AIGUILLON
rent en i43o, ils ne prirent point le château : ils prirent seulement la ville, et ils la pillèrent (y').
if) Damait, Antiquités d'Agen , p. 100.
(A) Au-dessous d Agen.'] Si j'avais voulu marquer au milieu de quelles villes celle d’Aiguillon est située , je n'aurais pas pris Agen et Nérac , comme a fait flf. Moreri; car ce sont trois lieux qui font un triangle : mais j'aurais pris Açen et Tonneins, l’une au-dessus, et lautre au-dessous d’Aiguillon , sur la Garonne. La faute que je reprends ici est d’autant plus considérable, qu’il n’y a point de lecteur qui n’en conclût que Nérac est sur la même rivière.
(B) Rien n’est plus singulier ... que la résistance d Aiguillon. ] Papyre Masson dit que ce siège dura quatorze mois. Acilionem (i) urbem irrita Joannis poste 'a regis Francorum , et tune ducis JVormanniœ , qualuordecim mensium obsidione rnemorabi lem (a). La nombreuse armée du duc de Normandie n’est pas moins à considérer que la durée du siège. Ce duc s’était rendu à Toulouse , au commencement de janvier , avec cent mille hommes portant armes. Toute cette effroyable multitude ne fit durant trois mois que prendre quelques bicoques en A génois, puis la ville d’Angouléme, a où elle se rabattit sur Tonneins , et de là vint assiéger Aiguillon bien muni et bien fortifié pour ce temps-là (3). Les manières de l’attaque sont une troisième circonstance à considérer. Dans tout ce siècle (4), on ne voit point de siège plus mémorable, soit pour les attaques , soit pour les défenses. On y donna trois assauts par jour , une semaine durant ; apres , on en vint à l’artillerie , et aux machines par terre et par eau ( 5 ).
Voici une citation qui embrasse les deux passages de Mézerai. Je la tire de Catel. Froissard , au chapitre cent
• vingt-umesrne du premier volume, escrit, comme Lors que le duc de Normandie avec cent mille François as -
(O Baudrand Ut nomme Aguiliionum.
P»pyr- M**»o , Drscript. Flumin. Galli*.
(3) Mêlerai, Abrégé Cbron. à l’an *346, tom. III , pag. aé , I dit. de Holl. en «6—3.
(4; c/iaii u xi r*.
(5; Là même.
siégea la ville d Aiguillon tenue par les Anglois ; il envoya quérir à Tolose huit des plus grands engins qui estoicnt dans ladite ville; et lorsqu’on voulust assaillir ceux d’ Aiguillon , il fut arresté par les seigneurs francois que , ceux de Tolose. , Carcassonne , et Beaucaire , assailliraient du malin jusaues à midi , et ceux de Rouergue , Cahors, et Agenois, quand les autres s croient retirés , jusques à vespres (6). Que Mézerai ne fasse durer qu’une semaine les trois assauts par jour, c’est une chose qui ne répond point à Pattente ou il avait mis son lecteur • car qu’est-ce qu’une semaine en quatorze mois ? Il ne faut point douter qu’il n’étrangle la juste idée qu’il devait donner de ces attaques. 11 a fait d’ailleurs une faute de chronologie. Selon lui , le duc de Normandie arrive à Toulouse au mois de janvier i346, il emploie trois mois à prendre quelques bicoques : ensuite, il prend Augouléme , et puis retourne vers la Garonne, prend Tonneins, assiège Aiguillon, et en levé le siège, à cause de la bataille de Creci. Cette bataille se donna le 26 d’août i3$6. Non-seulement , il est impossible , selon cette narration de Mézerai, que le siège d’ Aiguillon ait duré quatorze mois mais aussi que, vu la coutume de ces temps-là , ce siège ait été fort long ; et c est parler improprement que de dire que le duc de Normandie s’y était opir.idtré(y). H fallait mettre ‘à 1 an 1345 1 arrivée de ce prince à Toulouse.
(C) Lorsqu’ils comparaient les premières guerres de leur ville. ] Voyez Florus, et son style plein d’exclamations. Sora ( quis credat?) et Algi dum terrori fuerunt : Satricum alque Corniculum provincial. De Ferulis et Bovillis pudel , sed triumphavimus .
Tibur nunc suburbanum et œstivœ Prœneste dcliciœ , nuncupalis in Capitolio votis petebantur. Idem tune
(6) Catel , Mémoires pour l’Histoire du Languedoc, pag. 563.
