TOME I
(C) Malgré les oppositions... d'une partie des docteurs qui la composent .] Voici quelques extraits d un imprimé qui a pour titre : L'Affaire de Marie d' Agreda , et la manière dont on a cabale en Sorbonne sa condamnation
(15) . C’est une lettre d’un anonyme à un anonyme. L'odeur de sainteté dans laquelle est morte celle bonne religieuse , et la canonisation <jue l’on poursuit en la cour de Rome ,m avaient donné une si haute idee de sa personne , que je fus surpris d'apprendre que la faculté de Théologie de Paris s assemblait pour condamner ses ouvrages. C’est ainsi que parle l’auteur
(16) . Après cela , il suppose que c'éloient quelques âmes vénales , qui , à sollicitation de trois prélats , ausquels ils sont dévouez , en poursuivoient la condamnation (17). « En vojci toute » l’intrigue , continue-t-il (18). Mon- » seigneur ***, prélat plus attaché » aux sentimens de saint Thomas , » qu’un jeune jacobin qui ne doit ju- » rer qu’tu verba magistri , n’a pu » souffrir jusqu’à présent que la fa- » culte ait donné avec tant de préci- » pitation dans l’immaculée Coucep- » tion de la Vierge. La haine qu'il >• portoit au F. Thomas Croset , récol- » let et traducteur de ce livre , causée » par le rapport qu’on lui avoit fait » de ce que le traducteur avoit dit con- » tre lui , après le refus qu’il lui avoit » fait d’une station dans sou diocèse ; » et l’envie de dédommager A..., im- » primeur du roi , demeurant à pré- » sent ici , de la perte considérable » qu’il avoit faite sur ses ouvrages , » et qui avoit pris l’impression de ce » livre, imprimé chez a... demeurant » à Marseille , furent le fondement du » trouble qui est dans la faculté ; car, » pour faire vendre un livre , il suffit p qu’on le veuille condamner. Chai> cun y court comme au feu ; et ce » livre qui ne valoit que ao s., A...
>» le vend 10 liv. , sans ce qui s’en » débite sous le manteau d'une impression contrefaite. Ce prélat, pour » réussir mieux dans son dessein, pré- » vint monseigneur... , prélat des plus
(i5) Quoiqu'on marque au litre qu'un l'a imprimé a Cologne , l'an , je croit qu'il a
été imprimé à Paris. C'est un in la ic tps pag.
(16; Pag- 3.
(17) Pag. la.
(18) P «g- i3 et suie.
274 AG K EDA.
» modérez du royaume : tous deux se » joignirent à monseigneur.... , d'un » génie fort médiocre et susceptible » de prévention , donnant dans la cé- » rémonic et dans la bagatelle : il faut » que vous remarquiez que ces sei- » gneurs se tiennent tous par la main.
» Ces triumvirs parlèrent donc à leurs » créatures e* gagnèrent M. Lefèvre, » syndic de Sorbonne ,» qui proposa a.
la faculté , le an mai , le livre de Marie d’ Agreda. On nomma des députés pour l’examiner. Ils / apportèrent (19) soixante-huit propositions , qu'ils qua lifièient d’hérétiques , de téméraires , de scandaleuses , et qui offensoient les oreilles chastes. Elles furent imprimées avec les qualifications des députés , et distribuées à messieurs les docteurs (20) pour y dire leurs sentimens h la première assemblée (21). Le père Méron , cordelier , dont nous avons de très-beaux ouvrages , tant de philosophie que de chronologie , supplia la faculté de vouloir ne pas se précipiter dans la condamnation d’un livre , dont le souverain pontife s’etoit réservé la cannoissance , et avoil député des cardinaux qui l’ examinaient a présent (22).... La cabale se déchaîna contre lui ; et il fut contraint de dire que , si l’on passoit outre , sans avoir egard a sa supplique , qu'il appeloit die tout ce qui se Jeroit contre ce livre au pontife. 11 déclara néanmoins que , si cet appel blessoit en quelque manière les droits de l'église gallicane , il s'en désistait (23). Depuis ce jour-là, jusqu’au temps de l’assemblée , on mit en usage plusieurs brigues. Le jour de Rassemblée venu , messieurs du Saussoy et Gobillon condamnèrent le livre (24). .. « mais M. le Caron mon- » tra qu’il n’y avoit rien qui méritât » d’estre censuré , ce qu’il appuya de » bonnes raisons. Chacun eut ses par- » tisans , qui parurent dans vingt- » neuf assemblées consécutives. Le # » syndic baptisa ceux du parti de M.
