COLA
très-docte en hébreu , hcbraicè doctissimus (lu): on peut, sans faire injustice, dégrader ce superlatif, et le traiter comme un cavalier que l’on démonte , pour l’incorporer dans l’infanterie. Gesner a mieux distingué que Vossius : celui-ci a mis le superlatif au latin, au grec et à l’hébreu d’Agricola, indifféremment; mais voici comment Gesner s’est exprimé : Grœci et lalini sermonis peritus , et Ilebrcïcœ i nguœ non ignarus (i3). Il emprunte de Trithème ces paroles. Konig enchérit sur Vossius; car il se sert du superlatif callentissi mus. Voyez ci-dessous la troisième faute de Varillas. Remarquons aussi que Tri thème ne parle point exactement lorsqu’il assure qu’Agricola avait fait une traduction du psautier sur l’original hébreu ( 1 4) > car on ne met point parmi les ouvrages d’un auteur les thèmes qu’il fait en apprenant une langue. Or, i! est manifeste que la traduction que faisait Agricola de
Suelqucs psaumes de David , éfait un lème que son Juif lui corrigeait. Ce Juif s’était converti à la religion chrétienne. Jean d’Alburg , évêque de Worrns ( 1 5) , ne l’entretenait cne2 lu» que pour l’amour d’Agricola , si nous en croyons Valère André : Primus exsulantes è Gcrmanid grœcas résiliait lifteras, quibus œtate proveclior etiam Hebraïcas adjecit , prœceptorc usus Judæo quodam ad Jidem conversa, quem IV ormaliensis episcojms Joannes d’Alburgius, solius Uodolphi causa, domi suœ alebat (16).
(F) Par une certaine paresse naturelle qu’il sc sentait. ] Comme je ne saurais atteindre à la force de ses expressions , je rapporterai les mots grecs dont il se servit : Uxorern nunquam duxit : quanquam in priore œtate ducturum destindrat. Sed posteaquam incepii diligentiüs se ipse inlrospicere , a ver sus est ab eo consilio , non incommodis rei œconomicce , sed delerruit ipsum genus vitœ suce et animus levissimis etiam curis impar , x<t\ fixaVu^o?
ti t»ç qvTioef ( verba sunt ipstus , eptstoldquddam ad Capnioncm) üyt p£ xx»x
(ia) De Hislor. Latin., pag. 5 66.
(i3) Gesncri Bibliotb. , folio 585.
04) j Ipud V*lerium Andr. , Bibl. Bclg. , p - *<)8. Gesner l'a*<urc aussi.
(i5) El non d' Heidelberg , comme dit Bullarl, Academie des Scienc., tom. I , pag. 2‘0.
(it*) Yalcr. Anürcii , BibJ. BelR. , pag- 1<3&-
AG K ï COL A.
#01/(17). questions de la grâce. La langue grec-
(<») IL donnait quelquefois ce régal que n’est- elle pas une des plus nobles aux dames. ] Voici comme parle son parties de la littérature ? Je ne sais où historien : Puellas amure se nonnun - M. Moreri a lu qu’AgricoIa fut syndic qukm simulabat , verüm nunquàm de- de la ville de üroningue pendant pcribat. In earum gratiam vernaculâ deux ans *.
