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TOME I

(78) Lettres snr les rentables Effets de la Baguette , pages i3 et 14.

("q) M. Btmsière , dans la leUre gu' il ma fit l’honneur de m'écrira le i5 de juillet 1698.

18 ABBEVILLE

» sait-il , il ne pourrait réussir avec » la baguette. Il ne voulait point aller » pendant le jour dans les rues , crain- )» te , disait-il , d être assommé par les v voleurs et les filous. Mais tout cela » n'était qu’afin que la nuit lui servit » de voile pour mieux cacher toutes » ses ruses. Quelque ridicules que fusu sent toutes ses manières, elles ne » laissaient pas de trouver des appro- » buteurs , et par conséquent des » prôneurs. Que si on n’avait pas eu » le soin de l’empêcher de sortir de >» l’hôtel de Condé, parce que raon- » seigneur le prince , qui l’avait fait » venir à Paris , pour satisfaire sa cuit riosité , voulait lui faire faire les » épreuves qu’il avait méditées, avant » que le public l’eût mis en pratique,

» il aurait été accablé parla multitu- » de qui courait en foule pour l’aller » consulter. L’un lui demandait si » on ne pourrait pas découvrir les voit leurs qui avaient Jail un tel vol , a en un tel temps , en tel lieu , etc. a Un autre lui venait demander , si )> un tel saint n'était pas le véritable ,

» plutôt que celui de cette paroisse a qui se vantail de le posséder aussi.

» D'autres lui apportaient des reli- » ques pour savoir si elles étaient les « vraies d’un tel saint. J’ai vu un a jeune accordé , ouvrier en soie ,

» assez idiot , lui donner deux écus » pour savoir si son accordée avait » son pucelage. Ceux <jui avaient part » au giltcau avaient soin défaire venir » l’eau au moulin , et de faire payer « la consulte par avance, si on en a voulait avoir une bonne issue. »

Un tel homme aurait été dans Paris un fonds assuré de gain et une mine inépuisable pour ceux qui auraient eu part au profil. Les personnes soupçonnantes et les personnes soupçonnées l’auraient payé à qui mieux mieux ; il eût tiré de l’argent , et des maris et des femmes , et des galans et des maîtresses : la baguette n’aurait pas tourné ou aurait tourné , selon qu’il eût plus reçu des uns que des autres. Je crois que , si l’on pouvait découvrir tout le mystère de ces sorte»

de prétendus prodiges , on y trouverait un complot de gens qui cherchent à s’enrichir : les uns se vantent d’un talent extraordinaire; les autres travaillent sous maiuà établir la persuasion, Mais je «rois qu’il y a des char-

latans qui n ont pas besoin d émissaires; lacrédulitéau public leurprc'pare suffisamment les voies de l’imposture.

Il n’y a pas long-temps ciu’il a couru par les villes de Hollande je ne sais quels Allemands qui se vantaient de

guérir toutes sortes de malades sans rur donner aucun remède. Il ne faut, disaient-ils, que nous envoyer de Leur urine. On ne parlait que de leurs succès : chacun en contait des circonstances merveilleuses ; leur logis était comme le lavoir de Dethesda , plein et entouré d'infirmes. Je ne pense pas que ceux qui prônaient le plus la drogue de ces gens-là , fussent de l’intelligence pour partager le profit. Les uns se plaisaient à recommander la chose , parce qu’elle tenait du prodige ; les autres y pouvaient trouver quelque agrémeut , à cause que l’inutilité des remèdes ordiu aires les mettait de mauvaise humeur à l’égard des médecins. L’illusion ne fut point longue : un mois ou deux en urent raison. On réfuta cette chimère (80) :

et il y eut tant de gens qui s’y trouvèrent trompés , qu’ils passèrent de l’approbation au dernier mépris.

Notons que M. Leibnitz observa , avec beaucoup de raison , que, si l’on n’avait pas pu opposer aux esprits crédules ce qui se passa chez M. le prince de Condé , il aurait fallu encore tirer au bâton avec ces gcns-là. Mais il est à craindre que l’on u’oublie bientôt la déroute deJacaues Aymar, et que l’on ne soit trop disposé à recevoir la même scène , si de semblables motifs la font revenir dans sept ou huit ans. JYisi pr inceps Condceus cognoscendae rei tantum studii imà et sumptds im pendisset , laboraremus adhuc et con- Jüclaremur cum quibusdam ingénus , quibus gralius est per mira falli , quant nudœ veritatis simplicitati acquiescera (8.).

(8o) Lnfneo , an Itès-habile médecin de Follerdam , publia un petit traite' la-ilesiut , en flamand et en français , pour montrer la vanité et le ndiculê de celle pratique. Voye* l’Histoire de* Ouvrage» des Savait*, mai 1697, p. 4**^ et suivante t , elle Journal de* Savait* du t3 de janvier 1698 , p. 3o , édit, de Hollande.

(81) Lei'bnitius, apuiiTenzelii Colloq. menatr. anni 1694 , poge 780.

ABARIS,ville(TÉgypte. Voyez l’article Pithox.

ABBEVILLE, en lat iuAùbaùs

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