‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 125 sur 134 · AMÉLIUS · texte numérisé non relu

AMÉLIUS

Toscane. Son vrai nom était Gentilianus , et il aimait mieux le surnom d 'Amérius que celui fl! Amélius. Il fut disciple de Plotin à Rome, pendant vingt-quatre ans ; après quoi il se retira dans Apamée , ville de Syrie. Il y était quand Plotin mourut. Il adopta un certain Justin Hésychius , natif de la meme ville (a).

Voilà sans doute les sources du mensonge que Suidas a débité ,

2uand il a dit qu’Amélius était ’Apamée. Il ne se trompe guère moins quand il assure <jue Porphyre fut disciple d’Amelius (A).

Ce qu’il y a de certain est qu’Amélius fut fort estimé de son maître , et qu’il répondit à cette estime par une singulière vénération pour Plotin. Lorsqu’il commença d’étudier sous ce fameux philosophe , il ne savait que ce qu’il avait appris d’un certain Lysimachus(^); mais, par son application au travail , il devança tousses condisciples. Il savait par cœur une partie des leçons de Numénius. Il les avait ramassées et copiées presque toutes. Il faisait aussi de gros recueils de tout ce qu’il entendait dans les conférences de philosophie; et il composa de ces recueils une centaine de Traités qu’il donna à son fils adoptif. Il n’avait encore osé produire que cela , lorsque Porphyre vint à Rome (c) , c’est-à-dire , après avoir profité des instructions de Plotin pendant l’espace de dix-huit ans. Depuis il composa XL livres contre Zostrianu.\ , l'un de ces anciens héréti— tiques , tant en philosophie qu’en

(/*', Porphyrius in Vit* Plotini.

b ) C'était un philosophe stoïcien.

(c) En 26 J.

religion , qui faisaient un si horrible mélange des doctrines de l’Évangile et de celles des philosophes. Il s’éleva un grand nombre de ces hérétiques au temps de Plotin ; et c’est ce qui l’obligea d’armer contre eux. Il prit sur lui la défaite des gnostiques , pendant qu’Amélius combattrait contre Zostrianus , et que Porphyre attaquerait les prétendues révélations de Zoroastre. Après cela , Amélius ayant ouï dire que l’on accusait Plotin de s’être paré des dépouilles de Numénius, prit la plume pour justifier son maître ; et dans trois jours il composa un ouvrage qu’il dédia à Porphyre, et auquel celui-ci donna pour titre , De la différence qui se trouve entre la doctrine de Numénius et celle de Plotin. Ce que je vais dire suffit à faire connaître l’estime que Plotin avait pour Amélius. Comme Plotin se souciait peu d’étaler ses forces , il laissait des doutes dans l’esprit de ses auditeurs , et il avait en quelque façon besoin d’être forcé à montrer le meilleur de sa doctrine. C’est ce qui fit que Porphyre lui proposa par écrit plusieurs objections , pour prouver que nos idées sont hors de notre entendement (d). Voilà ce que le père Mallebranche a renouvelé de nos jours. Plotin ayant lu ces objections les donna à réfuter à Amélius. L’opposant répliqua :

Amélius dupliqua; et enfin Porphyre comprenant la doctrine de Plotin , y donna les mains, et lut

(</) Aii xaù eisriypÂ^etç irpirÂyeLyït J'iiKiura.i Ttipaj/Uttoc , crri Iço» <roô sou ÙQiçMKt to »ûi Quapropter eum contrà scribendo provocans tcnlavi , cunatus osten dere en quai intelliguntur extrà inttllectum esse. Porpbyr. in Vit à Plotini.

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sa rétractation en plein auditoire. Longin , dont le goût était si sûr et la critique si redoutable , trouvait à la vérité trop de verbiage dans les écrits d’Amélius ; mais il le mettait néanmoins au petit nombre des philosophes dont les ouvrages lui semblaient dignes de considération (B). Il écrivit une longue lettre contre celle qu’il avait reçue d’Arnélius , touchant les manières de la philosophie de Plotin. Amélius était un dévot du paganisme , grand observateur des nouvelles lunes et des fêtes (e) (C). Il avait cité dans l’un de ses livres le commencement de l’évangile de saint Jean , pour confirmer la doctrine de Platon.