lingud quœdam carmina scripsit ele- (K) Tout ce qu’il a copié d’Érasme ganlissimèt quœ virginibus primariis- (21).] il applique à notre Agricola ce que amicis prœsentibus voce et testa - qu’Érasme a dit d’un antre. 11 faut dine rnodulatissirnè cane b al (18). Il en- savoir qu Erasme , ayant bien loué tendait toute sorte de musique : Ca- Agricola, confesse qu’une des raisons nebat voce ,flatu,pulsu (19). qui le rendaient si enclin à lui douner
(H) Quelques avant-go dis de la lu- des éloges, était que lui Érasme avait tnière qui parut au siècle suivant. ] eu pour maître un homme (22) qui Quelqu un qui avait ouï discourir en- avait été disciple d’Agricola (a3). Là- Ire eux Agricola et Wcsselus térnoi- dessus , il nous étale le mérite de cet gne qu’ils déploraient les ténèbres de homme, et il dit entre autres choses FEglise, et qu’ils blâmaient la messe, que l’envie même ne le pourrait crile célibat, et la doctrine des moines tiquer en chicanant, que d’avoir trop sur la justification parles œuvres(ao). méprisé la renommée , de s’être peu
(I) M.'Moréri na pas eu raison de soucié de l’a venir, et de n’avoir rien dire qu Erasme et Agricola firent con- écrit que par formed’amusement. Frcnaissance à Ferrure. ] La preuve en her rapporte cette remarque, comme est facile à donner. Erasme naquit si elle concernait Agricola : par où il l’an i4*>7- Il étudiait à Deventer à attribue à Érasme une fausseté* car l’âge de douze ou treize ans. Agri- les œuvres d’Agricola recueillis en un cola était à Ferrare, l’an 1476 et 1477, corPs (2$) , et imprimés à Cologne, Comment donc aurait-il pu contracter l’an 153g, fout foi qu’il a écrit heaudans cette ville une amitié éternelle coup de choses gvec soin, et avec avec Érasme ? Si M. Moreri avait lu le toute son industrie.
prognostic d'Agricola touchant Éras- (L) Il mourut pour n avoir pas été me, il n’aurait pas dit que ce fut à secouru assez tôt des médecins ] Voici Ferrare qu’ils se connurent. Agricola ce qu’Erasroe nous en apprend • on ne était revenu d’Italie, lorsque, ayant lu sera pas fâché de le voir dans ses proies thèmes des écoliers d’Hegius à près termes : Feluli si quis in morbo Deventer, il trouva je ne sais quoi capitali medicum opperiatur insignem dans celui d’Érasme , qui lui donna aut procul accerscndum ; quœ res hoenyie de voir cet enfant: et après l’a- minent ilium verè divinutn extinxit voir bien considéré , il dit que ce se- Kodoiphum Agricolara $ elenim, ditrn rait tin grand homme. Erasme n’avait cunclalurmedicus , morsantcvcrlit(25) pas vingt ans lorsque Agricola mou- (M) M. f^arillas nous fournira ici rutj et il n étail point encore sorti des bien des fautes.] 1®. Agricola , dit-il ténèbres où des tuteurs impertinens (26), eut la mémoire si vaste, qu’il ne lui l’avaient détenu : il ne pouvait donc échappa jamais rien de ce qu'il avait pas y avoir entre lui et Agricola cette une fois retenu. C’est une hyperbole amitié dont M. Moreri parle. Voici, dont je ne trouve nul fondement dans pour 11’en faire pas à deux fois , quelques autres méprises de cet écrivain. • Joly reproche a Bayle de critiquer More- Agricola y dit-il, était savant en tout ri * e‘ dit lejdit du syndical est rapporte genre de littérature , et même en la lan- “fle,uoJ Adam ; mais M. Adam, ne parle
° P4** de sa duree de deux ans.
guegrecque.C est comme SI i on disait, (ai) Dan, son Theatrum Viror. erndilor. p. un tel est savant dans toutes les vas - *43°-
COttt DP Ptl nt* ni A »l< y* <|A / la «w a m ta, /
W) Parles soins r/'Alard d'Amsterdam. Elles
• Adagiorum Cliiliadr I,centur. IV,
(18) Melcti. Adami Vil» Pltilosuoh. , pag. 18.
(19) Ibid.
(?o) Ibid., et Vjt» Profr-torum Groningen»
nam. 6a , pap. 70 i. ’ *
(*6J VariUas, Anecdote* de Florence, p. 184.
