‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 129 sur 134 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

railles, ou qu’il se forme deux partis. N’achevez pas de réveiller mille mauvaises passions, qu’il faut tenir enchaînées comme autant de bêtes féroces ; et malheur à vous , si vous êtes cause qu’elles brisent leurs fers. Grâr ce à Dieu , la guerre civile de la grâce universelle, et quelques autres encore, n’ont pas été dignes (il s’en faut beaucoup) de l’application que j’ai ouï faire de quelques vers aux disputes schismatiques. On comparait les préparatifs et les troupes auxiliaires des deux chefs à cette décoration de théâtre :

finies, vautours , serpent , griffons , Hippocentaures et Typhons ,

Des taureaux furieux dont la gueule béante Eût transi de frayeur le grand cheval d‘ Allante ,

Dn char que des dragons étincelons d'éclairs P ramenaient en sifflant par le vide des airs , Démogorgon encore , à la triste figuie,

Et r Horreur et la Mort, s’y voyaient en peinture (8).

M Amyraut eut la joie de se réconcilier avec scs plus ardens adversaires , et il ne fallut pas que les grands du monde se mêlassent toujours de la pacification. M. le prince de Tarente s’t*n était mêlé en 1649 :

je ne sais pas si les parties lui donnèrent plus de peine r^ue n’en donnent aux maréchaux de France les difiërens qui relèvent de leur ressort :

mais, quoi qu’il en soit, il vint à bout de son entreprise , et mieux peut-être que n’aurait fait un synode (9). Pour ce qui est de la réconciliation avec M. du Moulin, ce fut M. de Langle, ministre de Rouen , oui la procura.

Dès qu’il en eut fait la proposition, M. Amyraut y donna les mains avec joie, et offrit toutes les avances. Il écrivit une lettre le premier , et M. du Moulin lui répondit fort honnêtement. On publia ces lettres pour l’édification de l’Église. Elles sont datées de l’an i655. M. Daillé a inséré la réponse de M. du Moulin dans l’un de ses livres (10). La raison et la charité nous portent à croire que ceux qui avaient tant crié, et tant

(8) V oret la Vie d'Eschyle de M. Le Fivre. 'çn II accorda, dans le château de Thouars , le in d’octobre 1649 , M. Amyraut avec V. de Cbanipvrrnou , ministre de Taillebourg , et avec Af Vincent , ministre de la Rochelle. Voyes les Acte» authentique, de David Blonde], png. 85. Ce M. de Champvcrnou s'appelait Guillaume Kivct , et était frire <f Andr é Hiver, professeur en théologie a Leide.

(10) Vindicte Apolog.» , etc. , pag. 418.

5,4 t AM Y R AU T.

excité de tempêtes contre un dogme et que les livres coup sur coup volent

Ju’ils ont reconnu enfin innocent, et en foule de lieu en lieu : laissez-le» ont enfin le défenseur leur a paru faire : ils s’accorderont bien, et a un fidèle serviteur de Dieu , ne sont peu de frais :

point morts sans s être couverts de g. moluf anlmoruntt aUjut cartamuna confusion , pour le moins au pied lanla f

du trône de la Majesté divine, à la Puberis cxtguijaciucomprtssaquieKeni(tZ).

vue de cette prévention mortifiante, A .

qui leur avait montré comme un Mais ne Peut Pas /e d»** tamjoar*. doerae affreux une hypothèse où U Le* choses sont quelquefois poussées n’y a nul venin. Voyez ce qui suit. * l’extrémité : Res m nervum erumpu.

(F) U Y eut au synode d'Alençon (G) Le synode d’Anjou lui permit des députés si ardens contre son hypo- de publier une réponse aux trois voîhèse , qu’ils ne parlaient que de dé- lûmes de M. . A panheim iijr ta Crtacr poser.! S’ils ont vécu encore trente unt^ersef/e.]Oleestintitulée«>f>ecu««n ou quarante ans, je ne vois pas de Animadyersionum us ExercitaUones quelle manière ils osaient regarder de Oratid universali , et dut imprimée le monde; car enfin, cette doctrine, à Saumurcn >64°» l/»”4 * *1 n est pas qu’ils jugeaient digne des anathèmes vrai, comme on 1 assure dans le Mêles plus foudroyans , se trouva être lange critique , tome I , page ^1^9,

celle des plus grands hommes qui servissent les églises réformées de France. Ce fut celle de M. Mestrezat , celle de M. le Faucheur, celle de

que M. Amyraut ait attaqué M. Spanheim , ni que son volume soit contre les thèses de M. Spanheim. 11 est contre les trois volumes de colui-ci ,

M. Blondel, celle de M. Dmllé, celle qui fut l’agresseur. Voyez les Lettres de M. Claude, celle de M. du Bosc. 11 de Sarrau, pages 83 , 95, ,08, édition fallut que les particularistes recon- d’Utrecht, en *697. nussent bientôt pour leurs frères, et (H) llapubliéun très-grajid nombre pour de fidèles ministres de Jésus- de livres .] Il publia en i63i son

Vil • a. Ao lo rrrl/io uni. Troifo rlê* C /?#»// ATfVln C. CÀtlfl 3 HS 3nr*S

formulaire au synode de Rotterdam publié plusieurs autrçs , en divers en l’année 1686, n’ont point été sou- temps. Son livre de l’Elévation de la mis à quelque déclaration qui donnât foi et l’Abaissement de la raison. la moindre atteinte au système de parut en 1641. La Déjense de Calvin M. Amyraut (>>)► D’où venaient, sur la doctiine de la réprobation abdonc les vacarmes que l’on fit au solue parut en latin la même année : commencement contre ce système ? et l’an 1644 en francai.s. Il commença D’où vint que la même doctrine passa ses Paraphrases sur L’Ecriture en 1644

«ions tcneDreuses, qui aoiveni. emm v>aivm, ae ne louuin « 1 produire, si l’on est du nombre des lypse. De peur que son nom n’em prédestinés , une salutaire et morti- péchât les catholiques romains de lire liante humiliation ? Le pis est qu’on ses paraphrases, il ne l'y mit pas. Il

Ci. « J., rv lin a. «MtUi o nn I1V1A + PAUf

ne profite pas du passé : chaque génération fournit les mêmes symptômes,

publia , en 1647 * une -Apologie pour ceux de la religion, un Traité du

I cltll/u “T I 7 — — — u #

tantôt plus grands, tantôt plus petits j franc Arbitre , et un autre de Secescar on peut bien dire tres-souvent , sione ab Ecclesid Romand , deque lorsque f’on voit en campagne les fac- P ace inter Evangelicos ut negotio turns, les dénonciations , les apolo- Religionis constituendd. Il traita de- - *LA — puis plus amplement cette matière de

la réunion des calvinistes et des lutuc-

gistes , les thèses ,

Jamque faces et saxa volant (ta) ,

(11) Voyez la remarque (M) de l’article DàlLlk. (îa) Virgil. Æn. , /i6» /, vs. »5o.

riens , dans VIrenicon qu’il fit impri (i3) Virgil. Grorg. , W. IK , er.

