‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 61 sur 134 · ER · texte numérisé non relu

ER

posèrent qu’aprés un certain âge il no fallait plus songer à procréer des enfans , soit a cause de I extinction , soit ù cause de l'affaiblissement des facultés ; chacun devrait aussi se faire des bornes pour la production des livres, qui est une manière de génération à

Îuoi tout âge n’est nullement propre.

a comparaison employée par Horace me fait souvenir d un précepte que Virgile nous a laissé ; les vieux poètes s’en devraient faire l’application :

Hune quoque , ubi nui morbo gravis , aut jam. segmor annis

Déficit , abde dvmu , nec turpi ignosce se- , nrclse.

Frigidus in Venerttn senior , fruslraque laborem

Ingratum trahit; et si quaado ad prêt lia ventum est ,

Ut quondàm in slipulis ma g nus sine v mbut ignis ,

I ncassum furil (4).

Les vieux poètes , dis-je , devraient profiter de cette leçon , et ne pas vouloir monter sur le Parnasse lors même qu’ils sont devenus semblables à cc cheval dont Pline a parlé après Aristote: General mas ad amos triginta très.... Opunte et ad quadraginla durdsse tradunt adjutum modo in attollendd priore parte corporis (5). Ils obcurcissent par-là leur première gloire à l’exemple de notre Domitius Afer.

Voyez ce qui sera dit de Jean Damai dans son article. Il y en a qui consacrent à des poésies dévotes leurs Muses sur le retour : ce sont pour l’ordinaire des fruits insipides (6). Je dis , pour l’ordinaire; car sur toutes sortes de sujets on a de fort excellons ouvrages composés par des vieillards.

(0) Qutntilien.. s’ était J'ort attaché h lui. ] Charles Ktienne , Lloyd et Hofman dans leurs dictionnaires, Glandorp à la page 3o6 de son Onomasticnn , et plusieurs autres , remarquent que Quintilien nous apprend celle particularité au livre V : Conjitetur senent Domitium sibi adolescentufo ciiliunt ; mais ils disent tous qu’il ajoute que l’autorité que Domitius avait eue était fort diminuée : <Scd praire aulnrilalc multiim imrninutd.

Je n’ai point trouvé cela dans cet eu-

(4) Geor*. , Lb. III , vs. q5.

îb) Plin.. h h. FUI , cap. XLH.

(tî) Voies Haillcl, Jug. sur Irt Portes, tom. III , pag. *46- 1^ orr* aum ce qu'il dit des tcr.ts composes en vieilles te , tom. f*r. fies Jugvir, •It» S» tan» , pag ib'j.

24o ■ AFER.

droit de Ouintilien. Sufficiebant , ditil (7) , aîioqui libri duo à D omit 10 Afro in hano rem compositi , quem adolescenlulus senem colui , ut non lecla mihi tantum ea , sed pleraque ex ipso sint cognita. Il aurait fallu citer le chapitre XI du XIIe. livre de

Quintilien. C’est là qu’on trouve la décadence de Tautonté de notre Domitius , et l’on y trouve comme la confirmation du précepte que l’auteur venait de donner touchant la retraite que les orateurs doivent faire quand l’âge ne leur permet plus de soutenir leur première gloire. Non nia prodesse unqu'am salis sit , dit-il 8) , et illd mente , atque iUa facultate prædito non concernai operis pulcherrimi quam longissimum tempus ; sed quia docet hoc quoque prospicere , ne qui J pejus quam fecerit facial. Neque enim scientid modo constat oral or y quæ augetur annis , sed voce , laterum firmitatc : quibus J radis aut imminutis relate , seu valetudine , cavendum est , ne quid in oratore sum- Tno desiderclur, ne intersistat fatigatusy ne quæ dicat parùm audiri sentiat , ne se queratur priorem. f'îdi ego longé omnium , quos mihi cognoscere contigu } summum oratorem , Domitium Afrum valdè senem , quotidiè aliquid ex ed y quam meruerat , automate perdentem , cùm agente illo , quem pria cipem fuisse quondam fori non erat dubium , alii ( quod indignum videbalur ) ridèrent , alii crubescerent ; quæ occasio illis fuit dicendi , malle eum deûcere , quam desinere. Neque erant ilia qualiacunque mala , sed minora.

Quare , ut nunquam in fuis œtatis vendit insidias , rcceptui canet , et in portum inlegrd nave perveniet. Je ne marque point, les grandes et capitales omissions de More'ri : on les peut assez conuattrc par la seule confrontation.

Je marquerai seulement que sa citation de Suétone , et de Dion in Caliguld ne vaut rien : car outre que ce n’est pas la coutume de citer Dion autrement que par rapport à tel ou tel livre, et que ce n’est que son abréviateur Xiphilin qui est cité par rapport à tel ou tel empereur ; il n’est pas vrai que Suétone , ni dans la vie de Caligula , ni dans aucun livre qui

(?) Qttinlil. . lib. V , cap. Vil.

(8) Ibidem, lib. XII , cap. XI y mitio.

nous reste de lui , parle de Domitius Afer. Ainsi , lorsque Scaliger avance dans ses notes sur la Chronique d’Eusèbe , que ce qui a été dit de cet orateur par saint 'Jérôme a été pris de Suétone , il faut nécessairement qu’il ait égard à des livres qui sc sont perdus depuis la mort de ce père. M.

Hofman nous donne deux Domitius Afer au lieu d’un , et tombe dans la mauvaise citation que l’on vient de censurer à M. Moréri.

(D) Le plaidoyer de ce prince, ] Caligula était si charmé de cette pièce , que lorsqu’un de ses affranchis qui avait fort contribué à l’apaiser , lui voulut faire des reproches touchant le procès intenté à Domitius , il lui répondit : Je ne devais pas supprimer un discours de cette importance. C’est autant que s'il avait dit : Quoi ! j’aurais travaillé inutilement à ce plaidoyer ? j’aurais mieux aimé renoncer aux louanges que ma rhétorique méritait , que d exposer la vie de Domitius? Il n’y a que trop de grands qui prendraient cela pour un grand désordre : ils croient que tout doit être sacrifié à leurs passions. Ceux qui ont dit que le cardinal de Lorraine aima mieux exposer le catholicisme à tous les dangers du colloque de Poissy que de se priver de la gloire d’y étaler son savoir et son éloquence (9) , ne le connaissaient pas mal.

(E) Des circonstances curieuses. J Domitius Afer admita deux frères, qui furent nommés Domitius Tiülus et Domitius Lucanus. Il fit ensuite confisquer les biens de leur père , et leur laissa les siens , malgré lui en quelque façon ; car il y a beaucoup d’apparence

a u’une surprise de la mort 1 empêcha e révoquer le testament qu’il avait fait à leur avantage. Domitius Lucanus, gendre de Curtius Mantia, se rendit odieux à son beau-père, 41 eut une fille, en faveur de qui Mantia ne voulut faire son testament qu’à condition que Lucanus l’émanciperait ; mais quand elle eut été émancipée , Domitius Tullus l’adopta. Ce fut une collusion des deux frères. Ils vivaient en communauté de biens; et ainsi, dès que la fille eut été remise sous la puissance paternelle par le moyen de l’adoption,

(g) V or ci la remarque (D) de l'article de Charte* de Loukairs.

Page 1