I AT
puis lui Pierre d’Apono et Pompouace (b). Ces gens-là , pour trouver leur compte , supposent que les choses sublunaires dépendent entièrement des cieux ; quelles reçoivent toutes leurs propriétés les unes des autres , et que chacune les reçoit du total par le moyen de certains rayons corporels qui , passant des plus petites jusqu’aux plus grandes , sont la cause , à ce qu’ils diserçt, de tout ce qui se fait dans la nature. Nous ne savons pas au vrai quand Alchindus a vécu; mais on ne peut pas le mettre au-dessous du Ail*, siècle, puisque Averroès fait mention de lui. 11 y a un Jacodus Alkindus que quelques-uns confondent avec celui dont je parle (A).
(5) Naudd, là même, et pag. suivantes.
(A) Quelques-uns confondent un Jacobus Alkindus avec celui dont je parle."] Wolfgang Justus fait vivre ce Jacobus Alkindus sous le pape Eugène troisième , en n45, contemporain d’Averroès et d'Avicenne : il dit que c'était un médecin et un philoso-
Ehe arabe (i). Les bibliographes attriuent les mêmes livres à Alchindus , et à Jacobus Alkindus. Vossius semble les distinguer ; car, quand il parle d'Alchindus , il ne lui donne que le Traité de sex Quantitatibus , et ne marque point son âge : mais il met Jacobus Alkindus en ia35 , et il lui donne entre autres livres un Traité de Radiis Stellarum (a). C’est sans doute le même livre que Gesner allègue sous le titre de Radiis Stellicis , et qu’il croit être de Jacques Alkindus, quoique le nom de Jacques n’y soit pas joint à celui d'Aikindus. On jugerait parle titre seul qu’il appartient à celui qui a été suspect de magie.
(i) Apud MercUinum , in Lindenio rénovai. ■> (a) Vossiua , de Scient Matbem.it. , pag. fît et 179.
ALCIAT (André), grand jurisconsulte, a fleuri au W Ir. si t -
cle*‘. Il était fils d’un riche marchand de Milan (A) , et il naquit en cette ville au mois de mai 1 492 *a(u). On prétend que sa mère ne sentit presque aucune douleur lorsqu’elle accoucha de lui (b). Après avoir étudié les humanités sous Janus Parrhasius , qui enseignait à Milan (c), il fut étudier en droit à Pavie et à Bologne ( d ) , et s’attacha principalement aux leçons de Jason , dans la première de ces universités , et à celles de Charles Ruinus , dans la seconde (e). Après sa promotion au doctorat , il s’appli-
Îua au barreau dans la ville de [ilan {f), jusqu’à ce qu’il se vit appelé pour une chaire de droit par l’université d’Avignon (B). Il remplit cette charge avec tant de capacité, que François Ier le crut propre à faire fleurir la jurisprudence dans l’académie de Bourges. Il l’y attira donc *3, en 1529 (C); et dès l’année suivante, il lui fit doubler *4 sa pen-
"* Joly renvoie aux Mémoires de Niccron, dont cependant il corrige quelques fautes.
*’ Joly ava t d'abord adopté P opinion de la Monnaie qui regardait, d’après Naudé , le nom d' A Iciat comme un nom de patrie , tiré d' Altat o , bourg du Milanais , et s’appuyait sur des vers latins signés Andréas Alz.it us Victor , pour croire que Victor était le nom de famille. Mais , dans ses Corrections et Additions, Joly déclare que celle conjecture de la Monnaie est fausse.
(a) Voyez ta remarque (E).
(b) Panzir. de Claris Legum Intcrpret. , lib. II , cap. CLXIX, pag. 353.
(c) Minos, in Vitâ Alciati.
(d) M. Teissier, Êlog tires de M.de Thou, tom. I, p 35. citant Claude Minos, dit qu' Aidât étudia <) Vrrone. Je n’ai point trouvé cela.
(e; Panz de Claris Leg. Interprct., hb. II, cap. CLXIX.
{f) Minos in Vit* Alciati.
*3 Leclerc. , d’après un passage d’une lettre d' A Iciat. dit fort bien que ce ne fut pas François Vr- , mats les magistrats et les professeurs de Bourges, qui l’avaient vu en 1 52^, qui l’engagèrvnt à y revenir.
** Leclerc remarque qu’elle ne fui pas
sion qui avait été d’abord de six cents écus. Alciat professa cinq ans à Bourges , et il acquit de la gloire : mais il se servit d’une ruse pour obtenir une augmentation de gages (D). Il mêlait beaucoup de littérature à l’explication des lois , et chassait heureusement la barbarie de langage qui avait régné jusque-là dans les leçons et dans les écrits des jurisconsultes. M. de Thou le loue fort noblement là-dessus ; M. de Thou , dis-je , qui d’ailleurs était mal instruit de son histoire (E). La harangue que ce
Professeur fit sur-le-champ à rançois Ier, qui était entré clans son auditoire (F), plut beaucoup à ce monarque. François Sforce, duc de Milan , se crut obligé à faire revenir dans la patrie un homme qui pouvait y tant briller ; et il en vint à bout en lui donnant , outre de gros gages , la dignité de sénateur. Alciat alla donc enseigner le droit à Pavie; mais il passa peu après à l’université de Bologne (^) , et s’y arrêta quatre ans. Puis il revint à Pavie , d’ou il alla à Ferrare (h), attiré parle duc Hercule d’Est , qui tâchait de rendre célèbre son académie. Elle reprit son éclat sous un professeur si couru ; mais au bout de quatre ans, Alciat la quitta pour retourner à Pavie, où enfin il trouva le vrai remède de son humeur inconstante (G), je veux dire la mort , le 12e. jour de janvier i55o(f).
doublée , mais seulement augmentée de trois cents ecus. •
‘g) Il y fît sa harangue inaugurale , le 3 de novembre l53y.
(h) Il y fît sa harangue inaugurale , en 1 5 j3.
( i ) Lx Poaziroli de Clarit Leg. Iotcrprct. .
38o A LC IAT.
Il n’avait pas encore cinquantehuit ans accomplis. Paul III lui fit un accueil honorable en passant par Ferrare , et lui offrit de l’avancement dans les dignités ecclésiastiques. Alciat se contenta de celle de protonotaire, et ne voulut point renoncer à la profession en droit (II). L’empereur le créa comte palatin et sénateur.
Philippe , roi d’Espagne ( * ) ,
S assaut par Pavie, lui nt présent ’une chaîne d’or. On croit que la maladie dont Alciat mourut lui était venue d’avoir trop mangé (À) ; car il avait le défaut d’étre non-seulement fort avare , mais un grand mangeur (I). C’était un gros homme et de grande taille (/). Après que sa mère fut morte dans un âge fort avancé , il eut envie d’employer son bien à la fondation d’un collège ; mais ayant reçu un affront de quel— ues écoliers insolens , il aban— onna ce dessein , et choisit pour son héritier François Alciat , jeune homme de grande espérance, qu’il avait elevé chez lui (m) , quoique leur parenté fût
lib. H, cap . CL XIX. Voyez louchant le temps de sa mort la remarque (E) , à la Jin.
(*) Alciat, à qui on veut que Philippe ail frit présent d’une chaîne d'or, mourut en l55o. Or ce prince ne parvint à la couronne que par l'abdication de l’empereur son père, en i556. Si M. Bayle avait frit cette réflexion, il aurait dit prince d Espagne , et non pas roi d'Espagne. Du reste , cette petite inadvertance est proprement de Panxirole que M. Bayle ne frit ici que copier. Rem. crit.
(A) Ex cibo quem largiorem sumcrc consuever.it morbuni contraxit. Idem , ihid.
(I) Virfuit corpulcntus , procerte staturw. Panztr. de Claris Legum Intrrpretibus, lib. Il , cap. CI.XIX. H. Teissier, tom. II, pag. 3<y4 de ses Éloges , lui donne pourtant une taille mcdiocre.
(m) Il n’est donc pas vrai qu’il y eut à Naples, en i(jl!6, un pclit-GIs du grand Alciat. l'oyez le Voyage du Docteur Buraet, pag, 339 , édition de Rotterdam , en 1 683. Il
fort éloignée ( n ). Ce François Alciat succéda et aux biens et à la chaire d’André , et se rendit célèbre à Pavie par ses leçons de jurisprudence. Le cardinal Bor— romee, qui avait été son disciple , le fit venir à Rome , et lui servit de si bon patron auprès de Pie IV, qu’il lui fit avoir un évêché , la charge de dataire , et un chapeau de cardinal (o). On a quelques Traités de jurisprudence de ce cardinal Alciat, qui mourut à Rome , au mois d’avril i58o, âgé d’un peu plus de cinquante ans. Voyez Nicius Erythreus , au chapitre XL VII de sa seconde Pinacotheca. Ceux qui disent que notre André passa toute sa vie dans le célibat , se trompent (K). Il s’érigea de trèsbonne heure en auteur , comme comme je l’ai observ é dans la remarque (B). Il a publié beaucoup de livres en droit , et quelques Notes sur Tacite , la latinité duuel lui paraissait d’une extrême ureté (L). Muret s’emporta beaucoup contre cette délicatesse dans l’une de ses harangues [p ). Alciat n’en sentit rien, car il était déjà mort ; mais d’autres critiques , et nommément FloridusSabinus, qui l’attaquèrent de son vivant, lui firent bien sentir leurs dents et leurs ongles ( q ). Ses Emblèmes ont été fort estimés , et ont mérité que trois ou quatre savans les aient ornés de Commentaires (M). On a trop loué ses poésies , comme M. Baillet l’a remarqué
aurait fallu d’ailleurs qu’il eut été fort vieux.