AMYRAUT. 5 1 5

mer Tan 166a. Son livre de la location des payeurs , parut en 1649. Il avait prêche sur cette matière devant M. le prince de Tarente, pendant la tenue d'un synode provincial dont il fut modérateur. Ce prince souhaita que ce sermon fût imprimé, et que la matière fût traitée plus amplement ; car c’était an grand lieu commun entre les mains des missionnaires. C’est pourquoi M. Amyraut ne sc contenta pas de faire imprimer son sermon , il publia aussi un Traité complet sur cette importante controverse, et dédia le tout à M. le prince de Tarente. Sa Morale Chrétienne . en six volumes in-8°. , dont le premier fut imprimé l’an i65a, est le fruit des conversations qu’il avait souvent avec M. de Villarnonl , seigneur d’un mérite extraordinaire, et l’un des plus savans gentilshommes de l’Europe, héritier, en cela aus«i, de son aïeul maternel , M. du Plcssis-Mornai. 11 y a peu de matières sur quoi M. Amyraut n’ait écrit. Il a publié un Traité des Songes ; deux volumes sur le règne de mille ans . où il réfute un avocat de Paris , nommé M. de Launai , qui était un grand chiliaste (»4); la du brave la Noue , surnommé Dras-dc- J'er ; e^plusieurs autres ouvrages, dont ÿs ne parle pas, ou dont je parle dans le reste de cet article. 11 monta même sur le Parnasse; car il Gt up poème intitulé V Apologie de saint Etienne à ses juges. On attaqua cet ouvrage du côté qui donnait le moins à craindre à certains égards , puisque ce ne fureut point les poètes qui s’élevèrent contre, et que ce furent les missionnaires. On prétendit que l’auteur avait parlé du Saint-Sacrement de L’autel avec la dernière irrévérence; mais il publia un Ecrit pour sa justification, duquel je ne puis rien dire de plus à propos que ce que M. Dailléeuadit. Écoutons-ledonc:

« Quant à V Apologie de saint Etienne >» à ses juges , que vous (ï5) employez » ensuite pour nous convaincre d’avoir w maltraité votre sacrement, si vous, » et ceux qui s’en sont si fort offensés, » aviez daigné lire la lettre que l’au- » teur a fait imprimer pour se justi- » lier, vous et eux n’en auriez pas

(14) y or et M. \ncillon , aux pag. ixq, i3o du premier tome de ton Mélange critique ne Littérature

(15) Il t’adresse au pire Adam.

» cette mauvaise opinion , et peut- » être même que vous vous étoune- » riez de l'illasion que les préjugés » de votre passion ont causée dans p votre esprit , lui faisant prendre ,

» comme dites , contre votre trans- » substantiation , des choses qui n’av vaient été écrites que contre les » extravagances de l’idolâtrie des » païens (16). »

(I ) Le cardinal de Richelieu lui jil parler de son grand dessein de réunir les deux Eglises. ] Le jésuite qui s’entretint là-dessus avec M. Amyraut s’appelait le père Audebert *. M. de Villeneuve, qui était alors lieutenant de roi à Saumur , les ayant fait dîner ensemble , et cela , avec tant de complaisance pour le ministre , qu’il lui donna le haut bout sur le jésuite, et

Îu’il n’y ept point pour le coup de tenedicite à sa table , Gt en sorte que l’après-dînée ils se pussent entretenir en particulier. 11 est vrai que M. Amyraut déclara qu’il ne pourrait s’em-

Gécher de communiquer à ses col- ^gues tout ce qui se passerait. Le jésuite débuta par avouer que le roi et son éminence l’envoyaient faire des propositions d’accommodement sur le fait de la religion ; et puis , étant entré en matière , il Gt entendre qu’on sacriüerait au bien de la paix l’invocation des créatures, le purgatoire et le mérite des oeuvres; qu’on limiterait le pouvoir du pape , et que, si la cour de Rome refusait d’y consentir, on en prendrait occasion de créer un patriarche ; qu’on donnerait la coupe aux laïques , et qu’on pourrait même se relâcher sur d’autres choses , si l’on remarquait dans les protestans nn véritable désir de paix et de réunion.

Mais il déclara , lorsque M. Amyraut le mit sur les dogmes de l’eucharistie, qu’on ne prétendait pas y rien changer ; sur quoi l’autre lui répondit , qu’il n'y avait donc rien à faire. Leur conversation dura environ quatre heures. Le jésuite voulut exiger le

(16) Daillé , Réplique aux deux livres d’Adan et de Cottiby, II*, part., chap. XVII. p. ic8.

* Leclerc prétend que celte conférence prétendue na pat même de vraisemblance. L’abbe Benaudol ayant qualifié de fausseté ce projet de réunion , Bayle ( dans le n°. XXV II de sa Suite des Reflétions sur le preteudu Jugement du public .pag. -4® tom. iv des oeuvres diverses. ina--»73i), se couvre du Mémoire, qu'il a cil* , à’ Amyraut fils.

AMYRAUT.

secret. M. Amyraut lui protesta que, selon la déclaration qu’ilen avait faite d abord à M. de Villeneuve , il communiquerait à ses collègues l’entretien qu’ils venaient d’avoir ; mais , qu’il lui répondait de leur discrétion.

Dès le soir même, il leur rendit compte de la conférence , et il ne fit point scrupule d’en parler dans l occasion, après que le cardinal de Richelieu et le père Audebert furent morts.

(K) il fut très estimé du maréchal de Brczé .] 11 était gouverneur de Saumur , et il n’y allait jamais sans envoyer prier M. Amyraut de le venir voir. Il le priait même fort souvent d’aller à son château de Milly, où ü demeurait ordinairement; et lorsqu u reçut la nouvelle de la mort du duc de'Fronsac son fils, amiratde France, il voulut avoir toujours auprès de lui M. Amyraut. Il en reçut plusieurs visites durant sa dernière maladie , et il se recommanda même à ses pncres , et voulut que l’on priât Dieu pour lui dans le temple de Saumur. Il mourut dans le château de Milly, en i65o.

(Lj Du maréchal de la. Afeilleraie .j Du temps qu’il était de la religion , il avait étudié à Saumur avec M. Arayraut. 11 s’était toujours souvenu de cette ancienne connaissance » et, des le lendemain de son arrivée à Saumur, lorsque la cour y était en i65î, il envoya faire un compliment à ce mini/tre , qui ne manqua pas de lui aller faire la révérence tout aussitôt t et d’en être reçu comme à l’ordinaire , avec mille marques de considération.

