À BU LP II A RAGE
nés (B). Il vivait sur la fin du treizième siècle * , et faisait profession du christianisme (C). Cela n'empêcha point que plusieurs mahométans n’étudiassent sous lui (D). Un certain bruit qui a couru que , se voyant près de la mort, il abjura sa religion , doit être mis au nombre de mille fables de cette nature qui se débitent dans toutes les sectes (E).
Il a divisé par dynasties l'histoire qu'il a composée en arabe ; c'est un Abrégé de V histoire universelle , depuis le commencement du monde jusqu’à sou temps. Sa division est en dix parties. On
Sut voir dans le supplément de oréri ce que chacune contient.
Édouard Pocock (a) publia ce livre d’Abulpharage en i663,avec la version latine qu’il en avait faite. 11 y a joint un supplément
3ui contient en abrège la suite e cette histoire à l’égard des princes orientaux. Il avait déjà
Sublié eu i65o, avec beaucoup e savantes notes, un petit extrait de la neuvième dynastie de cet auteur. C’est ce qu’il intitula : Specimen Historiæ Ara — bum ; sive Gregorii Abul Fa ragii , Malaticnsis , de origine et moribus Arabum succincta narrai io. Il s’en faut bien qu’Abulpharage ne soit aussi exact sur les affaires des Grecs et sur celles des Romains que sur celles des Sarrasins et desTartares Mogols.
Ce dernier morceau est le meilleur de l’ouvrage. On y trouve, d’une manière très - instructive et qui paraît digne de foi , les prodigieuses conquêtes de Gengis—
* Chaufepié dit qu'il naquit en 1226, et mourut en 1286.
\a) Professeur royal en hébreu à Oxford , et lecteur en langue arabe.
ABÜLPHAR AGE.
Kan *l. Tout ce qu* Abraham Zacuth en a dit dans son Juchasin a été pillé , et bien d’autres • choses aussi , dans l’histoire d’Abulpharage. On ne saurait deviner en vertu de quoi Abraham Ecchellensis a donné (Æ) à notre auteur le nom de Gregorius Bar Hebrœus *a Sjrrus (c)(F).
** Ab ulph cirage , dit Chaufiepié , a composé plus de trente antres traités dont on trouve la liste dans la Bibliolh. Orientait* d' Assemanni.
(£) In prmfat. Biblior. TloXt/yhMT'rees , Paris, et alibi.
(c) Tiré tles préfaces de Pocock.
** Ce nom de Bar Hebraus, qui signifie BU d'un Hébreu , se lit au titre des ouvrages <T Abulpharage. Cette remarque d' Assemanni , rapportée par Chaufepié , prouve que Pocock a induit Bajrle en erreur.
(A) Il était de Mâlalia.] C’est en vain que j’ai cherché cette ville dans les préfaces de Pocock , daus le Trésor d’Ortélius, et dans la Géographie de M. Baudrand. Le hasard ma été plus favorable que mes recherches ; car, en feuilletant pour d’autres choses ce qu’on appelle la Géographie de Nubie, j’v ai trouvé que Malatia était une ville forte, à cinquante-un mille
Sas de Samosale , tirant vers la source e l’Euphrate ( i).
M. Baudrand m’a fait savoir qu’il a parlé de cette ville sous le mot Melita et Melilène. Cela est vrai : il la pose dans la petite Arménie , sur l’Euphrate , et dit qu’on la nomme aujourd'hui Mal ali ah.
(B) Les titres qu’on lui a donnés.] Voici ce que Pocock a trouvé à la tête d’un exemplaire d’ Abulpharage, écrit l’an 900 de l’hégire : Dixit dominus noster , p a ter sanctus , eximius , doctrind et eruditinne insignis , doclorum rex , excellentium excellent issimus , temporum suorum extmplar , seculi phœnix , sapientum gloria , doctor divind ope suffultus , Mar Gregorius Abul-Pharaï, filius exrellenter sapientis Aaronis medici malaticnsis.
Et voici ce qu’il a trouvé à la (in d’un autre exemplaire : Pater et dominus noster, rex doclorum et corona virorunt virlulc prccslantium , dubiorurn
(1) Gcogr. Nubiens., clim. IV , pag . 5 et pag. 197.
in theologicis occullorum ’EîtiXuvik »
christianorum princeps primarius , sectœ jacobiticœ medulla , Mar Gregorius, dominus , pater , unicum cevi déçus , et seculi phœnix. Ajoutons ce qu’il a trouvé a la té le d’une grammaire syriaque composée par cet auteur : Pater noster sanctus , rex doctnrum , Mar Gregorius, doctor Orientas , qui idem est Abul-Pharaï , Jilius Aaronis medici militiniensis , 1. e.
malaticnsis.
