‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 73 sur 134 · A GR I · texte numérisé non relu

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terait ses erreurs; mais pendant que Ton travaillait à dresser le formulaire qu’il devait signer , Luther fit de nouveaux livres dont Agricola se sentit tellement piqué , qu’il présenta ( e ) à l’électeur une requête fort choquante contre son antagoniste, ou il se plaignait entre autres choses qu’on lui imputait des sentimens qu’il n’avait pas. Luther lui répondit avec tout son feu ; et pour ne demeurer pas chargé de la note de calomniateur public , il fit venir des attestations d’Islèbe sur quelques conversations particulières d’ Agricola. Les théologiens de Wittemberg accoururent au secours de Luther , et prononcèrent que ses accusations étaient bien fondées. L’électeur deSaxe, bien embarrassé, avait fait donner des juges aux parties, et témoignéqu’il souhaitait qu’on trouvât des voies d’accommodement; et puis il lit promettre à Agricola de ne se point retirer avant la fin du procès. Cette promesse fut violée ; Agricola se ret î ra tout doucement à Berlin ( f ), sans attendre la réponse à la demande qu’il avait faite de son congé. L’électeur de Brandebourg tâcha de le réconcilier avec Luther; mais il n’v eut rien à faire que sous l’une ou l’autre de ces deux conditions , ou qu’Agricola reviendrait poursuivre le jugernent du procès, ou qu’il donnerait par écrit une rétractation de »es erreurs, et des injures qu’il avait dites à Luther. 11 choisit ce dernier parti (B), et publia un livre à Berliu , oii il demanda

(e Le 3o mars i5jo, pendant l'assemldcc de Smalcalde.

f) En ij'jo.

.U LA. 2-g

pardon à ceux qu’il avait pu offenser par ses erreurs , et à Luther nommément , et protesta de vouloir vivre et mourir dans la foi qu’il avait combattue. Luther ne se fia point à ces belles protestations. Agricola s’en plaignit à l’électeur de Saxe , et lui témoigna qu’il n’avait jamais eu un déplaisir aussi grand que celui que son démêlé avec l’homme de Dieu lui avait donné (g) , et que puisqu’il ne gagnait rien par l’offre de son serment, il remettait sa cause au juge du monde, suppliant néanmoins très— humblement monsieur l’électeur de lui faire payer trois mois de gages qui lui étaient dus, dont il avait bon besoin pour nourrir sa femme et ses neuf enfans (h). Je ne pense pas qu’il ait jamais pu rentrer en grâce ni auprès de l’électeur , ni auprès de Martin Luther. Il s’en consola sans doute par l’éclat que lui donnait à Berlin sa charge de prédicateur de cour , et par le choix que l’on fit de sa personne pour la composition d’un ouvrae qui fit grand bruit. Je parle e Y Intérim qu’il dressa avec Jules Phlug et avec Michel Ileldingus (i) , l’an i548. On prétend que l’empereur récompensa largement Agricola de la peine qu’il avait prise en cette rencontre.

La guerre qui s’éleva quelque temps après en Allemagne entre les théologiens protestans (À) fit connaître que ce ministre était

(fi) Voyez la remarque (B).

(, n ) Tiré d: la Réponse de SeckendorfF au Lutlicraniime du pire Maimbourg, hv. III,

pafi. 3oo, 3io.

(»') On le nomme ordinairement Michaël Sidonius parce qu'il était évêque titulaire de Sillon.

(k) C'était sur la question des chose f indifferentes on ta rclifiinn.

un esprit dangereux et un grand brouillon. Il faisait l’empressé pour pacifier les choses , et n’épargnait point dans les confé-

gagner en Saxe un procès à ce prix-là.

Les peuples auraient lapidé les juges qui auraient flétri de la sorte la réputation du réformateur. L'Eglise, eûton dit , a besoin de la bonne renom-

rences que l’on tenait sur ces ma- mt-;e «Ie Luther; les papistes tireraient tières le don de langue dont il ,rop d'avantage de «1 llctrissure. N'a-

vons-nous pas vu des gens qui ne sont que des pygmées en comparaison de Lut lier, se dérober par cette voie aux peines canoniques qu’ils méritaient ?

La seconde raison üAgricola fut apparemment qu’il craignait de perdre, ne se

était pourvu; mais il n' accommodait rien. Il mourut à Berlin en i566. Il avait été surintendant (/) de la Marche de Brandebourg ( m ). On dit qu il auiait en ne SL. soumettant pas, le quartier voulu ramener l’usage des sain- dégagés qui lui était dû. Lisez ce qui tes huiles envers les malades , et ®u*t : Ntquciamen hoc scripto statbn, qu’il ne doutait point que les “< ‘P'rm'rat , Lpthero.U v«r« conver-

guérisons miraculeuses ny eus- coia llleris j. ,9. dcCem|,. apud cîccsent été attachées comme ancien— torum Saxoniœ quentur , nihilquc totû nement ( n ). Il ne fit que peu de vitrt sibi gravius accidisse quàm simullivres (C). Ou outre les choses Ul.em illam cum viro Dei qutm ip»

quand on dit qu’il rentra dans la papauté (D).