(n) Morèri la fait de l’oncle au neveu.
(o) Paasir. de Claris Leg. Inlerprct. , lib. II , cap. CLXIX.
(p) C'est la XVII'. du IIe. tome. Voyez, aussi Dudini Mcth. Ilist., cap. IV , p. 06.
(</; Cl. Miuos , io Vit» Alciali.
ALC
finement au tome III des Jugemens sur les poëtes , numéro 1286 *
Il n’est pas de ceux qui ont persisté dans leurs premiers sentimens ; car 011 trouve dans ses Parerga, qui est un ouvrage qu’il publia sur ses vieux jours , la rétractation de plusieurs choses que le feu de la jeunesse lui avait fait débiter précipitamment ; et lorsqu’on reimprima , en i52g , ses Dispunctiones , il fit savoir (r) qu’en retouchant ce livre-là , il n’avait point prétendu donner son approbation à tout ce qu’il V avait mis dans ses jeunes ans , ni s’ôter la liberté de changer d’avis. Cette remarque a été faite par un apologiste de l’empereur Justinien (s). On (/) fit imprimer à Leide , en 1695 , une lettre cju’André Alciat n’avait point écrite pour le public , car il faisait une description trop forte des abus de la vie monastique.
Il écrivit cette lettre à Bernard Mattius , qui avait été sou collègue , et qui tout d’un coup et sans consulter ses amis , s’était fait moine dans l’ordre de saint François. On lui représente doctement et éloquemment son imprudence. Cet écrit d’Alciat fut
* La Monnaie , dans ses notes sur les Jugemens des Savans (, Knfans célèbres, n. 3g) , rappelle les titres de cinq ouvrages d' Alciat , omis par Bayle , et qui ne sont mentionnés que par J. de Nevizan , à la Jin du i*r. livre de sa Sylva nuplialis. Nevizan parle de six ouvrages , et tous les six sont énumérés par Leduchat. Joly , (T après le père Montfaucon , cite quelques manuscrits d' Alciat , et , d'après Jordan , quelques leUres qui sont dans la bibliothèque publn/uc de Sainte-Elisabeth , d BrcsUtu.
(r) y oyez la préface du Livre.
(s) Gabriel Trivorius, Observât. Apologet. ad Inscript. Oralionis ad Anteccssorca, pag. 187. édit. Paris, an. l63l.
(/) M. Maühttut , Professeur en droite d Laide.
IAT. 38 1
composé dans quatre jours : on le trouva dans le cabinet deScrivérius(p). Il est daté du 7 de juin i553 (N).
(v) Voyez l'Epitre dédicatoire de M. Malthæus.
(A) Il était fils d’un riche marchand de Milan.] J’ai suivi Panzirole, le seul des auteurs que j’aie consultas qui le fasse (ils d’un homme de cette profession : Ex Joanne pecunioso negoiia tore Mediolani ferè nullo parentis dolore natus et educatus fuit (1). Les autres le font plutôt (ils d’un gentilhomme d’ancienne famille : Andréas Alciatus in pago Alciato seu Alzato MedioLanerui natus è nobili Alciatorum familid. C’est ainsi que Claude Minos * débute (a). Ou ne peut pas m’objecterqu'en certains lieux la qualité de marchand et celle de gentilhomme ne sont pas incompatibles ; car lorsquelles sont jointes, un historien ne parle guère de la plus faible, sans parler de la plus forte. Puis donc
Sue Panzirole n’a parlé que du négoce u père d’Alciat , il semble qu’il n’ait pas été du sentiment de Claude Minos.
(B) Il s'appliqua au barreau ... de Milan, jusqu a ce qu’il se vil appelé... par l’ université d’ Avignon.] Pour le coup, je me garde bien d’adopter le récit de Panzirole. Si je l’adoptais, il faudrait que j’assurasse qu’Alciat , avant été fait docteur en droitcivilet en droit canon, l’an i5i7,à l’Jge d’un peu plus de vingt-deux ans, enseigna premièrement à Pavie, et ensuite à Avignon :
Primum itaque Ttcini professus , posteà Avcnioni docuil (3). Si je disais cela , je démentirais Alciat lui-méme,
2ui , dans une harangue qu’il récita à avie , déclare , que lorsqu’il obtint six cents écus de ga^es à Avignon , il n’était jamais monte en chaire : Ave nioni’cùm nunquam ad eam diem cathedram ascendissem slipendium sexcentorunt mererer (4)- Le récit de Pan-
(1) Panxir.de Clarit Lrgum interpret., Ub. //, cap. CLXIX , pag . 353.
* Leclerc dit qu'il fallait écrire Mignauli : c'est en effet le vrai nom de Couleur qui traduisit son nom en latin par Minos.
(a) Minos , in Vil» Andrea? Alciati. Ghilini , Lorenxo Cra-so , Paul Freher , Bullart , etc., le font sortir d'ancienne noblesse.
(3) Panair. de Claris Leg. Interprelib., p. 353. (4) V ojet les Commentaires sur les Emblèmes, pag. (ii a , édit, de Padoue , en 1661 , tn- 4°.
ziroleest d’ailleurs suspect de fausseté; » aus apres Ta voir composé (7). » il marque une extrême négligence : L’ouvrage que je cite m’apprend que on y voit qu’Alciat n’a point encore le coup d'essai d’Alciat fut YExpUcavingt-trois ans en 1017; et cepen- tion et la correction des terme» grecs dant son épitaphe , rapportée par qui se trouvent dans le Digeste ; que Panzirole trois pages après, témoigne ce livre parut d'abord en Italie, et qu’il avait près de cinquante-neuf ans quelques années après à Strasbourg ,
radoxes et ses Dispunctiones , environ que c’est celle des trois derniers livres l’an x 5i 7, ne peut pas être éclairci par du Code. Ce qu’il y a de bien sûr, Claude Minos ; car jamais chaos de c’est qu’il publia ses Paradoxes , délivre ne fut plus absurde que l’en- diés au chancelier Antoine Du Prat , droit où ce dernier écrivain a parlé de environ l’an 1 5 » 7 (9>. 11 publia envil’édition des Paradoxes d’Alciat. Duo- ron le même temps ses Dispunctiones decim post annos , dit-il (5) , cùm ci - dédiées à Jean de Selve , président du viiis et pontijicii juris prof 'essoriis in- sénat de Milan , et ses Prœtermissa , signibus donatus esstl , Paradoxa et dédiés à Jacques de Minut , conseiller Dispunctiones in publicum emisit , au même sénat , et ancien professeur opus , ut ipse dicit , elaboratum horis en jurisprudence à Orléans. Il était succisivis , et à caruiidalo adhuc et professeur à Avignon dés l'année iSaij tirone. On ne saurait comprendre à car dans i'Epître dédicatoire de son
qu U y
manière d'enseigner le droit. Si l’on dicté à ses écoliers.
Souvait entendre par ces paroles de Je viens d’apprendre que Budé, dans linos, qu’Alciat publia ses Paradoxes une lettre écrite à Christophle Londouze ans après sa promotion au doc- gueil , au mois de février i5ao (10) , torat , on dissiperait tout le chaos $ a fait mention d’une visite qu’Alciat mais alors, que deviendrait Panzirole, lui avait rendue quelque temps aupaqui place l’édition de ce livre environ ravant à Avignon. C’est M. de la le temps du doctorat, c’est-à-dire en- Monnaie qui m’a fait part de cette viron l’an 1 5 1 7 ? Que deviendrait Ti- particularité. J’ajoute qu’on a publié raqueau, qui assure « qu’Alciat lit un à Utrccht quelques lettres de notre « ouvrage important vers l’âge de Alciat , qui témoignent qu’il était pro- « vingt ans (6) ? C’est celui que nous fesseur en jurisprudence à Avignon » avons sous le titre de Paradoxes du dès l’an x 5i 8 (1 1) ; que ses gages mon- » Droit civil , qu’il divisa en six li- taient à cinq cents écus ; et qu’il avait « vres, et qu’il dédia au chancelier Du sept cents auditeurs. Deux ans après, » Prat , étant à Bourges , en 1629 , il écrivit qu’on lui donnait six cents » douze ans après l’avoir publié dans écus, etquelques autres gratifications $ » son pays, en prenant le bonnet de et que son auditoire était composé de » docteur ; mais dix sept ou dix-huit plus de huit cents personnes , parmi
lesquelles on pouvait compter des pré-
(5) Minos , in Vilâ Alciati.