(C) Faisait profession du christianisme.] Nous venons de voir qu’il était de la secte des jacobites. Cela est plus croyable, selon Pocock, que ce qu’uu savant Juif a débité, qu'Abulpharage était de la secte des meichites. Cui poilus Jidem habemus , quant doclo cuidam Judceo , qui eum vocal Ebnol’KofF, christianum malatienscm , secld mclchilnrn (a).
(D) Plusieurs mahométans n étudiassent sous lui.] L’un des exemplaires de Pocock contien t ces paroles d’un rnahométan : Auctor libri est Abul- Faraï Ebn Hocima, vir multœ lectio nis variisque scient iis instructus et penilùs imbutus , prœcipuè aillent médicinal gloria seculo suo clarus , adeo ut ad eum è plagis occidentalibus frequentes conte nderenl. Chrislianus erat , a quo lamcn dulicerunt multi è Muslemnrum eximiè doclis. Ferunt ipsum morte propinquum h fide christiand descivisse. Ebn Chalecan , auteur fameux qui a fait la Vie des hommes illustres, est celui qui a écrit ces paroles, s’il en faut croire la remarque écrite d’une autre main au même lieu de l’exemplaire (3).
(E) Qui se débitent dans toutes les sectes.] Nous venons de voir ce qu’on fit courir touchant les dernières heures d’Abulpharage. Les mahométans avaient de la peine à convenir qu’un si grand homme eût été intérieurement chrétien : ils aimaient mieux croire qu’il avait détenu la vérité en injustice , jusqu'à cc que les approches de la mort lissent cesser les raisons de feindre. Voilà une prévention qui régne partout. Chacun s’imagine que les vérités de sa religion sont si claires , que les habiles gens d’uu autre parti ne manquent pas de les voir, et qu'il
(i) Pocock. Pcatf. Specimin. lliit. Arab.
(3) Pocock. Prirf. CorapcnJ. Ornait.
àBUMÜSLIMÜS.
n’y a que des conside'rations humaines qui les détournent d’en faire une ouverte profession. On se flatte donc qu’à l’arrivée de l’heure fatale où le sort de l’éternité frappe plus fortement l’esprit t'4)» ces dissimulateurs rendent gloire à la vérité et jettent bas le masque.
Jiïam voeet tum dtm'um prêter* ab imo
f jiciuniur, et enpitur pertona, ma net res (5).
C’est de ce mauvais principe que sont venus tant de contas insérés dans le dictionnaire de Moréri , touchant Pierre du Moulin , Joseph Scaliger, etc.
C’est encore la source de je ne sais combien de discours où l’on fait dire à certaines gens : La religion que je projette est meilleure que l'autre pour ce monde-ci , mais non pas à l’article de la mort. Voyez la remarque (DD) de l’article Mahomet.
(F) Le nom de Grégorius Bar Hebrams Syrus.] A l’occasion de cria , je ferai cette petite remarque. Pocock rapporte deux passages où notre auteur est nommé Mar Grégorius , et un où il est nommé Mor Grégorius :
il ne fait nullement réflexion sur le premier de ces deux mots ; il ne dit jamais qu’Abulpharage ait été appelé Marc. Je dis là-dessus qu’on aurait bien pu se tromper dans le supplément de Moréri , en disant que le nom de cet auteur était Marc Grégoire. On aura pris A/ar,, qui est un titre d’honneur, tel que celui de monsieur en notre langue, on l’aura pris, dis-je, pour Marc, nom de baptême. Je vois la même faute dans la Perpétuité de la toi défendue. 16) : le patriarche de Banyionc, qui se réunit à l’église romaine sous le pape Paul V, y est nommé Marc Elie. Mais l’auteur qu’on cite (7) l’avait nommé Marc Elias.
(4; Dit longs* noclis quorum jam numina no bit Mort 1 n tant majora facit.
Vido, apud Silion) l'alicum . hb ■ VIlI,vs. i^o.
(b) Lucre».. Lb. III . vt. 57.
. (fi , Livre V. chap X.
(-) Pelrn* Strozu de » hal.laeor. Dogme». Vide Anb. Mircum , Polit, eccle»., pag. 319.
ABUMÜSLIMÜS (a), général d’armée sous les premiers califes de la race d’Abbasi. La province de Chorasan se donna à cet Ab-
(a) M. «l'Herlx'tol . qui en a fait un long article , le nomme Alou-Moslem.
basi l’an i^5 de l’hégire (b). II l’accepta et mourut la même année. ibrahim, son fils et son successeur, envoya dans ce pays Abumuslimus , qui n’avait que dixneuf ans. Cette grande jeunesse ne l’empêcha pas de chasser Nasrus, qui commandait dans la province au nom du calife Merwan.