(/) C’est ainsi qu'on nomme parmi les luthériens les ministres qui ont l’inspection sur plusieurs églises.

(m) Mtcrælius , Uist. Eccleg. , pag. y33. trimestre , quoil reslare sibi • lieit , sa- Edit. ann. 1679. laritim non denegetur , se yjim id di-

n) MelcU. Adam, Vit. Theolog. , p. <|ix. ligcnti lectione promcritiii. (A).

(A) Luther avait été son bon (C) fL nc 1il <lue Peu de /‘Vr«- 1

ami. ] Ils étaient de la même ville. L&*P«cation de trois cents proverbes

tatem

patris loco vénéra tus sil, et in cujus obsequio mori velit , apud quem taraen nihil proûciat ne juramenti quidem oblatione, ideù se Deo causam committerc. Petit tamen ut sibi, ad alendam uxorem novemque liberos ,

une lettre de Luther aux magistrats, pour y être l’un des ministres de l’E- *°unnsc. Cela n empêcha point que vangilc. L’auteur que je cite (3) cen- ^uc Llric n alléguât, entre autres sure M. Varillas, qui a dit que Luther Srie,s » a la diète de Francfort , Fan n’entreprenait rien de considérable 1 536 , que l ou protégeait dans

sans Agricola. C’est pousser la chose trop loin, et Ton ne saurait donner des preuves de cc fait-là.

(B) Il choisit ce dernier parti.'] Il y a quelque apparence qu’il se porta à cette bassesse par ces deux raisons.

Premièrement , il ne voyait rien à espérer du jugement de son procès; il s nc pouvait le gagner, sans que Luther lenoand par 1 bornas .Muucer, etc (7 ’-

, que 1 ou prorogeait dans le comté de Mansfeld Jean Agricola , dont il avait été maltraité par des médisances publiques (6). L auteur augmenta de plus de quatre cents proverbes son ouvrage, dans la seconde édition. Il fit des Commentaires sur saint Luc ; il réfuta l’explic ation du psaume dix-neuvième , publiée en al-

fût déclaré calomniateur de ses frères.

<*r, il aurait fallu être le plus crédule île tous les hommes pour espérer de

(1' Seckcndorf , Hist. Luib., lit. I,pag. 93 , ht. r.

(2) Ibid., pag. 343 , ht. c.

(3) Seckcndorf, Hiit. Lulb. , lib. II L PaS‘ 3o6 , num. 1.

(D; Il ne rentra pas dans la papauU.]

(4) Seckendorf , Hiit. Luther., pag. 3io , num. iti.

(5) Idem , lib. //, pag. s 35.

(li) Seckendorf, Hi.»t. Luther. , p. lit. b. (7) Mclch. Adam , Vit. Tbcolng. , pag. 4>>- * Jolr cite les titrer de trois autres ouvrages «/'Agricola.

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AGRICOLÀ.

C'est un fuit certain , qu'en sortant de Saxe il se retira à la cour de Brandebourg, et que l'électeur Joachim H qui avait e'tabli la reformation dans ses états , en l'année i539(8), le reçut honorablement , et le lit son prédicateur. Il n'est pus moins certain qu'il a joui toute sa vie de la faveur de ce prince : c'est donc une fausseté que de dire, comme font Melchior Adam et Paul Freher, qu' Agricola était papiste, tune pontijiciis sese adjurucrat , lorsque Charles-Quint se servit de lui pour la construction de V Intérim . 11 5c relâcha , je l avoue , sur bien des choses dans cet Intérim ; mais Phluget l'évèque de Sidon ne se relâchèrentils pas aussi sur bien d’autres? Etaientils pour cela luthériens? Le projet de ces trois personnes ne contenta ni les protestans ni les catholiques ; cela est très-sûr ; mais il y a une grande distinction à faire entre ceux qui , pour le bien de lu paix, abandonneraient quelques parties de la réformation, et ceux qui sortent actuellement de la communion protestante , pour outrer dans la communion de Borne.

Agricola était sans doute de cette première clas? . de gens; mais, n’ayant pas été de K seconde , il ne doit point passer pour papiste. Trouvez donc une faute «tans ces paroles de Micnelius :

J oh. Agricola — noster primo, deindè suus , tandem Ponlificiontm (9). Je ne sais si , quand il dit trois lignes après , l inniim Epicurœo similior quant pio Théo logo, ut scribit Osiander ad annum i566 y quo obiit Agricola , il entend un homme voluptueux ou un homme qui tenait l'indifférence des religions.

(8) Seclendorf, Mist. Luther., lib. III , pag.

(9) Micneliuj, Syotagm. Eccleii* , pag.

AGIUCOLA (Michel), ininisluthérien , à Abo, dans la :lande , est le premier qui a duit le Nouveau Testament en langue du pays, ce qui contrila beaucoup à la propagation luthéranisme (a).

(a) Ex Micnvlio, H ut. Ecclesia»!., p. ?33.