Ce maréchal ayant appris la dernière maladie de M. Amyraut, le fit visiter par un gentilhomme , et lui témoigna que si sa goutte lui eût permis de supporter le carrosse , il serait venu le voir. Il était alors à son château de Montreuil-Bellai , à quatre lieues de

Saumur. , » »

(M) De M. U Goux de la Ber-

chère. ] 11 fut relégué à Saumur, 1 an i63n , et il y demeura jusqu en 1644.

Comme il avait beaucoup de mérite et beaucoup d’érudition , il aimait les gens de lettres , de quelque religion qu’ils fussent. Il voulut d’abord connaître M. Amyraut, et il le trouva si digne de son amitié , qu’il se forma entre eux une grande liaison. Ils se voyaient ordinairement deux fois ^la semaine ; ainsi l'on ne doit pas sé-

tonner que le ministre ait pu fournir des mémoires pour la Vie du président. Il n’est nas besoin de dire ici que M. de la berchère mourut premier président au parlement de Urenohle , et que M. son frère lui succéda ; mais il est bon de dire que ce dernier , voulant faire écrire la vie de l’autre , pria M. Amyraut de lui communiquer des mémoires touchant ce qui s’était passé entre eux de particulier. M. Amyraut lui envoya, entre autres choses , le récit de la conférence qu'il avait eue avec le père Audebert: car dès que le bniit se fut répandu dans Saumur qu il s était entretenu secrètement avec ce jésuite , M. de li Berchère voulut savoir de luimême ce qui en était. M. Amyraut lui en récita une bonne partie , en lui recommandant le silence. Cet endroit de ses Mémoires n'a pas été employé dans la vie de M. de la Berchère , qui a été donnée au public.

Il dédia, en 1648, son livre des Droits du mariage à cet illustre magistrat ,

2ui était alors premier président de renoble.

(N) Des intendant de la province d’Anjou. ] Il ne manquait jamais de les aller saluer , et ils lui rendaient tous sa visite, et lui marquaient une grande considération. Lorsqu en 1 6S& il alla prendre les eaux de Bourbon , il reçut mille honnêtetés à Bourges , de M. Mandat, intendant de la province. Il ne tint qu’à lui d’aller loger chez cet intendant , qui 1 en pria , et chez qui il dîna avec l'archidiacre de Bourges , et avec quelques autres ecclésiastiques.

(0) Des cvéijues et des archevêques. ] Voyez ce qui a été dit ci-dessus (17) concernant M. l'évêque de Chartres. J’ajoute ici, qu’en 1 année 1 66a M. l’archevêque de Paris . Bar douïn de Péréüxe, étant allé à Saumar pour un vœu que la reine mère avait fait à Notre-Dame des Ardilliers (18), fit dire à M. Amyraut , qu'il serait bien aise de le voir. M. Amyraut fut très-disposé à lui rendre une visite :

mais il fit entendre qu il ne lui donnerait point le titre de monseigneur.

L’archevêque y ayant donné les mains,

(17) Dans la remarque (D).

(18) Elle est dans l'église des pères de t Or* toire , au bout d'un faubourg de Saumur.

ÀMYRÀUT.

recul «leux visites de ce ministre ,

s’entretint avec lui prés de deux heures chaque fois , et le traita fort civilemeut. On parla entre autres choses des livres de M. Daillé, dont le prélat dit beaucoup de bien par rapport à l’érudition.

(P) Et par-dessus tous le cardinal jyjazann. J II arriva à Saumur , en i65a , quelques jours après que le roi et la reine mère y furent arrivés :

et comme il apprit qu’à la table de la reine on avait parlé amplement d’un sermon du sieur Amyraut , il pria le comte de Comininges de témoigner à ce ministre qu’il serait bien aise de le connaître. Ce comte était gouverneur de Saumur , et avait beaucoup d’amitié pour M. Amyraut : il lui avait promis que ceux de la religion pourraient s’assembler à l’ordinaire le dimanche, quoique le roi fût dans la ville j mais il lui déclara en même temps qu'il fallait qu'ils interrompissent leurs assemblées les trois premiers jours après l'arrivée du roi.

On tint ccqui avait étépromis. M. Amyraut prêcha le dimanche sur ces paroles , Craignez Dieu , honorez le roi, et fut oui de beaucoup de personnes de la cour, qui en furent très-satisfaites , et qui parlèrent de son sermon avec éloge , non-seulement au roi , dès qu’ils furent sortis du temple, mais aussi le soir pendant le souper de la reine. Ce fut alors que le cardinal Mazarin ouït .parler de ce sermon , et qu’il apprit de la bouche de M. de Lomminges le zèle que M. Amyraut , et tous ceux de la religion de ces quartiers-là , avaient témoigné pour le service du roi dans les dernier» troubles. L’envie qu’eut le cardinal de voir ce ministre fut si grande , qu’il la lui fit témoigner dès le lendemain matin par le juge de la prévôté : de sorte que M. de Comminges , ayant vu qu’il n’avait pas été le

Premier porteur de la nouvelle , dit à [. Amyraut en riant : Je vois bien , monsieur , qu’au premier jour nous aurons besoin de votre intercession auprès de son Eminence : ce qui vous prouvera l utilité de l'invocation des saints. La première visite fut assez courte ; mais on pria M. Amyraut de revenir le lendemain à huit heures.

Le cardinal lui fit toute sorte d’honnêtetés ; il le fit asseoir auprès du feu.

il lui parla d’affaires d’état , il lui étala tous les efforts que l’on faisait en Xaintonge pour entraîner ceux de la religion au parti des princes , et le pria de travailler à rendre inutile toute cette machination. M. Amyraut l’assura qu’il n’y avait rien à craindre de la part des protestans de France , et qu’il écrirait à plusieurs ministres de Xaintonge , afin que le synode qu’ils devaient tenir bientôt témoignât authentiquement sa fidélité. La chose fut exécutée. Deux jours après cette audience , le cardinal , sous prétexte de voir le collège de ceux de la religion , et la bibliothèque de M du Plessis-Mornai , eut un autre tête-àtête avec M. Amyraut , dans le cabinet de ce dernier. Ils parlèrent de l’édit de Nantes, et sur ce que M. Amyraut , interrogé si Henri IV avait été dans l’obligation de le donner, avait répondu que oui ; mais que , quand, même c'aurait été une grâce au commencement , l’observation en serait aujourd’hui une chose nécessaire , le cardinal lui dit qu’il avait raison , et lui cita cette maxime du droit : Quod initio J'uit voluntatis , ex post-facto fit necessitatis. On sera peut-être bien aise de voir ici ce que M. de Guitaut (19) dit à madame de La Trimouille, en présence de la reine : Son Eminence est chez le ministre Amyraut : ce sont deux ecclésiastiques ensemble ; mais je suis silr quils ne parleront point de religion ; son Eminence n'y trouverait pas son compte .