Après la mort d’ibrahim , arrivée l’an 1 3 1 de l’hégire , SafFa— hus son frère fut élevé à la dignité de calife. Il laissa le gouvernement de la province de Cliorasan à Abumuslimus , et se servit de lui pour faire tuer son conseiller Abumuslimas, qui lui était devenu suspect. Il mourut l’an i36 , et eut pour successeur Almansor son frère , qui , après avoir reçu d’Abumuslimus de très-importans services , le fit mourir traîtreusement. Abdalla s’était soulevé dans la Syrie : Àbumuslimus , envoyé contre lui à la tête d’une belle armée , le défit entièrement. Almansor, plus sensible à la calomnie qu’il prétendait qu* Abumuslimus avait dite contre lui qu’à l’importance de sa victoire , le manda afin de le faire tuer. Abumuslimus, plein d’une juste défiance, refusa d’aller trouver son maître ; mais s’étant laisser leurrer par les caresses qu’on Ici fit faire , il se rendit auprès d’Alraansor , qui le jeta dans le Tigre. Cela se fit en l’année i3h de l’hégire , qui répond à notre année *^54- On conte u’ Abumuslimus avait été cause e la mort de six cent mille personnes. Il passait pour se connaître un peu en magie, et il était d’une secte dont celle du malheureux Spinoza n’est pas dans le
(6) C est notre année
fond fort différente (A). Erpénius n’a point entendu les paroles d’Elmacin sur ce sujet-là (B).
Ce que je viens de dire (c) et les deux remarques que l’on va voir sont des choses dont je ne me rends point garant : je les rapporte sur la foi d’autrui. Il n’y a de moi là-dedans que le parallèle du spinozisme , et je ne suis pas trop persuadé que celui qui critique Erpénius entende mieux que lui l’endroit en question.
ACAMAS.
» avec toutes ses vicissitudes et chan- » gcmens , éternel. » Quelque différence qu’il y ait entre ce dogme et le système de Spinoza, le fond est toujours le même : on tient de cote' et d’autre que l’univers n’est qu’une seule substance, et que tout ce qu’on appelle ge'nèrations et corruptions, mort et vie, n’est qu’une certaine combinaison ou dissolution de modes. Elmacin appelle métempsycose de résolution celle qu’Abumuslimus croyait.
(B) Erpénius na point enieruiu les paroles d'Elmacin sur ce sujet-là .] U fui fait dire qu’Abumuslimus suivit la secte de la succession descendante ,
(c) Tiré c/’Elmacioi Hislor. Sarracen. , lib. II, cap. I, et set/.
(A) D'une secte dont celle de Spinoza nest pas fort différente."] La secte dont Abumusiimus taisait profession enseignait une sorte de métempsycose qui n’était guère semblable à celle de Pythagoras (i). Celle-ci ne détruisait point les Ames; elle ne faisait que les envoyer d’un corps à un autre corps : mais l’autre métempsycose est ainsi décrite par le fameux voyageur Pietro délia Valle , dans l’endroit où il fait mention de certains héréti-
2ues maiiométans qui s’appellent Ehl '.Llahkik , hommes de vérité , gens de certitude, a Ils croient , dit-il (a j , qu’il a n’y a point d’autre dieu que les qua- » tre éléraens... ; qu’il n’y a point d’â- »* me raisonnable ni d’autre vie après » celle-ci; mais que tout homme n’est » qu’un mélange des quatre élémens n dont l’homme est composé pendant n sa vie , conjoints ensemble et animés » par cette étroite union qui les tient » liés les uns aux autres , et qui , en » mourant , se résout et se dissipe » dans les quatre élémens simples, et » par conséquent s’en retourne à Dieu, » duquel il a été créé ; et ainsi de tou- » tes les autres choses qui sont sur la » terre et dans le ciel : en un mot, >* qu’il n’y a pour tout que les quatre m élémens, qui sont Dieu, qui sont » l'homme, et qui sont toutes choses; » et que, par conséquent, les quatre » élémens sont éternels, et le monde ,
(i' Bc*pi*r , U«m»rquc» mit l’état présent de l’Fmpire Ottoni.n, par Hicaut , pa GG6.
