‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 44 sur 134 · MOELLES FABULEUSES DE LIONS ET DE · texte numérisé non relu

MOELLES FABULEUSES DE LIONS ET DE

oeufs. Ce qui fait voir, poursuit M. de Girac , que saint Grégoire a tenu cela pour une chose feinte et impossible.

Soit ; mais il ne laissera pas d’être un témoin digne de foi j Car, pour l’être en ces choses-là , il n’est pas nécessaire , ni que l’on soit persuadé dès faits qu’on rapporte , ni qu’ils existent réellement , ni même qu’ils soient possibles : il suiiit que l’on ne forge pas de sa tête ce que l’on avance. Or, sans aucun doute , saint Grégoire de Nazianze est dans le cas. Il n’assure point , sans l’avoir lu , ce qu’il rapporte du centaure Chiron et aAchille.

Il ne le croit pas , je l’avoue ; mais il ne l'invente pas aussi , et cela suffit our le rendre digne de foi. On ne oit demander là-dcssus ni la vérité morale , ni la vérité physique ; mais seulement la vérité de relation. M. de Girac , qui veut que la moelle des cerfs ait été la seule nourriture du héros d’Homère , suivant l’opinion commune des anciens , a trouvé sans

,(«*) Réplique k Co»Ur , sect. VI I , pag. 5 9, Édition de Holbando , »«-8.

i5o ACHILLE.

doute dignes de foi les auteurs qui le rapportent, quoiqu’il n’y ait aucun lieu de croire ni qu’ils l'aient cru effectivement , ni que la chose soit véritable. 11 a mis sans doute dans le même rang saint Grégoire de Nazianze pour ce qui regarde la moelle de cerf. 11 ne peut donc point le récuser quant à celle de lion j et par conséquent il a lui-même produit un témoin digne de foi, immédiatement après avoir dit qu’il ne croyait pas qu’il y en eût.

Je trouve moins surprenant qu’il ait cité là saint Grégoire de Nazianze , que de voir qu’il ait ignoré ce que deux auteurs modernes , qui sont entre les mains de tout le monde , avaient mis dans la dernière évidence. L’un est M. de Méziriac , qui a prouvé , par le témoignage du scoliastc d’Homère sur le livre XV 1 de l’Iliade ; par celui de Libanius , dans ses deux harangues , l’une pour et l'autre contre Achille ; et par celui de Stace , au livre II de l'Achilléidc ; que ce héros fut nourri de moelle de lion. L’autre est Barthius , qui , sur ce passage de Stace , a cité pour le même fait , outre les deux textes de Libanius , ces paroles de Priscien : Deindè sequitur vicius , ut in Achille , quod medullis leonum pastus at (i3). Ces témoins sont aussi valables que ceux que M. de Girac produit pour justifier que l’on donnait à Achille une autre nourriture.

11 ne faut pas dissimuler que Barthius nous ôte le témoignage de Stace pour la moelle de lion : car, au lieu de lubens , il prétend qu’il faut lire lupœ , dans le passage où Achille parle ainsi :

Dieor et in tenerit tl adhuc crtscenlibus annb Thés talus ut rigido senior me monte reeepil , Non illas ex more dupes habuuse , nec almis XJberibus saùdtse Jdrnem , se J rpissa leonum Visçera . semianimesque lupœ Iraxitse me~ dullat (*4).

Ce que M. de Girac fait dire à Plutarque neus découvre qu’il n'a pas consulté le grec : et comine il allègue là quelques- unes des remarques dont Vigénère s’est servi dans ses notes sur Philostratc , il se pourrait bien faire qu’il n’a point eu d'autre mauvais guide que ces paroles de Vigénère :

Plutarque dit que Chiron nourrit

(»3) In Progymn. Rbetorici» ex îlermogenç. (i4) Sutii Achtll . lib. Il . vs. 38a. D'autres lisent lubens ou liben», dans ce dernier vert.

Achille dès sa naissance de choses qui n avaient point de sang (i5). 11 y a déjà bien des années que Méziriac a fait voir dans son commentaire sur l'Epitre de Briséide à Achille , qu’Amiot avait en cela trompé Vigénère , et qu'au lien de dire avec Amiot :

Mais ce Phihnus ici , comme un nouveau Chiron , nourrit son fils en la manière que fut eslevé Achille dès son enfance , de viande dont il na point esté tiré de sang , c est-h-savoir des fruits de la terre (16) , il faut dire : Mais ce nouveau Chiron nourrit ce garçon tout au rebours d’ Achille (<tv- ,rtç-fiq<»ç ri A;fcixxi?) à savoir de viandes non sanglantes (17). On pouvait envelopper Xylander dans la meme erreur ; car sa traduction latine porte : JYoslrum autem quo pacto Achillem Chiron nulriens iste stalim h natalibus sanguine caaentibcs. 11 y a une lacune dans ce passage de Plutarque j mais le mot àinçfqmt n’en devait pas être moins intelligible pour le sens d’au rebours , que les dictionnaires lui donnent communément.

Ce que j’ai dit , en prouvant la validité du témoignage de saint Grégoire , montre que M. de Girac a cité mal à propos Élien , Pline et Aristote , pour montrer que les lions n’ont point de moelle ; ou que . s’ils en ont , c’est si peu que rien. 11 aurait pu citer aussi Galien , au livre XI de l’usage des parties , chap. XVIII $ et il ne semble pas que ce fait doive être révoqué en doute, puisque ordinairement les modernes le passent aux anciens naturalistes , lors même qu’ils les accusent de plusieurs méprises sur le sujet des lions. Consultez Vossius au chapitre L1I du 111e. livre de Origine et Progressu Idolâtries ; Franzius et Bochart aux livres de Animalibus Sacrœ Scripturce , le père Ilardouin dans son Commentaire sur le chapitre XXXVII du livre XI de Pline , etc. (i8j. Si l’on en croyait Vossius , on prétendrait qu'Athénée aurait chicané Aristote sur ce fait-là :

(15) Vigénèr*, Commrnt. *nr Pbilostr. , «le U Nourrit. d'Achille, /dit- in- 4, pag- 544 -

(16) Plutarque, de» Propo* de Table, liv. IV , chap. /.

(17) Mé*ir}»c, l.pitie, d’Oeidc , pag. a49-

(»8) Notes , Continuât. Le*ic»

nn» ver*. , tom. I . pag. 1001, n’aUtibue cela qu’aux dents du lion , et de jeter des étincelles en se choquant.

mai» , quand on consulte Athénée même , on voit qu'il ne dit rien touchant la moelle , et qu’il sc contente d’attaquer la dureté des os du lion (19), laquelle Aristote fait si grande , qu’il dit que lorsqu’ils s’entrechoquent il en sort des étincelles comme d’un caillou. On pourrait nier cela sans douter qu’ils ne fussent destitués de moelle. Ce pourrait donc être un tait constant , et que AI. Furetière aurait dû mêler parmi les autres remarques qu’il rapporte sous le mot Lion , si l’on n’avait enfin vérifie Je contraire. Ëorrichius parle de deux anatomies de lion faites à Conenhagen , l’une U y avait seize ans, l’autre depuis deux ans,* et il assure qu’elles tirent voir beaucoup de moelle, cojrinsam medullam , dans les os de cet, animal , et même dans la plupart des os$ et il cite Severin , qui rapporte

aue Tibère Carrafa nourrit un lion , ont les os furent trouvés creux et moelleux, comme ceux des autres bêtes (20), Mais quand même il serait constant que les lions n’ont point de moelle , M* de Girac n’aurait pas dû recourir à cette raison , puisque ce n’est pas ainsi qu’on réfute les faits empruntés de la mythologie païenne , et principalement lorsqu'on a dit qu'aucun auteur digne de foi n’en parle. Le seul témoignage do quelques auteurs anciens sulîit alors à faire perdre hautement le procès , quand même les naturalistes nous apprendraient l’impossibilité de la chose.