Pendant les cinq semaines que le roi fut à Saumur , M. Amyraut fit plusieurs visites au cardinal , et en fut toujours bien reçu ; et lorsqu’il prit congé de son Eminence, elfe lui dit de lui écrire directement toutes les fois qu’il aurait à demander quelque chose , soit pour le parti en général , soit pour ses intérêts particuliers. 11 ne se servit d'une telle permission qu’après le voyage qu'il fit à Paris ^ sur la fia de l’année i658. 11 vit trois ou quatre fois son Eminence , qui lui fit beaucoup de civilités. 11 lui parla du synode national , dont on demandait la convocation depuis tant d’années. Le cardinal répondit que les raisons qui avaient empêché de l’accorder subsistaient encore , et vou-

(itj) Il était c api l n in* det gardât de la reine, et oncle de M. Je Com’tnngrr.

lut que M. Amyraut loi en écrivît. On ne donna l’honneür de lui en écrire deux fois : il répondit de sa propre main \ et depuis , toutes les fois qu’il lui lit réponse , il ne servit à la vérité de la main d’un secrétaire , mais il signa proprio piignn.

(0) Il témoigna en diverses occasions que i obéissance des sujets était son dogme favori. ] Dans Y Apologie qu’il publia pour ceux de la religion, l’an 1647 > *1 excuse le mieux qu’il peut leurs guerres civiles de France j mais il déclare néanmoins , qu’il ne veut nullement entreprendre la défense de la prise des armes contre son prince , pour quelque cause que ce puisse être... : et qu’il a toujours cru qu’il convient beaucoup mieux a la nature dç V Évangile , et h la pratique de l’ Eglise ancienne , de ri avoir recours à autres armes qu'a la patience f aux larmes et aux prières.... (ao). El à toutes les fois , ditil (ai) que je repasse les yeux de l'esprit sur l’histoire de nos pères , je ne puis que je ne regrette très-sensiblement qu’ils n’ayent couronné tant d’autres belles vertus , dont il nous ont laissé les exemples , de l’imitation des premiers chrétiehs , en cette invincible patience qu’ils montrèrent sous tes persécutions des empereurs. Un écrit latin (aa) , qu’il publia deux ans après , fait voir comment il soutint cette cause contre les plaintes d’un ministre de la Rochelle , qui aurait bien mieux fait de ne se pas reconnaître au livre de M. Amyraut , que de s’en formaliser. Le livre De la Souveraineté des rois, publié en i65o, à l’occasion de la mort tragique de Charles 1er. , roi d’Angleterre , témoigne encore avec plus de force les sentimens de notre M. Amyraut , sur la prise d’armes des sujets contre leurs princes. Il n’y avait pas mov^a de se taire . car on ne cessait d’imputer pette tragédie au parti presbytérien , et d’en tirer mille conséquences odieuses cbntre les protestans de France.

M. Amyraut ne crut pas devoir laisser sans réponse l’injustice de ces reproches. Pendant les troubles de la dernière minorité , ce ministre inspira

(»o) Apologie pour cea* de lt Religion , p. ~5.

( j«) Pag. 76.

. (*■) Intitulé , Ad versus Epistolst Hétorictt Ci iniinatiooef Mcnis Acnyraldi üefensio.

toujours aux penples , nar ses prédications , le parti de l’oDéissance ; et lorsqu’on le consulta sur la manière dont on se devait conduire , il répondit qu’il n’y avait pas d’autre parti h prendre que de se tenir au gros de f arbre. Apparemment , les personnes qui le consultèrent y allaient de bonne foi , et ne pénétraient pas l’artifice perpétuel qui règne dans ces sortes de confusions. Les rebelles ne manquent jamais de soutenir qu’ils ne veulent que remédier aux abus , et chasser d’auprès du maître les mauvais conseillers qui l’environnent, il faut être bien simple pour donner * dans ce panneau , et pour avoir besoin de consulter son directeur de conscience. La distinction du pape et du saint siège n’est pas on sophisme si grossier. Enfin M. Amyraut déchargea pleinement son cœur dans l’épître dédicatoire de sa Paraphrase latine des Psaumes. C’est là qu il soutient et qu’il établit que , par les véritables principes du christianisme , les sujets ne doivent point prendre les armes contre leurs souverains. 11 se déclara hautement pour ce qu’on nomme l’obéissance passive Cet ouvrage fut dédié au roi d’Angleterre Charles 11 , peu après que ce prince fut remonté sur le trône. L’auteur avait fait connaissance, à Paris, avec un chapelain de ce même prince, l’an i658. Deux ans après, il lui témoigna sa joie du rétablissement du roi , et le félicita de l’évêché de Durham. On lui fit réponse que le roi le remerciait. C’est ce qui encouragea M. Amvraut à lui dédier sa Paraphrase des Psaumes : mais il ne le fit qu’après avoir su de l’evêque de Durham que ce monarque en serait bien aise.

(R) En ce qui regardait la conscience , il exhortait a desobéir. 3 Cela

Ïiarut lorsque le sénéchal de Saumor ui communiqua un arrêt du conseil d’état, (pii ordonnait à ceux de la religion de tendre devant leurs maison» le jour de la Fête-Dieu. Il le lui coramunicjua la veille de cette fête , et le pria de donner ordre qu’on s’y conformât , de peur que la désobéissance ne fît soulever le peuple contre ceux de la religion. M. Amyraut lui répondit qu’au contraire il s’en allait exhorter scs ouailles à ne point tendre, et qu’il serait le premier à ne tendre

ÀMYRUTZES. 5i

point: qu’il avait toujours prêché qu’il faut obéir aux puissances supérieures, mais qu’il n’avait jamais entendu cela à l'égard de semblables choses , qui intéressent la conscience. En sortant du logis du sénéchal , il alla de mai* son en maison exhorler ses paroissiens à tout souffrir plutôt que d’exécuter cet arrêt. Le sénéchal le fit publier à son de trompe : le consistoire s’assembla, remercia M. Amyraut de sa conduite , et chargea les anciens de tenir la main à ce que personne ne tendit. Le lieutenant de roi refusa de prêter main forte au sénéchal , et empêcha le tumulte qui commençait à se former. L’arrêt fut révoqué quelque temps après.