• m Si , dit Joly, Bayle avait tu que Mignault ■ traduisit lui-ménie la vu d' Alciat.... il aurait • pu voir que Mignault a effectivement voulu » dire qu Alciat mit au jour tes Paradoxes doute a ans après qu'il eut reçu le bonnet de docteur .* Joly , pour discuter Page d' Alciat, s'appuie ensuite sur J- de A/evitan qui parle de cet auteur à la fin du premier livre de • a Sylva nuptial», mais l'ediùon de »5ig qu'il cite de ce livre est tout-
lats , des abbés , des comtes fiaj- Il quitta celte profession , et s’en retourna à Milan , vers la lin d'octobre i5aa*. Entre plusieurs choses qui l’en-
(7) Baille! , Enlans célèbres , pag. ia6.
(8) Pans 1rs Recherches de Pasqnier. tiv. IX. chap. XXXIX , pag. 901.
(9) Yoret l* préfacé des Paradoxes , au-de-
à-fait inconnue; la plut ancienne paraît être vaut de l'édition de i5ig de t5ai . Alciat avait alors vingt- neuf ans. (10) A commencer l'année au mois de janvier.
(6) Tiraq. de Jnr. PrimiRen., pag. i58 , cité (•») Kp»** Cndii, etc. , pag. par Baillet , Enlans célèbre* oit vous l pisl- Gudii , etc. , pag. 78.
trouvères aussi cile's Ghilmi,Theatrum Littéral., . * Leclerc prouve qu'il y était dès le S stent
pag. 1, et Picinell. Athen. Milan., pag. 36, 38. i5ai.
A LC I Aï.
gagèrent à cette retraite , celle-ci fut la principale , qu’on ne lui payait point ses gages assez promptement depuis que la ville d’Avignon s’était endettée à cause de la maladie contagieuse : outre qu’on lui lit entendre que , si la peste revenait , il faudrait qu’il consentit à une diminutiou de
r»es. 11 rejeta cette condition (i3).
s’appliqua au barreau dans sa patrie, et trouva cet emploi plus lucratif qu’il ne l’avait espéré f 1 4)» H s’arrêta en Italie jusqu’à ce qu’il eût accepté la profession qui lui fut offerte dans l’académie de Bourges (i5)
(C) François 1er... V attira à Bourges en 1S20.] J’ai mieux aimé sui-
vre Minos et 8Ï. Cathcrinot (16) , que Fanzirole. Ce dernier anticipe d un an cette vocation: Deimlè , anno i5a8 Bituriges quo magna studiosorum mul titudo ad ejus famam confiuxit . amplo i20o aureorum stipendio à Bege Francisco est conductus (17). Je n’objecte point à Panzirole , que la pension ne fut d’abord que de dix-nuit cents francs ** , et qu'en la doublant i’annce suivante , on la porta à ta somme qu’il a marquée : j’ai de plus grands reproches d'inexactitude a lui faire. Il ait i°. qu’Alciat ne put demeurer en France que peu d’années , parce que François Marie , duc de Milan , lui ordonna de revenir , et le menaça de la confiscation de tous ses biens en cas de désobéissance \ a°.
qu’Alciat , étant retourné chez lui , enseigna quelques années à Pavie , jusqu*à ce que , à cause des guerres, il s’en allât à Bologne , l’an i53a. Il est certain qu’Alciat séjourna cinq ans à Bourges : cela parait par les vers qu’il fit en la quittant :
Urb s Biturix , invitas amant te detero amante m ,
Quoique per asiates terra habilata mihi(iS).
(i3) Ibid., pag. ofi.
04) Ibidem.
(15) Ibid., pag. 1 06.
** Leclerc prouve encore que, lorsque Alciat quitta 1 Italie ois il se trouvait mal, il n’avait d'autre intention que de venir à Avignon , dans l’espoir d’jr trouver un poste.
(16) Il dit, dans la première page de son Cal- ▼inl«me de Rerri , du Alciat fil sa première leçon à Bourget, te lundi 19 d’avril i5sg.
(17) Patuirol. de Cfar. Let. Interpretibua. lib. Il, rap. CLXIX.
** Leclerc remanjue que les /eus ne valant alors que deux livret ou francs , la pension n /tait d'abord que de taoo fr..
(«•) Minoa , m Viti Alciati.
Puis donc qu’au dire de Panzirole il y avait été appelé l’an i5a8, il faut qu’il ne l’ait quittée qu’en i533. Comment aurait-il donc pu enseigner quelques années à Pavie depuis sa sortie de Bourges , et aller ensuite à Bologne l’an i53a ? Sa Dissertation du Duel, dédiée à François I*r. , est datée d’Avignon le ier. de mars fSaq. La préface de ses Paradoxes est datée de Bourges le d’août Voilà qui
est décisif contre Panzirole. Il nous reste deux faussetés à relever : l’une de M. Moréri , l’autre de Paul Freher.
Celui - là dit que ta libéralité de François Ier. attira Alciat en France , où il enseigna à Avignon : selon celui-ci, Alciat alla enseigner dans cette ville , lorsqu’il ne faisait que de sortir de l’école de Parrbasius (19). C’est une fausseté absurde que de aire que la libéralité d’un roi de France fait venir un professeur au pays d’autrui et qui ne sait , que depuis qu’Alciat eut quitté l’école de Parrbasius , il alla étudier à Pavie et à Bologne , et qu’il fut reçu docteur en 1 5 1 7 , et
au’ilût imprimer des livres avant que e professer dans Avignon ?
(D) Il se servit d’une ruse pour obtenir une augmentation de gages."} Ce fut de faire par ses intrigues qu’on lui adressât une vocatiou de la part de l’académie de Padoue. Vossius , qui m’apprend cela , craignait qu’en différant de répondre à ceux qui lui offraient une profession dans l’académie de Carabrige , il ne se fût rendu suspect d’un pareil manège ; car , ajoutet-il , ia plupart des gens en usent ainsi : Ouis rerum mearutn i gnu rus , aliud sibi persuaderepossit , quant dtutinani hanc in respondendo cessatio • nem indè duntaxat , aut potissimùm saltem , promanare , ut vocatione anglicand aliquid mihi aputl Batavos lucelli acquit’ am ? Scirnus id plerisque morts esse. IVec notant hanc effugit summus jurisconsultus , Andréas Alciatus , citrn Biturigibus Patavium vocaretur. Et ille qttulem callidè hoc egerat ipse , ut vocaretur. Mihi , ut scis , ne per somnium taie quid cogitanli spontè apud vos professio obiala est. lUe item , immane quanliun aucto stipendio , apud Biturtgias remansit.
Ego , uti hoc nunquam egi , ita nec
(19) Freheri V»»or. illiutr. Tlifitrom , p. 8*6.
384 ALC
quicquam accessionis ( quant quiclem scio mihi minime invideres) consequar remanendn , nisi simul accessio Jiat J'ortè novi laboris (ao). Je sentirais quelques remords de conscience , si je ne disais ici que M.de la Monnaie ma indique ce passage de Vossius. Outre cela , il m’a fait savoir les particularités suivantes : « Il paroît par la XIIe. }> lettre du IIe. livre des lettres de Sait dolet , qu’Alciat , dès la première u année de son séjour à Bourges, avoit » ou feignoit avoir dessein d'aller pro- 3) fesser le Droit à Bologne. Deux let- » très italiennes du Bembc , l’une du » 7 de juillet i53a , et l’autre du a3 3> de février 1 533 , apprennent beau- » coup de particularités touchant le » dessein qu’avoit la république de 3> Venise d’attirer Alciat à Fadoue (ai). » Les professeurs de cette université 3> en étoient dans une apprébension *> mortelle : entre autres , rranceschin » da Corte , en latin Franciscus Cur- » tius , qui , pour détourner la venue 3> d'un tel collègue , faisoit courir le 3> bruit que le duc de Milan , Fran- 3> cois Sforce , mal nommé François 3i Marie par Pancirole , lui avoit dé- 3> fendu sous de trés-riçoureuses pei- 3i nés de quitter la chaire de Pavie , 3» solto pena di confiscatione. » Pour ne pas trouver ici un peu d'embarras , il faut , ce me semble , que nous supposions que le a3 de février i533 de la lettre de Pierre Bembus est de l’an x 534 , à commencer l’année au mois de janvier $ car , sans cela , nous ne pourrions point comprendre qu’Alciat eût été à Pavie lorsque cette lettre fut datée : lui , qui avait professé cinq ans à Bourges , et qui n’avait commencé à y professer qu’en 1529. En consultant les lettres latines du même Bembus , j’ai trouvé qu’il écrivit à notre Alciat, le i5 de juillet i53a , pour l’exhorter à venir prendre possession de la chaire qui lui avait été offerte dans l’académie de Padoue. 11 lui lève la difficulté qui le tenait en suspens , et qui consistait en ce que la république de Venise ne promettait pas la même espèce d'écus qui avait été dc-
(ao) Vossiui , Fpist. XLVI1I , pag. 91, Qa. Elle est datte de Leide , le 1er. de juin i6a3.