l’histoire de ce grand homme, encore c’est une apostrophe à Agricola, heque l’on s’y soit fort e'tendu sur ses braïcas ,grœcasque lillcras usque adeà t^lens. Aurait-on oublié celui-là, qui stupendd celeritate , ut ncqunquam est le plus extraordinaire qui se puisse Gruningiœ in ullimd Frisid , sed Hievoir? a0. U devint savant jusqu’au pro - rosolymis Alhrnisque natus ac edudige, avec des livres d' emprunt, et sans catus a doctissimis crederére. Latinas maître. L’hyperbole est ici accompa- porro tanta jélicitatc didicisli, docuis gne'e d’une fausseté palpable : car tique , ut , etc. (3o). Voilà pourquoi , nous lisons dans sa vie, qu’il fut en- ce me semble , M. Varillas s’est imavoyé de très-bonne heure au college giné qu’Agricola apprit d’abord la (37) , et qu’après l’étude de la gram- langue hébraïque , puis la grecque , maire, il alla étudier à Louvain, oft il et enfin la latine . et qu’il composait logea au college du Faucon, et y fit et parlait souvent en nébreu 4°- ^ toutes les fonctions d’un écolier de fil un progrès si surprenant dans le philosophie : et il s’attacha d’ailleurs latin, qu rasme , si peu accoutumé à à quelques personnes qui avaient du louer en autrui les richesses qu' U nos-
Soût pour la belle latinité. A Ferrare, sédait , ne se pouvait lasser de l’adfut un auditeur assidu de Théodore mirer , principalement après qu’il eut de Gaza : Ibi Theodorum Gazam Arts- donné au public ses Commentaires , si totelis scripla enarrantem diligenter polis et si dignes du siècle d'Auguste , audivit (a8). II est bien vrai que dans sur la Rhétorique et la Logique d Arisses voyages il ne portait avec lui que tote. Erasme était si peu de chose peu de livres, et que laissant le reste lorsque Agricola mourut, que c’est de sa bibliothèque chez ses amis, il se mal chercher les progrès de son adservait de livres d’emprunt, selon qu’il miration , que de les chercher dans en avait besoin } mais, outre qu’il n’y les années qui ont précédé la mort a point d’homme de lettres qui n’en d’Agricola. C’est d’ailleurs un anause ainsi en voyageant, oserait -on chronismc que de dire que cet illusdire qu’Agricola a tout appris pen- tre Frison a vécu jusqu’au temps que dant ses voyages? 3°. Il commença la possession des belles-lettres empêses études par ou les autres avaient chait Erasme de les louer en autrui, accoutumé de les finir , c’est-a-dire , Voici encore deux observations Les par la langue hébraïque. Il la voulut Commentaires sur la Logique d’Arissavoiry non-seulement dans sa pureté , tote ne parurent qu’a près la mort de mais encore avec toutes les altérations l’autcdr. C’est Érasme qui nous l’ap-
Îue le temps et le raffinement des rab- prend, et qui dit meme qu’ils étaient insy ont produites. Il eut le même soin tronqués : Lalitabant apud nescio quos de s’introduire enta langue grecque... Commentarii Dialectices ; nuper in pu- Enfin y il se mit au latin , sans avoir blicum prodicrunl , sed mu£*/i(3i). A égard aux remontrances de ceux qui coup sûr, ce n’est pas dans cet 011prétendaient l’en dissuader , sur ce que vrage qu’on peut admirer le latin d’Al’ habitude d’écrire et de prononcer l hé- gricola, ni les manières polies du sièbreu semblait avoir introduit dans son cle d’Auguste. 5°. L’électeur palatin... esprit de l’incompatibilité avec les fit venir Agricola a Heidelberg ... lui phrases et les expressions romaines.
Où est l’homme qui puisse lire cela sans étonnement , s’il sait que notre Rodolphe n’apprit l’hébreu que peu d’années atantsa mort, et que lespro-
Srés cju’il y fit furent médiocres (29)? e m imagine que M. Varillas a été trompé par ce latin. Transisti enim ,
(37) Puer admoduth in ludum lillerarium mus tut. AiUmi Vite Ptiilo->oph. , pag. i3.
(a8) Ibid. , png. i5.
V»f)) Voyet ci-detfut la remarque (E), et joignet-j ces mots t/T-'.rasme : Exlremo vtlar lem pore ad litteras Ilrbralcas ... tolum animum appuierai. Ertsm. Adagior. Cbiliad. I. cent. Ir , num. 39 , pag- i45-
donna la première chaire pour l éloquence dans V université... et le fit son conseiller d'état. La Vie d’Agricola , ni parmi celles des professeurs de Groningue , ni dans Melchior Adam , ne dit rien de tout cela. C’est à l’évéque de Worras qu’elle attribue d’avoir attire Agricola au Palatinat.