D’où il paraît que i’arthius s’engage dans une réfutation superflue , lorsqu’en commentant tes vers de Stace que j'ai rapportés ci-dessus, il s’écrie tort sérieusement : G est une étrange fable , ingens (aboli; puisqu’un enfant qui prendrait quelque chose de semblable , ne Jdi-ce qu'en suçant, périrait , n'y ayant pas jusqu’à l’ha- Icine des lions qui ne soit venimeuse , principalement pour un tel âge. Ensuite de quoi if cite un passage d’Aristote t portant que les lions n’ont point de moelle. Peine perdue que tout cela ; parce que les anciens cnxniêrues, qui avaient un peu examiné les choses , ne regardaient tous ces

(19) AlWü*i Deipnrunjili. Itb. VJ II, car XI. f a o/ Dans ton Trmt4 pro Hermeh», .t'gyptioram , *t Ebeijueoriua Sapîcnuâ , imprime à Copenhague > tan *74.

contes que comme des jeux d'esprit.

Ne serait-on pas bien de loisir, si l’on s’amusait à réfuter par la physique ce qui a été dit du talon un même Achille et de sa lèvre brûlée? On a dit que sa mère l’ayant plonge dans les eaux du Styx pour le rendre invulnérable , ne put procurer cet avantage au talon , parce qu’elle tenait son (Us par là. Fulgence , au chapitre VII du livre III , et le scoliaste 11’Horace sur l’ode XIII du Livre V , marquent qu elle le tint par le talon. Ceux qui disent qu’il mourut d’une blessure au talon comme Hygin au chapitre CV1I , et Quintus Calaber au vers 6a du IIIe. livre , conviennent au fond avec les deux autres. Serrius , sur le vers 5^ du VI*. livre de l’Énéide , dit en généra! qu’il était invulnérable , exceptd parte qud à matre tentus est.

D’autres ont dit que , pour consumer tout ce que le corps de son fils avait de mortel, elle le mettait sous la braise toutes les nuits , et que le jour elle l’oignait d’ambroisie , et qu’il n'y eut qu’une des lèvres de l’eniant qui fut brûlée ; ce qui avint à cause qu’il s’était léché cette partie.

Il y a plusieurs auteurs qui rapportent cette conduite de Thetis , et qui disent même que par ce manège , elle avait fait périr six de ses eftfans , lorsque son mari l’y ayant surprise , fut cause qu’ Achille, qui était le septième,, en réchappa (ai). Néanmoins, Tzetzès s’inscrit en faux contre ce conte , et dit qu’il ne sait d’où Lycophron a pu pécher celte menterie que Thétis eut sept enfans de Peleüs (22). Autre exemple à joindre à celui de M. de Girac, pour montrer le danger à quoi l’on s’expose rar une confiance trop décisive : car M. de Méririac cite quatre auteurs fort graves , qui tous s’accordent à ce queseril Lycophron. On a bien raison aedire , lorsqu’on entend

Sarler , ou de quelque phrase extraorinaire, ou de quelque fait inouï , que cela est bon pour attraper les parieurs , c’est-à-dire, certains savans téméraires ui sont toujours prêts , en ces sortes e rencontres , à parier que l’on ne trouvera point une telle chose dans

(a») Àpoîlodor. BibKotb. Uh. III ; ScboIiMt... Home ri Ui»d. , vt. 36; Schoiitft. Arijtopb. pag- »84, A.

(ai) Koyci Ui EpUres d'Ovide de Mé*iri»e .

pag. i48- J

i52 ACHILLE.

aucun auteur. Ils ne manquent guère de perdre. Mais , ce qu’il y a de plus étonnant , c’est qu’ils nient quelquefois les choses les plus aisées à trouver. J’en donnerai divers exemples dans ce Dictionnaire.

Ne quittons point Barthius sans remarquer qu’il prétend que la leçon lupce, au lieu de lubens , fait beaucoup d’honneur à Stace , qui par là ne se trouve point en opposition avec Aristote, et observe les mêmes distinctions qu’Apollodore, puisque celui-ci « dit que Chiron faisait manecr des entrailles de lion , et des moelles de sanglier et d’ours à son Achille (a3).

Mais peu après, Barthius reprenant l’air de réfutation, rejette comme une absurdité manifeste cotte moelle de louve : et dit qu’il sait qu’un enfant qui ne prendrait une telle nourriture qu’une fois, ne laisserait pas de mourir avant le lendemain. C'est pour r/uoi, ajoute-t-il, Grégoire de JVazianze accommode mieux la chose , en joignant la moelle de cerf avec celle de lion. On ne voit pas comment Barthius est d’accord ici avec lui-méme, ayant dit dans la page précédente que la rejection de la moelle de lion était à Stace une marque de jugement, et que l’approche des lions est trés-dangewreuse à l’enfance.

Remarquons aussi que la raison pour laqqelle Apollodore et quelques autres ont plutôt parlé des entrailles que de la moelle des lions , pour la nourriture d’Achille , semble venir de ce qu’ils auront ouï dire que ces animaux sont presque sans moelle; car il était d’ailleurs plus convenable de lui faire avaler cette moelle que de lui fournir un autre aliment , vu le caractère sous lequel les poètes le représentent. Ce n’est pas tant sous ridée de bravoure , quoiqu’on l’en partage dans un degré éminent, que sous celle d’une colère indomptable : c’est par là qu’ Homère sc propose de le décrire dans l’Iliade , où , selon la remarque d'Horace , il prend pour thème , Gravent Peleidœ stomachum cedere nescii et où il débute par

MÏt»» <tt»<f» âf «è. ’À^iXÏcf.

J ram cane, Dea, Pebdee Achillis.

(a3) Baril». Comment, in Achil. lib. //, vol. II l, pag. 1753.

(>4) Honrt. Ode VI, lib. / , vs. 5.

Or , il est certain que , pour faire remonter à la cause de ce caractère par des fictions propres à la poésie , et imprimées du merveilleux de ces anciens siècles , la moelle de lion était quelque chose de mieux imagiué que toute autre nourriture. C’est dans la moelle que se trouvent les parties les plus succulentes de l’animal, et même, à ce qu’on prétend , les parties spécifiques et séminales, llomère nous insinue, par l’exemple du petit Astyanax, que c’était le morceau d’un enfant gâté ;

Aç-j/«t»fii£, oc vfn piv *0 Z im yo

iraL'Tfcç ,

Mt/fXo» 010» < 1 xfiLMim» ^ïo»at Ju/niv.

Astranax , qui pniis quidem sut super genua pat ri s ,

# MedulUun solam comedebal et ovium pingwem adipem (a5).

Et les railleurs disent quelquefois aux mères que c’est celui du gendre de la maison. D’ailleurs, il ivy a point d’animal aussi colère que le lion ; et c’est de lui qu’on supposait que IVométhée avait emprunté le principe qui avait assujetti le premier homme à la colcrc :

1 Fertur Promeiheut adderr princùti Limo conclus particulam undiqui Dcsectam , et insnni leorus Vimstomacho apposuisse nostro (36).

Ce n’est pas qu’on n’eùt pu trouver assez bién son compte , en donnant une lionne pour nourrice à Achille.

Virgile a suivi cette idée, pour des reproches de erpauté :

Durit genuit te cauiibus horrens

Caucatut , Hjrcancequc admôrunt ubera tigres (37).

Et le capitandela comédie des Visionnaires ne s’en éloigne pas dans cette rodomontade :

Le dieu Mars m'engendra d'une ftère amazone ,

El je suçai le lait d'une affreuse lionne.

Par cette clef, on entendra pourquoi quelques-uns ont choisi la moelle de cerf préférablement à toute autre pour Achille : c’est qu’ils étaient frappés dé la tradition qui lui donnait beau- v

(i5) lloroer. Iliad. lib- XXII , vs. 5oo.