(ai) Ces Lettre* du Bembe sont aux pages C45 et (>54 du Recueil intitule Letlere di XIII Huoinini illustri , imprim / a Venise, en i56o, 1/1-80 V ojet aussi les XXIX*, et XXX*. Lettre} du VI*. livre du Bembe.
IAT.
mandée (ai). Bembus lui fait voir que pour une si petite différence , il ne fallait pas se dégager de sa promesse ; et si vous venez , ajoute-t il , je prends sur moi de vous Jatre avoir en peu de temps toute la somme que vous avez indiquée , et bien d'autres avantages. Il lui écrivit encore le ai d’avril f 534 * Alciat était alors à Pavie , et n’y vivait pas content, bembus lui déclare que , quant à lui , il acquiesce à ses excuses ; mais que les curateurs de l'académie de Pa loue ne s’en payaient pas, et qu’ils étaient persuadés qtie la demaude d’une chaire de jurisprudence au milieu d’eux avait été fondée sur un motif d’intérêt ; c'est-à-dire , qu'Alciat n'avait voulu être professeur dans l'académie de Padoue , qu’alin de se servir de ce poste pour se procurer de plus gros gages auprès du duc de Milan ’.Ultnam tant œqut in te judices Prœfecli Ludi Patavini essent , ncque sibt persuasissintum haberent , le propterea prqfitendi jus civile hdc in urbe locum postulavisse , ut eo tradito apud ducem isluni tuum ulcrerc ad largius atque uberius nb eo slipendtum pronier endum (i3).
Alciat s’était déjà servi de la même ruse, pendant qu'il était à Avignon.
11 chargea l'un de ses amis(a4) de faire en sorte qu’on l'appelât , ou à Bologne , ou à Padoue. II n’avait point dessein d’accepter ces vocations; mais il s’en voulait servir pour faire augmenter ses gages. Nous savons cela par des lettres qu’il écrivait eu ce temps-là, et qui ont été imprimées à Utrecht , l’an 1697 : Si nulle nu lu aurei Ferrariœ constituerentur , eo non irem : et salis non possum non .. mirari , qui tibi in mentem venerit , hanc convenlionem cum eo traclare ; cum de Palavtno , aut Bonomcnsi Gjrmnasio solùm tibi mandata dede rim ; quamvis nec mihi displiccant tua ista consilia : non quod in has Academias venturus sim , sed quod Avenioncnses , si sciverint ab aliis quoque me sollicilari, ne eos deserant, timebunt , et augebunt stipendia. Quare cum eis potisstmürn vcltm hœe dis-
(aa) Citm tu nummos aureot solares petit ns , ilia tibi tantum aureos ett pollictta. Peint* Bembu*. Kpi't. XXIX , lib ■ VI, pag . 634.
(a3) Bembu*, Kpul. XXX, hb. VI , p. 6$i.
( j 4) fiommt Fraocitcu*
A LC IAT. 385
semines, quos conjeetabis idoneos esse ; ut in A venionensem A cademiani litteras harum rerum indices dent (a5).
Son ami faisait des cabales à Padoue pour obliger les écoliers allemands à demander a la république de Venise que l’on fît venir Alciat (a6). Celui-ci le pria de s'abstenir de cette peine , ▼u qu’il s'était engagé pour deux ans à la ville d'Avignon. Sa lettre est datée du a6 de septembre i5ao. Quelles bas* cesses ! quel amour sordide du gain !
(£) M. de Thou... était mal instruit de son histoire .] Il suppose i°. qu’Alciat, après avoir enseigné long-temps à Bourges, fut professeur à Avignon ; c'est tout le contraire : 3°. qu' Alciat «or ti t de F rance sur le déclin de son â ge; il n’avait qu'une quarantaine d’an* nées , plus ou moins : 3°. qu’ Alciat , de retour en Italie , lut premièrement à Bologne , et puis à Ferrare ; il lut à Pavie, avant que d’aller à Bologne : 4°- qu’Alciat mourut l’an i55i $ son épitaphe marque le la de janvier i55o. Il est vrai que quelques auteurs rapportent qu’elle donne cinquante-huit ans , huit mois , et quatre jours , à Alciat : ce qui prouverait qu’il mourut le la de janvier i55t :
mais d’autres rapportent qu’elle ne lui donne que cinquante-sept ans , huit mois, et quatre jours (37). L’erreur de M. de Tnou est moindre que celle de Forsterus , adoptée par M. Doujat (38) , et que celle d’Imperialis. Celui-ci met la mort d’ Alciat à l’année i55q (09). Forsterus la met à l’année 1548 (3o). Mais remarquons principalement la fausseté d’un astrologue , ui , ayant dit qu’Alciat mourut à en-are l’an i546, ajoute que ce fut d’une blessure de Saturne et du Soleil : Arulreas A/ciatus didic il litteras grcecas à Pomponio Gaurico Patavii...
obiit Ferrariœ anno 1 546 , ex Saturno in oppositione horoscopi , et S oie Marti* tetragono sauciato. In conversione annud non solùm directiones Aphetarum , sed annuce conversiones pcnitüs commaculatœ interimunt (3i). Voilà
i-iS' F.nUt. r.udii , etc. , pag. 79.
jfi lo'tdrtn , pag. 78.
*7> Gbitini , Teatro de’ Letterati , parlé /, pag. 11.
(38) Doujal. Pnenot. Canon. , pag. 6iQ.
(39) Imper, in Mu»aeo Huto r. , pag. 5a.
(3o For»ten Hi»ior. Juris Civif. , Lb. III , <ap. XI.I , pag. 54a.
(3i) Luca» Gauricos in Scbeaalib- , folio 78. TOME I.
ce que Luc Gauric marque au-dessous de la ligure de nativité de notre jurisconsulte. Il le fait naître le 8 de mai 1492 , à une heure 3o minutes après le lever du soleil. Ne voilâ-t-il
{>as un bel art ! il a des règles , selon esquelles un homme devait mourir
fdusieurs années avant sa mort. J’ai u une lettre d’Alciat , datée du 3 de septembre i53o , où il assure qu’il ne fait qu’entrer dans sa trente-septième année , ou qu’il n’a guère que trentesept ans : Vix trigrsimum et septimurn annum altingenti (3a). Cela prouverait qu’il naquit en 1 4^4 * ou en T49^*
(F^ Il fit sur-le-champ une harangue a François /er., qui était entré dans son auditoire .] Minos rapporte ce fait: Panzirole n’en dit rien ; mais , au lieu de cela , il assure que le dauphin, ayant assisté à une leçon d'Alciat , lui fit présent d'une médaille qui valait quatre cents écus. C'était celle
aue les habitans avaient donnée au auphin. Je l’ai déjà dit en d’autres rencontres, dès qu’un fait de la nature de celui-ci varie dans les auteurs, ou ne paraît point dans la plupart de ceux qui font l’éloge d'une personne, il mérite dépasser pour fort douteux. Cependant , il faut excepter celui-ci de cette règle ; car on trouve parmi les œuvres dvAlciat (33; le discours qu'il fit quand François l*r. assista à une de ses leçons.
(G) Le vrai remède de son humeur inconstante. ] Sij’avais voulu me prévaloir de tout ce que j’ai rencontré dans les auteurs sur les divers déménagemens d’Alciat , j’aurais pu le faire paraître encore plus inconstant qu’il ne l’a été j mais l’eusse fait conscience de le charger davantage. C’est bien assez que a’Avignon il se soit transporté à Bourges , de Bourges à Pavie , de Pavie à Bologne , de Bologne à Pavie , de Pavie à Ferrare , de Ferrare à Pavie $ et cela avant l’âge de soixante ans. Thevet arrange si mal ce qu’il dit de ce docte jurisconsulte , qu’il n’y a point de lecteur qui n’en infère qu’Alciat retourna en France, après que le duc de Milan l’eut tiré de Bourges. Nous avons vu que Panzirole l’envoie de Pavie à Avignon. M Moréri l’envoie de Bourges
(3i) Epiât. Gndii , etc. , pag . 106.
(33) 4u IF*, tome, pag. 870 de l'édition de Francfort y en 1617.
n Orléans, et d’Orléans à Padotie.
M. Teissier le fait professeur à Milan (34)- H cite Pasquier au chapitre XXIX du IXe. livre des Recherches :
il fallait citer le chapitre XXXIX ; mais on n’y trouve point Milan.