(N) C’est celui de Invcntione dialecticâ. ] Voici une remarque qui m a été communiquée depuis la première édition. « Rodolphe Agricola n’a fait
(3o) l’anl. Jovius, F.legiorum cap. XXX.II -
(3t) Era»m. Adagior. CLil. /, seul. If , «»'»•
2c>. pag. i\5.
A G R ï PPA. 287
» nuis Commentaires régies sur la Lo~ » gique ni sur la Rhétorique d’Aiis* » tote. Nous n’avons de lui que les >» trois livres de /nventione dialecticd , m imprimée premièrement Hourtin, » l’an par les soins d’Alard
» d’Amsterdam , qui les publia en »i mauvais ordre, tels qu'il les avait » pu recouvrer. Quelque temps après»
» un certain Jacques le Febvre, de » Derenter, lit courir le bruit qu'il » avait un manuscrit de Invention* » dialecticd , plus ample de t rois li- » v res que l'édition de Louvain. C e- » tait un mensonge. A lard , qui alla » trouver exprès ce le Febvre à Uem venter, ayant vu son manuscrit , ne a le trouva ni plus ample, ni plus cor- » rcct , que celui sur lequel l'édition » de Louvain avait été faite. 11 en lit » des reproches à le Febvre, qui s’ex- » rusa comme il put, quoique assez » mal- Depuis l’an 1 5a8 , Pompée » Occo, ayant eu de la succession d Au dolphe son oncle le propre manu- » scrit d’Agritola, le mit entre les a mains d’Alard, qui , Payant reconnu 0 bien complet et bien conditionné , » le lit imprimera Cologne, in 4% avec » de long» commentaires , l’an i53g.
» Quelques années auparavant , Jean 3s» Matthieu PriMcmius , à qui Alurd » avait communiqué ma manuscrit , » l’axait fait imprimer en la même n ville, commenté de sa façon. Cet » ouvrage, qui est le chef-d oeuvre de « Rodolphe , a toujours été géoérale- *> ment estimé, pour l’exactitude du » style ( 3a) et du raisonnement. »
Ceci vient du même lieu que l’observation contenue dans la remarque (O) <3Î).
(1») Tout cria peut être frai , encore que cet Ouerage mit fort éloigné de* minière? polie» du Il tri p d'Au§oi(r , et quil mit m rme moim éloquent que d'autre t pièce* d'Agricola.
{§J) C'est-à-dire , de M. de 1* Monnaie.
AGRIPPA (11k? roi Corneille ) , grand magicien , si l’on en croit beaucoup de gens (À) » a été un fort savant homme dans le seizième siècle. Il paquit à Cologne le *4 de septembre i486 (a) , d’une famille noble et ancienne
(«) Agrippa. Epistola XXVI , Ub. VII , pag. lu^l , edit Lugd , in-8
(B). Voulant marcher sur les traces de ses ancêtres (b) qui , depuis plusieurs générations , avaient exercé des charges auprès des princes de la maison d’Autriche, il entra de fort bonne heure au service de l’emereur Maximilien. Il y eut d’aord un emploi de secrétaire ; mais comme il était aussi propre à l’épée qu’à la plume, il prit ensuite le parti des armes , et servit sept ans cet empereur dans l’armée d’Italie (C). Il se signala dans plusieurs rencontres, et il obtint en récompense de ses beaux faits le titre de chevalier. II voulut joindre à ses honneurs militaires les honneurs académiques (D): il se fit donc recevoir docteur en droit et en médecine. On ne peut nier que ce ne fut un très-grand esprit , et qu’il n’eût la connaissance d’une infinité de choses et de plusieurs langues (E); mais sa trop grande curiosité , sa plume trop libre et son humeur inconstante le rendirent malheureux. Il changeait éternellement de poste ; il se faisait partout des affaires , et , pour comble d’infortune , il s’attira par ses écrits la haine des gens d’église. On voit par ses lettres qu’il avait été en France avant l’année 1507 (c) , qu’il voyagea en Espagne l’an
1 508 ( d) , et qu’il était à Dole en
1 509 (e). Il y fit des leçons publiques (F) qui le commirent avec le cordelier Catilinet. Les moines , en ce teraps-Jà , soupçonnaient d’erreur ou d’hérésie tout
(A) Agrippa, Epût. XVtlT , Ub. VI f pag.