(a6) Horat. Ode XVI, Itb. I , vs. i3.

(37) Virgü. Æb. lib. IV y vs. 366 Macrob. Satnrn. lib. F f cap. XI.

ÀCHI

coup de vitesse à la course , et qui a porté Homère à l’honorer incessamment, ou de l’éloge de wôcTatç àxùç, allant bien du pied , ou de quelque autre épithète de même signification , rroJûxxt, flrûÆipxiiç, iroJaiç 'ratjfcwt , tqti 'reLXitovt, xpat7noïoi, etc. Présentement c’est ainsi que nous recommanderions le ménte d’un laquais basque j mais anciennement c’était une qualité héroïque (28) : et ainsi on ne pourrait tout au plus blâmer Homère que d’en avoir fait une cheville de vers répétée trop souvent. On a donc cru qu’il fallait feindre qu’un héros d’une vitesse extraordinaire avait été nourri de moelle de cerf :

et on s’est tellement appliqué à cette notion , qu’on n’a pas pris garde que la moelle d’un animal si timide était d’ailleurs très-peu propre à ce foudre de guerre et à ce cœur de lion, ’A^lXXitct pxÇxVOpa. ôi/jU0X*0»TA (29) Achillcm frangentern viros animo leonino, qui, dans l'extrême mépris qu’il témoigna au général de l’armée , lui dit entre autres injures,

y a , tac à vin , jeux de chien , catur de cerf.

C’est ainsi que Vigénère traduit (3o) ce vers du 1er. livre de l’Iliade:

OifoCapit, xvroç op/uar i^etl , xpe t/ûty

è iXdl^GIO.

Je ne pense nas que , si l’on décidait la chose à la pluralité des voix, l’on jugeât que la moelle du cerf ait été la nourriture d’Achille, ni que M. deGirac pût trouver confirmation de ce qu’il a dit trop légèrement, que cette moelle a été la seule nourriture du héros d’Homère , suivant l’opinion commune des anciens. Mais, quand cela serait vrai , un vieux traducteur français du traité de Pallio (3i) ne serait jpoint excusable d’avoir déterminé à cette moelle ce que Tertullicn avait dit en général de celle des bêtes sauvages. Les traducteurs n’ont point ce droit-là. llle ferarum medullis edu-

(18) V ojet la prodigieuse vite* te que Virgile donne à une jeune amnfone nommée Camille , dans le livre y II de TEncide , vs. 807, et làdes tut le pire La Cerda.

(»9) H orner. lliad. hb. y II , es. ai8.

(3o) Vigénère , Comment. »nr Pliilontr., de la Nourrit. d'Acbille, pag. 5.j4*

^3i) Edmond Richcr , qui publia sa version à Paru en 1600, in- 8.

LIÆ. i53

catus ( undè et nominis cons ilium (3a) quandoquidem labiis vacuerat ab uberum gus tu ) : Lui qui avoit esté nourri de moelle de cerf ( d’où il fut nommé à dessein, attendu qu’ il n’ avait jamais sucé mamelle de ses lèvres ) , etc.

Théodore Marcilius a bronché aussi sur ces paroles, ayant prétendu que Tertullien désigne l’étymologie sine chito, tu x^ov (33) j ce qui est visiblement faux, comme M. de Saumaise l’a remarqué. On aurait pu remarquer une autre méprise de ce même auteur. La voici : c’est qu’Achille , selon Vélius Longus , cité par Cassiodore , devait son nom au mot ;£«Îxdç , comme s’il eût été de ces personnes qu’on nommait chilones ou labeones , c’est-à-dire , qui avaient de grosses lèvres. Lucrèce leur donne le nom de labiosus (34) , et remarque qu’un amant qui veut excuser les imperfections de sa maîtresse, dit labiosa , ql’Kxfxtt, une grosse lippue est un beau et spacieux champ de baisers. Mais il est faux que sur ce pied-là Achille doive son nom à )fc*7x&ç, lèvre : c’est plutôt sur le pied d’avoir été mutilé en cette partie , quoique M. de Saumaise l’ait nié, contre un passage formel de Photius , dont j’ai déjà fait mention , et contre ce qu en a dit positivement un vieux poète nommé Agamestor (35) , cité par Tzetzès. Voici les paroles de Saumaise , si chilones dicli à magnis et improbis labris , Achilles dictus fuerit quasi ctviu non quod sine labris fuerit , sed quasi labiorum mjnisterio non usus fuerit infans (36). Je ne nie point u’Apollodore ne dise que le fils de hétis, nommé Ligyron auparavant, fut nommé Achille par Chiron , à cause qu'il n’avait jamais appliqué ses Jèvres à la mamelle. "On va. X*,x* /uctç'oîc cé TrpoTtttyx» (3^) , quod mammis labra minime admovisset.

(B) Que c’est de là qu est venu le

(з а) M. de Sauaaaue approuve ceux qui lisent conciliant.

(33) Not. cril. in Tertul. de Pall. pag. 77 , edit. Paris, anno «fiijJ, in 8.

(34) Lncrct. lib. iy.

(35) Dam son poème sur le* Noeea de Tbéti* et de Pelée . qu'on prêtant avoir précédé' celui «THésiodt: sur le même sujet. Pli Vo»*iua , ru Lorenz*) Cru *50 , ne disent rien de ce poete.

(зб) Salma*. in Tertul. de Pallio , pag. z8t , edtt anno i65 6-

(37) Apollodor. Bibliotli. kb. III , pag . i3S.

nom d’Achille .] Nous avons parlé des étymologies de ce nom dans fa remarque (B) de l’article précédent ; mais il faut parler en particulier de celle dont il s’agit ici. Elle va toujours de compagnie avec la tradition qui porte qu’Achille ne fut nourri que de chair et de moelle d'animaux. La liaison de ces deux choses est fondée sur ce que le mot grec ^»xèc signifie proprement la nourriture que la terre nous fournit. Mais quelques auteurs ont là-dessus une assez plaisante opinion.

La voici , selon les propres termes du père Gautruchc, dans son Histoire poétique. Je choisiscet ouvrage plutôt qu’un autre , parce qu’il a été imprimé plusieurs fois et en plusieurs langues , et qu’il passe pour être propre a tout le monde (38). Or il n’y a point de fautes qu’il faille plus soigneusement remarquer que celles qui peuvent séduire beaucoup de gens. Au lieu de lait , c’est le père Gautruchc qui parle (3g) , et des autres viandes communes, Chiron ne le nourrissait que de moelle de lion ou de sanglier , pour faire naître en sa personne le courage et la force de ces animaux. De la vint , selon l'opinion de quelquesuns, que n'étant ainsi nourri d’aucune viande , on le nomma Achille, c’està-dire , saks chyle. Quoique la dernière période de ce passage ne paraisse

{>as dans les dernières éditions, je ne aisserai pas de remarquer, i°. que c’est une erreur de dire que l’on n’est nourri d’aucune viande , lorsque l’on n’est nourri que de moelle d'animaux; car la moelle est comprise incontestablement sous le mot de viande, par opposition même aux alimens qui sont permis durant le carême ; a°. qu’il est faux que la moelle ne se convertisse pas en cnyle , et que «eux qui ne seraient nourris que de moelle seraient sans chyle. Ces remarques ne paraîtront pa6 superflues à ceux qui considéreront que cette doctrine du père Gautruchc se trouve dans une infinité d’exemplaires de son ouvrage et dans d'autres écrivains

(38) Jl t'en est fait une édition à Vlrecht , en if()o , à laquelle on a ajoute la traduction en latin et en flamand. La traduction latine avait déjà paru à part. Les Anglais le publièrent en leur langue l'an »6-i.