(S) Dans le synode de Loudun , il aurait été de la table , etç. ] Si tous ceux qui liront ce livre étaient des Français de la religion, cette remarque serait superflue ; mais elle ne le sera pas à l’égard des autres lecteurs.

11 y avait ordinairement dans nos synodes de Frauce quatre personnes qui formaient ce qu’on appelait la table. L’une de ces quatre personnes était le président de la compagnie ( on l’appelait le modérateur ) j les trois autres étaient l’adjoint au modérateur , le secrétaire , et celui qui recueillait les actes.

(T) Je parlerai... dans une remar-

?ue et de quelque autre petite méprise. ] atin , dans sa Lettre CXIII de fa première édition , dit (a3) quil y avoit en i663 un médecin de Niort, nommé Di. Lussand , qui voulait faire imprimer une Apologie pour les Médecins , contre ceux qui les accusent de trop déférer a la nature : il dit que ce médecin enteruloil parler et avoit principalement en veue M. Amyraud , tni rustre de Saumur , qui en a ainsi parlé dans le dernier tome de sa Morale Chrestienne. ... Il témoigne (?4) nétre pas fort content de M. Amyraud dans cette occasion ; car voici ce qu'il ajoute : « Si M. Amyraud daigne se » donner la peine de répondre à ce « livre, il est homme à dire là-dessus » de belles choses , que Lussand ne » sait point , et qui ne sont point dans » son livre. Je luy enay suggéré quel-

(a3) Mélange Critique de Littérature, lom. /, pag. i33 , i34-

(a$) Patin , Lettre CXIV de ta première édition.

» ques-unes, dit- U , et entre autres, » de beaux passages et de bonnes au- » thoritez; mais il n’en a pas fait cas.» Cela l’avoit apparemment fâché ; car voicy comme il parle ensuite : « Aussi » est-il dans une province qui n’est » pas loin du pays d’Adieu-Sias , où » on est ordinairement plus glorieux » que sçavant, etc.» Je ne copie point toute la suite de ce passage , que M.

Aneillon a rapportée , et qui est fort désobligeante j mais j’avertis mes lecteurs qne la personne si mal traitée par Patin , est le médecin de Niort , et non pas le théologien dont je donne ici l’article. Je les avertis aussi , que le Traité des Religions contre ceux qui les estiment indifférentes , n’est pas le seul livre de M. Amyraut dont il se soit fait deux éditions (a5) : je suis bien certain que l'Apologie pour les protestans a été mise sous la presse

flus d’une fois ; que le Traité de la rédestination , imprimé eu i634 > fut réimprimé à Saumur, l’an t658, avec l’échantillon de la doctrine de Calvin , et avec la réplique à M. de la Milletière sur son off re d’une conférence amiable pour l’examen de ses moyens de réunion j que ces deux derniers traités avaient paru l’an i638 , et que le libraire qui les réim-

Priraa en i658 , avec le Traité de la rédestination , déclare (a6) , qu’il redonne ces trois livres au public ,

Ïarce que l’on ne les trouvait plus, e sais aussi qu’on réimprima onze Sermons d’ Amyraut sur divers textes de l’Écriture , l’an i653 $ que la Vie de la Noue a été réimprimée à Leide t que les thèses de ce professeur et celles de ses collègues , ont été réim-

Srimées à Genève ; et que son Traité e l’état des fidèles après la mort a été imprimé à Londres en anglais , et à Ut redit en flamand.

(a5) On V affirme dans le Mélange Critique , pag. »3a. La ir*. est de i63i , et la a*, de if»5a.

(a6) Dans l'Épilre dt'dicatoire aux étuduuis en théologie.

AMYRUTZES (a) , philosophe péripatéticien , natif de Trebizonue , s’était acquis une grande considération à la cour de l’empereur David , son maître , et

(a) Dans le Supplément de Moréri on te nomme mal Amyruta.

520 AMYRUTZES.

avait signalé sa plume en faveur des Grecs contre les décisions du concile de Florence ( b ) ; mais il ternit toute sa gloire par l’apostasie ou il tomba. Il fut un de ceux qui accompagnèrent l’empereur David à Constantinople , lorsque Mahomet II l’y fit transporter, après la prise de Trébi— zonde, en l’annee . Ce philosophe , se laissant gagner aux ^ promesses du sultan, abjura son christianisme , et se fit turc avec ses enfans, l’un desquels, sous le nom de Mehemet-Beg, traduisit en arabe plusieurs livres des chrétiens par ordre de Mahomet II. Ce prince donna des emplois considérables dans le sérail à Amyrutzes , et s’entretenait uelquefois sur les sciences et sur es matières 3e religion avec lui, ou avec Mehemet-Heg (c). De la manière dont Allatius s’est exprimé , on prendrait ce philosophe pour le protovestiaire dej’empereur de Trébizonde (A). N’oublions point de dire qu’Amyrutzes ne commença point à être estimé des princes , lorsque l’em-

Sereur de Trébizonde l’honora e son affection ; car il y avait long-temps qu’il s’était vu trèsconsidéré à la cour de Constantinople. Il fut un des principaux savans avec lesquels l’empereur Jean Paléologue délibéra sur son voyage d’Italie (d)y et il accompagna cet empereur dans ce voyage (e) , comme il le raconte

{b) Lco Allatius , de Perp. Comcusione , lib. III , cap. III , pag. 935 et 1379.

(e) Guillet, Histoire de Mahomet II, lom. /, pag. 4^1 , et tant. //, pag. i36.

(J, //Histoire Polit, de Constantinople le nomme avant Bessarion et Gemiste. Voyez Allât, de Perpétua Consens., pag. 883.

(e) Cet empereur arriva ù Venise , le 8 de février I.'j38.

lui-meme ( f ). C’est dans la relation qu’il composa de ce qui s’était passé au concile de Florence , et qu’il adressa à Dénié— trius , gouverneur de Napoli de Roman ie. Il y assure , entre autres choses , que le patriarche de Constantinople fut étranglé pendant la tenue du concile , et que les médecins attestèrent ce fait-

là (g).

[f) Apud Allât, de Perp. Cons. , p. 886.

(g) Id. , ibid. , pag. 908.