970 , et E|>i*l. XXI, Ub. VII , pag. 1021. Voyez aussi pag. 6,
(c) Arrippa, Epût. /, Ub. /.
.[/’ Epist. X, Ub. /•
(«> Epût. XVII Ub, I.
ce qu’ils n’entendaient pas; comment auraient-ils souffert qu’Agrippa expliquât impunément le mystérieux ouvrage de Reuchlin de Verbomirifico ? Ce fut la matière des leçons qu’il fît à Dole, en l’année i5oq, avec un fort grand éclat. Les conseillers meme du arlement l’allaient en tendre(y^.
our mieux s’insinuer dans la faveur de Marguerite d’Autriche , gouvernante des Pays-Bas, il fit alors le 'Fruité de V Excellence des femmes (g) ; mais la persécution qu’il souffrit de la part des moines l’empécha de le publier. 11 leur quitta la partie et s’eu .alla en Angleterre ( h ), où il travailla sur les épîtres de saint Paul (/) , quoiqu’il eût entre les mains une autre affaire fort secrète. Étant repassé à Cologne, il y fi t des leçons publiques sur les questions de théologie qu’on nomme quodlib étalés ; après quoi il alla joindre en Italie l’armée de l’empereur Maximilien , et y demeura jusqu’à ce que le cardinal de Sainte-Croix l’appelât à Pise. Agrippa y aurait fait paraître ses talens en qualité de théologien du concile, si cette assemblée avait duré. Ce n’eût pas été le moyen de plaire à la cour de Rome, ni de mériter la lettre obligeante qu’il reçut de Léon X (G) , et d’où nous pouvons conclure qu’il changea de sentiment. Il enseigna depuis publiquement la théologie à Pavie
(y*) Voyez son Expostuiatio cum Joanne Catilincto , Fratrum Franciscanorum per Burgtincium Provincial! Ministro. Opemm lomo II . pag. 5o8.
( g ) Voyez ri pitre dédicatoire de ce Traité, datée d’ Jnivrs au mois d'avril i52().
(h) C'est de Londivs que son Exposlulatio est datée , en l5io.
(0 Agrippa Doffnsio Proposit. , pag. 5ç)6.
et à Turin (Æ). Il fit des leçons sur Mercure Trismegiste à Pavie, l’an i5i5 (/). Sa sortie de cette ville, la même année ou l’année suivante, tint plus de la fui te que de la retraite. Cela paraît par sa lettre XLIX du premier livre comparée avec la LII. Il avait dès lors femme et enfans (H). Il paraît par le second livre de ses Lettres que ses amis travaillèrent en divers lieux à lui procurer quelque établissement honorable, ou à Grenoble ou à Genève , ou à Avignon, ou à Metz. Il préféra le parti qui lui fut offert dans ce dernier lieu , et je trouve que , dès l’an i5i8 (m) , il y exerçait l’emploi de syndic , d’avocat et d’orateur de la ville ( n ). Les persécutions que les moines lui suscitèrent, tant parce qu’il avait réfuté l’opinion commune touchant les trois maris de sainte Anne , que parce qu’il avait protégé une paysanne accusée de sorcellerie ( I ) , lui firent abandonner la ville de Metz. Ce qui le poussa à écrire sur la monogamie de sainte Anne fut de voir que Jacques Faber d’Etaples , son ami , était mis en pièces par les prédicateurs de Metz, pour avoir soutenu ce sentiment ( o ). Agrippa se retira en son pays de Cologne , l’an i5?.o , quittant volontiers une ville que ces inquisiteurs séditieux avaient rendue l’ennemie des belles-lettres et du véritable mérite ( p ). C’est la des-
( h ) Id. ibid. , pag. 5g6 .