(3$) lliat poét. liv. //, chap. XV , pag. *58, édition de la Haye, en 1681, qui ost la quatrième. „

(4o) ; et que, dans l’édition où l’on a supprimé les fautes , on ne dit pas pourquoi on les a ôtées.

L’erreur est venue de ce que le terme Zt\oç, dont Euphorion s’est servi dans des vers cités par l’auteur du grand Elymologicum , et par Eustathius, a été pris pour cette substance molle et blanchâtre en quoi l’estomac convertit les alimens, et que les médecins appellent charte , du mot grec P^i/xoc : au lieu qu H fallait entendre par ^ixôc , comme a fait M. de Méziriac (4*) , après Eustathius, la nourriture qtron prend des choses que l’on sème en terre. Natalis Cornes a mal traduit Euphorion : car il lui fait dire qu’Achille n’avait point goûté de lait (40- Vigénère et Fungérus , se fortifiant faussement de l’autorité de saint Grégoire de Nazianze , ne rencontrent pas mieux. Ils attribuent à saint Grégoire ce qui n’est que dans la version latine des Commentaires de Nicétas Serron , archevêque d’Héraclée dans le onzième siècle, sur les oraisons de ce père (40- Fungérus conclut qu’Achille a été nourri sine cibo , de ce qu'on ne lui donna à manger que de la moelle de cerf.

L’autre veut que £txoc signifie suc , et qu' Achille ait été nourri sans suc, pour ce qu’il fut nourri , non de viandes accoutumées aux hommes , mais de chairs de bêles sauvages toutes crues f 44)- François Alunno adopte la moitié de cette aernicre erreur. Eu nutrito, dit-il (45), nel monte Pelio da Chirone centauro , nè mai in quel tempo maneio cibo cotto, perché fu nominato Achille, perché a in Greco significa senza , e ;t»xoç cibo cotto.

Il y en a qui, prenant le mot ;t«xoc simplement pour nourriture, fondent l’étymologie d’Achille sur ce que son précepteur Chiron , au bout d’un certain temps, ne lui fournit plus ni moelle de bêtes sauvages , ni quoi

(4o) Entre autres dans lc Dictionnaire historique de Joigne.

(4«) Mésinac, Épitrea d'Oride . pag ■ a48 , oh le porte. Euphorion est mal nomme' Euphoron.

(4a) Natal. Cornes, Mythol. lit. IX, cap. XII.

(43) Celle version est imprimée avec les OEurres de saint Grégoire.

(44) Vigénère , Comment, sur Philostr- , de la Nourrit. d'Achille, pag. 543-

(45) Dans sa Fabrice del mondo , qui est ùn Dictionnaire. jurRorcace, Dante, Pétrarqne, etc., imprimé a Venise en i588, in-folio.

Î|ac ce soit à manger , de sorte qu'il ut obligé de vivre de ce qu’il prenait à la chasse (46). Mais était-ce vivre sans nourriture ? Cette explication est peut être pire que les précédentes.

(C) Si nous en croyons Homère, cesl a Phénix , et non pas à Chiron , etc.] 11 y a bien des gens qui ne prennent point garde à cela. Décimator dit qu’ Achille, après avoir été élevé par Chiron , qui lui enseigna l'art militaire, la musique et la morale , fut mis sous la direction de Phénix , qui lui apprit et à bien parler et à bien vivre , comme il s’en vante lui-même (47)* Il prouve cela à l'égard de la musique et de la morale , par ces vers d’Ovide au \tr. livre de Arte amandi , vs. n :

Phyllirides puemm cttkarte prœfecil AeJullem , Atque animas molli coniudit arle fepos.

Je les rapporte sans rien changer ni à l'orthographe , ni à citharœ preefecit, qui doit être changé en cithard pcrfecit. Chacun peut voir qu’il ne s'agit là que de la musique , et nullement de l’étude de la morale. Ses preuves à l’égard de Phénix sont ces paroles d’Homère :

Tovvfxtt /ut TpotMKi <hJ'xrxi/uivxi rxét trxr nx ,

Mt/8®* ?t ptirtip ijut rxi, irpxx'rîipa T» tpyetr (48).

Propierea me misit ut docerem isla omnia , P’erborumque orator etsem , a c torque rerum-

Ma» s , pour peu qu'on lise avec réflexion le livre de l’Iliade d’où cette autorité est empruntée, on verra que Dccimator s’est abusé. Les expressions de Phénix témoignent qu’il fut le premier précepteur d’Achille. P’ous ne vouliez rien manger , représentc-t-il à ce héros, h moins que je ne vous prisse sur mes genoux , et que je ne vous coupasse les morceaux. Le vin , que vous vomissiez sur ma poitrine , pendant votre enfance malaisée , a souvent sali mes habits.

.... ’E ■rti oi/* iQihtrxtt xpt xkku

U(/T IC àùUT 18 V St J , Gt/T •? fJiyctf OttTI

irarxtrQai ,

(46) ('ammetiuire* *ur lr« Emblème* d'Alcmt, P*g- 6*4 de l'édition de Tlmitinj , à Padour , en i66t , in- 4.

(47) Decimatar in The»auro lin^tniriim. C'en un gros in-folio , imprimé à Leipsick l'an 1606, pour la première Ibis.

(4«) Homrr. Ilfad. lib. IX, es. 44*.

I Ifif y ort dn t %tc fyuoj^iv %ym youram xotÔiVetç,

"04.00 T XTXlfJL I WpOTfltyUarV , xx\ 0IT0V

*jrir%eir ,

IloXXatxi /uoi xxriJ'tvTxç iir't ç-tiSte-tn

Oï»oo , *ToCxt/£** *v v»mf» eixiyu-

.... jVbn enim volebas eum alio

Neque ad convivium ire , nuque in eedibus cibum sumere,

Antequam te mets ego genibus impoulum

Obsonio saliavi secato unira , et vinum ad movens

Sirpè mihi rigasii ad pectora vestem

V tno , éjectons in infanha dijjïcilt.

II a fallu nécessairement que je citasse ce grec j car c’est un discours si étrange , qu’on aurait cru aisément qu’il n’est pas tel que je le traduis. Voyez ci-dessous le paragraphe XI.

Mais , quoi qu’il en soit, cela montre que, si l’on veut se servir de l’autorité d’Homère à l’égard de Phénix , il faut renoncer à ce que d’autres rapportent touchant Chiron ; ou que du moins il ne faut pas donner à Chiron la première éducatiou d’Achille , et moins encore la faire durer jusqu’à ce qu’il eût appris à son disciple l’art militaire, la musique et la morale. Quand on est en état d’apprendre ces choses, on ne mange plus sur le giron de son père nourricier, et on ne lui rejette point du vin sur ses habits. Joignez à cela que ceux qui font élever Achille par Chiron , disent qu’il fut tiré de dessous sa discipline , pour être envoyé, sous l’habit de fille , à la cour du roi Lycomèdc, où son déguisement lui facilita bientôt les occasions de voir de près la fille du roi , comme il y parut par l’enfant qu’elle mit au monde. Or, depuis qu’il fut père, il n’y a point d’apparence qu’on lui ait donné de précepteur : par conséquent

S oint de temps où placer les fonctions e Phénix après celles de Chiron. Les fautes de Décimator se trouvent dans le Thésaurus scholaslicœ eruditionis de la dernière édition , quoique cet ouvrage ait été souvent corrigé par de doctes humanistes (5o). Derap-

(49) Idem , ibidem , vt. 4#*- (5o) Le premier de ce Ttie*#aro* s'ap-

pelle Bavlm» Fabcr, Soranu*. Il était recteur d'un collège à Krford , et il publia son It' re l'an 1571 , après avoir employé 36 ans à enteigner la langue latine. lé ouvrage fut réimprimé en i6*5, avec les corrections et let additions Je Buchocruj, qui est mert en 1661, à l'âge de 70

stcrus a dit aussi qu’Achillc , ayant été instruit par Chiron pendant son enfance, fut élèvé par Phénix quand il fut devenu plus grand (5i).Remarucz que je n’entends point nier que , epuis qu’Achille fut père , on n’ait recommandé à Phénix de lui ensei-

Jjner comment il se faut conduire dans e métier des armes , et dans les conseils de guerre (5a). Mais je n’appelle point cela lui avoir donne un précepteur.