(a) Pietro délia Valle , tum. Ifl , }>ag. 3$!, «cite par Pe*pler, lu meme.
prnfitebatur sectarn successionis descehdentis (3). 11 fallait dire qu’il suivait la secte qui enseignait la métempsycose de résolution , profitebatur sec tam eorum gui credunt nustempsycosirn resolutionis. C’est ainsi que le sieur Bespier a censuré et corrige la traduction d’Erpénius en cet endroit-là (4)»
(3) Etmac. Hislor. Sarrac., W. II, cap . III ,
IOO.
(4) Bespier, Rcmtrtj. sur Peut l’Empire Ottoman , par Rieaut, pag» 665.
ACACIA ou ACAKI A (Martin).
Cherchez Akakia.
ACAMAS , fils de Thésée ( a ) , suivit les autres princes grecs au siège de Troie. Il fut député aux Troyens avec Diomède pour redemander Hélène. Cette ambassade fut inutile quant au dessein principal , mais elle valut à Acamas ce qu’on appelle bonne fortune en fait de galanterie.
Laodice , fille de Priam , devint si amoureuse de lui, qu’ayant appelé en vain à son secours l’honneur et la honte, elle fut contrainte d’ouvrir son cœur à Philobie , femme de Pcrsée , et de lui demander assistance pour un des plus pressans besoins où l’on se pût rencontrer (b), Philobie , touchée de compassion , pria son mari de faire que Laodice pût
(а) Pattsanias , lib . I,pag, 5, et lib, X, pag. 3 25 et 343.
(б) FTstf atxatAlî» Tl etÙTHV éfCf otix
io4 A C A M A S.
contenter son envie. Persée eut pitié de cette pauvre demoiselle ; et d’ailleurs, ayant de la complaisance pour sa femme, il fit amitié avec Acamas, et en obtint une visite dans la ville (c) dont il était, gouverneur. Laodice ne manqua pas de s’y rendre , accompagnée de quelques Troyennes. Il y eut un magnifique festin , après quoi Persée la plaça dans un même lit avec Acamas , auquel il dit que c’était une des concubines du roi. Laodice s’en retourna fort contente , et au bout de neuf mois elle accoucha d’un garçon qu’elle fit élever par Æthra , aïeule paternelle d’Acamas (A). Cet enfant eut nom Munitus (B) : nous dirons dans les remarques ce qu’il devint ( d ).
Acamas fut un des braves qui s’enfermèrent dans le cheval de bois (e). Il eut depuis , dans la Thrace , une aventure assez semblable à la première ; mais les suites eu furent très-malheureuses. Phyllis , la fille du roi , devint. amoureuse de lui : on passa bientôt aux propositions de mariage ; la belle lui fut promise , dotée de la couronne. Il demanda la permission d’aller faire un tour chez lui ; Phyllis s’y opposa avec toutes les prières dont elle put s’aviser ; et, ne pouvant obtenir de lui qu’un serment qu’il reviendrait , elle lui fit présent d’une boîte consacrée, disait-elle,
jW^o/xirxy, ifiytii ttûr*. Illamque sic advocasse , ut quantum tandem posset jam jam pereunti anxilium ferrel. Partheou Erotic., cap. XVI.
(c) Elle se nommait Dardanus.
(tl) Tire cPHcgesippi lib. / de Rebut blilcsiorum, cité par Partlicnius, Eroticor., cap. XVI ; et de Txetscs sur Lycopbron.
(e) Tryphiodortu , de Excid. Troj*. Vide tliam Pau^amam , lib. /, pag . 21.
à Rhéa, mère des idieux. Elle lui recommanda de ne l’ouvrir que lorsqu’il n’aurait plus d’espérance de revoir la Thrace. Acamas aborda dans l’île de Cypre (C) , et résolut de s’y établir. Phyllis s’en pendit , après avoir vomi cent imprécations contre ce perfide. Il ouvrit la boîte , et se trouva saisi d’étranges visions ; il monta sur un cheval , et le poussa si mal à propos et d’une manière si étourdie , qu’ils furent tous deux renversés ; d’où il advint qu’Acamas s’enferra dans son épée. Tzetzès raconte cette histoire (f) \ mais il a confondu Acamas avec Déinophoon(g) ; car c’est de ce dernier que tous les auteurs racontent ce qui concerne la malheureuse Phyllis. Voyez la lettre passionnée qu’Ovîde feint qu’elle écrivit à Démophoon. Il paraît par cette lettre que leur mariage avait été consommé (h).
N’oublions point qu’une des tribus d’Athènes fut nommée Acamantide (D) , du nom de ,notre Acamas (i) , et cela par la dési —
gnation de l’oracle. Étienne de yzance le fait fondateur d’une ville de la grande Phrygie (E) , et lui fait avoir une guerre contre les Solymes. Je n’oserais décider si la mère d’ Acamas était Phèdre ou Ariadne (F). Nous parlons dans la remarque (D) de quelques autres Acamas sur lesquels M. Moréri s’est comporté à son ordinaire.