Eusèbe a rapporté ce passage {/) ; mais non pas aussi amplement

2ue Théodoret (g-) et que saint yrille (fi).

(é) Tire de la Vie de Plot in , composée par Porphyre.

(/*) Dans sa Præparat. Evangel. , lib. XI, cap. XIX.

(g) Græc. Affection. , lib. //, p. 5oo.

( h ) In Julian., lib. VIII.

(A) Suidas assure nue Porphyre fut disciple <f Amélius. J Porphyre dit lui-même que lorsqu’il commença d’être disciple de Plotin, il y avait dixhuit ans qu’Araêlius étudiait sous ce philosophe (i). Il ajoute qu’il fut le condiscipled’Amélius pendant six ans; après quoi , ils partirent de Rome , lui pour aller en Sicile , et l’autre pour aller à Apamée. Ils demeurèrent pour le moins jusqu’à la mort de Plotin au lieu où ils s’étaient retirés. Or, comme Porphyre avait alors envi- * ron trente-huit ans, et qu’il avait eu à Rome plus de réputation qu’Araélius, il n’y a nulle apparence qu’il soit devenu son disciple. Joignez à cela qu’Amélius , en lui dédiant son Apologie de Plotin , le prie d’en excuser et d’en corriger les défauts (a). En-

( i) Porphyr. in Vilâ Plolini.

(a) Ibidem.

fin le, silence de Porphyre , de quelle force n’est-il point contre Suidas ?

Porphyre fait mention d’ Amélius à tout moment dans la Vie de Plotin , et il n’aurait jamais dit un mot de»

études qu’il aurait faites sous la discipline d’un tel maître. Suidas pourrait bien avoir été trompé par Théodoret , qui appelle Amélius le chej de l'école de Porphyre (3) , c'est-àdire , selon l’interprétation de M. de Tillemont , de l'école de Plotin où Porphyre étudiait (4). Aussi Suif lai le Jail maître de Porphyre : ( c’est M. de Tillemont qui parle. ) On peut mettre encore entre ses disciples Ceutricius Firmus , homme.... qui rendait toutes sortes de services à AmeUus.

Voilà donc un auteur moderne qui donne dans l’erreur de Suidas , et qui va même plus loin ; car il est risible par la Vie de Plotin , à laquelle il nous renvoie touchant Castricius , ue c’était du vivant de Plotin qae astricius avait à Rome un si grand attachement pour Amélius. Or il est incontestable que , pendant que ce dernier a été à Rome , il n'a point eu de disciples. 11 était disciple de Plotin , et ne dressait point autel contre autel.

(B) Longin.».. le mettait au peUL nombre des philosophes dont les ouvrages lui semblaient dignes de considération. ] Ce nombre était si petit

Ju’il ne comprenait que deux autearv, lotin et Amélius. La gloire de ce dernier en était d'autant plus grande :

cependant cela ne fit pas que ses écrits ne déchussent assez tût de leur première réputation. Eunapius les met dans la même catégorie que ceux de deux autres condisciples de Porphyre , et prononce cet arrêt contre tous : ’Xuyyf.i.fjLfxa.'ri. y s eLtérUi m&n- Çtr eu* hiyoç St a.ù'rnv oc/di »Tc (5). Quorum exlanl quidem volumina , sed esiitimatin propè nulla est (6). Il en donne pour raison qu’ils étaient destitués de* ornemens du langage , et purement dogmatiques.

(C) // était grand observateur do nouvelles lunes et des fêles. ] Je nV

(3) Theodor. Gr«car. Affect. , pag. 5*o.

(4) Tillemont, Ilist. des F.mpcr., tous- III» pag. 1084, édtUon de Bruxelles.

(5) Eunap. in Vit»* Sopbisumm , pjp. *»>.