Je ne sais si Malherbe avait jamais pris garde à ceci ; mais il est sûr qu’il s’est exprimé en homme qui aurait bien observé qu’il ne faut donner qu’un précepteur à Achille. Voici comme il parle de ce guerrier au IVe. livre de ses poésies , page 106 :

De quelque adresse qu'au giron ,

Ou de Phénix ou de Chiron ,

Il eût fait son apprentissage.

U faut lui donner seulement Phénix, si l’on veut s’en rapporter à Homère , qui ne fait nulle mention du préceptorat de Chiron $ et il ne lui faut donner que Chiron , si l’on s’en rapporte à la foule des auteurs. M. Ménage a dit néanmoins, dans scs notes sur cet endroit de Malherbe , que Chiron fut le premier gouverneur d’Achille , et Phénix le second. Je ne m’arrête point à l’autorité de Tzetzcs , qui, par une explication allégorique de ce qu’il avait lu dans quelques auteurs, que Phénix, aveugle’ par son propre père, fut mené à Chiron qui lui renait la vue, prétend que cela veut dire que Chiron lui mit en main le jeune Achille ; car , outre qu’il n’y a rien de plus froid ni de plus forcé que cette pensée , il faut savoir que Tzetzès ne prouve nullement le fait. Il veut accorder , par ses prétendues allégories, Homère avec Lycophron : mais comment accordera-t-il Homère, qui dit qu’ Achille , tout petit enfant encore , était sous la conduite de Phénix ? comment, dis-je, accordera-t-il cela avec

ans , après avoir été professeur en poésie pen dant 45 ans, et en éloquence pendant 3o ans , à Wiliemberg. Il corrigea encore et augmenta ce Dictionnaire, pour Sédition de i655. Enfin, Christophe CelUrius l'a corrige' de nouveau , premièrement pour rédition de F année 16S6 , ensuite pour celle de 169a , et enfin pour celle de 1696.

(Si) Derapstrri Parabp. ad Rosinuin, lib. II \ eap. XI

[5j) Horu. Iliad. hb- IX, vt. 44°-

ceux qui font élever Achille par Chiron depuis l’âge de six ans jusqu’à l’âge de puberté (53) , jusqu’à ce que non-seulement il eût appris à se tenir à cheval sur le dos de son précepteur (54) i mais aussi qu'il se fût endurci aux exercices les plus rudes (55) ; sans compter tant d'autres choses que Chiron lui enseigna : l’art militaire , la musique , la morale (comme Décimator vient de nous le dire ) , la médecine , et en particulier la botanique et la jurisprudence, comme un ancien auteur nommé Sfaphylus (56), et plusieurs autres nous l’apprennent ?

Statius , au II*, livre de l'Achilléide ; Claudien , dans son ouvrage sur le troisième consulat d’Honorius; Sidonius Apollinaris, dans son poème IX , spécifient cequ’Achillc apprit de Chiron.

Notez que l’on donne à Chiron, dans les Commentaires sur les Emblèmes d’AIciat, et cela sur le témoignage d’Homère, ce qui ne convient qu’à Phénix, si nous en croyons Homère.

Rien n’est plus fréquent que ces quiproquo parmi les auteurs.

J’ai dit qu’Homèrc n’a point parlé du préceptorat de Chiron. Que veulent donc dire , me demandera-t-on , ces paroles d’Eurypyie à Patrecle dans le onzième livre de l’Iliade :

.... ’E rrt J" ixriet qa.pfxa.itgt. iraum

’EtrflxÀ, t et <rt irpvrt qATn ’A^iXXÏoç

"O» Xij pan JixxiÔTXToc K»i-

'ra.ûpeif (5j) $

Mettez sur ma blessure les médicament salutaires que l'on dit que vous avez appris d’Achille , qui a été instruit par Chiron, le plus juste des centaures ? Je réponds qu’elles signifient, non nas que Chiron ait été précepteur d’Achille, mais seulement qu’il lui apprit des remèdes. Chacun voit la différence de ces deux choses. Monconis, dans ses Voyages, nomme cent personnes qui lui apprenaient des recettes et des secrets de guérison : ces gens-là

(53) Piodar. Nem. Ode III.

(54) T* «tt/T» xaù J'té'a.TxgL\e»Xpe£-

p. ivoç. Eodem ulens et pullo et ptteceplore. Greg. Naiian*. Oral. XX.

(55) Sutii Arhil. lib. //, vs. 38a.

(56) Il est cité par Natal. Corne* , lie. IX. chap. XII , et dans les Commentaires sur le* Cmblèmes d'Alciat.

(57) Hnraer Iliad. lib. XI , vs. 899.

pourtant n'avaient pas été ses pédagogues, ne l'avaient point élevé dans son enfance. Les professeurs en médecine, qui enseignent, ou apprennent publiquement cent bons remèdes à leurs auditeurs , ou en particulier quelques recettes fort rares à des amis distingués , sont-ils pour cela ce qu’on appelle précepteurs ou gouverneurs d’un jeune homme? Et, sans sortir de ce passage d’Homère , ne voyons-nous pas Achille qui apprend des remèdes à Patrocle, duquel néanmoins il n’avait pas été précepteur ? Pour entrer donc dans la pensce d’Homcre, il faut dire au’ Achille fut élevépar Phénix depuis l’âge de trois ou quatre ans , jusqu’à l’age où l’on peut apprendre à bien parler et à faire de belles actions; mais qu’il ne laissa pas, dans cet intervalle de temps, ou après, d'ouïr les leçons de Chiron. C’est ainsi au’un scoliaste a pris la pensée d’Homère j car il remarque qu’Apollonius, qui feint que Chiron descendit au bord de la mer pour souhaiter un bon voyage aux Argonautes, et que sa femme l’y accompagna tenant Achille entre ses bras, et le montrant à Pélée , a suivi les poètes qui sont venus après Homère, et supposé avec eux que Chiron nourrit le petit Achille, chose dont Homère n’avait fait aucune mention. 'HxoaauSmth ’ Axo>>.«»igc toÎç /u»Ô’ 'Optupov womTatîç, ùro Xt ipetroç xtyon <m A^ixxiat

vati. "Ojutipof J* ot/Jiv toioSto» xtytt (58).

Apollonius a été fort excusable, puisqu’il n’a fait que suivre la foule ; car uui n’a point parlé de Chiron comme de celui qui avait élevé Achille?

K’est-ce point ce qu’Orphée (5g), ce que Pindare (60) , ce qu’Euripide (61), ce que tant d’autres poètes (6a) ont chanté ?Xénophon (63), Platon (6$), Apollodore (65) , Pline (66) , Plu-

(58) Scboll. Apollon, in lib. 1 , ri. 558.

($9) Argonant. vs.

(60) Vem. Od. III.

(611 lphi|. io Aul. vs. 909 , 709.

(69) Seoec. Troad. aet. ///, vs. 833, Stat. 8>lv I, Ub. II, vs. 89 ; Achil. lib. I, vs. 196, et partim altbt. ; Val. Klaccu», lib. I , vs. 9.54, et 407 ; Au*oniu« , Protrept. w. 90 ; Clamliao. «le 1 1 1 Cooiul. Honor. vt. 6t.

(63) De Vénal, pag. 973, A , et 974 . c

(64) Hipp. tom. / , pag. 371 , C. 3. de Reptibl tom. II, pag. 391, B.

(65) Bibliolh. lib. III.