AGRICOLA (Rodolphe) a été u u des plus savans hommes du

quinzième siècle *. LTtalie , qui en ce teraps-là traitait de barbare tout ce qui était au delà des Alpes , n’avait rien à quoi la Frise ne pût comparer son Agricola, sans avoir peur d’étre vaincue. Ce grand homme était de basse naissance (A) : il naquit environ l’an i44?., dans le village de BaJJlon, k deux milles de Groningue. Il fit connaître dès les basses classes ce qu’il serait un jour; et à peine avait-il reçu le degré de maître ès arts à Louvain , qu’il aurait trouvé une chaire de professeur s’il avait eu cette envie : son inclination le porta plutôt à voyager. Il passa de Louvain à Paris , après avoir vécu dans la première de ces deux villes comme un athlète; je veux dire avec beaucoup de sobriété , de chasteté et d’application au travail (B). De Paris , il alla en 1 talie , et s’arrêta deux ans à Ferrare (C) , où le duc le gratifia de plusieurs bienfaits. Théodore Gaza expliquait Aristote dans cette ville. Agricola, qui fut l’un de ses auditeurs , se fit entendre à son tour, et ne fit pas moins admirer son style que son accent.

On avait du chagrin en ce payslà qu’un tel homme ne fut pas né en Italie. Il n’eut tenu qu’à lui, lorsqu’il eut regagné son pays natal , d’y occuper des charges considérables ; mais l’amour des livres l’empêcha de songer à ces sortes d’établissemens : on l’en retira bientôt. Il avait accepté enfin une charge dans Groningue , et il suivit la cour de Maximilieu lor. pendant six mois pour les affaires de cette ville. Il s’ac-

* Joly annonce que son nom allemand était Cruniugon.

quitta heureusement de sa commission , et n’eut pas beaucoup de sujet de se louer de la gratitude de ses maîtres : aussi les laissa-t-il là et se remit à voyager. 11 n’avait garde, amateur de sa liberté comme il l’était , d’accepter la principalité de collège que ceux d’Anvers lui offrirent.

Comment l’aurait - il acceptée , puisqu’il avait refusé d’entrer , sous des conditions très-avantageuses , chez l’empereur Maximilien ? Il préférait le repos et l’indépendance à toutes choses ; c’était avoir le goût bon. Après avoir mené une vie fort ambulatoire , il se fixa au Palatinat , où l’évêque de Worms , auquel il avait enseigné le grec, trouva le moyen de l’arrêter. Ce fut l’an 1482 qu’il alla au Palatinat; il y passa tout le reste de sa vie (D) , tantôt à Heidelberg, tantôt à Worms.

L’électeur palatin se plut à l’entendre discourir sur l’antiquité , et souhaita qu’il composât un Abrégé de V ancienne Histoire.

Agricola le fit en habile homme.

Il lut en public à Worms; mais ses auditeurs , étant plus faits aux chicaneries de la dialectique qu’aux belles— lettres , n’avaient pas le tour d’esprit qu’il souhaitait. 11 commença d’étudier en théologie à Page d’environ quarante ans ; et n’espérant pas d’y réussir sans l’intelligence de l’hébreu , il s’attacha à l’étude de cette langue; et , avec le secours d’un Juif, il commençait à y faire de bons progrès (E). La mort qui le vint saisir à Heidelberg , le 28 d’octobre i q 85 (o), ne lui donna pas le temps de

(a) Krasme avait donc rte trompe , lorsqu'il avait oui dire f/u’Agricola mourut avant

continuer. Il se résigna chrétiennement aux ordres d’en-haut, et fut enterré en habit de cordelier dans l’église des Frères Mineurs de cette ville. La description qu’on a faite de son caractère peut persuader aisément que c’était un fort honnête homme, franc, sans envie, modéré, de belle humeur. 11 ne se maria jamais , quoiqu’il eût aimé ou fait semblant d’aimer quelquefois. Il avait en ses jeunes ans résolu de se marier; mais, après avoir examiné profondément ce qu’il allait faire , il abandonna ce dessein , non pas tant par la crainte des incommodités domestiques , que par une certaine paresse naturelle qu’il se sentait (F), qui le faisait succomber aux moindres soins. On 11e dirait pas qu’un homme aussi enfoncé que lui dans les études de l’antiquité ait su chanter sur les inst rumens les chansons qu’il faisait lui-même; cependant il donnait quelquefois ce régal aux dames (G). Un prétend que sur le chapitre de la religion il avait senti quelques avant-goûts delà lumière qui parut au siècle suivant (II). Il laissa ses livres à Adolphe Occo, natif de Frise , et médecin de la ville d’Augsbourg (b). M. Moréri n’a pas eu raison de dire qu’Érasme et Agricola firent connaissance à Ferrare (I). Le sieur Paul Freher n’a pas entendu tout ce qu’il a copié d’Érasme (K) à la louange d’ Agricola. Nous apprenons du même Érasme qu’ Agricola mourut pour n’avoir pas été secouru

l’âge de (/tmrante ans. Adagior. , G Ij il. I , Crni. IV , nam. 39.

(b) Tire de Meichior Adam, Vil. Philo».. paj. i3 et suiv.

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