l’un des commentateurs , que de mon chef. Voici donc ce que dit Nicolas Mercerus : Est profecto , mi Linoceri (18) , verum quod aïunt. Fuit Alexander vir eruditus et multœ lectionis : multa ad ulilitatem publicam scripsit e le ganter , multa tamen , ut hommum est infirmitas , minus ac curatè vel memonce vitio , vel imprudentid lapsus. Quœ lecloribus indicari magni interjuit. Je ne suis pas le seul, qui trouve mauvais que ceux qui nous
fia) Alex, .b Alex. , lib. /, cap. XXIII.
(i3) !d. ibid , bb. I cap. I. Vojei aussi JiV. III , chap. VIII.
(«4) Ibid. , lib. III , cap. /.
Ibid. , lib. II , cap. I.
(lOj Ibid. , lib. y , cap. I.
(17) Admodinn Jamiliarit fuit. Paoiirol. de Claris Lrg. Intrrpr. , lib. II, cap. CAXII.
(»8) C'est celui à qui il dédie ses Note*.
donnent des variorum , retranchent les Épîtres dédicatoires et les Préfaces (19). Ils devraient tous faire ce u’on a fait dans la dernière édition e Diogène Laérce (ao) Si on l’avait fait dans celle d’ Alexander ab A lexandro , j’aurais pu donner plus de lumière sur cet auteur et sur son livre.
(G) L’auteur de la Bibliothèque Napolitaine n’a nullement réussi dans l’article de noire Alexander. 3 II s’est contenté de renvoyer ses lecteurs à trois ou quatre autres livres (21)5 et il n’a point su qu 'Alexander , jurisconsultus Neapolitanus , auteur des quatre Dissertations desquelles il donne le titre (aa) , n'est point difiérent à' Alexander ab Alexandra : de sorte qu’il parle deux fois du même homme, sans savoir que ce ne sont pas deux écrivains. Voici le titre des quatre Dissertations : AUxandri,juri>consulii Neapnlitani , Dissertât iones quatuor de rebus admirandis quœ in llalid nuper contigére : id est , de Somnits quœ a vins spectatæ fidei prodita sunt , inibique de Laudibus Juniant Mail Sommorum conjecloris : de Umbrcrum figuris et Jalsis Imagintbus :.de Illusionibus malorum dœmonum , qui diversis imaginibus hommes de Insère; de quibusdam Ædibus , quœ Romce infâmes sunt , ob frequentissimos lémures, et terrificas imagines , quai author ipse singulis feic noctibus in urbe expertus est : Romœ , ,
absque anno , nec apud quem , On aï marqué , ni le nom de 1 imprimeur , ni l’année de l’impression. Nous verrons dans la remarque suivante , que ce sont des pièces qui ont été incorporées au volume des Jours Géniaax.
(H) Les additions de Léonard Ntcodème , sont très-curieuses sur son sujet. ] On y prouve qu’Alexander 3b Alexandro est l’auteur des quatre Dissertations , parce que la plupart des choses qu’elles contiennent se lisent dans les Jours Géniaux : par exemple, ce qui concerne les louanges de Junianus Majus , elles présages des son
(19) Voyes M. Creniiu, au chapitre /**. de la /". parue des AninuiirrniODC»
cl Hi»toriew , et la remarque (H) de l'article Marot , à la fin-
130) Celle d' Amsterdam , en 1693 ; ma f trouve la plupart des Prêjaces , etc. , des éditions précédentes.
si) Nicolo Tnppi , BibliotH. Napolfl. , p. a?) Là même , pag. 7.