( f ’) Txeties, in Lycophron.
(g) Qui était aussi Jîls de Thésée.
(h) Turpiter hospitfum lecto cumulasse /uffali ,
Panitct , et lateri consentisse latus.
Ovid. Epist. Pliyll. II, 5y.
(i) Pausanias, lib. /, pop. 5, et lib. X ,
Sag. 325 Voyez aussi Suidaa et Stepliaoiu ytanlinua.
ACAMAS. ioO
(A) Le fil élever par Æthra , aïeule paternelle d‘ Acamas .] Il faut savoir que Castor et Pollux, faisant une irruption dans l’At tique pour recouvrer Hélène leur soeur, prirent la ville d’Aphidncs. C’était là que cette belle avait été envoyée par son ravisseur. Æthra , mère de Thésée, y avait été envoyée en même temps. Ils la firent prisonnière, et l’emmenèrent à Lacédémone.
Elle s’y trouva lorsque Pdris enleva Hélène, eton l’y embarqua pourTroie.
Démophoon et Acamas suivirent les autres Grecs, principalement aGn de délivrer cette bonne femme , leur aïeule, ou en payant sa rançon, ou par la prise de la ville (i). Ils la rencontrèrent dans les rues durant le sacrarement de Troie; et ayant appris qui elle était, ce ne furent qu’embrasseniens réciproques (a). Ce fut alors qu’Æthra fit reconnaître Munitus par son père Acamas (3). Elle l'avait élevé; car Laodice lui avait fait confidence de ce qui s’était passé dans la maison de Persée. Jean Cornarius a fait une assez grosse bévue dans sa traduction de Parthénius : il a rendu ces paroles : or ùir AiSpa. rpaqis'ntfJU'rÀ Taoïste AhotTM éitxô/uiovv tir ôixot/ , par celles-ci , quem su b dio enulritum post Troice caplivitatem transportant in dnmum. 11 fallait dire élevé par Æthra, et non pas nourri à la belle étoile.
Nous allons citer Plutarque, qui rapporte que quelques-uns traitaient tout ceci de fabuleux.
(B) Eut nom Munitus .] Il suivit
son père en Thrace , et y mourut d’une morsure de serpent (4)» H est nommé Munychus, dans Plu-
tarque , a la vie de Thésée ; mais, puisque Partbénius, Lycophron et Tzetzès le nomment constamment Munitus, Mo<>*eroc, il faut croire que le texte de Plutarque a été altéré eu cet endroitlà , ou que l’auteur ne se souvenait pas bien de la vraie prononciation de ce root. Ne nous arrive-t-il pas tous les jours, quand nous citons ue mémoire quelque auteur, d’y brouiller quelque syllabe , et quelquefois même plus d’une ? Je parlerai plus amplement de
(i) ScLoI'ait. Euripid. in Hercul. Pau*an. , l*b. X , pag. 34>.
(*) Quiotus Calabrr, lib. XIII, PS. 4gC. P* titania» , lib. X, pag. fy.
(3) Tï^uès sur Lrcophron , cile par Miziriac, sur Ut Eptirrt d'Ovide , pag. i4*.
(4) ParUitnii Erottcor., cap XVI.
cela dan» l’article Éphohe. Je ne sais s’il ne faut pas imputer à un défaut de mémoire ce que dit Plutarque, que ce fut Démophoon qui coucha avec Laodice. Peut-être l’avait-il lu dans quelques auteurs que nous ne connaissons point: peut-être aussi que Tzetzès avait lu dans quelqu’un de ces écrivains perdus que les aventures de Phyllis regardaient Acamas. Quoi qu'il en soit , il semble que l’on ait usé de compensation et de dédommagement envers ces deux frères. Si Plutarque ôte d’un côté à Acamas les bons momens passés avec Laodice, et s’il les transporte à Démophoon , d’autre côté Tzetzès ôte à celui-ci les nuits agréablement passées auprès de Phyllis, et les transporte à Acamas. Parlons plus sérieusement. Si Meursius eût bien pesé les passages où le fils de Laodice est appelé Munitus, il ne sc fût pas servi des paroles de Plutarque pou»
prouver que le port de Munychia n'avait point tiré son nom de Munychus, fils de Pantaclcs, comme on le ait ordinairement , mais de Munychus , fils de Démophoon et de Laodice (5). Voici les termes de Plutarque : Oi /ï x*i
TOWTO aô ÎTOÇ «TletCatXXOWff-! , X<tî T»* TTif'l Mot/rè^ot/ jUüSoXoy/ctv, 0» «x Aji^uoçovvtoc ActcJï'xMC Xfûqct TIX0t/!T»î IV T >.iû» rt/itK-
Qpt-^eu r'xi AiÙp&i Alii linnc
versum rejiciunt ( c’est celui ou Homère dit qu Hélène mena Æthra avec elle a Troie), et Munychi fabulam quem ex Demophooote à Laodice clàm editum ilii crevissc sub Æthril mémorant.