Voici les paroles de Pasquier : J'ouïs 3 ou 4 des leçons d’Alciat dedans la ville de Pavie. De la m’estant transporté en la ville de Bologne , oh lisoit Marianus Socinus , neveu de Bartholomceus , tous les escoliers italiens Jaisoient beaucoup plus de compte de cestui que de l’autre, y oire que ceux qui plaidoient , pour s’asseurerdeleurs causes , recherchaient plus le Socin , pour ceste seule considération ( disoient'ils ) que jamais il ri avoit perdu le temps en l’cstutle des lettres humaines y comme Alciat. M. Teissier, citant ce passage , dit que Bartélemi Socin cnscignoil la jurisprudence h Bologne , dans le temps qu Alciat étoit professeur h Milan. Ces deux faits ne se trouvent point dans Pasquier. Si j’avais voulu faire une masse générale de tout cela, quelle girouette n’aurais-je pas fait de notre inconstant professeur ? Mais j’aurais été mille fois plus condamnable que les auteurs de ces mensonges , si je m’en étais prévalu à son préjudice. Il n’ignorait pas qu’on le blâmait de tous ces fréqueus cliangcmcns d’académie ; il voulut s’en justifier entre autres raisons par celle-ci : c’est que personne ne trouve mauvais que le soleil parcoure toute la terre , afin d’animer toutes choses par sa chaleur , et par ses rayons : il ajoutait , que quand on loue les étoiles fixes , on n’a pas dessein de condamner les planètes (351. Il y avait une vanité insupportable dans ces sorteB de comparaisons : c’était se regarder comme une source de lumière qui devait successivement parcourir toute la république des lettres, afin que par sa
Î présence les ténèbres de la barbarie ussent chassées de tous les endroits où elles voudraient se cantonner.
Ma is accordons-lni sa comparaison , et disons-lui qu’il devait faire comme le soleil de Copernic : se tenir dans
* (34) Teissier, Éloges des Hommes illustres,
low*. II, pag. 3tj5, édition de Genève, en i683.
(35) V or et la Harangue qu d récita à Ferrure , l'ai i i543. Operutn tom. IP, pag ■ 86a, et Claude Minos, dans sa Vie.
son centre , et illuminer de là tous ceux qui s’en approcheraient. Il y a bien plus de gloire à faire venir où l’on nemeure un grand nombre d’écoliers , comme fit le philosophe Abélard (36) , qu’à se transporter soimême dans les villes où se rendent beaucoup d’écoliers. Et, sans doute, si l’amour de la gloire était tout sent dans une âme , s’il n’était mêlé avec l’amour du profit, ou avec une bizarrerie d’humeur qui fait que l’on se dégoûte bientôt des mêmes choses , on 11e verrait pas tant de gens frappés de la maladie d'André Alciat. L'ioée de la belle gloire inspirerait à un homme la résolution , non pas d'aller chercher les grands théâtres , mais de convertir en un grand théâtre celui où l’on se trouve placé , quelque
fietit qu’il soit : on se souviendrait de a réponse d’Agésilaüs. On l’av ait place dans un lieu imligne, un jour de cérémonie : fcuy 1 , dit-il, SûÇeê y et p on oéfc oi TMTOI TOl/Ç 4V<TjC«tC, ITTl/ZOC/Ç , OXK Ù uvJ'psc Tot/ç viir 01/ç hri/u xv&tosn. Benè habcl, ostendam enim non loco vtrum.
sed locum viro cohonestari ) . On verrait dans cette idée qu’il est bien plus beau de faire gratuitement tme chose, que de la taire à gages, et qu'ainsi , plus on approche du don gratuit, c’est à dire d’une profession sans gages , plus on s'approche do grand et du beau: au lieu qu’on s'eu éloigne pour s’approcher de l'espnt bas et mercenaire , à proportion de l’augmentation de gages que I'od extorque. C'est réduire à la nature or* arts les plus mécaniques la profesdon des sciences. Un cordonnier ou un chapelier qui se fait plus payer de sa besogne quun autre, se lait par cela même la réputation d’un habile ouvrier. Quand vous prétendez qui.l’on vousdonne une plus grosse pension pour ce que vous direz en chaire, t tsf une preuve qu’on vous estime un plus grand prédicateur ou un plus savant professeur, ne jugez vous pas de votre métier comme l’on juge de celui d’no cordonnier ou d’un chapelier? Cela est fort propre à décrier les sciences et à faire mépriser ceux qui les professent } car un faux goût de gloire
(36) Vojn la remarque (A) de V article Foex- QVll.
(37) Pluttrch. in ApopbtL- I.aconicx» , uut- . pag. a 08.
Digltlzed by 1
alciat.
joirit à l’avarice est ordinairement cause du défaut que Ton blâmait dans Alciat : ie veux dire de cette passion de faire bientôt tout le tour des académies, de laquelle j’ai déjà parlé en un autre endroit (38). (/est as3Ûrément mettre son érudition à l'encan , et faire savoir au public qu’on ne se livrera qu’au plus offrant et dernier enchérisseur.
(H) Il ne voulut point renoncer a la profession en droit.] Il s’en félicite dans une lettre qu’il écrivit à Paul Jove, que le pape Paul III avait longtemps amusé par des promesses trompeuses. Je suis bien aise, dit-il, de m'être pas lajssé tromper par ce pontife, quit sous la promesse d’une grande récompense , m’a voulu attirer a Rome.
Là-dessus , il étale les biens solides de sa profession , et les oppose aux espérances imaginaires du cardinalat :
Atihi gralulor , quodab eo (inveterati astfts sene principe) me decipi non sim passus , quùm me , uti sois , magnis proposais preemiis Ticino , Ferrand, atque Bononid , in Urbem ac cerseret. Tum enim ex jure meo magis cautusfui, quant tu ex sapientiœ prœeeptis p rude ns philosophus. Cur enim pro inani aut incertâ spe purpurœ , hos tanins primi suggestâs honores relinquerem , op irais prœsertlm Jirmatos stipendia ? Cur has tanlas contemnerem circumfusœ juventutis salulationes ? et hanc deniqui tôt consulloribus j armant puisant ibus , existimationem magno lucro , et non obscur d cum lande quæsitam , ineptè stultèque desererem (3g)? Notez, en passant, que ceci réfute ceux qui disent qu’il refusa le chapeau de cardinal que le pape lui offrait (4">). Ce conte est le fruit de l’hyperbole , la figure favorite d’une infinité de cens. On aurait dit tout ce qu’il y a de vrai dans cette affaire, si l’on s’était contenté de dire ue le pape, pour mieux attirer à ora^ André Alciat, lui fit entendre que ce serait le moyen de se frayer le chemin du sacré collège. Un tel dis-
(38) Dans la remarque (A) de Canule dt (François) Accsmisi.
(3jj) Alciat. Epitlol. ij Paulura Joriom. Ella
a la tilt du 7«r. volume des Histoire s de Paul Jove , et datée de Pavie , le 7 d'octobre
(4o) Teinier , Élo*. ton ». II , pag. 3g4 , édition de i683 ; et ton. I , pag. 34 , édit, de 1696
cours est bien éloigné de l’offre d’un chapeau de cardinal.
(1) U était non-seulement fort avare , mais aussi un grand mangeur. ] Panzirole s’exprime ainsi : Avarior habitus est , et cibi avidior. Il ajoute qu’Alciat , ayant reçu trois cents écus pour une consulte , et su qu’on en avait donné davantage à Marianus Socin pour la même affaire, s’écria qu’on avait trouvé un meilleur marchand , mais non pas un meilleur jurisconsulte. Prenez ceci en passant pour une confirmation de ce qui a été cité de Pasquier (4i). Nous allons apprendre d’autres nouvelles de l’avarice d’Alciat : « De deux points est-il taxé.
» L’un , que sa méthode ressentoit je » ne sçai quelle ostentation docto-
» raie L autre , que l’avarice, lui
» commandoit tellement , qu’il sera- » hloit que sa langue , plume et doc- » trine , fussent à gage des seigneurs » qui plus lui donnoient d’escus. Et » mesme je me souviens qu’aux Parcr- » ges, parlant de Jason, il vueille » prescfier pour l’argent, le prisant >» de ce qu’à lui ont esté augmentez » les gages des docteurs. D’où Alciat » a bien sceu faire son profit , ayant » tiré de l’université de Bourges douze » cens escus d’estat , outre ses licences » et doctorats , qu’il faisait bien tri— » pler, suivant la trace du docteur Ja* w son, lequel fut le 'premier qui, » pour les degrez et honneurs qu’il » donnoit aux jurisconsultes, prenoit » cinquante et cent escus , au lieu » qu’auparavant lui on avoit accous » tumé de passer pour trois ou qua- » tre escu9. A cause de ce (dit-il) que » lui, Décius, haine, et les autres » docteurs peuvent s’enrichir de ces » gratieusetez, que paient les écoliers » sans estre sujets à repréhension. De « là il n’est pas mal-aisé «le recueillir u qu’il se fait fort de Jason contre * ceux qui se formalisoient à l’encon- » tre delui, de ce qu’il estoit tellement » tenant à l’argent , «jue , pour rece- » voir de lui la dignité de docteur , » bachelier ou licentié , il falloit qu’on » desgaignast à foison des escus. Ce » qui me fait persister davantage en » cette opinion est qu'au dernier cha- » pitre du cinquième livre de ses Pa- » rerges, reprenant son propos de Ja-
(40 du commencement de la remarque (G), après la citation (i*).