(A) Allatius donne lieu de le prendre pour le protovestiaire de V empereur de Trébizonde.. ] Allatius , à la pape Ç)36 du Peq>etuus Consensus , n'avait parle que par conjecture du livre que cet Amyrutzes composa contre le concile de Florence $ mais dans les additions il nous apprend qu'on lui avait envoyé de nie de Chio l'ouvrage même ; puis il dit que Dorothée , archevêque de Monembase , fait connaître {*) la condition de cet homme , cujusnam cnnddionis vir iste fuerit. Il rapporte le passage de Dorothée en grec et en latin Le grec porte que Mahomet fit embarquer pour Constantinople l’empereur David , et quelques autres personnes , et entre autres tôt

tôt ?rf»T»Ct<r»£tfioT , philosophum Anryrutzmm protnvestiarium. C’est ainsi qu’AUatius traduit et ponctue. Il ne faut donc point douter qu'il n’ait cru qu’Amyrutzes et le protovestiairc n’étaient qu'un , et qu’il ne lui ait attribué la suite du passage de Dorothée, où l'on voit que ce personnage était cousin germain de Machomet Lassa ; qu’il avait trahi l’empereur David , et qu’après la prise de Trébizonde , il reçut de grands honneurs de son cousin et du sultan Mahomet ; qu’il était rusé , grand , bien fait , bon tireur d’arc et propre à toutes choses. Sa parenté avec Machomet était fondée sur ce que sa mère était sœur de la mère de Machomet : ces deux sœurs étaient filles de Jagarus. Je n'ajoute pas beaucoup de foi à ce discours :

car je vois que M. Guillet , en citant

(*) In Synop»i HisToriarnm.

philosophe et du protovestiaire, qu’Allatius confond ensemble.

(i) O aille t , Hitloir. de Mahomet II, tom. /,

était d’une mine avantageuse, et eiquiiait succeüe a Aristarqi d’une si grande adresse à tirer de dans l’ecole d’Alexandrie , avant l’arc, qu’il y surpassait tous les Grecs Teropire d’Auguste. Voilà lesdeux et ‘ous les Turcs; qu’il I était fils dW choses ,>on trouve dans Sui fille d un prince chrétien appelé la- ,

grus , qui avait marié son autre fille **as Sl^r ;e chapitre d Ammonius. en Servie , où elle eut un fils qui fut Aurait-il été assez ignorant pour le renégat Marhmut (i). Très-volon- les croire compatibles ? Je n’y tiers je mettrais une virgule dans le vois int d’apparence. Quelpassage de Dorothee, apres Aui/Bot/TCsv, , r. . *r , c

afin de faire deux personnes de ce *IU un (c) a conjecture qu il faut

supposer une lacune dans ce passage ( d ) , et que Suidas pourrait bien avoir parlé de l’Aminpnius d’Athénée dans cette lacune. Si AMMIEN-MARCELLIN. celaétaitvéritable.ilfaudraitdire Voyez Marcellin. Sue ,e Tral‘é des Sacrifices et des

Autels , ou celui des Courtisanes AMMONIUS. Plusieurs écri— d’Athènes , ou tous les deux , ont vains ont porte ce nom. Athenee été écrits par un grammairien cite deux ouvrages de très-difTé- qui fut successeur d’Aristarque. rente nature , composés par un Le second Ammonius dont je veux auteur qu’il appelle Ammonius. parler est un philosophe d’Égyp- L’un traite des autels et des sa- te (e). Plutarque, dont il avait orifices (a); l’autre traite des été précepteur, fait souvent mencourtisanes d’Athènes (A). Il ne tion de lui. Voyez en particulier dit point positivement que ces la page 70 et la 385e de sesŒudeux livres soient du meme Am- vres morales, à l’édition de Francnionius ; mais d’autre côté il ne fort , en 1620. Mais on avance dit rien qui insinue le contraire; très-faussement dans le Moréri , et quant au reste il ne touche qu’il en a parlé avec éloge , surrien ni sur la patrie ni sur le siè- tout sur la fin de la Vie d’Ariscle de cet auteur. On sait par tote (C). M. Moréri n’est pas plus une autre voie la patrie de celui heureux par rapport à Ammoqui a composé l’ouvrage des au- mus, fils d’Hermeas (D), auquel il tels et des sacrifices (B). 11 était donne , entre autres livres , un de Lampria (b). Le^ Suidas que ouvrage composé sous l’empire nous avons aujourd’hui ne parle de Valentinien. Cet Ammonius que d Ammonius Saccas ; mais il était fils et frère de philosophe ne faut point douter que le yé- (/). Les savans croient qu’il a ritahle Suidas n’ait fait mention

d’un Ammonius différent de ce— (c) de Scripior. Hi$t. Philo». ,

lui— là ; car ce qu’on trouve dans paf‘ el dan* ’

y.. . . 1 . (a) uesaer le cite dans sa Hibliotlicque ,

SOn Dictionnaire nepeut pasavoir sans faire paraître qu'il en ait senti l’absur-

été dit d’un seul homme. Il est dil

(c) Kunapius , Proamio Vilar. Sophist.

{a, Attira. , lib. XI , pag. 4/6. (y) Suidas, in EfpivcLÇ. Voyez ci-dessous

[h) Cctait une ville de iAittquc. r article H irai us.

fleuri sous l’empire d’Anastase , au commencement du VIe. siècle , et que c’est lui qui a composé les Commentaires que nous avons sous le nom d’Âmmonius sur quelques Traités d’Aristote, et en particulier sur le livre de Interprctatione (g). L’auteur de ce dernier Commentaire dit, dès l’entrée , qu’il a été disciple de Proc! us. C’est à lui que quelquesuns attribuent cette Vie d’ Aristote qui court sous le nom d’Arnmonius ( h ). C’est lui sans doute

Îui a été réfuté par Zacharie de litylène. Voyez la remarque (H) de l’article suivant. C’est de lui aussi que l’on entend (/)un passage de Photius , où il est parlé d’un Ammonius qui se plaisait extrêmement à expliquer les vieux poètes et à faire des remarques critiques sur la langue grecque (A). Cela fait croire à quelquesuns qu’il lui faut attribuer le Traité qu’on a de la Différence des mots grecs (/) : mais M. Ménage le donne à Hérennius Phi- Ion (m). Le même Ammonius duuel Photius a dit ce qu’on vient e rapporter avait un âne d’un goût merveilleux pour la poésie ; car il aimait mieux ne point touchera la nourriture qu’il avait devant lui , et souffrir la faim , que d’interrompre son attention à la lecture d’un poème (n). Le troisième Ammonius dont je veux

( g ) Vomiuj, de Philosoph. Sectis , pag. 90 et 1 1 3. Labl>« , de Script. Ëcclesiast. , tom.

(h) Joosiua , Hist. Philos. , pag. 3oo.

(i) Id. ibid.

(A) Photii Bihlioth. , num. 2^2, p. iajo. (t) Jonsius , Hist. Philos. , pag. 3oo.

(m) Menagius in Diogcncm Laerlium , lib. Il , num. 5.