(66) H ut. fiât, lib. XXP, cap. V

tarciue (60) , Pausanias (68), Clément d’Alexandrie (69) , Philostrate (70) , Libanius (71) , saint Grégoire de Naaianze (7a) , et plusieurs autres moins anciens (73), n’ont-ils point dit la même chose? Mais, d’autre coté, ceux ui ont fait meution du préceptorat e Phénix (74) , ne sont pas en plus petit nombre. Il ne faut donc pas tant s’étonner que , même selon quelques anciens auteurs , Phénix et Cniron aient été tous deux précepteurs d’Achille :

il se faut contenter de dire que ces autcurs-là n’avaient point examiné la chose de près, ou qu’ils n'avaient eu aucun égard à l’incompatibilité qui résulte des circonstances du préceptorat de Phénix, et des circonstances du préceptorat de Chiron.

J’ai donc pu nier dans le Projet, que Stacc , en parlant de Phénix et de Chiron comme de deux précepteurs d’Achille, puisse apporter quelque secours à Décimatmr et à ses complices ; car, outre que ne marque point s’ils exercèrent cet emploi en même temps ou l’un après l’autre, ni lequel des deux fut le premier, on ne peut le mettre d’accord avec Homère, qui, en cas de concurrence, le doit emporter hautement sur lui. Considérez bien ces deux passages :

Non tibi cerldsset juveniUa fingere corda

Nestor , et indomili Phoenix moderator alum-

Qnique tubas acres lituosque au dire volentem Æaciden , alio frangebat carminé Cfuron(^S)\

C’est le premier, et voici l'autre :

Tenero sic blandus Achille

Semifrr Æmonium vincebal Pelea Chiron.

(67) Sympos. Ub. IV . cap. J, pag. G60 , F; et de Muic. pag. 1.46, A.

(68) In Lacon. pag. 197.

(69) Stromalon lib. I , pag. 3o6, B.

(70) In Hcrolc. pag. 689 , A , cl 705 , A. (7«) Progymn. pag. 71, Ai pag. 97, C;

pag. 199, A; pag. 149, C; pag. , A; et DecUmat. pag. 959, D.

(79) O rat. XX, pag. 394.

(73) Eustbat. in IJoracr. pages 11, 34, et 84» ; Scboiiatt. Homert in lliad. lib. I , vs. 5o, et lib. XVI , vs. >4 et 36.

(74) Voici Irt principaux 1 Scboliast. HomeK in lliad. lib- IX, vs. 108 et 44®- Dicty», lib. II. Xenopbon , Conv. pag. 897, A. Plat», Ub. //, de Rrnubl. tom. II , pag. 390, E. Cicero, de Oral. Ub. ///, cap. i5. Slrnbo , Ub. IX, pag. 39-. Quintil. , Ub. II, cap. III. Slatius, Silva III, Ub. V , vs. 191. Plutarch. tom. II, pag. 4 , a6 et 79. Luciat». Dialog. Mort. Philo, trot. Lentn. pag. 1 36. Lbjniuv , Progymn. pag. 99.

(79) Stat. lib. V t Silva III , vs. 19*.

Tfec senior Peletis natum comitalus in arma Troica , sed caro Phoenix hmrebalalumno(-G).

Xénophon (77) , et Lucien (78) , qui donnent ces deux précepteurs à Achille , sont exposes à la même bat* terie que Stace ; et au pis aller, sont-ils Homère, que Décimator a donne pour son garant ? Notez qu’encore que Stace dise que Phénix accompagna Achille à Troie (79) , il ne s'ensuit pas qu’il le fasse successeur de Chiron ; car il exprime assez clairement que Phénix avait été auprès d’Achille avant ce voyage: il nomme celui-ci alumnus de Phénix (80). Pour ce qui est de Tzetzès , qui nous conte , dans sou commentaire sur Lycophron , que Pélée ayant mené Phénix à l’antre de Chiron , où Achille était élevé , lui dit: Voila ton fils , conduis- le donc comme un bon père doit élever son fils il ne prouve rien contre moi , et il n’est point favorable à ceux qui voudraient recourir à la distinction de gouverneur et de précepteur , qui est si claire dans Plutarque à l’égard du fils de Philippe, roi de Macédoine.

Voyez l’article Lysimachcs. Je ne pense pas que les poètes nous la fassent voir quant au même temps dans ces siècles si reculés ; et en tout cas , il ne paraît

Î>oint que Pélée ait commis à Phénix a condjutorerie de Chiron; et si Tzetzès, en s’exprimant tout-à-fait mal, avait voulu dire cela , il ne mériterait point de créance. C’est un auteur trop nouveau-venu pour mériter d’être suivi à l’égard d’un fait que l’on ne neut accorder ni avec Homère, ni avec les auteurs anciens qui ont attribué à Chiron l’éducation du petit Achille.

Finissons cet te trop longue remarque par un trait qui paraîtra bien hardi. Je ne saurais qu’y faire : j’ose avancer qu'il ne faut que lire le discours de Phénix dans le IXe. livre de riliade, pour admirer ceux qui admirent encore aujourd’hui ce poème; car sont-ce là des discours dignes de la majesté du poème épique ? lit Ho-

(76) Idem y Ub. Il ; Silva /, vs. 88 (77) In Conviv.

(78) In Dial. Achil. et Anl.

(79) Slatiut, Ub. II ; Silv. /, vs. 83 ; et lib> I II , Silv. II y vs. y6.

(80) Mctmius et Canlcrut entendent par le mol KOVptTpoQoc , dont Lycopbron s’est servi pour designer Phénix , que celui-ci avait été le pire nourricier d'dchitle

race qui, au rapport de M. Moréri (81), se vante dans la 6e. satire du Ier. livre, qu’il avait appris l’Iliade par cœur , avait sans doute oublié cette harangue chargée de mille inutilités , lorsqu’il donna à l’auteur de l’Iliade cet éloge , qu’il court toujours à son but, qu’il va vite à la conclusion :

semper ad eventum Jcstinat (8a). Si cela était , amuserait-il un député de l’armée grecque , chargé d’une commission très-importante et très-pressante? l’amuscrait-il , dis-je, à de petits contes de nourrice et au récit de ses vieilles aventures ?

(D) Y démêla aisément Achille. ] M. Moréri prétend, avec peu d’exactitude, qu’Ulysse le découvrit, lui ayant fait présenter par un marchand des bijoux et des armes : car, si l’on s’en tient à ce qu’Ulysse lui-même en dit dans sa harangue aux généraux de l’armée, ce fut lui qui présenta , non-seulement à Achille , mais aussi à toutes les jeunes demoiselles de la cour , ces bijoux et ces armes (83). Si l’on s’en rapporte à Hygin et au jeune Philostrate , c’est encore Ulysse qui les présenta , étant l’un des ambassadeurs que les Grecs envoyèrent à Lycomède, pour lui demander Achille. Que si l’on s en rapporte à Stace , l’on dira bien que ce ne fut pas Ulysse même , le chef de l’ambassade grecque, qui fit l’étalage ; mais non pas qu’il le fit faire par un marchand. Quelques modernes disent qu’il le fit lui-même , déguisé en marchand (84)- n’oserais soutenir qu’ils forgent cela ; mais il est bien sûr qu’ils ne l’ont pas pris dans les bonnes sources. Langitis prétend que Lycomède fit tout ce qu'il put , par ses pleurs et par sestpriéres , pour empêcher qu’Achilie ne suivît Ulysse (85) , et il accuse Cicéron d’avoir pris le fils pour le père dans ces paroles : JYec enim... Trojam Neoptolemus capere potuisset , si Ljrcomedem , apud quem erat educatus , multis cum lacrymis iter suum impedientem au J ire voluisset.

C’est Langius qui se trompe , et non

(8i) Dans l'article <f Ho&ace ; mais c'est une Jausfetr.