(6) Je rapporte la version JHadrianm J ck», •ii il me semble ifue propc est superflu

AMÉSIUS. 497

enore pas , qu’au lieu des nouvelles Henning Witte l'assure dans son

lunes , il serait plus sûr de dire , des JJiarium b io graphie um . L’épi— premiers jours du mois , comme a. j r r

fc.it MareUc ricin (j) ; mai» j’ai cru l/e dedicatoire de ses Leçons sur

que mon expression serait plus faci- les psaumes , en io35 , temoi— lement entendue. Voici les termes de gne qu’il était déjà mort. On voit Porphyre : «fixoôwVow ü yi^ovoToç to u dans cette même épître , qu’après

Z rdç Ufrdç oc (8j Ou’on avoir fte d°U2e ans professeur a

aille dire après cela que les phuoso- rraneker il avait obtenu son phes sont des impies ! S’ils Pavaient congé pour aller être professeur été, ils n’auraient pas tant écrit en fa- ^ Rotterdam, veur du paganisme : ils n auraient pas été les seules plumes que les chrétiens eurent à combattre $ car pour les prêtres et les sacrificateurs , ils ne se mêlèrent pas de cela ; leur ignorance les en dispensait.

(r) Per Calendat tacra faceret , dit-il.

(8) Porphyr. in Vitâ Plotini.

(A Vil écrivit divers ouvrages contre les Arminiens. ] 11 avait commeucé à disputer de vive voix avec Grevinchovius , ministre de Rotterdam : et n’ayant pu dire tout ce qu’il avait sur le cœur , parce qu’on les interrompit, il continua par lettres cette dispute , et publia ce qu’il avait ob-

AMÉSIUS ( Guillaume), An- jecté et ce qu’on lui avait répondu. Il

jrlais de nation , fut fait profes- 8 agj8sait de deux choses : du rachat ü .u - i • • r r i de l homme par la mort de Jesus-

seur en théologie a Franeker, Christ , et de l’élection fondée sur U

l’an Ib22. Il se mêla beaucoup prévision de la foi. Grevinchovius fit dans les disputes des Arminiens , une autre édition de leur dispute , à et il écrivit divers ouvrages cou- Rotterdam , lan i6i5 , in-4°; Amé-

tre eux (A). C est un des theolo- Rescriptio scholaslica et b revis , etc. giens réformés qui ont traité avec II fit aussi un livre intitulé Coronis le plus d’exactitude et de métho- af* Collationem Hagicnscm , où il de les cas de conscience. Il est ref“u )“ ripons que le. Arminien»

presque inutile de remarquer tres jg Hollan<le. Son ouvrage , intiqu’il écrivit contre Bellarmin 'a), tulé Anti-synodalia , contient des recar personne n’ignore qu’en ce marques sur les Scripta synndaha des temps-là les ouvrages de ce jé— Remoqîran8Jl fut imprimé à Frane-

suite étaient la butte de presque tous les controversistes protestans. Amésius fit un livre intitulé Medulla thcologiœ. Il écrivit aussi quelque chose contre les sociniens et contre la métaphrsi-

ker , l’an 16x9 ; à Amsterdam , en 1646, in- îx, etc.

(B) Il écrivit pour le puritanisme , dont il était sectateur rigide. ] Vous trouverez dans la préface que je cite (1) quelques extraits de l’ouvrage qu’il publia contre les épiscopaux , Lan 1610 j et vous connaîtrez par-là ,

que, et pour le puritanisme, dont que» 8el°u lui , il n’y avait pas d’auil était sectateur rigide (B). 11 pu- 1res gens de bien en Angleterre que

blia ce dernier ouvrage en An— napre par l’aversion pour la comédie, gleterre, l’an ibio. Je ne dis rien pour les sermens , pour la danse, pour de ses Leçons sur les psaumes , le jeu , pour les collations : le reste

ni de son Explication des épi- Su« de» loueurs , des buveurs

, - fi- ti r des fureurs , des enfans de Belial. Il

très de saint Pierre. 11 ne mou— n’y avait point de milieu eutre ces

rut pas l’an 1089, comme lesieur deux extrémités , ou d’abolir l’épis-

(a) Son livre s'appelle BelUrminus ener- (,) Grerindiovii priefat. Diswtuiioai* Tbeovatu». loj de duabus Qnestionibu» , etc.

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