‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 91 sur 134 · ALAINS · texte numérisé non relu

ALAINS

dans les Gaules. Leur roi s’appelait Respendial : celui des Vandales s’appelait Gunderic , et était fils de Godisigile , qui avait été tué dans la dernière bataille. Plusieurs au très nations barbares s’unirent à ces deux-là, et causèrent une désolation prodigieuse dans toutes les Gaules. Une partie des Alains , sous la conduite d’Utace, qui avait succédé à Respendial , passa en Espagne, l’an 4°9> et s’établit dans la province de Carthagène , et dans la Lusitanie ; l’autre partie tint bon dans les Gaules , sous la conduite de deux rois. Les Alains d’Espagne , défaits par Val lia , roi des Wisigoths , près de Merida , an 4*8 , furent contraints de se soumettre à Ho no ri us. Leur roi Vatace perdit la vie dans le combat (< d ).

Nous trouvons encore , sous l’an 464 , des Alains , qui secouent le joug des Huns , après la mort d’Attila , et qui entrent dans l’Italie , pour y fixer leur demeure; mais Riciraer , marchant contre eux avec les troupes de l’empire , les défait de telle sorte près de Bergame , qu’il ne s’en sauve que très-peu , et que leur roi même Biorg est tué dans le combat. Il y avait long-temps que les Huns , ayant fait beaucoup de ravage et de carnage dans le pays des Alains , s’étaient associés avec ceux qui échappèrent à leur fureur. C’est Ammien Marcellin qui nous l’apprend ( e ). Il fait une assez longue description des mœurs des Alains ( f ) : il dit que c’étaient les mêmes peuples que

(f i) Cordemoi, Histoire de France, aux années que je marque.

(e) A mm. Marcell., lib. XXX , cap. III.

if) Voyez la remarque (B).

l’antiquité avait nommés Massagètes (A) ; il veut qu’ils aient habité dans les vastes solitudes de Scythie , et communiqué leur nom aux nations voisines en les subjuguant , et répandu ce nom jusqu’au Gange. Quoiqu’il les représente cruels et sauvages (B) , il ne leur fait pas égaler à cet égard la brutalité des Huns ; et il remarque qu’ils exerçaient leurs brigandages jusqu’aux Palus Méotides , et jusque dans la Médie et dans l’Arménie.

(A) (fêtaient les mêmes peuples que l’antiquité avait nommés Massa êtes. ] 11 y a deux passages sur cela ans Amrnien Marcellin (1). Le premier est au chapitre Vdu livre XXIII , et ne souffre aucune difficulté : Lucullus per Albanos et Massagetas , quos Alanos nunc appel lamus , hdc quoque natione perruptâ , vidit Caspios lacus. L’autre est au IIe. chapitre du XXXIe. livre , dans un endroit où les manuscrits sont si brouillés , qu’il a fallu recourir aux conjectures de la critique, pour y trouver ce quej’attribue ici à Marcellin. Ce n’est donc que suivant la conjecture du docte M. de Valois, que cet historien a dit là, adusque Alanos pervenit , veteres Massagetas. Or, comme le premier passage prouve manifestement que Marcellin plaçait les Alains dans Y Asie, il me semble que l’on pourrait contester à ce savant commentateur l’explication qu’il donne à ces paroles du texte : Hister advenarum magnitudine fluente Sauromatas preetermeat adusque amnem Tanaïm pertinentes qui Asiam terminai ab Europe! . Hoc transito in immensum extentas Scythice solitudines Alani inhabitant (a).

M. de Valois veut que Hoc transita se rapporte au Danube, et non pas au Tanais ; et il allègue sur cela Pline , Denys Characénus, Orose, et Tzetzès, qui placent les Alains dans la Sarmatie , et au delà du Danube : mais il ne s’agit pas de ce que d’autres en ont dit; il n’est question que du senti-

(1) Moréri cite le I *T. livre, qui e>i perdu.

(a) A mm. Mareell., lib. XXXI , cap. II.

AL

ment de Marcellin : et sur ce pied* là, il me semble que hoc transilo se doit rapporter à Tanaïs, puisque ,putre que les Massagètes n'ont point habité entre le Tanaïs et le Danube , nous voyons que peu après cet historien met les Alains au voisinage des Amazones, et qu’il les fait courir en brigands , d'un côté jusque dans la Me die et dans l'Arménie , et de l’autre jusques aux Marais Méotides et au Bosphore Cimmérien. Parte alidprope Amazonum sedes Alani sunt Orieuti adclines , diffusi per populosa» gentes et amp las, Asiattcos vergentes in tractas quos dilatari ad usque Gangen accepi fiuvium (3)... latrocinando et venando adusaue Mœotica stagna et Cimmerium Bosphorum , itiaemque Armenios discurrentes et Media ni (A).