(8a) Horat. dt Arte pool. , vs. i48.

(83) Ovidii Metamorph. Ub. XIII y vs. 179.

(84) Teitor. O Ricin. Ub. II, cap. XXXII ; N*t- Corne», Mylliol. Ub. VI, cap. /; Vigénèro, sur PhiloMrate , au sommaire de la Nourriture [l’Achille ; Pomey, in Paotheo Mvthico, rt»-.

(85) In Ciccr. de Amicit- , cap. XX.

ACHILLE. i5q

Sas Cicéron. Voyez la remarque (A) e l’article Pyrrhus , fils d’Achille.

(E) Elle lui avait permis de l’engrosser. ] Achille était alors si jeune , qu’il y a peu d’exemples d’une faculté géuérative aussi prématurée que la sienne. Néanmoins la bonne instruction avait été encore plus prompte , et il n’y avait pas eu là le désordre dont Montaigne se plaignait dans le chapitre x5 uu Ier. livre de ses Essais. On nous apprend à vivre, dit-il , quand la vie est passée. Cent escoliers ont prins la vérolle avant que d’estre arrivez à leur leçon d’ Aiistotc de la Tempérance. Mais si l’on voulait moraliser sur l’histoire poétique , on dirait à Montaigne que cette aventure du fils de Pélëe est un avertissement qu'on a beau faire prendre le devant à l’éducation , elle ne laisse pas de succomber sous le poids de la nature.

Je dirai en passant que les fictions des anciens seraient un peu plus supportables qu’elles ne le sont s’ils s’étaient donné la peine de ne pas tant se contredire les uns les autres; mais il parait qu’ils ont regardé leur histoire fabuleuse comme un pays où chacun faisait ce qu’il lui plaisait , sans dépendance d'autrui. Apollodore dit qu’Achille n’avait que neuf ans lorsqu’on l'amena dans l’île de Scyros , et que l'on parlait déjà de l’expédition de Troie (86). Selon Stace , les préparatifs des Grecs avaient déjà duré un an lorsque Ulysse fut envoyé à l’île de Scyros pour en retirer Achille. Quand Ulysse y arriva, Achille était déjà père (87) : jugez si la nature avait été lente à lui accorder les forces viriles , et s’il différa long-temps à les exercer sur la jeune Déidamie.

Stace n’a pas osé retenir le calcul d’Apollodore ; il donne pour le moins douze ans à Achille avant que de le tirer de l’antre de Chiron (88). Je ne sais pas comment Barthius a pu trouver que, selon le calcul de Stace , il fallait que le fils d’Achille eût plus d'un an lors de l’ambassade d’Ulysse

(9G)*ftc «>«*• to ivvtitrtf. Barthii uciu ces

parole* dan « la page ei tlans la page 1686

du tome 1 1 1 de ton Commentaire «tir Stace; et néanmoins il dil dans la page i58A </<»'Apollodore ne marque point l'âge d'Achille.

(87) Stal. Acbilt. lih. Il , et. 1 34 ^8 8) Ibid. et. 305.

(89) ; car, qnand même ce jeune héros aurait joui de la belle dès le premier jour, son fils aurait pu n’avoir que trois mois à l’arrivée d'Ulysse. Il y en a qui ont dit qu’il réitéra la dose à sa maîtresse après les premières couches, et qu’il en eut un autre fils

(90) . Mais puisqu’il était né avant le voyage des Argonautes (91), entre lequel et l’expédition de Troie les chronologues mettent pour le moins trente ans (9a), jugez si les anciens poètes ont bien concerté leurs calculs.

(F) V utcain... fit alors de nouvelles armes a Achille. ] Personne ne doit trouver mauvais que Charles Étienne et MM. Lloyd , Hofman , Moréri , etc. , parlent des armes impénétrables que Thétis fit faire à son fils par Vulcain , pour l’expédition de Troie ; car , encore qu’elle eût déjà rendu le corps invulnérable en le plongeant dans le Styx , on sait qu’il y a peu de précautions qui paraissent superflues à la tendresse maternelle. Malherbe a voulu marquer ces deux précautions de Thétis quand il a dit :

Bien que sa mère eut à set armet Ajouté la force des charmas (93).

Mais néanmoins il ne les a pas marquées , parce que son expression fait plutôt penser que Thétis donna des armes fées à son fils , que penser qu’outre qu’elle lui avait charmé le corps , les armes qu’elle lui donna étaient à l’épreuve. M. Ménage, qui censure justement l’équivoque de ^expression, reconnaît d’ailleurs que Thétis usa de ce double expédient qui, dans le fond, ne choque pas le vraisemblable (o4)« De plus, ce n’est pas à l’auteur d’un dictionnaire à supprimer une chose , sous ombre qu’elle a été faite inutilement. 11 lui suffît qu’elle se trouve dans les livres , sauf a lui à nous fortifier dans le besoin par ses sages réflexions. Or , il est certain qu’un ancien auteur nommé Philarque ou Phylarque, avait laissé par écrit que Thé-

Barth. in Statiam , (ont. III , pag. 1684,

(90) Foret Eoatatbiu» in Iliad. XI , ai Ptol. Repliant, apud Photium.

(911 Apollon. Argon, lih. /, *»/. 558. Valer. Flarcu*. Argon, lih. I , es. «50.

(9») Foi et Calvitius sur l'an du monde 3737, et 1707; elle P. Labbe, Ckronol. Franc tom. I , pag. 117.

(03) Malherbe, lie. III, pag. 75.

(94) Ménage, Übaervat. «ur Malherbe, p 37 au

iGo ACHILLE.

tis, voyant qu’elle ne pouvait éviter qu’Aclnlle n’allilt au siège de Troie , fut supplier Vulcain de faire des armes pour Achille, à l’épreuve de toute force humaine (95). Vulcain ayant fait ces armes déclara qu’il ne les livrerait point qu’après avoir obtenu de Thétis ce quelle pouvait accorder de plus précieux. Elle s’en défendit , offrant ac témoignersa reconnaissance par toute sorte d’autres services ; mais voyant qu’il ne voulait que le service personnel, elle lui promit de payer de sa personne, pourvu que les armes fussent propres à Achille, ce qu’il faudrait essayer sur elle-même, qui était de la taille de son fils. Vulcain, content de son marché, livra les armes à Thétis, qui les endossa et s’enfuit. Ce pauvre boiteux, ne pouvant l’atteindre, lui jeta son marteau et la blessa au talon.

On a donc pu dire en général que Thétis fit faire à son fils des armes impénétrables pour sa première campagne. Mais puisqu’Homèrc est la principale source où il fallait puiser pour cet article , ü ne fallait pas oublier

au’après la mort de Patrocle, à qui ector avait ôté les armes d’Achille , Thétis en obtint d’autres de Vulcain.

C’est un des plus beaux épisodes de l’Iliade, et il a servi de modèle à Vir-

Sile pour l’un des meilleurs morceaux e l’Enéide. 11 méritait donc bien qu’on en touchât quelque mot. Remarquez que, -selon Servius, les armes que Patrocle portait quand il fut tué, avaient été faites à Pélée par Vulcain (96).

(G) La mort de Patrocle fut vengée bientôt après .] Moréri a eu raison de dire qu’Achille reprit bientôt les armes, que la perte de Briséis lui avait fait mettre bas. En effet , puisque toute l’Iliade ne comprend qu’une année (97), selon le sentiment du P.

Mambrun , dans son Traité du Poème épique, il faut que depuis la retraite d’Achille jusqu’à son retour à l’armée après la mort de Patrocle , il ne sc soit

{>assé que peu de mois. Ainsi, Malîerbe tomba dans une étrange bévue

(,jS)Àpud Natal. Comitem , Mjrtbol. Ub. IX , cap. XII Taettèt sur Lycopbron , pag. 36, en touche quelque choie. Ce que je rapporte , et que iVatalis Corne» ne rapporte pat , te trouve dans le »coli**le de Pindure, in iNcin., Ode IV . (çjG) Scrviu», in Æneid. Ub. /, vt. 483.