* C en Papyre Motion qui fait durer le siège qualorte mois. Cest donc sur lui que porte la critique de Leclerc , 911* dit qu'il ne dura pat la moitié de ce temps , et celle de Joly qui, d'après Froissard et Me se rai , en réduit ta durée à six mois , en observant que cest encore un siège asset long pour le temps.
(•;) Mêlerai , Abrégé cbroool. , tom. ///
TOMF. I.
AILLÏ.
F ce sulce, cfund Car r ce nu per; idem nemus Aricinum , quod Uercynius saltus : Fregellce, quod Gesoriacum : Tibcris , quod Euphrates. Coriolus quo que {proh pudnr! ) v ictus, ade'o gloriœ fuit , ut captum oppidum Cajus M ardus Coriolanut quasi Dfumaniiam aut Africam nomen indueril (8). Mais
fuelquc honte qu'il y eût pour les rançais à n'avoir pu prendre Aiguillon avec tant de gens commandés par le fils aîné de leur roi, ce fut une grande gloire pour les Anglais d'avoir défendu si long-temps ce poste.
(fl) Flora* , cap. XI , Ub. I.
AILLI {a) (Pierre d’), évêque de Cambrai ( b ) et cardinal , naquit à Compiègne en Picardie (A), l’an 1 35o. Sa famille était fort obscure ¥ : quelques-uns disent qu’il fut sous -portier du collège de Navarre(c), mais ils se trompent.
Il n’entra dans ce collège qu’enyiron l’an 1372. Il y fut reçu boursier parmi les etudians en théologie. Il était alors procureur de la nation de France dans l’université de Paris , et capable de s’ériger en bon auteur , comme il le témoigna par des traités de logique (B), selon les hypothèses des nominaux, et par des traités sur la nature de V Ame et sur celle des météores. Il fit paraître tant de pénétration et de netteté dans ses ouvrages , qu’il jeta parlà les fondemens de cette haute réputation où il s’est vu élevé.
Il ne réussit pas moins dans l’ex-
Ïdication de Pierre Lombard , en ’année 1375. Cette heureuse ap-
(a) En latin , Petrus de AUieco , oh ab Alyaco , ou AUiaceosis , ou Alliacus , ou Ailliacu4, etc.
(b) Tbevet et Vossius , de Hisl. Lat. , pag. 548; de Sc Matb. , pag. 18a, 228, l’en font archevêque.
* Chaufepié raconte quelques particularités sur d'AiU.i , et entre autres , qu'il était . fils d'un boucher.
(e) y ojez la remarque (A).
plication à la science de l’école ne l’empêcha pas de devenir bon prédicateur. Il obtint le doctorat en 1 38o , et un canouicat à Noy on. 11 fut rappelé à Paris quatre ans après , pour y exercer la charge de grand-maître du collège de Navarre. 11 y eut une infinité de disciples et entre autres Jean Gerson et Nicolas de Clérnajigis. Il plaida avec tant de force, eu 1 3S7 , devant le pape (</), contre un jacobin (e) appelant de la sentence que la faculté de théologie de Paris avait prononcée contre lui , qu’il obtint la confirmation de cette sentence. 11 fit aussi un Traité contre ce même jacobin. Cela le mit dans une telle réputation , qu’en 1389 ^ confesseur
et aumônier de Charles VI (C), et chancelier de l’univérsité. Cinq ans après, on lui conféra la première dignité de la Sainte-Chapelle de Paris ; c’est celle de trésorier. Tant de différens emplois n’empêchèrent pas qu’il ne s’appliquât fortement à chercher les moyens les plus efficaces de faire cesser le schisme qui divisait l’Église romaine. 11 alla trouver de la part du roi l’anti-pape Benoit XI II, en 1 3p4 , et il lui rendit un témoignage si avantageux à son retour, qu’il fut résolu au conseil du roi de le reconnaître
Î)our le pape légitime. Il obtint ’évêché du Puy en Vellay (y*} , sur la fin de l’année 1 3g5 , et celui de Cambrai au commence-
(d) C'est V anti-pape Clément Vil qui siégeait h Avignon.
(c) C'était un Aragonais . nomme Jean de iVonteson , qui niait la Conception immeecaslée de la rierge.
{f) Selon More ri , ce fut Vcvêché de Balles; mais il se trompe.