(n) Photius, Bihlioth., num. 2^2 , <\r Danoascio, in Yiti Isidori Philosophé

parler était un poète qui vivait au V*. siècle. Il composa un poème sur la guerre qu’on avait faite à Gainas, roi des Gotlis; et l’ayant récité devant l’empereur Théodose le jeune, il en fut fort applaudi ( o ). Il faut mettre dans des articles séparés , non-seulement quelques modernes qui ont eu le nom d’ Ammonius , mais aussi un ancien philosophe qui lui a donné plus d’éclat que tous les autres.

(o) Socrates, Histor. Ecdesiasl. , lib. VI , cap. VI, et ex eo Niccpboru», lib. XIII, CMp.

(A) On a , sous Us nom d’un Ammonius , un Traité des courtisanes d'Athènes ] (1). Ceux qui , dans ces derniers temps, ont fait des livres intitulés le Putanisme de Home , ou de quelque autre grande ville , n'ont pas été des auteurs originaux. L'antiquité avait vu quantité u'ouv rages de cette nature , qui heureusement sont demeurés par les chemins. Il n'en est parvenu aucun jusqu'à nous.

(B) On sait par une autre voie la patrie de celui qui a composé V ouvrage des Autels et des Sacrifices .] On ne la sait point parla voie a Harpocration , comme M. Lloyd l'assure ; mais par la voie de celui qui a compose' le livre de Differcntiis yocum.\ ossius, et plusieurs autres l'appellent Ammonius.

Si M. Lloyd avait bien copié Vossius , il n'aurait pas dit Ammonius historicus •» ni mpi (èet/xi y ne.» di/etit citatur ah Harpocratione in 'A/uaÇsi i»v , uti et in voce ’ErXép*.. Ex quo etiam discimus Lampriensem fuisse , ut Qcsnerus falsh Àlexandrinum vocet. Voilà de ces fautes d'abréviateur , dont je

Sarle si souvent. Vossius, après avoir it jusqu'au mot 'Erxé?* ce que je viens de citer de Lloyd , ajoute #»

TTfetro» nrtét Bumiy ab Ajnmonio lib. de Dijfcr. y oc. in /Éupit. Obi et A aptsrpuvt fuisse dicilur , ut Gesnerus Jalsà Alexandrinum vocet (a). Parce que Lloyd n’a pas voulu rapporter tout le passage de Vossius, et qu'il en a santé

(1) Alhcn., lib. XIII, pag.

(1) Voisins, de Hitler. Grrcis, pag • Sot.

une ligne , il est tombe' dans un grand mensonge ; car il n’est pas vraiqu’Harpocration nous apprenne que l’Aramonius qu’il cite fût de Lampria. Si Ton voulait sauter quelque chose , c’est à la dernière ligne que l’on devait s’adresser , dans laquelle Vossius a dit un mensonge. Gesner ne dit pas qu’Ammonius , l’auteur du livre des sacrifices , fût Alexandrin. Il y a un troisième passage d’Harpocration (3) où notre Ammonius est cité : ’A/^uâvioc iv nripr* îripi 0otjnôlv ypxqu Ammonius Ixbro quarto de ans ista scribit . C’est ainsi que le docte Maussac a corrigé le texte d'Harpocration : il met 0c$f/.Si au lieu de x«yu«v , personne qu’on sache n’ayant jamais dit que cet auteur ait fait un livre de oppidis vel pagis. M. de Valois approuve cette correction (4). On aurait u soupçonner que puisque Ammonius t un livre touchant les courtisanes d Athènes , il en fit un aussi sur les de débauche , fr%p xmptati • et ainsi il ne serait pas nécessaire de prétendre que , scion la leçon ordinaire d’Harpocration , le livre d’Amnaonius concernait les bourgs ou les peuples d’Attique : cependant je ne trouve rien de plus vraisemblable que la correction de Maussac. Elle a paru telle à Vossitis , qui la débite comme si elle venait de lui. M. de Valois cite un passage du scoliaste d’Hermogène , où fauteur du livre des Autels est appelé Ammonius Lamprien (5).

(C) On avance très-faussement dans le Ain réri , que Plutarque a parlé d’ Ammonius avec éloge , à la fin de la y te d’Aristote.’] Cette Vie d’Aristote est une chimère. Il fallait dire 'J’hémistocle , et non pas Aristote. Or , il est bien vrai que Plutarque , à la lin de la Vie de JThémistocle , fait mention d’ Ammonius: mais il est trèsfaux: qu’il le loue : il n’en dit là ni bien ni mal.

(D) Aforéri n’est pas plus heureux par rapport à Ammonius ,fils d’tier- Méat. J il s’y embarrasse dans trois «»u quatre grosses fautes pour le moins. \ J. Il ignore que Proclus a fleuri sous Théodose le jeune, et long -temps

(i) Au mot

Hrnr. Valesin» , IVoti* in Notas Maussaci m l Marporration, pap. tit.

(~\) II. V«lr*!U», Noti» in Nota» Mamsaci ad

Jîa'jîocrat. , png. tu.

après; car, s’il l’avait su, aurait-il dit qu’Ammonius , disciple de Proclus , fit un livre sous l'etnpire de y alentinien ? Aurait-il été un copiste si fidèle des erreurs du père Rapin (6)? 2°. Quelle manière de marquer les empereurs? 11 y en a eu trois de ce nom; et c’est le premier que l’on entend , lorsqu’on ait tout court y alentinien.

Ce premier Valentinien mourut l’an 375 : jugez si le disciple de Proclus a

Su écrire sous cet empereur. 3°. Si f. Moréri avait entendu l'auteur dont il se servait , je veux dire le père Labbe , il aurait appris qu’Amraonius , disciple de Proclus et fils d’Herméas , a fleuri sous l’empereur Anastase , qui ne commença de régner que

{dus de 35 ans après la mort de Vaentinien troisième. 4°- Le père Labbe a observé qu’il est souvent fait mention d'un Ammonius dans les Chaînes des pères grecs sur l’Évangile de saint Jean , et sur d’autres livres de l'Écriture ; et il croit qu’Ammonius , fils d’Hermcas est différent de celui-là.

Au lieu de ces choses , M Moréri nous conte que quelques auteurs attribuent à Ammonius, uls d'Hermcas , l’Explication des pères grecs sur l'Évangile de saint-Jean.

(6; Proclus sous Julien ; le second Ammonius, son disciple , qui a si bien icriL sur le livre de V interpie talion d’ Aristote t sous V alentinien. Rapin. Compar. de Platon et d’Arisloie, p. Bqi.