» son , il se plaind des princes et sei- Dulcia sunt , put a sunt , elegantia i> gneurs , qui couchent en si petit es- sunt ; sed non sine nervis : scntentiœ » tat les doctes et sçavans hommes , vero taies , ut eliarn ad usus civilis » au lieu qu'au teras passé, même du vitre conférant Ces Emblèmes ont >i tems de Vespasian (au rapport de été' traduits en français , en italien et » Tranquille), cet empereur faisoit en espagnol (48). Les versions fran- « délivrer de ses deniers publics quin- çaises sont trois pour le moins ; celle » ze cens escus aux orateurs et rhéto- de lîarthélemi Ancau *t celle de Jean
» ricicns grecs et latins ; mesmes » adjouste-il l’authorité du rhétori* » cien Euménius, qui exerçoit sa vo* w cation à Authun , auquel , par l’or- » donnance des empereurs Diocletian j> et Maximian , on donnoit d’estat
le Fèvre , et celle de Claude Minos (49)- Ce dernier ne se contenta pas de les traduire, il les commenta aussi.
Un des plus savans humanistes d'Espagne (5o) les a crus dignes d’un commentaire de sa façon. Pignorius, sa-
» quinze mil escus par an. » Ces paro- vant Italien , en a fait le même jugeles sont de Thevet, à la page 379 du mqpt, et, après eux tou», un profe»- VIIe. tome de l’Histoire des Hommes seur de Fribourg (5f) les a publiés illustres. avec leurs notes et avec les siennes,
(K) Ceux qui disent qu il passa toute et y a joint à la fin celles de Frédésa vie dans le célibat se trompent .] rie Morel. Cette édition est fort bonne; Voici comme il parle dans une lettre c’est dommage qu’on n’y puisse pas qu’il écrivit a son ami François Cal- distinguer ce qui appartient A chaque vus, après s’être retiré de Milan à commentateur : elle est de Padoue , Avignon: Vice versd , et ego le rerum en 1661 , in 4°- Je ne parle point de mearum admoneo ; muftis ajjéctum me Sébastien Stockhamerus , dont le tracerumnis patrid ercessisse , uxorem vi - vail n'a pas été fort estimé : Scbaslia vam et sospitem ibi rcliquissc; cœteros num Stnckhamerum vix Commentatofalo functos (4a) , fortunis plerisqne ris nomine dignor, quia in sofâ Epiamissis , virluti soit innixum non om- grammatis resolutione occupatur , pauninb concidisse. Libros et Bibliothc- cissimis , iisque salis vufgatis sen! entant omnern conscrvdsse. In prœscntid tiis et Jabulis additis ; ad htec vix me- Jus Civile A venione projitcor(ffi) .Cov- diam Emblemalum partem hoc suo rigeons doncces paroles de M. Teissier, more explicat (5a). Je ne parle point il passa sa vie aans le célibat (44)* non P^us ce jésuite qui expliqua
(L) T^a latinité de Tacite lui parais- publiquement à Paris ces mêmes Emsait d’une extrême dureté .] Csest en mêmes (53) ; mais je pense qu'on ne écrivant à Paul Jove que cette plainte sera pas fâché de voir le titre dont lui échappa : Alciatus non dubitat Barthélemi Aneau ( Barthofonueus qffirmare aictionem ejus prte illd Pauli Anulus ) se servit. Le voici : Les Em Jovii esse senliceta (45). Dans une au- blesmes d’André Alciat , traduits vers tre rencontre il avait parlé bien au- pour vers jouxte la diction latine , et trement: CertatinTacito sermonisgra- ordonnes en lieux communs , avec vi tas cum elegantid (46). Je renvoie la sommaires , inscriptions , sch entes , et discussion de ceci à l’article de Tacite, briefves expositions cpimylhiques , se-
(M) Ses Emblèmes ont été fort esti - Ion l'allégorie naturelle , morale , ou
me! et ornés de divers commentai-
res.'] Scaliger le père, qui n’était point prodigue ae louanges , comme chacun sait, parle ainsi de cet ouvrage : Alciati prarler Emblemata nihil mihi videre contigil. Ea vero talia sunt , ut cum quovis ingenio certare possint.
Il dit neanmoint , dans une lettre /chie Van i5aa, que ta mère et ton oncle paternel étaient en vie. Epulola Gndii , etc. , pag. 96.
ai) Ibidem, pag. -fi.
4) Teinter, Addil. aux Elog., lom. I, p 34. f45) Voaaiut , de Rut. Lat. , lib. I, p. 160.
(46) Vide Cainonherii Disc. Politic. in Tocit, pag. 3.
J ni. Caetar. Scalig. de Poëtic., lib
toscan.
in Peplo lui. .
(471 JM. œ»ar. acalig.
(4«) Job. Matlbxns Toi
u b. fit.
* La version de le Fèvre est de i536; celle d' dneauetlde i558 -, celle de Mtgnauli, de i5q. C'r Uni dant cet ordre , qu'au jugement de Leclerc il fallait let citer.
(49) Vojex la Bibliothfq. de U Croix du Maine.
(50) Saactiui, Tirocent.
(51) Joaonrt Tbniliui, Mantemontanu r , Tirai. Phil. et Med. U. alque olim in Arckid. Fnburg Briteuitv IJ niverntaie ’ffunian. L il ter. Profetsor ordinanut.
(h) Tbuilius in Prtef. Claude Mino* en juge à peu prêt de m/me dam ta préface.
(53) Minoi, là m/me.
ALCIAT. 38o
historiale. Les éditions de cet ouvrage d’Alciat sont innombrables : dans celle de Tbuilius , dont je me sers , il y a deux cent douze Emblèmes : ainsi j’ai été surpris que Paul Freher nous assure que ce livre ne contient que cent Emblèmes * (54).
(N) Son écrit des Abus de la Vie Monastique est daté du 7 de juin 1 553-3 Si cette date était bonne, il faudrait rejeter tous les auteurs qui mettent la mort d’Alciat au 1a de janvier i55oou i55i , et qui allèguent son épitaphe (55). Mais on s’est trompé en datant cet écrit-là ; et je pense qu’il fut composé avant l’année i5uo, et que c’est la même pièce qu’Alciat eut peur qu’Erasuie ne fît imprimer :
Ç>uod ut jacias te qu'>que ipse oro :
nrc minus ut de ungtdbus Erasmi re- X lutines Orationem ilium meam ad Matihiam Minorilam , civn id quœso , ne si in cinerariorurn ist»rum /nantis incident , parafa sint mihi cum eis œterna bel! a (56). C’est ce qu’il écrivit à son ami François Calvus, le 26 de septembre i5ao. On a publié à Utreeht, en 1697, quelques lettres du même jurisconsulte qui nous apprennent bien des choses particulières , et surtout les louanges qu’il se donnait avec une vanité de fanfaron.
* Lec’erc remarque que Ge<ner , qui travail vu que l'édition de i53i , faite à Au g s bourg , dit qu’ elle contenait environ cent Lmblèmet ; maie Freher ne cite pas Getner.
(54) Paul. Freher. in Theatra.
(55j Foret la remarque (E).
(56) EpUt. Guitii , etc., pag. 80. Voyex aussi pag. 81 , 8j , et la Préface de M. Bunnan.
ALCIAT (Jean-Paul), gentilhomme milanais , fut un de ces Italiens qui abandonnèrent leur patrie dans le XVIe. siècle, afin de s’unir à l’Église protestante , et qui ensuite s amusèrent à tant raffiner sur le mystère de la Trinité, qu’ils formèrent un nouveau parti , non moins odieux aux protestans qu’aux catholiques. Alciat avait porté les armes : il commença ses innovations à Genève , de concert avec un médecin nommé Blandrata , et avec un avocat nommé Gri-
baud , auxquels Valentin Gentilis s’associa (a). Les précautions que l’on prit contre eux , et les procédures sévères que l’on exerça contre ce dernier , rendirent les autres plus timides, et les engagèrent meme à chercher un autre théâtre (3). Ils choisirent la Pologne , où Blandrata et Alciat semèrent leurs hérésies avec assez de succès. Ils attirèrent Gentilis (A), qui ne manqua pas de les aller joindre (c). II avait l’obligation à Alciat , qu’à sa prière le bailli de Gex l’avait mis hors de prison (B). On prétend que de la Pologne ils passèrent en Moravie. Nous dirons en son lieu quelle fut la destinée de Gentilis. Pour ce qui est d’Alciat, il se retira à Dantzick, et y mourut , dans les sentimens de Socin (C) , car il n’est pas vrai u’il se fit Turc (D). II avait écrit eux lettres à Grégoire Pauli , l’une en 1 564 , l’autre en 1 565 , datées de Husterilts , où il soutenait que Jésus-Christ n’a commencé d’être qu’à sa naissance de la sainte Vierge (d). On a donc eu raison de blâmer Moréri , qui l’avait fait arien , et puis mahométan (e). Peut-être qu'avant que de se retirer à Dantzick, il avait fait un tour en Turquie , sans avoir dessein de s'y faire renégat , mais seulement d’y être à couvert des persécutions (E) ; et c’est peut-être ce qui donna lieu au bruit qui a tant couru et qui court encore ,
(a) Fojret Aretius , dans /'Histoire de U Condamnation de Gentilis.