(C) Acamas aborda dans Cîlc de Cypre. ] Il y avait dans cette île une montagne nommée Acamas, qui avait tiré son nom du fils de Thésée, llésychins l’atteste , et remarque que la rivière Bocarus, qui passait par Salamine, avait sa source dans cette montagne. Les géographes parlent du promontoire Acamas , fort notable dans la même île (7). Il y en a même qui observent que toute Plie s appelait autrefois Acaraantis (8,) ; mais
(5) Meur*ius, lib. I, cap. XIŸ Lect. Atlic*r. Cité par Miiiriac , qui reprrnd ceUe faute dans set Comment. *ur 1m Epilre» d'Ovide ,
pag. *44-
(6) Plut, in The»«o , tub/in. pag. i6-
(-) Slrabo, lib. XIV; Plolvm. , lib. V, cap. XI y. Plin. , lib. V; cap. XXXI.
(8) Philooklev apud Plin-, lib. V,cop. XXXI. Sicpltanus, verbo K(/TfC(.
ACAM AS.
personne , que je sache , entre les anciens , n’a dit que le promontoire Acamas emprunta son nom d’une ville qu 'Acchame , Athénien , ami des Troyens , qui s’en était fui , b.'Uit sur ce promontoire , et à laquelle il donna son nom. Cette ville, et l’amitié de l’Athénien Acamas pour les Troyens, sont aussi chimériques l’une que l’autre. Je voudrais bien savoir où frère Etienne de Lusignan , lecteur en théologie aux frères prêcheurs de Paris , au seizième siècle , avait trouvé cette rare érudition (9).
(D) Une des tribus d’ Athènes fut nommée Acamanlide. ] M. Moréri appelle cette tribu acamante ; mais je ne vois point d’auteur français qui ne dise la tribu acamanlide. Pour n’en faire pas à deux fois , marquons ici une autre erreur de cet écrivain (10).
Il dit qu’Horaère, au 11e. livre de l’Iliade , fait mention d’un Acamas , prince thrace , qui vint au secours de Priam , et d’un Acamas ,Jifs d’An~ ténor y que sa pudeur admirable fit mettre au nombre des dieux. Il est vrai qu’llomère , au livre cité, parle de ce prince thrace , et qu’il dit ailleurs qu’Ajax le tua (n). 11 est vrai encore qu’il parle d’Archdochus et d’ Acamas tils d’Anténor , et qu’il les fait bien experts dans toutes sortes de combats , tu tùfoT* TrsLTVi • mais pour la déification du chaste Acamas, il n’en parle nullement. Il s’en faut peu que M. Moréri n’en soit le créateur ; car il le serait, rigoureusement parlant , si Charles Étienne ne lui avait fourni ce fonds à bâtir : Fuit et aliut ejusdem
(p) Hiat. de Cyprc, fol. 4 et 39.
(10) On supprime ici les autres fautes qui avaient été marquées dans la première édition. [ ' Bar le , dans ta première édition, reprochait encore à Moréri, i°. d’avoir donné «toute tribus à Athènes. Parle n'en donnait que dit. I.es éditeurs de Moréri sont depuis venus à cet avis de Parle; tandis que Bayle lui-même s'est aussi corrigé et n'a plus indique' le nombre précis des tribus qui tantôt a été de dit , tantôt de doute ; quanti on veut donc parler de leur nombre , il faut faire attention à C époque dont il s'agit; a0. île citer le livre i*r. de Strahon touchant Acamat, promontoire d- Cfle de Crpre , tandis que c’était le «4*- qu'il fallait citer ; 3°. de nommer Acamante le fils de Thésée ; 4°. de dire que Suidas fait mention d' Acnmantides , philosophe d’ Héliopolis y que Suidas nomme Acatnanlius. Ces fautes ont été corrigées dans T édition de Moréri de il53, et même dans quels; urs tiutret antérieures. Le Moréri de i -5p /»<* parle plut du promontoire de Cry*re.]