AMMON IUS , surnommé Saccas (A) , a été l’un des plus célèbres philosophes de son temps. Il florissait vers le commencement du troisième siècle. Il était d’Alexandrie ; et ayant sucé avec le lait la foi chrétienne , il y persévéra jusqu’à la fin , comme ses ouvrages le témoignaient. Eusèbe , rapportant cela , accuse Porphyre d’une fausseté évidente (a), pour avoir dit qu’Ammonius abandonna le christianisme auuel on l’avait élevé , et passa ans la religion publique dèsque l’àge lui permit de philosopher

(a) Kuseb. , Ilùt. Kcclts. , tib. VI , cap.

(B). Ce grand philosophe donna un merveilleux éclat à l’école d’Alexandrie, et mit sur un pied honorable la science dont il faisait profession. 11 la trouva misérablement dépravée par les vaines subtilités des disputeurs. On a vu dans le christianisme ce qu’ils sont capables de faire ; on l’a vu , dis-je, par les controverses des thomistes et des scotistes, des réaux et des nominaux. Ils faisaient tous profession de suivre Aristote , et néanmoins ils multiplièrent les disputes à l’infini. Quelle idée ne doit-on pas donc se former des disputes qui régnaient anciennement , lorsque les philosophes , partagés en plusieurs sectes sous dinérens chefs , condamnaient les uns Platon, et les autres Aristote, etc. ? C’était un chaos de chicaneries qui déshonorait la profession. Le véritable moyen de réhabiliter cette science était de bannir les disputes inutiles et de s’attacher aux dogmes en quoi Platon et son disciple s’étaient accordés. C’étaient sans doute les doctrines les plus certaines , et par conséquent les plus importantes. Voilà pourquoi Ammonius se fit un devoir capital de concilier ces deux chefs de secte (C) , et d’éclaircir le malentendu sur lequel on bâtissait leurs prétendues oppositions ; et l’on ne saurait dire la gloire qu’il s’acquit par cette manière de philosopher. On lui donna l’éloge d’un inspiré, d’un homme enseigné de Dieu (D) , d’un homme qu’un instinct céleste avait mis dans cette route.

M. Moréri et bien d’autres ont ignoré le fondement de cette louange(E). On ne s’est pas moins

trompé lorsqu’on a dit quTAmmonius enseignait à ses disciples les mystères de l’Évangile sous le sceau du secret (F). 11 y a des gens qui ont confondu ses ouvrages de théologie avec ceux de quelques autres auteurs (G); mais enfin on a su rendre à chacun le sien. 11 eut, entre autres disciples, Plotin etOrigène. Il mourut environ l’an 23o (b). Je crois qu’on le doit distinguer du péripatéticien Ammonius (H) qui était, selon Philostrate, le plus savant homme de son siècle , et celui qui avait le plus de lecture.

J’ai trouvé une grosse faute dans l’un des commentateurs de Boëce. Il impute à notre Ammonius d’avoir été le principal corrupteur de la doctrine de Platon sur l’éternité du monde (I). Rien n’est plus faux que cela.

(6) Selon Ca Te, Histor. Litlerar. , p. •jX

(A) Ammonius , surnomme Sacras ] Animien Marcellin (i) et Suidas (2) témoignent qu’il avait ce surnom. Oa croit assez communément que de son premier métier il était porteur de sacs, et l’on se fonde sur le même Suidas.

Voici les paroles du docte Henri de Valois : Saccas videtur ex eo dictas Ammonius , quod mercibus ex porta Alexandrino comportandis victum sibi quœsivissel , cujusmodi homines saccarios antiqui vocabant , ut viderc est in codice Th. tit. de Saccariis portas urbis Rontce. Suidas , nxarrîr&c , utquit, /uetOnTiiç ’ Appuilou reù irpmwT

VO/UtVOU O-AXKOqiipW (3 ).

(B) Porphyre dit faussement qu Ammonius abandonna le christianisme...

dès qu’il fut en âge de phil^opher.} Voyons fes paroles originales : “O t* roû qporuv xeti txc qixaezqia.c »{1T: »

tùdùç 7Tp0t T»» JC St T 31 fifAOVt 5T6Xrrt*aO

^îTiCctxiTo (4). Simul atque per arla~

(1) Amm. Marcellin- , lib. XXII , area /fa-

(3) Soidas in Hp^iïiiÇ.

(3 Henr. Valet, in Ammian. Marcellin. , Lb .

xxn.

<\) Porpb. , lib. III , adrerani Chnstianas ,

I cm sapere potuit , et philosophue Uvien atlingere , statim ad vivendi rdtionem legibus consentienlem desciyit.

Porphyre, en disant cela, était animé de l’esprit dont j’ai fait mention dans la remarque (E) de l’article d’ABGL-

PHABAGE.

(C) U se fit un devoir de concilier Platon et Aristote .] Nous apprenons cela d’Hiéroclès , auteur d’un ouvrage sur la Providence , dont on trouve des extraits dans la Bibliothèque de Photius. 11 n’y avait , selon cet auteur, que des gens dominés par 1 envie de coutredire , par la manie de disputer, ou par la force des préjugés et par les ténèbres de leur esprit, qui trouvassent de la discorde entre les dogmes de Platon et ceux d Aristotej Toi/c /ah ixôvTatc tpiSi x«ti Àworw*. t^ôLi

etÙTQUÇ TTp oyatVotôlïTAÇ , TOt/Ç <$l 7TP0-

XM-lit xati atxutôi* J'*<TovAa»/Ai»ot/c (5). Alios sud sponte contendendi studio atque vesaniœ sese addicentes , alios præoccupatd opinione atque impet itid subaqtos. De ces deux sortes de disputeurs , la première avait été fort nombreuse avant que les lumières d’Ammonius vinssent éclairer le monde : Amntonii aliquando sapientia orbi illuxit , quem ctia.ni divinitùs edoctum appellari prœdicat. Hune enim veterum philosophorum opinionibus per purgatis , et resectis quœ utrimque excreveranl nugis , in prœcipuis quibusqué et maxime necessariis dogmatibus concordera esse Platonis et Arisiotelis senlentiam demonstrdsse (G).

(D) On lui donna l’éloge d un inspire, d’un homme enseigné de Dieu.} Nous venons de rapporter un passage d’Hiéroclès où se trouvent ces paroles:

O» xati Ô»0<f»(fatxT0V iiruuLhîiob** i/paù ,

3 me/n etiam divinitùs edoctum appelari prædicat. En voici un autre où ce même auteur raconte que les disciples de Platon et ceux d’Aristote se plaisaient tellement à immortaliser leurs querelles , qu’ils corrompaient le texte de ces deux chefs de parti ,^aGn de montrer plus facilement que l’un était opposé à l’autre Ce désordre dura , poursuit-il , jusqu’au temps d’Ammonius , le disciple du grand Dieu ; car, enlevé par enthousiasme vers la vérité

apnd Etucb Hi»l. Ecclc*»**«. , Hb. cap.

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