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» dules , c'est qu’il n’y en a presque *» aucun qui sc soit rendu. M. Valle- » mont , qui vient de publier un » traité de la physique occulte de la » bu quelle divinatoire , prétend exj> pliqner comment le paysan de Dau- » phiné a pu se tromper dans les » épreuves que lui a fait faire M. le » prince , quoiqu’il ait véritablement » la vertu et les talens dont il se van- » te. Ces sortes de philosophes , de » même que les explica leurs de pro- » phéties , car ce sout des gens assez « d’une même trempe , sont des ma- » nières de visionnaires qui ne veuv lent jamais avoir tort, et qui , en- » core que convaincus de la fausseté u des choses qu'ils ont avancées , trai- » tent d’esprits forts les gens de bon » sens qui ne donnent pas dans leurs o chimères. »
Depuis l’impression de ce que je viens de dire, trois ou quatre années s’écoulèrent sans que j’entendisse parler de Jacques Aymar. Nos nouvellistes l’avaient perdu de vue, et l'avaient abandonné dans sa retraite : mais enlin ils le remirent sur leur théâtre , au mois d’avril 1697 i cela P°,,r lui faire jouer un rôle bien divertissant, et qui d’ailleurs pourrait être d’une merveilleuse utilité, si le conte qu'ils rapportent était véritable. Il y a que 'que temps , disent-ils (70) , que te prieur des chartreux de Villeneuve lès- Avignon passa par Orange avec Jacques Aymar, par le moyen duquel il prétendait découvrir quelques bornes perdues. Mais , par occasion , on l’employa à un autre usage. On avait exposé depuis trois jours un enfant à la porte du couvent de s capucins ; le recteur de r hôpital requit Jacques Aymar d’en découvrir l'auteur. Celui-ci y consentit ; se transporta à la porte des capucins , où l’on avait rapporté l’enfant ; et , à la vue d’une foule de peuple , il suivit le chemin que le mouvement de su baguette lui indiquait ; et alla tout droit dans un village du Comlat Venatsstn , nommé Camaret ; et de là dans une métairie , qu’il assura être le lieu où l’enfant était né. J'oubliais de dire qu’en chemin faisant il rencontra un homme a cheval ; et que , parle mouvement de sa même baguet-
(-0) Mercure Tüatoriqae et Politique , mois iV avril 1697, pag. 44° 1 44>-
te , il reconnut que c’était le père de l’enfant exposé. I^e juge du lieu , ou de son propre mouvement , ou a la sollicitation des personnes intéressées , pria Jacques Aymar et ceux qui le faisaient agir , de ne plus faire de recherche , et qu’il Jet ait reprendre l’enfant ; ce qui a été exécuté. Je fais trois observations sur ce récit. La première, qu’il n’est nas certain que ce ne soit pas une fable ; car combien a-t-il de gens qui se divertissent forger des contes , qti’ils font insérer dans les nouvelles publiques ! ils les envoient à un auteur , sans se nommer; ils choisissent une scène un peu éloignée; et, après tout, ils savent que peu de gens feront des informations. Ma seconde observation est que , quand même tout ce qu’on rapporte dans le Mercure Historique serait véritable, on ne pourrait pas faire taire les incrédules. Jacques Aymar , diraient-ils , savait la route qu'il fallait prendre : un faux-frère , parmi ceux qui connaissaient l’intrigue de I accouchement , fut ravi de donner l al Arme , et d’ouvrir un beau champ de causerie. En tout cas, il serait un homme à excepter de la règle, IVul prophète en son pays ; la honte qu’il essuya dans la capitale du royaume ; cette suite , dis-je , de mauvais succès dont M. Buissièrc (71) a publié une relation exacte , ne l’eût pas décrédité dans sa province. Je remarque, en troisième lieu , que cette propriété de la baguette aurait de trt's-bons usages dans le monde. Elle déchargerait le public des fondations qu’il a fallu faire pour l’entretien des enfans trouvés ; car elle ferait connaître ceux qui les ont mi9 au monde, et on les obligerait à les nourrir. De plus , elle augmenterait la crainte des suites , qui est un frein de l’incontinence, sans lequel les désordres de l’impureté seraient beaucoup plus fréquens et plus scandaleux. Le sexe féminin, plus souvent bridé par cette crainte que l’autre , et quelquefois moins , garderait mieux le dépôt.