» le Caron , A gredins , nom qui !e#r » reste. » L’afiàire fut conclue le 17 septembre. On ciia dans la salle de
(19) Dam V assemblée du a de juillet. Li même, a8.
(ao) Là même , pag, 39.
(ai) Indiquée au 14 du mois de juillet.
(aa) Us même , pag. 3o.
(a3) ÂfV.»»re de Marie d’Agreda, pag. 3i.
(ai}) Là même, pag. 35 , 3 fi.
l'assemblée , d'une telle manière , qud sembloit qu'on fusl dans une halle (a5).... Le lendemain , messieurs du Lias et du Mas , cy-devant conseillers au parlement de Paris , protestèrent de nullité contre la censure , et firent signifier leurs protestations au doyen et syndic de la faculté , qui subsiste , ne s’en estant pas désistez par aucun acte (26). Depuis ce temps , le syndic et les députez se sont assemblez , et ont fait une autre censure
qui fut lue le premier octobre ; mais auparavant la lecture , monsieur le syndic fit savoir a la faculté l’opposition qui lui avoit esté signifiée par ces deux messieurs. Il dit de plust que monseigneur de Paris , les ayant fait venir dans l’ archcvesché , les avoit convaincus par de si bonnes rations ,
Îiue monsieur l'abbé du Mas s’y estait aissé aller , et qu’il estoit sür que lorsque monsieur du Ftos auroit ouy la lecture de la censure comme elle estoit , U y donnerait les mains. L'on lut donc U ouvrage du syndic , et l’on fut surpris qu il y avoit des propositions nouvelles et censurées , dont on n’avoit point entendu parler dans la faculté , qu'on en avoit retranche plusieurs condamnées , etc. (27). Mes lecteurs jugeront ce qu’il leur plaira de ces extraits.
( D ) Que la prévision de ce scandale obligea la compagnie h insérer dans son acte une déclaration .] « Elle » a fait , avant toutes choses, une pro- » testât ion solennelle , qu’elle ne pré- » tend rien diminuer par cette censure »du légitime culte que l’Église ca- » tholique rend à la sainte Vierge; 11 qu'elle f honore comme mère de » Dieu; qu’elle a uneconGance parti- » culière en son intercession ; qu'elle » se tient au sentiment de ses pères » touchant la Conception immaculée , » et qu’elle croit son Assomption au » ciel en corps et en âme ( 28 ). >• L'auteur de la lettre dont on a vu des extraits dans la remarque préccdente , dit que la censure , où l'on a établi pour dogme la Conception et l'Assomption delà V ierge , fut faite par le syndic et les députés , depuis
(l5) Lit même , pag. ï~.
(36) Lh même , pag. 38.
(a^) Là même , pag. 3g.
(a8) Journal de* Savait» , novembre itxjfi , p- 716, 7*7.
agreda.
que le corps de la faculté eut mis la dernière main au jugement (29). Cela montre que Ton u’eut pas le courage de publier la censure de la faculté , sans y joindre des préservatifs ; et parla , nous pouvons connaître à quels périls on ssexpose , quand on désapprouve les erreurs les plus palpables qui amplifient les honneurs de la sainte Vierge. On s’expose , non-seulement à l'indignation des peuples , mais aussi à celle des moines et de plusieurs autres ecclésiastiques. On cherche donc des moyens de parer le coup par des préfaces étudiées (3o).
Quelle servitude! et qu’elle fait voir ue le mal est incurable! Ce que Titeive disait de la république romaine convient aujourd'hui à l’Église de ce nom : Labente deindè paulatim discipliné , velul desidentes primo mores scquatur anima : deindè ut m'tgis magisque lapsi sint , tltm ire cœperint prœcipites , donec ad hœc tempora , qui bus nec * ntia nostra nec remedia pâli possumus , perventum est (3i).