tu) lioincr. Iliatf., hb ■ Vf vs. 7. •
nominis Jilius Antcnoris , qui te m pore belfi trojani code b s erat , et tliis sintihs habebalur . Comme cet auteur ne cite personne pour ce fait-là , je n’ai pu faire des recherches sur ce célibat; et si j’osais donner carrière à la conjecture , je dirais que cœlebs a été mis pour cetebris par les imprimeurs , dans quelque livre que Charles Etienne copia , sans que néanmoins je veuille nier qu’Homèrc n’ait observé quelquefois que tels et tels furent tués avant que d’être maris (13). Mais posons le cas que ce Troyen fût garçon , et qu’on lui ait donné l’éloge de semblable aux dieux , en faudrait-il conclure que sa pureté fut si admirable quelle lui fit obtenir les honneurs divins ? Si tous ceux à qui Homère distribue l’épithète S-tot»x«xoç, avaient été déifiés, que seraient devenues les épaules du pauvre Atlas (i3) ?
(E) Etienne de Byzance le fait fondateur d’une utile de la grande Phrygie. ] 11 la nomme A cornant ium. Les géographes n’en disent quoi que ce soit. L’abréviateur de cet écrivain , ou les copistes , ont estropié de telle sorte ce passage, qu’on n’y saurait trouver le sens , si l’on n’y supplée quelque chose. Mais suppléez-y ce qu’il vous plaira, vous n’en serez pas mieux instruit de la guerre d’ Acamas et des Solymcs.
(F) Etait Phèdre ou Ariadne. ] Je vois deux savans hommes appointés contraires sur cette question. Méziriac affirme qu’Acamas était fils de Phèdre (14) ; mais toute la preuve qu’il semble en donner est. que Démophoou , frère d’ Acamas , était fils de Phèdre : ce qu’il prouve par la lettre que Sabinus a écrite à Pnyllis sous le nom de Démophoon. M. de Valois prétend qu’Ariadne était la mère d1 Acamas
Si5);et il cite pour cela le scoliaste 'Homère (16) : il ajoute que Démophoon était frère d’Àcamas , selon ce scoliaste , et qu’Euripide le confirme (17). Ni l’un ni l’autre de ces mes-
(13) Homer., Iliad., lib IV, vs. 4?4- (i3) Voyt% Juvén.1, dans sa XIII*- satire verset 47, ou il dit :
conientaquc aidera panria
Numinibu* miaerum urgebant Atlanta minori Pondéré.
(»4) Méairiac, sur les Épitre* «FOvide , pag.
( 1 S) Ilenr. Valctius in Harpocrat.,ptf£. 4 et 5.
(i(î) In ’0<ft/3TT. O.
(17) In forte.
sieurs n'a remarqué qu’il est inutile dans cette question qu Acamas et Démophoon aient été frères ; car ils pouvaient l’étre , encore que l’un fût fils d’Ariadne , et l’autre de Phèdre.
ACARNANIE, pays situé sur la mer Ionienne, entre l’Étolie et le golfe d’Ambracie. On dit que les Taphiens et les Téléboes en furent les premiers maîtres , et que Céphale le subjugua après avoir été établi seigneur des îles voisines de Taplios par Amphitryon (n). On ajoute qu* Alcméon , fils d’Amphiaraiis , s’en rendit le maître après la seconde guerre de Tlièbes , et qu’il lui fit porter le nom de son fils Acar— nan (b). Il s’était associé avec Diomède, et ils avaient conquis l’Étolie, qui fut le partage de ce dernier. Quelque temps après , on les somma de se trouver à l’expédition de Troie : l’un d’eux , savoir Diomède , fut joindre les autres Grecs ; mais Alcméon se tint coi dans l’Acarnanie (c). Cela fut utile, après plusieurs siècles, aux Acarnaniens , car ils s’en firent à Rome un grand mérite (A) ; ayant représenté qu’entre tous les Grecs il n’y avait eu que leurs ancêtres qui n’allassent pas au siège de Troie. Cette belle raison fut alléguée par le peuple romain , lorsqu’il embrassa leur parti contre l’Étolie (R), tant il est vrai qu’en certaines occasions la politique ne refuse point de se servir des prétextes les plus ridicules. Les Étoliens et les Acarnaniens se tinrent unis long-temps, (d) soit pour repousser les Macédoniens et les autres Grecs, soit
(«) Sfral'O , lib. X , pag. 3 17.
(/)1 Idem . ibidem , pag. 3 18.
(c) Idem , ibidem .
($lj Idem, lib. X, pag 3lÿ.
pour maintenir leur liberté contre les armes romaines ; mais enfin ils s’épuisèrent et ils perdirent courage. L’année 11’était que de six mois dans l’Acarnanie (e).