(I) Agrippa, Operura tom. Il , pag.
{m) Agrippa , Epist..* XII , lib. II.
(n) Voyez sa IV *. Harangue , Operom tom. II , pag. 1090.
(o) Epist. XXV , lib. II, pag. F opes
aussi pag. 746.
p) Epist. XXXII , lib II , pag. *49'
tiuée de tous les pays où pareilles gens s’impatronisent, de quelque religion qu’ils soient. 11 sortit de sa patrie l’an 1 52 1 , et s’en alla à Genève (a) ; il n’y gagnait pas beaucoup d’argent , puisqu’il se plaint de n’étre pas assez riche pour faire un voyage à Chambéri ( r ) , afin d'y solliciter lui-même la pension qu’on lui faisait espérer du duc de Savoie. Cette espérance n’aboutit à rien , et alors Agrippa sortit de Genève et s’en alla à Fribourg en Suisse (s) , l’an 1 52 3 (/), pour y pratiquer la médecine comme il avait fait à Genève. L’année suivante, il s’en alla à Lyon , et obtint une pension de François Ier. 11 entra chez la mère de ce prince en qualité de médecin ; mais il n’y nt point fortune , et ne suivit pas même cette princesse (u) lors-
Su’elle partit de Lyon , au mois 'août 1 525, pour aller mener sa fille sur les frontières d’Espagne.
On le laissa morfondre à Lyon, et implorer vainement le crédit de ses amis pour le paiement de ses £ages. Avant que de les toucher il eut le chagrin d’être averti qu’on l’avait rayé de dessus l’état ( x ). La cause de sa disgrâce fut qu’ayant reçu ordre de sa maîtresse de chercher par les règles de l’astrologie le cours que les affaires de France devaient tenir, il désapprouva trop librement que cette princesse voulût l’aj>pliquer à ces vaines curiosités , au lieu de se servir de lui dans
(ç) Epist. VU libri HT , pag. 78^.
(*■) Epist. XXI V libri III , pag • 794*
(s) Et non pas en Bnsgaw , comme dit Melcli. Adam.
(i) Agrippa , Epist. -T TA libri III , et seq. (u) Ëpi<t. I XXIX libri III, pag. 8*8.
(x) Epi«t LII libri IV , pag.
TOMF. I.
AGRIPPA. a89
des choses plus importantes. La
dame prit en mauvaise part cette leçon (y) ; mais elle fut encore plus irritée lorsqu’elle sut que l’astrologie d’ Agrippa promettait de nouveaux triomphes au connétable de Bourbon (K). Agrippa , se voyant cassé , murmura , pesta, menaça (L), écrivit, et ait tout ce que son humeur malendurante lui suggérait; mais enfin il fallut songera un nouvel établissement. Il jeta les yeux sur le Pays-Bas, et ayant obtenu à Paris , après une infinité de longueurs, le passe-port qui lui était nécessaire , il arriva à Anvers au mois de juillet i528 ( z ). Une des causes de ces longueurs fut la brusquerie du duc de Vendôme , qui , au lieu de signer le passeport , le déchira , en disant qu’il ne voulait point signer pour un devin (an). En l’année 1529, Agrippa se vit appelé tout à la fois par Henri , roi d’Angleterre, par le chancelier de l’empereur ,
5ar un marquis italien et par larguerite d’Autriche , gouvernante du Pays-Bas (bb). Il choisit ce dernier parti , et accepta la charge d’historiographe de l’em-
Sereur que cette princesse lui fit
onner. Il publia pour prélude
1 1 Histoire du gouvernement de
Charles-Quint , et bientôt après
il fallut qu’il Fit l’ Oraison Junè-
bre de cette dame , dont la mort
fut en quelque manière la vie de
notre Agrippa; car on avait ter-
Cr) Epiât. XXXVII libri IV, pag. 85g, item pag. 870.