Elle ne peut souffrir , ni le mal , ni le remède. L’ouvrage de Marie d’Agreda est manifestement plein de fables, et de doctrines absurdes; cependant, comme il favorise les fausses idées que l’on veut avoir de la dignité éminente et du pouvoir illimité de la sainte Vierge , il faut se servir de toutes sortes de machines pour venir à bout de le censurer dans Paris. L’auteur de la lettre (3a) fait plus de tort qu’il ne pense à soa église et à sa nation , lorsqu'il étale les brigues qui ont été employées par ceux qui voulaient faire censurer la Cité mystique de cette abbesse espagnole. 11 n’eût point fallucabalcr, si les esprits n’eussent été dans un endurcissement prodigieux ; il n'eût point fallu recourir à des adoucissemensf La censure aurait été faite du bonnet, et personne n’en eût murmuré. Tous les tribunaux de l’inquisition eussent prévenu la faculté de théologie de Paris , au lieu
(39) Affaire de Marie d'Agreda , pag. 3o.
(i*>) Note* que , par rapport aux dévots , or* d Appliqué suret sujet ces deux vers de H, Des préaux ;
Un auteur à genoux, «Un* une humble préface, Au lecteur qu il ennuie a beau demander grâce.
(3i) Lieio*, Hiitonar. lib. f , initio.
f'S'*) Dont on a rapporté le titre au commen rement de ta remarqua (C).
qu'ils sont tous demeurés muets jusqu’à présent , si je no me trompe , eux qui sont si alertes à condamner les ouvrages qui s’opposent tant soit peu aux traditions les plus douteuses, mais favorables à l’augmentation du culte des saints (33),
Notez qu’il y a une raison particulière qui peut obliger la Sorbonne à quelque ménagement, et l’exposer aux oppositions de plusieurs docteurs.
C’est qu’on a tiré tant de conséquences de l’épilhète de Mère de Dieu , qu’il n’y a presque point de pensée outrée touchant l’excellence et le pouvoir de la Vierge, qui ne puisse être en quelque façon soutenue par les argument ad hominem que ces conséquences fournissent. On vous mène de degré en degré presque partout où l’on veut : les subtilités des scolastiques vous désolent ; si vous recuîez , on vous convainc d’inconséquence.
De là est venu que ceux qui se sont piqués de raisonner conséquemment, et de favoriser tout à la fois la dévotion populaire, ont mieux aimé s’avancer toujours de plus en plus que de reculer. Et néanmoins, leur système n’est pas encore d’une figure régulière : il y manque la divinité de Marie au sens littéral ; puisque , selon l’ordre , la mère de Dieu doit être déesse , et univoquement de même nature que son fils. Elle le serait, si l’on voulait adopter l’imagination du cavalier Borri (34); mais on l’a condamnée. Un jour viendra peut être qu’on en connaîtra la nécessité , et qu'on carrera par ce moyen la ligure irrégulière. C’est le vœu , croit -on , de beaucoup de gens (35). Tout est possible en ce genre-là , sous certaines circonstances , comme vous diriez la combinaison des intérêts temporels et des intérêts spirituels. Tout passe , lorsque les princes concourent avec les chefs d’un parti ecclésiastique , pendant certaines dispositions des affaires générales.
Finissons par dire que si la faculté
(33) T.et Acta Sanclorum des jésuites iP Anvert ont été condamnés par l’inquisilion de Tolède,
(34) T" oret la remarque (B} de l’article Boami , et le texte de cet article , un peu au-dessus de C endroit auquel se rapporte cette remarque.
(35) O ti angulut Me
Proximut accédai , qui nunc déformât
kgtUrnm •
Moral Sal. s~l , lib, 1 1 , et. 8.
s RICOLA.