Les habitans de ce pays-là étaient fort lascifs, si l’on en croit quelques dictionnaires (C). 11 est plus certain que la modestie n’y paraissait pas dans les vêtemens des femmes (D). Il n’est point vrai que Cicéron parle d’une ville qui eût nom Acarnanie (E).
J’ai dit que les habitans de ce pays— là se tinrent long — temps unis avec les Étoliens ; mais j’ajoute qu’il y eut souvent des guerres entre ces deux peuples, et que les Étoliens firent de grands maux aux autres. Polybe nous apprend cela lorsqu’il raconte que les Acarnaniens, à la première sollicitation qui leur en fut faite parle roi de Macédoine, déclarèrent la guerre aux Étoliens ( f ). Il leur donne l’éloge d’avoir tenu une politique fort louable , qui est d’avoir préféré l’honnête à l’utile , et cela dans les périls les plus pressans (g).
(e) Macrohius, Saturnal., lib. /, cap. XII. pag 24a.
{/) Polvbii Ilist., lib. IV , cap. XXX.
(g) Idem , ibidem.
(A) II* s en firent a Rome un pranJ mérité. ] L’historien Éphore , qui n’avait jamais songé à leur en fournir l’occasion, la leur fournit néanmoins ; car, quand ils surent ce qu’il racontait touchant Alcméon , ils sYn prévalurent adroitement auprès des Romains , qui prétendaient que le fondateur de Rome descendait d Enée. C’est la conjecture de Strabon. Tovveic f' ei( tixot voie xô^oiç i7retxoXOüS»rat.»T*ç ci ’Ax&pixjtç t r'jQira.rïxi xfyorrati 'P&fjLdûtiVt y xxi T»r aèTOfo/xiai» /rrxf.' att/ve?» i^u.vû(rx<réAi\iyùyrt(, »< cc/ juivata-^cuv fXr, TOI T»c fWI voèc 0}Ô*0t/C VOl/Ç »*«»«» Cf<tT*i*C* owt* } flt,c if Aivarx**» xttr&ï.oyp
io8 ACARNANIE.
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VOttA TCDT *U^>i OGITG tV TOJf Ï7TI01» (l).
Êerisimile est A carminés hanc seculos narratwnem , callidi eb perduxisse Rnmanos , uf iu obtincrenl libcrum patriarurn legum us uni : quod se solos non interfuisse belLo contra Romanorum majores gesto dicerent , ut qui neque in Æiolicoceruu, neque seorsîm, neque omnino in versibus Homericis commemorarentur. Ils se fondèrent sur un mensonge ; car Strabon fait Toir (a) par le catalogue du II*. livre de l’Iliade (3) , que les Acarnaniens fournirent leurquote part pour l’expédition de Troie.
(B) Fut alLguéc par le peuple romain , lorsqu'il embrassa leur parti contre i Etoile. ] Après la mort d’Alexandre , (ils de Pyrrhus , roi des Epirotes, L’Acaruanie eut tout à craindre des Étoliens , et ne se confiait pas beaucoup à la veuve de ce prince , tutrice de ses deux fils. C’est pourquoi ils implorèrent l’assistance des Koinains. Elle ne leur fut pas refusée.
Ou fit savoir aux Étoliens qu’ils eussent à laisser en repos une nation qui était la seule qui n'avait pas assisté les Grecs contre les Troyens. Acarna nés quoque , diffisi Epi rôtis , advenus Æ tolos aux ilium Romanorum implorantes , obtinuerunt aromano senalu , utlegati milterenlur , qui denuntiarent ÆtoliSy præsidia ab urbibus Acarnaniœ deducerenl ; paterenturque esse libéras y qui soli quondam advenus Trojanos , auctores or i g mis sui r, auxilia Grœcis non miser int (4). Plutarque rapporte deux faits aussi ridicules que celui-là. « Agathocles, le tyran de Sy- » racuse... se moqua de ceux de Cor- » fou, qui lui demandèrent pour quelle jj occasion il fourrageait leur île : Pour » autant , dit-il, que vos ancestres jadis » rcçeurcnt Ulysse. Et semblablement, J> comme ceux de l’île d’Ithaque se » plaignirent à lui de ce que ses sol- » dats prenaient leurs moutons : El >j voslre roi , leur dit-il , estant jadis » vciui en la nostre , ne prit pas seulejj ment nos moulons , mais davanta -
(i) Strabo , lib. X, pag. 3i8.
(a) Idem , ibidem.
(3) Homère désigné seulement leur pays y et ne le nomme pas Acarnanie.
U,) Ju,tin., lib. XXVI tl. cap. I Vorei ta Motha le Vayer, lettre XCV, a la page Szù du