Toutes ces choses témoignent quil n’a pas suivi le sentiment des auteurs qui ont placé les Alains dans la Sarroatie de l’Europe j car qui s’aviserait jamais de donner pour une chose notable, que des brigands, situés en ce lieu-là , ravageassent non-seulement la Médie et l’Arménie, mais aussi les Marais Méotides? Marcellin ne serait pas le seul qui mettrait ces barbares dans l’Asie. M. de Valois ne cite-t-il pas Procopc (5), qui les met entre le Caucase et les Portes Caspiennes? Au reste, que veut dire M. Moréri par ces paroles : Pline les met dans la Sarmatie de l’Europe , où est aujourd’hui la Lithuanie r 11 veut dire sans doute, en cas qu’il sache parler nettement français, que la Sarmatie des anciens est la Lithuanie d’aujourd’hui ; mais cela est faux j car ta Lithuanie n’est qu’une petite portion de l’ancienne Sarmatie européenne.

Remarquez que Ptolomée reconnaît deux sortes er Alains, les uns en Europe, les autres en Asie.

(B) On les représente cruels et saunages.'] Ils n’avaient point d’autres maisons que leurs chanots. C’était là qu’ils faisaient et qu’ils nourrissaient leurs enfans; et ils ne s’arrêtaient en un même lieu, qu’autant que le pâturage y durait. La chair et le lait étaient leur seul aliment; ils ne labouraient point la terre : Nec enim

(3) Ibidem.

(4) Ibidem.

(5) Heor. Valeûns in Marcel!. , lib. XXXI , cap. II.

u lia sunt illis tuguria , aut n ers and i nomeris cura ; sed carne et copia vie-

titant lactis, plaustris super sia entes.,, absumptisque pabulis velul carpentis cinitates impositas nehunt , maresque supra cum feminis cocunt , et nascun tur in lus et educantur infantes (6).

Ils s’accoutumaient de bonne heure à monter à cheval, et ils regardaient comme une bassesse de marcher à pied. Ils aimaient tellement la guerre, qu’il estimaient heureux ceux qui y

Serdaient la vie, et qu’ils accablaient 'injures et de reproches de lâcheté ceux qui mouraient de vieillesse ou de maladie. 11 n’y avait rien de quoi ils tirassent plus de vanité que d’avoir tué un homme. Ils coupaient la tête à ceux qu’ils tuaient , ils les écorchaient , et ils employaient cette dépouille à des ornemens de leurs chevaux. Ils n’avaient aucun temple, et ils ne rendaient de culte qu’à uno épée nue fichée en terre : c’était leur dieu Mars , patron des pays où ils habitaient. Ils devinaient 1 avenir , par le moyen de quelques verges choisies avec des enebantemens : Judica tur ibi beatus , qui in preelio profu derit anirnarn : senescentes enim et fortuiüs mortibus mundo digressos , ut dégénérés et ignanos conviciis atrocibus insectantur : nec quidquam est quod elaliùs jactent , quam homine quolibet occiso : p roque exuniis gloriosistinterfeciorum anulsis capitibus delractas pelles pro phaleris jumentis accommodant bellatoriis. Nec templum apud cos nisilur , aut delubrum , etc. (7). C’est là la peinture qu’Ammien Marcellin nous fait de ces Barbares ; et il est bon de représenter à ceux qui ne voient que des peuples civilisés, qu’il y en a d’autres si féroces, qu’on a plus de sujet de les prendre pour des bêtes brutes, que pour une partie du genre humain.

Cela peut fournir bien des réflexions, tant physiques que morales, et faire admirer les plis infinis dont notre nature est susceptible, et dont pour un bon l’on peut compter plus de cent mille mauvais.

(6) Amm. Marccll. , lib. XXXI , cap. II,

(7) Ibidem.

ALAIS , ville de France dans les Sevenues , au diocèse de Ni-

35o ALALCOMÈNE.

mes , à cinq lieux d’Uzi-s (a), est rempli de gens de la religion , qui

i nn^Anna c*» avaient été forcés par une mission

la capitale d une ancienne sei— , , . t .

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