(b) Besa, in Vit» Calvioi.
(c) M. ibid .
(b) Bibliot. Antit. init. , pag. 28.
(e) V oyez son Dictionnaire , au mot Alciat , où on te réfute.
300 À LC I AÏ.
de son prétendu mahométisme.
Calvin et Bèze ont parlé de lui comme d’un fou à lier (F).
(A) Ils attirèrent Gentilis.'] T ai suivi Aretius et Théodore de Bèze , qui s’accordent à débiter que Gentilis n’alla en Pologne qu’après que Blandrata et Àlciat y eurent dogmatisé (i); et j'abandonne l'auteur de la Bibliothèque des Antitrinitaires, qui affirme qu’Alciat et Gentilis allèrent ensemble en Pologne, environ l’an i56a (a). Sîanislaüs Lubienietzki a dit à peu près la même chose : f^alcntinus iste^et Panlus Alciatus Pedcmontanus , citm Genevœ ob ndia Calvini acerrima subsistere non passent , anno 1 563 in Po loniam vénérant (3). Mais ces auteurs ne sont point assez exacts pour mériter la préférence, llornitis la mérite encore moins , lui qui a dit que George Blandrata et Paul Alciat , tous deux médecins (il se trompe à l’égard d’ Alciat) , sc sauvèrent ae Suisse en Pologne, épouvantés par le supplice de Servet et par celui de Gentilis. Dans la même page de son Uistoire Ecclésiastique, il assure qu’ils suivaient le trilheisme de Valentin Gentilis (4). Mais il est certain que l’hérésie d' Alciat était le pur socinianisme. On ne saurait mieux réfuter la chronologie de Hornius que par une lettre de Pierre Martyr, écrite d Zurich, le onzième de juillet 1 558. On apprend à Calvin, dans cette lettre, qu’on avait vu Grégoire le médecin , accompagne de Jean Paul le Piémontais; qu’on les exhorta à ne point rompre l’union de l’Église, et à se conformer au formulaire de l’église italienne de Genève; qu’on n’y gagna rien , et que , de l’avis de Biillinger, on leur conseilla de vider la ville ; qu’ils le firent; que le médecin dit qu’il s’en allait en Transylvanie , et que Jean Paul se retira à Chiavenne. 11 faut lire dans Pierre Martyr, non pas Gregorium medicum , mais Geor gium medicum , qui n’est autre que George Blandrata , tout comme Joan-
(i) Areliu», dans /’Hial. de U Condamnation de Grntiln. V cm ausu la LXXXl*. Lettre de Rèse
(3) Bibliot. Antitrinit. , }>ag. oO et 37.
(3) Lubimiec. Hiat. Reformât. Polon., p. to".
(4) On trouve cet fautes dans l édition de if*R-,augmrnte’e des Notes eide la Continuation de SI. Lrjrdrcler.
nés Paulus Pedemnntanus n’est autre que notre Alciat. Si Calvin ne disait pa» expressément que tous ces hétérodoxes Italiens, et nommément Jeaa Paul Alciat, signèrent le formulaire, on serait fort tenté de penser que ceux dont parle Pierre Martyr refusèrent d’y souscrire. Quoi qu’il en soit, ils n’étaient plus à Genève peu après la signature; car elle se fit le 18 de mai i558, et ils étaient à Zurich le onzième de juillet suivant. Gentilis ne fut mis à mort qu’en i566. Il était sorti de Genève quelques mois après la signature , et s’était retiré au pays de Gex, où il conféra avec Alciat : ce qui montre, ou qu’Alciat n’alla point à CUiavenne en sortant de Zurich , ou qu’il y demeura peu. Voyez l’article Blxhdrata , où je tâche de débrouiller l’ordre des temps par rapport à ce»
gens-là.
(B) A sa prière , le bailli de Gex avait mis Gentilis hors de prison (5). J On ne sait si les prières suffirent. Sandius insinue qu’il fallut donner de l’argent : In oppido nomine Gajum in carcerem conjicilur ( Gentilis ) undè citm evadere non posset , qnod esset pauper , a socio suo Paulo A le t ata redimilur , quem utpntc locuplctem , prœlerea verô nobili genei'e nrtum , intmo et militent , simili modo non audrbant aggredi (6).
(C) Il mourut a Dantzick dans les senti mens de *yocm.] C’est de quoi on ne peut raisonnablement douter, après les preuves nue Martin Ruarus (7) en a données. 11 dit que cet homme, ayant vécu quelques années à Dantzick comme un bon chrétien , recommanda en mourant son âme à Jésus-Christ son sauveur , et puis il ajoute (8) : « Catherine Weiraera , » aïeule de ma femme , qui le connais- » sait familièrement et qui assista à sa x> mort, l’a souvent dit à David Wer- » ner Buttel son mari, qui est encore » en vie, et il n’y a que trois ans » ou’eile est morte. Ma belle-mère me » ait encore hier qu'elle avait souvent
(5) Hiator. Reformai. Polon. , pag. 107; Bibliot. Antitrinitat. , pag. 37.
(6) Bibliot. Antitrinit, pag a6-
(7) Lises ainsi , et non pas Martin Pacer»* % dans la Biblioth. Antitrinitat. , pag. 37.
(8) Dans une leUre écrite à Calovius , et dmi/e de Danttick, a. d. ni. Non. Apr. *64» C'est la XLVIl *. de la première ceutun c des Lcltro» do Ruarus.
» vu en cette ville la veuve d’ Alciat , » qui survécut quelques années à son a mari. » Il ajoute , par occasion , qu’il a oui dire à André Woidovius, qu’Alciat , courant risque d'être assommé à Cracovie par des écoliers , à cause qu’il passait pour arien , éluda leurs mauvaises intentions en leur disant qu’il croyait en Jésus-Christ fils du Dieu vivant et de Marie : ce nom de Marie le sauva : Ridiculo schemale evasisse , c um se non Arianum sed Alarianum esse diceret , quod cùm
ALCIAT. 3gi
tendu mahométisme de Jean-Paul Alciat. ils n’ont pas été moins soigneux de le débiter les uns que les autres.
IliacOf inlrà murot peecatur et extra (ia).
Snonde l’a inséré dans ses Annales Ecclésiastiques : et c'est de là sans doute
?ue le pere Maimbourg l’avait copié n), quoiqu’il ne cite point cet auteur, comme M. Moréri le cite. Le fameux Calovius l'avait débité : Ruarus lui écrivit ce que l’on a vu. il y avait deux ans que sa lettre était imprimée illiquid sibive'let quaercrenl , respon * lorsqu’on fit une nouvelle édition de disse , credere se Jesum Chrislum l)ei l'Histoire Ecclésiastique de Micrælius:
uivi et Matrice Jilium. J lit non minore stupore quant maltlid obsessi , audito venerando Murtœ nomme , incolumem dimiserunt. Voilà un cas où la raaxides dévots outrés de la sainte
me
cependant celui qui a pris la peine d’y ajouter beaucoup de choses n’en a pas ôté le mensonge pour lequel Calovius avait été censure'. Je ne sais si Ruarus a bien découvert l’origine de cette fa- Vierge se trouva véritable : Que L'on ble. 11 croit qu'une lettre de Théodore est quelquefois sauvé avec plus de de Bèze (ta) en a été le fondement. promptitude en invoquant le nom de Cette lettre rapporte que Valeutin Marte qu’en invoquant le nom de Je- Gentilis , interrogé sur son camarade sus (9). Alciat, avait répondu : Il s’est fait
(D) Il n’est pas vrai qu’il se fit mahnmélan , et il y a long-temps que Turc.’] On vient d’en lire les preuves ; je n’ai eu aucun commerce avec lui. et , sur cela , qui peut s’empêcher de Les deux conjectures de Ruarus ne dire qu'il serait à souhaiter que ceux sont pas mauvaises : i° r — ‘
Gentilis crut faire plaisir par-là aux juges qui lut faisaient son procès. Nous apprenons tous les jours (i3) par nos gazettes
Juelque chose de semblable , c’est-àire , que les déserteurs débitent mille nouvelles très-propres à chatouiller ceux qui les questionnent $ a°. Gentilis, qui reconnaissait en Notre -Seigneur une génération ou une filiation fort singulière, était bientôt disposé à mettre dans la même catégorie les samosaténieos et les mahoraétans.
qu’il est mort enragé et en blasphé- Deux sectaires qui se brouillent s’enmant , on le croit sans attendre que tre haïssent plus au commencement la chose soit avérée, on l’écrit à ses qu'ils ne haïssent le tronc duquel ils amis partout où l’on a commerce, on se sont séparés : de sorte que uentilis l'imprime , qui pis est ; et dès là on était un mauvais témoin à l’égard sème un mensonge dont la graine ne d’AIciat, après les disputes violentes se perd jamais, tant elle tombe en qui les avaient désunis dans la Polobonne terre. Le premier qui le publie gne. Voëtius 04) c* bætus (i5) n’ont n’est pas long-temps le seul oui l'ait cité que cette lettre de Théodore de publié : on ne chôme pas à le faire Bèze quand ils ont dit qu’Alciat s’é-
qui soutiennent la bonne cause ne fussent point sujets à certains défauts qui régnent éternellement parmi les persécuteurs de l’orthodoxie : Un excès de crédulité , un fond de mauvaise haine , je veux dire une haine qui ne comprend pas moins la personne de l’hérétique que son hérésie même , nous font avaler tous les contes que l’on débite au désavantage d’uu hérésiarque. Court-il quelque bruit qu’il s’est tué, que le diable l’a emporté.
passer de livre en livre, comme un grand motif de zèle ou comme un objet de réflexions.