Je théologie Je Paris a espéré que sa censure ôterait Ju chemin de ceux qu’on nomme nouveaux réunis une pierre d'achoppement, elle s est trompée ; car les oppositions qu'il lui a fallu surmonter dans son propre corps, et le mécontentement qui a éclaté après la publication de la censure , ont beaucoup plus scandalisé les réunis, que la censure n’aurait pu les édifier. Outre que leur grand sujet de scandale est tout entier dans la préface de cette censure : préface qui est un signal élevé de la continuation d’une controverse capitale, je veux dire d'un culte dont les excès ont excité quelques curieux à philosopher pour en découvrir l’origine (36).
(36) Voyet la remarque (N) de l’article N**-
TOaioi.
AGRICOLA. Un nombre presque infini d’auteurs portent ce nom ; mais comme il n’y eu a que trois ou quatre qui me soient lin peu connus, je ne parlerai que ae ceux— la.
AGRICOLA (George) , médecin allemand , excella dans la connaissance des métaux. Il naquit à Glaucha , dans la Misnie, le 9.4 mars 1 494 - Les découvertes qu’il fit dans les montagnes de Bolieme , après son voyage d’Italie , lui donnèrent une passion si ardente de connaître à fond tout ce qui concerne les métaux , que lors même que par le conseil de ses amis il se fut engagé à pratiquer la médecine à Joachimstal (a) , il donnait le plus de temps qu’il pouvait à l’étude des fossiles. Pour mieux satisfaire cette passion , il se transporta à Chemnits, où il s’appliqua tout entier à cette étude. Il v dépensait non - seulement la pension qu’on lui avait obtenue de
(a) C'est-à-dire , la vallée de Joachim.
C’est une ville de Misnie.
Maurice, duc de Saxe , mais aussi une partie de son bien ; de sorte qu’il remporta de ses travaux beaucoup plus de gloire que de profit. Il composa plusieurs ouvrages sur la matière qui lui tenait le plus au cœur, et quelques autres sur divers sujets (A). Il examina ce que Budé, Léonard Porcius et Alciat avaient observé touchant les poids et les mesures , et y remarqua bien des fautes. Alciat se voulut défendre et n’v trouva point son compte.
Bodin soutient qu’en comparaison d’Agricola les Aristote et les Pline n’ont été que des aveugles sur les questions métalliques ( b ).
Il ne faut pas oublier que lorsque le duc Maurice et le duc Auguste allèrent joindre en Bohème l’armée de (Îharles-Quint , Agricola les servit pour leur témoigner sa fidélité , quoiqu’il fallût qu’il abandonnât le soin de son bien , ses enfans, et sa femme qui était enceinte (c). Il mourut à Cbemnits le 21 novembre i555, trèsbon papiste. L’ardeur avec laquelle il combattit sur ses vieux jours la doctrine protestante , dont il n’avait point paru fort éloigné au commencement (B) , le rendit si odieux aux luthériens,
qu’ils le laissèrent cinq jours sans sépulture (C). Il fallut qu’on allât tirer de Chemnits ce cadavre , pour le transporter à Zeits , où il fut enterré dans la princier) Bodin, in Melhod. Hisl. l'oyez dans Pope Blount, Censura celebrior. Authorum. pas?. 4*3 , tin grand nombre d’éloges trèshonorables t/’Agricola.
(ci tïxore preegnante cum dulcissimis bberis domi relut à , fortunis cliarn omnibus posthabitis , citm jusjunutdum , quo eis erat devine tu s , nullo modo negligendum putareS. incxercitii corutn penè senex mihtavit. )I#Ich. Adam, Vitsc Nedic. , pag. 79.
pale église (d). Voilà des fruits du zèle aveugle (D).
(</) ld. ibid. , pag. 77 et scq.
(A) II composa plusieurs ouvrages sur la matière qui lui tenait le plus au cœur, et quelques autres sur divers sujets.'] Voici les titres de quelques-uns : De Ortu et Causis Subterraneorum.