(z) Agrippa. Epist. L1 libri V , pag. g3». (aa) Conspecto . sive andito nomme meo , preecipiti ira repenti dirupit papynim totam, inr/t tiens . sc nequaquàm signât urum tn fa vorem dieinatorts. Epist, À'.VA’ libri V , p . 920. *
(bb) Epist. LXXXIV libri V , pag. qji.
riblement prévenu contre lui l’es-
1>ri t de cette princesse (M). On ui rendit les mêmes mauvais offices auprès de sa majesté impériale ( ce ). Le Traité de la Vanité des Sciences , qu’il fit imprimer en i53o, irrita furieusement ses ennemis (dd). Celui qu’il publia bientôt après à Anvers (ec), de la Philosophie occulte ( ff) , leur fournit encore plus de prétextes de le diffamer.
Bien lui valut que le cardinal Campège , légat du pape , et le cardinal de la Mark , evêque de Liège , parlassent pour lui {g g).
Leurs bons offices ne firent pas qu’il pût recevoir un sou de sa pension d’historiographe, et n’empêchèrent point qu’il ne fût mis dans les prisons de Bruxelles l’an 1 53 P(hn). Il n’y demeura pas long-temps. 11 fit une visite l’année suivante h. l’archevêque de Cologne (ii) ; il lui avait dédié sa Philosophie occulte , et il en avait reçu une lettre remplie d’honnêtetés ( kk ). La crainte des créanciers fut cause qu’il se tint dans le pays de Cologne plus long-temps qu’il n’aurait voulu (//). Il s’opposa vigoureusement aux inquisiteurs qui avaient fait arrêter l’impression de sa Philosophie occulte , lorsqu’il en faisait faire à Cologne une nouvelle édition , corrigée et augmentée.
Voyez la XXVIe. lettre de son septième livre, et les suivantes.
(rc) Epist. XV Lbri VI , pag. 96g.
{dd Epist. XX libri VT, pag. 97/j.
(ec> Epist. XIV tibri VT, pag. 968.
) Vnjrez la remarque Q).
{gg< Agrippa, Epist. XX li/tri VT, pag.
8r5 ; Episl. -Y TT libri Vit , pag. iotO; Epist. XI libri VIT , pag. 1022.
(/1/1) Epist. XXI II libri VI, pag. 980.
(O) Epist. VI libri VII.
(AA) Epist. I tibri I' II.
{U) Epist. XXI libri Vit , pag. 102^-
IPPA.
En dépit d’eux , on acheva l’impression ; c’est celle de l’an 1 533.
II se tint à Bonn jusqu’en l’année i535. Alors il eut envie de retourner à Lyon. On l’emprisonna en Frânce pour quelque chose qu’il avait écrit contre la mère de François Ier. ; mais il fut élargi , à la prière de quelques personnes , et il s’en alla à Grenoble ou il mourut la même année 1 535 {mm). Quelques-uns disent qu’il mourut à l’hôpital ; mais, selon Gabriel Nauaé,ce fut chez le receveur général de la province de Dauphiné , le fils duquel a été premier président de Grenoble (nn). M. Allard, page 4 de la Bibliothèque de Dauphiné, assure qu’ Agrippa mourut à Grenoble , dans la maison qui appartient a la famille de Ferrand , rue des Clercs , qui était alors au président Vachon , et
Î u il fut enterré aux Jacobins.
1 vécut toujours dans la communion romaine : ainsi on n’a pas dû dire qu’il a été luthérien (N). Je ne crois point qu’il ait écrit pour le divorce de Henri VIII (0). Quant à la magie dont on l’accuse , je consens que chacun en croie ce qu’il voudra. Une chose sais-je bien, c’est que les lettres qu’il écrivait à ses intimes amis , sans prétendre qu’elles fussent un jour imprimées, portent toutes les marques d’un homme stylé aux réflexions de religion et au langage du christianisme.
Ses accusateurs n’ont pas été bien informés de ses aventures (P) , et cela énerve leur témoignage.
(mm) Joh. Wierus , do Magis , cap. V , pm m.
(nn> Naudé, Apolog. des grands Homme# , pag. 427.