ÀILLI. 323
ment de Tannée suivante. Il fut fort considéré de Boniface IX ; et il se servit de cette faveur pour faire établir un théologal dans toutes les églises épiscopales du royaume. Il prêcha à Genes Tan i4o5 , sur le mystère de la Trinité, devant le pape Benoit XIII, et persuada à ce pape de faire célébrer à toute l’Église la fête de la Trinité. Il fit admirer son érudition et sa prudence dans le concile de Pise , Tan 1409. Il avait soutenu à Paris , dans toutes les assemblées ou T, on avait délibéré sur les remèdes du schisme , que la seule voie de l’éteindre était la convocation d’un concile général. Deux ans après , il fut promu au cardinalat (g) : il alla en Allemagne Tan 1 4 > 4 » en qualité * de légat du pape. Il présida b la troisième session du concile de Constance ; il composa trois écrits pendant la tenue de ce concile :
l’un , de Emcndahdd Ecoles i d ; un autre , de Duodtcim Honori bus beali Josephi ; un autre , de Modo et FormA eligendi Papœ, et personne n’eut plus de part ue lui aux affaires de cette grane assemblée qui dura trois ans.
Il mourut Tan i4^5 (D), et fut enterré dans sa cathédrale de Cambrai. Il fit de grands biens au collège de Navarre (E) , et destina de grandes sommes par son testament aux services que Ton ferait en plusieurs églises pour le repos de son âme (h). M. ae Launoi , dont j’emprunte tout ce que l’on vient de lire , n’oublie point de regarder comme une tache sur
(f ) Morlri dit que et fut à Pise r il se trompe.
(//) Tiré de fHistoria Rcgii Navarrœ Gymnaiü, de M. de Launoi, pag . Ifi] et suiv.
un beau corps la doctrine dePierre d’Ailli touchant la puissance ecclésiastique. Il veut que l’on impute cela au malheur du temps (1); mais je m’étonne qu’il ait oublié une autre tache de ce docteur; je veux dire son entêtement pour l’astrologie judiciaire (F).
Au reste , notre Pierre d’Ailli , qui soumettait à la puissance ecclésiastique les sceptres et les couronnes , qui travaillait à la multiplication des fêtes , qui fonda un si grand nombre de messes pour Te repos de son âme , qui condamna Jean Hus au supplice (G) , ne laisse pas de paraître dans le catalogue des témoins de la vérité (H) , comme un précurseur de Luther et de Calvin.
Les cartésiens le mettent aussi au nombre de leurs précurseurs dans la question des accidens (I).
Il avait été chassé de son église épiscopale , si nous en croyons Érasme , qui ajoute que cet exil lui procura le chapeau de cardinal (k). Il composa beaucoup de livres (K) , dont quelques-uns n’ont encore jamais été imprimés (L). Il se mêla même de rimailler * en langue vulgaire (M). Consultez les auteurs cités par M. Moréri , et , au lieu de Frissart , auquel il renvoie , lisez Froissard.
(i) Dictala hujusmodi danda injuriât tem poris sunt , ntevus in candidissimo pectore . Launoius , Ibid pag. ^80.
(k) Pctrum Hliacenscm Cameracensis duttas episcopum ejecit. Roma ex exule fedt cardinalem. F.rasrn. de Ration* cooscrib. Epütolarum , Epist. consolât. *
• Prospcr Marchand , dans son Dictionnaire . au mot Vomi VS, trouve cette expression désobligeante . et rapporte une pièce de d dilli , pour prouver que U jugement de Bajrle est trop sévère.
(A) Naquit a Compïègne en Picardie. ] Cala paraît par les registres
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publics tle l’église de Cambrai (i) :
on peut donc mettre dans la liste des mensonges de 1 hevet ce qu’il dit touchant la patrie de Pierre d’Ailli. Il fut natif d'Allemagne , dit-il (a), en un village fort obscur, dit Ai Ut , dont aussi j pour la vilitc de ses parens , il a tiré ta denominaison. Il fut si pauvre , nue pour avoir le moyen de vacqucr à l’estude des lettres , il fut contraint de senûr de snus-porlier au collège de Navarre. Volaterran avait déjà publié que Pierre d’Ailli était Allemand (5).
(B) Par des traités de logique. ] Il l’entendait parfaitement ; et c’est à cela qu’il fut redevable de la force et de l’adresse avec quoi il soutenait ses opinions, et renversait celles d’autrui. Le célère Wessclus, de Groningue, en parle de cette manière : Quis unnuam ad ilium apicem Thcologiae quo Petrus de Alliaco conscendit absque definiiionibus , divisionibus , argumentationibus , instant iis logicali- Irus , perveniret ? In disputationibus dico ubi discussione disertd opus est.