De naturd corum quœ ejfluunt ex Terril. De naturd Fossilium. De medicatis Fonlibus. De sublerraneis Animantibus. De veteribus cl no vis Melallis. De re Mctallicd. Je compte pour un ouvrage de politique , sa Harangue de Bello Turcis inferendo (1); pour un ouvrage de controverse , son Traité de 1 raditionibus A nosloiicis ; et pour un ouvrage de médecine, son Traité de Peste. Mclchior Adam ignore si ces deux derniers ouvrages ont jamais été imprimés : je l'ignore aussi , quant au traité de controverse j mais je sais que l’autre parut à Bâle, l’an 1 55^ , et qu’il avait été depuis imprimé deux fois avant mie Mclcnior Adam publiât son livre. Voyez Alcrcklin dans son Lindenius renovnlus.
(B) Il n avait point paru fort éloigné1 au commencement , de la doctrine protestante. ] Il avait désapprouvé , non-seulejnent le trafic sordide des indulç jences , mais aussi plusieurs autres cnoses. Voici quatre vers de sa façon, qu’on afficha en l’an iàig dans les rues de Zwickaw (a)$ ils regardent les indulgences de Borne :
Si not injecta talvabil cittula nuinmo ,
Heu nimi'um infelix tu mihi pauper erit !
Si not , Chritie , iud servalo t morte beatli , Jam mhil inj"elix lu mihi pauper erit.
Melchior Adam a cru que quatre choses empêchèrcut la conversion d’Agricola. i° Les écrits téméraires de quelques théologiens. a° La vie scandaleuse de quelques sectateurs de la réforme. 3° Le brisement des images et la révolte des paysans. 4°- L’inclination naturelle qu’il avait pour la pompe des cérémonies (3). De ces quatre choses , les trois premières dégoûtèrent entièrement Erasme du parti des protestans. Un grand nombre d’autres personnes qui avaient soupire après la réformation de l’Église, s’achoppèrent
(Q Imprimé a Ticile , Pan i5J8.
(a) H J enseignait le grec.
.Main , Vit. Mudicor. , pag. 80.
au même piège qu’Erasrae ; et de là vient que Théodore de Bèze rencontre tant de personnes dans son chemin , qui avaient d’abord goûté la bonne semence, et puis s’étaient replongées au bourbier {\). Quand on parle de cela à des gens qui peuvent entendre raison , on les voit dire que dans l’état où étaient les choses , il n’y avait pas moyen de se soutenir ni de s’avancer avec un style débonnaire , et par la
Sure patience \ et qn’ainsi la Provience de Dieu, dont les voies sont tou-
I'ours infiniment sages , laissa voir 'homme dans le grand ouvrage de la réformation ; afiu de parvenir plus naturellement à son but , qui était , comme l’expérience nous l’apprend , d’empêcher qu’gucune des deux religions n’achevât do ruiner l’autre»
L’est bien dit. 11 y a certains moyens qui , par cela même qu’ils sont fort propres à faire la moitié de l’œuvre , sont incapables de la faire toute.
(C) Ils le laissèrent cinq jours sans sépulture. ] Scaliger a condamné avec raison cette conduite. Agricalamy ditil (5) , quo nihil doctius , Lutherani mortuum sepelire noluerunt , quia manserat Ponti/îcius. I talus quidam scripsit et hortatus est , ut sepchrenl hominern christianum ; barbaries magna. Je n’oserais soutenir qu’il est faux qu’un Italien ait exhorté par une lettre à cet office d’humanité ; mais je n’y vois aucune apparence : la mémoire de Scaliger ou celle de ses pensionnaires ont confondu apparemment les objets. 11 y a une lettre de Matthiole , où il fait ses doléauccs de ce qu’un véritable vieillard tel que George Agricola n’avait pu trouver dans sa patrie autant de terre qu’il en fallait pour epuvrir son corps. Id.
Matthiolus ad Caspar. IVcevium Med.
( lib. a. ï'pisL) queritur , hune prœclarum probumque seneni in patrid t intum terrœ non invemsse, quo suum operiretur cadaver. (6). Décela on a pu forger qu’un Italien exhorta par une lettre ceux qui avaient le corps de ce savant homme à l’inhumer. Qu’ou ne s’étonne point que je fasse peu de cas de ce que dit ici le grand Scaliger ; car quel fond pourrais-je faire sur lui concernant Agricola , puis-
(4) Voyez son Histoire de« Egliie*.
(5) In Scaligerani», pag. 5.