Choisir à l’écart une petite maison , pour y accoucher ; y faire venir une
(71) M. B ni** ière , apothicaire de M. le prince de Coude , e.«l r auteur du livre qui a pour titre , Lettre à M. l'abbé U. L. *ur le* *è« ri table* effet* de U baguette de J arque* Aymar, par P. B. à Paris , ehes Louis Lucas , i6q4-
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sage-femme les yeux bandés , et par une route détournée ; faire porter l’enfant au milieu des rues , pendant les ténèbres de la nuit ; cela , et le reste des précautions, serait inutile , en cas que la baguette eût la vertu dont on parle. Elle marquerait le chemin jusqu’à la chambre de l’accouchement , mieux qu’un chien ne suit la piste d’un lièvre jusqu'au gîte. Elle mettrait fin à tant de parjures (73) qui se commettent par ceux qui ne veulent pas se charger de la nourriture d’un bâtard , comme la mère les y voudrait obliger , en se présentant
fiour cela sans aucune honte devant es juges.
Comme rien n’est aussi capable de détromper les crédules que de faire voir que Jacques Aymar est tombé d’accord lui-même ue sa fourberie , je veux mettre ici ce fait -là dans la dernière évidence. J’ai là-dessus une preuve plus positive que le témoignage de M. Robert , procureur du roi au Châtelet de Paris. La lettre (7 3) qu’il écrivit au père Chcvigni , assistant du père général de l’Oratoire , contient seulement quelques-uns dès mauvais succès de la baguette, et puis ces paroles : « J’ai ouï dire que depuis , en » plusieurs autres expériences faites » a Versailles et à Chantilly , sa bail guette n’avait pas été plus heu- » rcuse; que même il avait été con- )> vaincu de supposition , et l’avait » avoué : mais je ne le sais que par le » bruit commun , n’ayant pas cru dem voir preudre aucun soin d’une pa- „ » rcille fadaise , qui marque combien » les hommes sont faciles à donner j> croyance aux choses nouvelles , et » qui leur paraissent si extraordinaij> res. » Voici plus de précision.
M. Buissièrc m’a fait l’honneur de m'écrire que MM. Dodard et Sauveur , membres de l’académie des sciences , l’ont sollicité à donner une seconde édition de sa lettre , et à s’y nommer ; qu’il la fera donc réimprimer et qu’il y mettra son nom , puisque monseigneur le prince de Condé veut bien qu'il le fasse , par son ordre , pour désabuser les partisans de
(79' Le conte porte que Jacquet Aymar reconnut qu'un cavalier qui passait était le père de cet enfant exposé.
(*i) Elle etl imprimée avec relie de M. Buij- »iëre , citée ci-danus.
la baguette; qu’il y joindra la relation de la recherche (74) que fit Jacques Aymar des meurtriers qui avaient assassiné un archer du guet dans la rue Saint-Denis ; et qu’afin que les partisans de la baguette soient entièrement désabusés, il y joindra encore la confession faite à M. le prince de Condé par Jacques Aymar, qu'il ne savait rien de tout ce qu’on lui avait attribué , et que ce qu’il avait fait jusqu'ici n’avait été que pour gagner sa vie. Cet aveu sincère lui alliru un orésentdc trente louis d’or, que S. À. S. lui fit donner , afin qu'il se retirai le plus promptement qu’il pourrait dans son village , parce que , n’étant plus sous sa protection , les personnes qu’il avait accusées a faux l’eussent fait arrêter. M. Robert m’a dit , c’est M.
Buissière quf parle , que , si on l’avait mis entre ses mains , pour en faire justice , ill’ aurait fait condamner aux a/ères , la preuve étant sans réplique .
a même lettre m’apprend qu’un garçon de quatorze ans , qu’on avait instruit, avait déjà abusé beaucoup de personnes; mais , comme cela était trop près des faits de Jacques Ajfmar, il trouva tes esprits en garde. Le petit garçon échoua , à la confusion du gentilhomme qui l’avait produit.
M. Buissière fut chargé de l’examiner; il le trouva assez ruse pour son âge : on le tint enfermé quelques jours , sans aucune communication au gentilhomme ; un peu d’argent , quelques promesses de l'établir, et quelques menaces , firent qu’il avoua tout. Cette lettre de M. Buissière est datée de Paris, le a5 de juillet 1C98. Joignons à cela l’extrait d’une lettre de M. Leibnitz, que l’auteur voulut bien que l’on
{mblint dans le journal de M. Tenzéius , l’an 1694» avec celle (75) de M. Robert. Il assure qu’il a ouï dire à madame la duchesse d’Hanovre , belle-sœur de M. le prince de Condé , qu’elle avait reconnu dans son hôtel , à Paris , les impostures de Jacques Aymar, et qu’elle opina conformément à ce prince , qu’il valait mieux faire connaître au public la fausseté de ces choses que de la laisser inconnue,
(74) M. Robert en a parlé dont ta lettre. (••5) M. P*»ch , à la pas* 778 de l ouvrage cite ci-dettui , nomme C.beulgni le père , il qui celte lettre fut éente. C'eit apparemment une faute d impression , pour Chcvigni.
