‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 60 sur 134 · A FER · texte numérisé non relu

A FER

ne se trouvant pas dans une grande élévation , et se sentant beaucoup d’envie de se pousser de quelque manière que ce fût , il se porta pour accusateur contre Claudia Pulchra , cousine d’Agrippine (û). Il gagna cette cause, et se vit par ce succès au nombre des premiers orateurs , et dans les bonnes grâces de Tibère, qui haïssait mortellement Agrippine (A). Les éloges que son éloquence reçut de cet empereur lui firent prendre goût au métier ; de sorte qu’il n’était guère sans avoir en main quelque accusation ou quelque cause de personne accusée; ce qui donna plus de réputation à sa langue qu’à sa probité , jusqu’à ce que , même du côté de l’éloquence, il perdit beaucoup de sa gloire , lorsque la vieillesse , lui ayant usé l’esprit (c) , ne put néanmoins l’obliger à ne plaider plus (B). L’accusation de Claudia Pulchra tombe sur l’an de Rome 779. L’année d’après , son fils Quintiïius A arus fut accusé par le même orateur et par Publius Dolabella (d). Personne ne s’étonnait qu’Afer , qui avait été long-temps pauvre , et qui n’avait pas bien ménagé le gain de l’accusation précédente , revînt à la charge ; mais on s’étonnait qu’un parent de Varus , d’aussi grande maison que l’était Publius Dolabella , se fût associé à ce délateur. Afer mourut sous l’empire de Néron , l’an de Rome

812 (e). L’on dit que ce fut à table pour avoir trop mangé {J ).

Quintilien qui , dans sa jeunesse, s’était fort attaché à lui (C) , eu parle souvent {g). Il dit qu’on voyait dans ses plaidoyers plusieurs narrations agréables , et qu’il y avait des recueils publics de ses bons mots dont il rapporte quelques-uns. Il parle aussi des deux livres que cet orateur avait publiés sur les témoins. Bien lui en prit une fois d’avoir l'esprit aussi présent que flatteur , car il eût été perdu sans cela ; ce fut lorsque Caligula devint sa partie (h) , et plaida en personne contre lui (1). Doinitius , au lieu de se défendre, se mit à répéter avec des témoignages d’admiration le plaidoyer de ce prince (D), et puis se mit à genoux , et cria merci , en déclarant qu’il redoutait plus l’éloquence de Caligula que sa qualité d’empereur. Non— seulement on lui pardonna, mais aussi 011 l’éleva au consulat par la destitution de ceux qui étaient alors en charge. Sa faute était bien légère î il avait érigé une statue à Caligula , et marqué dans l’inscription que ce prince était consul pour la seconde fois à l’âge de vingt-sept ans. 11 croyait faire sa cour par-là ; mais l’empereur le mit en justice , prétendant qu’il lui reprochait sa jeunesse et l’inobservation des lois ( k ).

Afer eut des enfans adoptifs.

Pline le jeune vous l’apprendra

(b) Taciti Annal., lib. IV , cap. LII.

(c) Nisi cjuùd te las extrema mullum cliam tloqucnliee dempsit , d'um fessa mente rctinet silentii impattcnliam. Taciti Annal., lib. I? , Cap. LU. y oyez dans la remarque (C) le passage du cltap. XI du XII* hure de Quintilnu.

’d) Tacit. Annal. , lib. IV , cap. LXVf.

(e) Tacit. Annal. t lib. XIV . cap. XIX.

( f ) Euseb. Cbronic. , num. 2060.

(g) Qnintil. , lib. V , cap. VII t et hb. VI , cap. III. Vide eiiam Plin. Epist. XIV , hb. II. et tbi Catanæum , pag. 121.

(//) D>o Cassius , lib. LIX , ad annum 792. (i) Il lut son plaidoyer, if) Dio, hb. LIX.

AF

et vous en dira des circonstances curieuses (E). L’abbé Faydit , dans ses Remarques sur Virgile, page 3, le fait de la maison royale des Domitiens.

(A) Tibère qui haïssait mortellement Agrippine. ] Cet le princesse doutait si peu que ce fût lui qui eût suscité ce procès t qu’elle n’en témoigna pointue ressentiment àDomitius.

Celui-ci , la rencontrant un jour dans les rues, se détourna : elle crut que la honte l'avait porté à faire cette démarche ; et l'ayant fait appeler, elle lui dit de ne tien craindre, et que ce n’était point lui , mais Agamemnon qui était cause de tout cela : Qactu , ▲oiciTit , ou y xo ru y.01 tout»? cunoç •* , «Xa' Ayxufjmaiy. Bono sis animo , l)o~ mai ; non enim lu hnrum causa es , ted Agamemnon (i). C’est une marque qu'elle avait lu l’Iliade.

(B) La vieillesse , lui ayant usé l’esprit , ne put néanmoins l’obliger a ne plaider plus. ] Ce défaut n’est que trop commun : il n’y a pas beaucoup de gens qui sachent faire leur retraite bien â propos , ni qui puissent dire comme ilorace :

Est mihi purgalam crebrô qui penonet aurem : Solve senescrntem mature sanus equum , ne Peccet ad txlremum ndenUus , et tlia ducat (s).

Les poètes et les orateurs devraient être les plus diligcns à se retirer ,

Crce qu’ils ont plus de besoin que > autres d’un grand feu d'imagination : cependant il ne leur arrive que trop de se tenir dans la carrière jusqu'au dernier décliu de l’âge. Il j,-ur semble qu'on a condamné le public à boire jusques à la lie tout leur prétendu nectar. Mais si autrefois les législateurs renfermèrent dans certaines bornes le temps où l’on se pouvait marier (car ils défendirent aux femmes de cinquante ans , et aux hommes de soixante de le faire (3) , et s'ils sup-

fallncisumus Jupiter druenl liberos tullere ? l lrum texagenarttii faclut *<l . et ilh lex Papta fthulam impasuitf Liriinl. , Lb. I , cap. XVI. Capiti Papier Popprst legis a Tiberto Csesare, quasi sexagenaru generare non postent, aiLLtO obrogmrit. Norton. in Ciaud- , cap. XXI tl , tl • bt Cemmentatmras.

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