Quomndo Peints Joannem de Montesono in Rota de errore quatuordecim illarum conclusionum concussisse.t , rfisi distinctione mulhptici , nul etenchi ignorant id antécédente vel conséquente delusum docuisset? Opus igitur Théologie is Ijngicam inferre. Et Gerson ipse, quo tarulem tanins ipse Théo- Ingus , nisi per accuratissimam i liant suant magistri Pétri Logicam evasit (4) ? On doit remarquer que M. de Launoi croit que ces mots du passage qu’on vient de lire , Rota de errore , etc., étaient le titre d’un livre fait par Pierre d’Ailli ; mais j’aimerais mieux entendre par Rota le lieu où le pape entendit les disputans. Quoi qu’il en soit, c’est sans doute la Dialectique qui contribua puissamment à cet éloge de Pierre d’Ailli : Aqui/a Franciee atqut aberranlium a veritate m alleu s indefcssus (5 j.
(C) Aumônier de Charles FI. ] Voyez du Peyrat, «à la page 345 des Antiquité» de la chapelle du roi. 11 y
(i) A pu A Launoi am , Hi»I. Coll. Na*. p. 1 37.
(a) Thevet, Homme* illustra, tom. Vit , pag. 86 de l'édit, «r.-ia.
(3) Geaneri Bibliotb. , fol. Sgi verso.
(4) Wesselu» , de PotC'Ute Papw, cap. IX , apud I.aunoium, Htsl. Novsr. , pag. gbç.
(5) Launoiu* , ikt d.\ pag. lig, 4;6.
observe qoe Pierre d’Ailli n a jamais porté la qualité de grand aumosnier de France , ny de grand aumosnier du roy , lesquelles estoient encore incognues , et n'ont commencé à paroistre que sous les règnes de Charles FUI et de François 1er quoi que die l’autheur de la Gaule chrestienne (*) , en quoi s'est trompé de mesme le continuateur des Annales de Baronius.
(D) Il mourut l’an i4a5. 3 C’est une chose étrange , qu’un homme de ce rang et de cette distinction soit mort, sans qu’on sache au vrai , ni où , ni en quelle année. Les uns disent qu’il mourut en Allemagne , l’an 1416. Les autres, qu’il mourut à Avignon, le 8 d’aoùt 1 4 '-*5 , étant légat du pape en France (o). D’autres disent bien qu’il mourut à Avicnon j mais ils mettent sa mort à l’année i4a6 (7}. M. de Launoi $c contente de la marquer à l’année i4*5 , dans la page 4 >9 de son livre j mais , dans la page 1 29 , il avait dit que Pierre d’Ailli était mort légat du saint siège en Allemagne, l’an i4*3 : Anna post quant vastatum est h Burgundionibus quinlo. Or, dans la page ia6 de ce même livre , il avait mis ce ravage sous l’an i4»8. Les registres de l’église de Cambrai portent qu’ilmourut le 9 d’octobre i4a5, étant légat du saint siège dans la basse Allemagne ; et qu’au mois de Juillet suivant , on porta son corps à Cambrai, où on l’enterra derrière le grand autel (8). La différence de i4i6, et de t4?6, est venue d’une faute d’impression : le chiffre 1, mis par mégarde au lieu du chiffre a, a fondé deux sentimeos.
(E) Il fit tle grands biens au collège de Navarre. ] U en a été appelé le second fondateur (9). C’est lui qui y fit bâtir la maison des théologiens ; mais ce n'est point lui qui v fit bâtir la bibliothèque. M. de Sponde, qui l'assure, s’est trompé : c’est l’ouvrage de Charles VIII. Spondanus in Annahbus
(*) Claudius Kubertua, in Gallii Cliritliui , folio 68.
(6) Labbe , de Scriptor. Ecdesia>t. , tom. II , Pag- «79*
(7) Vosaias, de HUtor. Lat-, pag. 548. Bellar. min, de Script. Eccleùast. , pag. 384, mrt la meme année , mais tans marquer aucune ville.
(8) Apud Laanoium , Hi,t. Gjmn. .Vjtifr», pag. 137.
(gj Launoi a* , ihid., pag. lig, 4?(i) * 3 4 5*