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sous prétexte que la persuasion de la trats de Lyon , qui firent prendre le baguette avait fait peur à quantité meurtrier que Jacques Aymar avait de scélérats et procuré la restitution découvert à Beaucaire, eussent mede quelques vols. Elle déclara que nacé de faire brûler tout vif , comme Jacques Aymar avait enfin avoué la un malheureux magicien, fauteur de fraude, et cpi’il en avait demandé par- la découverte, et qu'ils lui eussent don, et qu’il avait dit pour ses excu- présenté le bourreau avec tous les ses , que sa hardiesse avait moins mstrumens de la question . ils lui euscontribué à la conduite qu’il avait te- sent fait avouer comment il avait apnue que la crédulité d’autrui. (76) pris tout le secret de l’assassinat , et Is ( princeps Condæus ) Aymarum qu’il trouverait à Beaucaire , en tel Lugduno accersiverat indaginis eau- et tel Heu , l’un des assassins. Il est id : excussum multis modis homuncio- très-apparent que des personnes qui item et deprehensum tandem ad con - voulaient le mettre en réputation , fessionem fraudis adegit ; quam sibi afin de partager avec lui le profit de ignosci petiit supplex , et graviora me- la baguette, lui firent jouer ce rôle» tuens , causatus non tam proprid au- M. Buissiére remarque dans son imdaeuf quam alienâ credulitate homi- primé (78) que cet nomme avait une num falli volentium , et t'élut obtru - cabale de gens qui le prônaient par dentium sibi , quœ alioqui ne jactare tout à Paris , et qui Jirent mettre dans ausus fuisset , sese in hœc impulsum le Mercure Galant du mois de février eô tandem pervenisse , undè pedem i6g3 qu’il avait trouvé ceci et cela; commode non potuerit referre. Facile et il n’y eut jamais rien de plus Jaux. rondonavit hnmini magnammus prin- La prévention était telle, qu’il aurait ceps ; sed erant , qui suaderent dis- gagné des sommes immenses s’il avait sirnulari comperta , et conservari fa- pu se maintenir. Jugez si ses partisans mam hnminis vel artis , utili dolo , n’avaient pas de fortes raisons de le quôd constaret , furibus aliisque ma- seconder. « Il 11’y eut jamais d’imposhs hominibus magnum metum fuisse » ture plus accréditée que celle - là
3ectumA et ob fumant advenlanits cubi rerumfurtivarum pretia fuisse relata : sed ducissæ pariler nostrœ ac principis egregii sententia fuit , potin rem habendam rationem vcritalis.
« (79) : on était si prévenu en faveur » de ce personnage , qu’on lui faisait » faire des choses à quoi il n’avait ja- » mais peusé, et qu’on lui cherchait » des raisons pour l’excuser quand
M. Leibnitz a joint à cela une réflexion » il ne réussissait pas. Il imposait par très-digne de lui , qu'il vaudrait bien » un air simple et grossier en appamieux examiner de quelle raauière » rence , et en ne parlant que le patant de personnes de mérite avaient » tois de son pays ; mais , au fond , il pa être trompées à Lyon , que de re- » n’était rien moins que ce qu’il na-
ba-:
chercher les causes physiques de la prétendue vertu de la baguette. (77) Et seripsi nuper Paris ios , ut Mus , et examine dignius , mihi vider i problema morale vel logicum , quomodd tôt vin insignes Lugduni in fraudem ducli fuerint , quam illud pseudo-physieum , quod tractavit È allemonlius , me lion mater id dignus , quomodo vir- 6* corylacea tôt miracula operetur ?
» raissait. Le mouvement de sa » guette faisait illusion ; on voyait » tourner entre ses mains un morceau » de bois fourché si adroitement , » qu’on ne s’apercevait point du raou- » vement insensible de son poignet , » qui le déterminait à tourner avec » vitesse et avec force , par le ressort » qu’il faisait faire à sa baguette. Ou- » tre sa naïveté apparente , il aflec- » tait fort d’être aévot , d’aller sou-
JVam moralis ilia quœstio , excussa pro dignilate , muliorum errorum po- » vent à confesse , tous les jours à la pularium origines sœpè speciosas ape - » messe, et autres marques extérieuriret. Je m’imagine que , si les magis- » res d’une grande catholicité ; et de
» dire qu’il avait soigneusement garu dé son pucelage , sans lequel , di-
f”6)I.*ibnitiua apud Tentelii Colloq. ménstr. •■*» »6ÿ4- rapporte ceci comme je le trouve dans f ouvrage de M. Pascb , docte pro fcssrur en philosophie à Kiel , de Inrentis non tiquis , pag. 779 , /dit. t-OO.
(~T) Leibnixio tapud Tentelii Colloq. mentir, uü 1694,^^779.