(6) ?It!ch. Adam , N it Mctlicor. , p-’ÿ- 80.
qu’il avait dit un autre jour que c’était un grand impie qui n’avait mérité qu’à peine d être enterré ? IVon minus eruditus et in ccnsendd melallorum naliud curiosus Juil quant verè impius , nulli add ictus re/igioni , ut post mortem vix sepeliri meruerit (7).
(D; f^oil'a des Jéuits du zèle aveugle. ] 11 n’y a point aujourd’hui de protestant qui ne condamne la conduite que l'on tint envers ce cadavre; et je ne doute pas que dès ce temps-là la plupart des luthériens ne la condamnassent. Melchior Adam paraît en jeter toute la faute sur le ministre du lieu. Il est maintenant plus aise de voir le désordre de ce faux zélé ; le temps a calmé les ressentimens qui , comme des tempêtes impétueuses , dérobaient la vue du ciel :
Eripiunt subitb nubrt cctlumque diemque
Teucrorum ex oculis : ponlo nox incubai ait a ,8).
A quoi ne se porte- t- on pas pour user de représailles , et lorsqu’on a sujet de parler ainsi ?
R es dura , el regni novilas , me lalia cogunt
Mvltri (g ).
Le sieur Freher remarque qu’Agricola se mit tellement en colère dans une dispute de théologie, qu’il gagna une lièvre chaude qui l’emporta (10). Il ne cite que Melchior Adam , qui n’en dit rien. Il faut croire qu’Agricola avait irrité les luthériens par des marques d’une aversion excessive. Pierre Albinus le représente (11) comme un catholique romain obstiné. Comparez cela , je vous prie, avec le premier Scaligerana.
(7) Scaligerana prima , pag. r3.
(8) Virgil. ÿF.nriii. , lib.' /, vs 88.
(9) Dido aputi 'Virgiliurîi, Æn. lib. /, vs. 563.
(10) Paul. Freheri Theatr. Yitor. Illuitr. , p.
ia38. *
(11) Dans la Chronique de Mitnie.
AGRICOLA (Jean), théologien saxon , né à Islèbe ( a ) le 20 d’avril i4t)2 (/;) > ne causa que des désordres dans la religion protestante qu’il embrassa. On
(a) Ville du comté de Mansfeld. Il riait aussi connu sous le nom de (Pislebius que sous celui rf Agricola.
(/*} Melch, Adam, Vit. Theologor. , pog.
a dit qu’il avait suivi l’électeur de Saxe en qualité de son ministre à la diète de Spire , l’an 1 5^6 , et à celle d’Augsbourg , l’an i53o ; mais il est sûr qu’il ne fit ces deux voyages qu’en qualité de ministre du comte de Sfansfeld. Il est vrai que ce comte les fit avec l’électeur de Saxe , et que pendant ce terapslà son ministre prêcha quelquefois devant l’électeur, et voilà l’origine de la méprise. Açricola ne réussit pas mal «à prêcher ; cela lui fit croire qu’il était un
chthon. C’est pourquoi il écrivit contre lui , en 152-7 (c). Son humeur inquiète et ambitieuse l’eugagea , en 1 536 , à demander permission de sortir de sa patrie, où il exerçait le ministère et la principalité du collège. Sa demande fut accompagnée de plaintes, et parut si déraisonnable au comte de Mansfeld , qu’il n’obtint son congé qu’avec de fâcheux reproches d’ingratitude , d’avarice et d’ivrognerie; outre qu’on lui dit qu’il avait exercé sa charge négligemment , et plus disputé contre les évangéliques que contre les catholiques. 11 s’en alla à Wittemberg, et y obtint une chaire de professeur et de ministre. 11 enseigna des doctrines
S eu édifiantes touchant l’usage e la loi sous l’Évangile; en un mot il devint fondateur de la secte antinomienne (d). Luther, qui avait été son bon ami (A) , l’attaqua bien rudement , et l’obligea à promettre qu’il rétrac-
(c) C’était touchant le formulaire de lu V isite ecclesiastique, dressé par Melani F. thon.
(d) Voyez Partir h IslÉbievs.