AVERTISSEMENT AU LECTEUR
Monsieur Drelincourt , professeur en médecine , et doyen de l’université de Leiden , m a fourni taut de remarques concernant Achille , que je ne saurais les placer toutes dans ce Dictionnaire. Elles mériteraient un ouvrage sépare' ; ce serait l’histoire la plus complète qu'on ait jamais vue : et si je pouvais obtenir qu’avec la même bonté qui lui a fait prendre la peine de me communiquer tant d'excellens matériaux t il voulût corriger la manière dont je les mettrais en œuvre, il en résulterait un ouvrage parfaitement beau. 11 m'a fourni tous les traits dont le tableau de ce béros a pu être composé. Tout ce
3ue les anciens ont dit d'Achille se trouve ans ce recueil, avec une exactitude et une méthode admirables. Ce tableau est un ouvrage à trois colonnes; celle du milieu est la chaîne ou la suite de toutes les qualités et de toutes les actions d’Achille- Les colonnes d’à c&té contiennent très-exactement les preuves et les citations de tout , avec une infinité d’ouvertures sur les rapports et les allusions qui régnent entre ces matières et plusieurs autres , et sur les ornemens dont on les pourrait enrichir. 11 est impossible de voir ce tableau sans en admirer l’auteur, soit pour l’étendue de s «T» lumières, soit pour la justesse de sa méthode ; mais il est surtout impossible de l’admirer autant qu’il le faut à ceux qui savent qu’il a placé avec tant d’économie le fonds de sa vaste lecture, qu'il en pût recueillir en peu de temps tout le profit, quelle que soit la matière qui se présente. Jamais homme n’eut comme lui les trésors de son érudition en argent comptant (l). Je suis bien lâché que la nature de mon ouvrage ne me puisse pas permettre d’étaler ici tout ce que cet illustre doyen de la faculté de Hollande m’a communiqué touchant Achille, et qu'en attendant l’occasion d'en faire part au public, je sois contraint de n’en prendre que quelques portions pour les insérer dans mes remarques. Que cette occasion se hâte tant qu'elle voudra, elle ne saurait jamais être assex prompte, vu l’impatience que j'ai de in’en servir pour témoigner à cet incomparable professeur combien je l’honore et je l'admire, et avec quelle reconnaissance je
(1) Jngenium , (adde scieotiam), in numeraio habet- Augustu» de >101010 apud Sencs. Cou- IrOr, i3 »ub. fin.
conserve le souvenir de ses bontés. Tout ce
3ue l'on verra de nouveau , et qui sera bon ans les remarques sur l'Achille de ce Dictionnaire , et tout ce qui aura été corrigé dans l’Achille du projet, vient de M. Drelincourt.
Les preuves de tout ce que je viens de dire sont publiques; on n’a qu’à consulter l’ouvrage qui a été imprimé à Leide en l6o3, intitule : Homericus Achilles Caroli Drelincurtii penicillo delineatus , per conoicia et laudes. 11 ne diffère du tableau que je garde en manuscrit, qu’en ce que les choses n’y sont pas disposées par colonnes L’avertissement qu’on vient de lire était déjà composé lorsque cet ouvrage a paru , et je l'ai laissé en son état. Je copierais volontiers l’article (2) de l üuloire des Ouvrages des Savans , dans lequel on a donné à l’Index Homericus , et à son auteur une partie des louangos qui leur sont dues ; mais, comme cette excelleute histoire est eutre les mains de tout le monde , il n’est pas nécessaire de transporter ici cet article. >
(s) C'est le il du mois de mai 1693. ^roret aussi M. Bobus dans son journal flamand , intitulé : Bockraal van Europe , au mois de septembre 1693 , page a8Ü. Je voudrais qu’on vît la lettre que M. Gronooius , l'un des plus doutes critiques de l’Europe , a écrite à M. Drelincourt , a la louange de /'Indes Homcricas.
Ce passage y compris les deux notes a été depuis remplacé par les dix- sept lignes qu’on Ut en tête de l’article qui suit.
(A) Quelle consentit a consommer le mariage. ] Ces paroles de Pothius, <r^vix9»r» -r» Au, signifient cela (1) , comme il parait par cette suite , xeù vrpcérttr /ui^iv"HpAt xtti Aïoç t aôrnv yévsirôsti yAtrir , et ce fut alors , dit-on , que Jupiter jouit de Junon pour In première fois-
(Bj Etymologies .... que Ton fait dépendre des qualités personnelles du fils de Thélis. ] Il n’y a rien de plus plaisant que de voir ce que la Grèce a invente sur ce sujet. Klle mérité là-dessus , non-seulement 1’épithéte de menteuse (1) et de fabuleuse (3) , mais aussi celle de rnalè feriata , que noire terme d'oiseuse n’est pas encore en possession de signifier pleinement.
Demandez aux grammairiens grecs pourquoi ce héros fut nommé Achille :
les uns vous répondront , parce qu’il donna beaucoup d'inquiétude à sa mère et à ses ennemis ; d'autres, parce
(1) Le P. Schotto* les a mal traduites par ad Jovem redire.
(•») Gracia mendax ■ Juvennl. S«t. X. vs. 174.
(3) Mi/Sotoxoç Exxàf, Fabularum partns Grmçia- Noao. Diouy». Ub. t.