M. Ménage, Observot. sur Malherbe, pag. 44 1, croit qu'elle en comprend beaucoup maint .

lorsqu’il débita comme un fait certain qu’Achille avait été neuf ans devant la ville de Troie sans se battre.

Achille , à qui la Grèce a donné cette marque

D’avoir eu le courage aussi haut que les cieux ,

Fut en la même peine , et ne put faire mieux

Que soupirer neuf ans dans le fond d'une barque (98).

Sarrazin , trompé apparemment par cet endroit de Malherbe , qu’il voulut imiter , avait dit dans une ode qui est fort belle :

Achille , beau comme le jour ,

Et vaillant comme son épée ,

Fleura neuf ans pour son amour ,

Comme un enfant pour sa poupée.

Mais M. Ménage a corrigé cette faute (99) dans l’édition qu’il a procurée des œuvres de Sarrazin; il fit mettre neuf mois au lieu de neuf ans. Au reste , cette comparaison d’Achille avec un enfant qui pleure pour sa poupée a son fondement dans l’Iliade , où nous voyons au’AchilIe , après avoir perdu sa concuoine Briséis, court, fondant en larmes, en faire ses plaintes à sa mère, et que sa bonne mère le console tout comme s’il eût été un petit garçon.

Xtipi ri pur tcatriptÇtr , tir oc r *<pstT t* r 'orôpatÇt ,

Tixm , ri uka-lut ; ri fi trt Qpirac Ïkito irirôoç ;

’EgetCfet, pit xic ’/9t rôt» , tr et ùfetjutr auqae (ioo).

Mauuqur ipsum demulsit , verbumque dix il et nomen :

Fili , quid Jles ? quis verô tibi mcnlcm invasit tnoeror ?

Die , ne cela animo , ut sciamus ambo.

La majesté de l’épopée souffrait ces naïvetés en ce temps-là ; n’en disons donc rien. Convenons du beau génie d’Homère , convenons de la fécondité et de l’éloquence de sa muse ; mais disons aussi, „ . ..

Sed ille ,

Si foret hoc nostrum fato J tint us in eevum , etc. (101)’

(H) Le traîna autour des murailles de Troie. ] Personne peut-être n’avait dit avant Virgile que te cadavre d’Hector fut traîné trois fois autour des murailles de Troie .

Ter circum Iliacos raptaverat Hcctora muras.

(q8) Molhcibc . Poe», lie. F, vag. ia5.

(99) Ménage, Observât, sur Malherbe-, p. \ \i .

(100) Home». Il 1 ad . Ub. I , vs. 36».

(toi) Ilorat. Sat. X, Ub. I , vs. 68.

(10a) Yirgil. Æneid. , Ub. I , vs. 484.

ACHILLE. l6t

Homere n’avait marque le nombre des etc censure' , et que cette faute a fa.» tours que par rapport au sépulcre de croire à l’un de ses commentateur.

mi1 Ancnn.t n*. * • <• •. .

som-

; .cuuuiuie ues etc censure , et que cette faute

tours que par rapport au sépulcre de croire à l’un de ses commenta Patrocle , et il n est pas hors d appa- qu’Ausone n’a point fait tous les rence que Virgile ait converti en trois maires que nous avons son« circuits autour des murailles les trois (lao). Au reste le traînement T.0111 circuits autour du sépulcre desquels cadavre, les discours qu’Achille tintà Homere avait empressement fait men- Hector prêt à expirer 1t tA «>cm(.o3h qu’il les ait, dU-je, co„. accordai quivK d’imXfTdJ ▼crtis de cette sorte, ou par un dé- frapper cc corm .J* de

\ 1 ** uis-je, con-

vertis de cette sorte, ou par un défaut de mémoire , ou pour faire un meilleur vers. La liberté de cette métamorphose n a été imitée presque de personne : vous ne voyez pas plus les

trûlS rirnnfc rloc mnroi 11 ao #4 .a « r.

frapper ce corps mort, cette âme vénale qui se laissa ainsi persuader à force de riches présens , de rendre à Friam le corps de son fils , sont des choses si éloignées, je ne dirai pas de la vertu heroimm mai» i~ 5 >

• ,vuu? voyez pas pms les cnoses si éloignées, je ne dirai nas d* tiois circuits des murailles dans les la vertu héroïque, mais de la eenéroauteursqui ont vécu après Virgile que site la plus commune, qu’il faut nér»*. dans ceux qui l’ont précédé Sophocle sairemeut juger ou qu’Homère n’nva i (.04), E^pye (.oS),0vid.f,o6), aucune id^de iTrofeSV-’ |07), Stace (1081, Dictysde n a eu dessein une de

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Il n’a pas même compris que, pour faire plus d honneur à son héros il

“!./!? j.‘ d.°“ner. a.son «ne’rni

tusiainius parlent

bien du traînement d'Hector, mais non pas du nombre des tours. 11 n’y a que l’auteur de la petite Iliade en vers latins, autant qu'il m’en peut souvenir, qui ait marqué nommément trois courses autour des murailles et trois courses autour du tombeau. Cet auteur se nomme Pindarus Thebanus ;

il a été cité par le vieux scoliaste de c f. •* , — «

Stace , ce que Vossius n’a point su ue# ,a! j P?* do,nner à son ennemi (n8). fiarthius a souvent parlé de lui au.tant de lâchete et de faiblesse qu’il dans le gros volume descs Adversaria. lul en donne.

et ailleurs fimV .1* (l)r une rai lie s dont le dictionnaire

de Moréri a louché quelques circonstances avec très-peu d’ exactitude.-] Cet auteur a dit que les «lieux pleurèrent dix-sep jours la mort d’Achille; mais il ne fallait pas citer Homère sans coter e heu ou il parle de cela. Ce ne peut nas être dans l’Iliade ; car il y a fort bien observé la règle qui défend d ensevelir le héros d’un poème épique dans le poème même. Virale l’a observée aussi. J1 eût donc fallu dire

~ O ’ jvo /turc/ oui lu y

et ailleurs (i 19). Je sais qu’Ausone , dans le sommaire du XXIIe. livre de l’Iliade, débite qu’Hector fut traîné trois fois autour des murailles de Troie j mais je sais aussi qu’il en a

(io3) nomer. IUad. Ub. XXIII , va. i3; et XXI r , v. 16.

(>o4) Ajace, et. io45.

(io5) In Androm. vt. 108, 3gg.

(toG) Metam. lib. XII , vt. 5oi. Amor. lib .

H Eleg I , «. 3a, et in Ibin , va. 333. observée aussi. J1 eût doue fajFu diVI

Ul' 3 . « “ **“■ qa’Homère p.rle de, funérailles d A- (io8; Acb.fle,d. lib. /, v/. 6. chille dans le XXIVe. livre de l’Odys-

(io<j) Ltb. III. 8ec> ou lI «mené cet épisode à l’occasion

(iio) De Ilepubl. Ub. III, l0m. //, p. 3g« B. des &?,ans de Pénélope tués par UJvs-

Sv A^esti tort que » dans l’édition d Amsterdam , on a fait venir 1rs continuateurs d’Homère à la place d’Ho-

(lll) TlISCul. I

(xxa) Cap. CVl.

(**3) In Heroïc. , pag. 69'.

(*l4; Propvmn. pu g. 100, D.

(*t5) In Viryil. Edop IX , va. 6.

(116; Pag. 7 5 .

(117) In Homeri Iliad. XXII, va. 4«t.

(n®) Vo«*îu* , Ilittor. lit. pag. 819.

(*19) Yoj** son Commentaire sur Stace, "*■ I , pag. 340; et tom. III , p. Mj3, 1609.

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