Les protestans n’ont pas été moins trompés que les catholiques au pré-
(9) Velocior est nonnunquam salut invocalo nomme Maria quinn invocato nomme Jesu ■ S. An '«lu us , de Lxceilentii Ytrgini», cap. Vt.
tait fait mahométan. Hornius n’a cité
(10) H oral. EpUt. //, Ub. t
(11) Maimbourg, Histoire a
e l'Arianisme,
font. /// , pag. 3À4 , SdiUon de Hollande . (il) C'est Ut LXXXI*.
(il) On /cril ceci Van 169?.
(i4) Voet. Disputât., loin. IIT, p. «81.
Ci 5) Joh. Laetus , Coupe nd. Hist. uniy. , p 43C.
ÀLCIAT.
personne, quoiqu’il avance ^«ela avec exstiterit antequam ex Mariâ natcerela dernière confiance. Alciatus , dit- tur, et aeerrimè dogmati vulgari d ’e il (16), transiit ad Turcas , ac muham- Trinilate restilisse , ith ut mahometis medisraum amplexus , inier eos vilam mum consilii in primordio reforma- Jiniit. Hoornbeek ne cite non plus per- lionis sat ancipiü et arduo ignarus ei sonne dans l’Apparat de ses Disputes prœtulisse scribatur , sed à Calvino et contre les Sociniens , où il dit deux ou inventurum ejus æmulit , odio inter trois fois qn’Alciat embrassa le maho- necino iri eum et alios veritatis aman métisrae : Dignam poenam dédit quan - tes fiagranlibus (ao). do eum Deus ad muhammedanos pro- (E) Peut-être... avait-il fait un tour labi sivit ; nempè ne alibi quant inter en Turquie.... pour être a couvert des infidèles istos nomen suum ultra pro - persécutions. ] Cela me fait souvenir
filerelur (17). On pourrait soupçonner que cette fable n’a pas eu la lettre de Tnéodore
ment unique que légèrement
de Pierre Abélard, qui fut sur le point d’aller chercher un asile aux pays des infidèles , contre les agens ou les promoteurs de l’orthodoxie. Il avait été battu de l’oiseau , et s’alarmait plus
mation polonaise 5 car, quand on y qu’un autre j car toutes les fois quM voit que l’auteur, ayant parlé d’un entendait dire qu’il se ferait bientôt certain Adam Neusserus (18), qui en- une assemblée d’ecclésiastiques , il s’ifin se vit contraint de s’enfuir à Con- maginait que c’était pour le condamstantinople, ajoute qu’Alciat avait eu ner. D’ailleurs, il avait éprouvé le une semblable destinée, on ne peut grand crédit de ces agens, et il n’était guère penser sinon que la chose est pas facile de leur éch apper sous des véritable, puisqu’un tel historien la princes de leur parti. Ils écrivent pardébite. Mais , en examinant de près tout $ et avant que leur ennemi soit les paroles de cet auteur, on trouve arrivé dans une ville, le portrait de que son témoignage se réduit à rien. ses erreurs y fait déjà peur , et y sou- Voici comme il parle dans la page aoo: lève tons les esprits, lin temps a été , Exaclo trimcslri ncccsse habebai(Ad&' que ceux qui avaient l’oreille des pamus Neusserus), periculo sibi ab explo- pes pouvaient rendre la meilleure parraloribus Cœsaris imminente , solum tie ae l’Europe un pays inhabitable , vertere , et Constantinopolin ( quant et à l’égard d’un homme qu’ils se seraient Alciali fortunam fuisse supra vidi - mis fortement en tète de faire passer mus , adeoTurcœ ante christianos œqui- pour hérétique ; et ce pauvre misératate et hunianitale longé suntl) con - ble pouvait en quelque façon leur apfugere. Ces paroles nous renvoient à pfiquer quelques enaroits du psaume
1 CXXX1X (ai). 11 ne faut donc pas s’é-
tonner que Pierre Abélard ait eu envie d’aller chercher du repos au milieu des mahométans ou des païens :
il espérait qu’en payant tribut *1 aude l’autre, que ce furent ses ennemis rait la liberté de professer le chrisqui forgèrent cette imposture. C’est tianisme hors de la sphère d’activité 6ans doute ce qu’a voulu dire le sieur de 1’ (Jdium Theologicum ; et il crai- Stanislas Lubienietzki. On le sent, gnait, qu’à moins que d’en venir là, il malgré les fautes d’impression qui dé- se trouverait toujours enfermé dans figurent misérablement son livre. De cette sphère. Voici scs paroles : Drus Alciato scriptum accepi , dit- il (19), ipse mihi testis est quotient aliquem eum in epistolis ad Gregorium Pauli ccclesiasticarum personarum convenanno i564 et i565 üusterlitzii datis tum adunari noveram y hoc in damnadissuasisse sentent iam qui>d Christus tionem meam agi crcdcbam. Siupefac-
(16) Horoiu» , Hi»t. Eccle.., pas. 35.. Edi,. *" iUici ^ "‘P'”'™'""
un endroit précédent : je crois que c’est à la page 109. Or, si d’un côté l’on trouve dans cette page que quelques-uns ont écrit que Gentilis s’était fait mahométan , on y trouve aussi ,
ann. 1687.
(17) Hoornbeek. Apparatus, pag etiam par. a3.
(18) Il j a dan* t imprimé Nrnunriu*; mais te livre est tout plein de faute s , et surtout quant aux noms propres.
(19) Uistgr. Reformât- Polonicx, pag. 109.
29; vide (ao) Je croit qu’il faut tire , à Calvino e*** inventa m et eja» irmulij, odio internecino in, etc.
(ai) Qnî» ibo à epiritu tno , et qno a facie tuft fngiara ?.. . Si sumpiero pennas Dirai dilorulo et babitavero in extremis maris.... , illac troc— bit me dextera tua.
ALCIAT. 3od
fulguris exspectabam , ut quasi hcereticus aut pro fanas in Concitiis traherer aut Synagogis. ... Scepè aut cm ( Deus scil ) in tantam lapsus sum dcsperationcm , ut Chrislianorum finibus exc es sis ad Gcntes transire disponerem , atque ibi quietè sub qudcumquc tributs paclione inter inimicos Chris ti christianè vivere (aa). Or, comme Alciat avait encore plus à craindre du papisme qu’Abelard, et qu’il ne voyait guère de sûreté dans les pays où les autres chrétiens étaient les maîtres,
Tcnent Danai quà déficit ignis (>3),
aes boutades et ses caprices auraient bien pu lui faire naître l’envie d’essayer la tolérance des Turcs , et l’en dégoûter bientôt pour l’envoyer à Dantzick. Apprenons à nous défier de certains récits , encore que des auteurs considérables les adoptent.
(F) Calvin et Bcte ont parlé de lui comme d’un fou a lier. ] Le premier dit que le jour que l’on proposa aux Italiens soupçonnés d’hétérouoxie un formulaire à signer, Alciat s’emporta d’une manière furieuse : Inter quos princeps fuit Joannes quidam Paulus Alcialus , homo non slolidi tantum ac vesani ingenii , sed plant phreneticusad rabiem usque (a$) : l’autre dit
Î|Ue c’était un homme à vertiges et un rènélique; Paulus quidam Alciatus , Mcdiolancnsis , homo jam antea plané phreneticus et vertiginosus (a5).
(sa) AbcUrdi Oper. , pag. 3a.
(a3) Virait. Æneid. , lit. //, .//. 5o5.
(*4 CaWii». advers. Valent. Gentil. , m. 65q. TracUt. Tbeolog.
(»5) Beia , Epiatol. LXXXI.
ALCIAT ( Térence ) , jésuite italien , issu de la même famille qu’ Alciat le jurisconsulte, naquit à Rome, l’an i5^io. Il étudia cinq ans en droit avant que de se faire jésuite. Ce fut au mois de mars i5qi qu’il entra dans cette société. Les emplois qu’il y a eus témoignent qu’on l’y regardait comme un sujet important. Il lut pendant treize ans préfet du college de Rome; il y enseigna cinq ans la philosophie , et dix-
sept ans la théologie. Après cela, il fut directeur de la pénitence du Vatican , et sous-supérieur de la maison professe. Il assista à la neuvième congrégation générale des jésuites , comme député de la province de Rome ; et lorsqu’il mourut d’apoplexie , le 12 de novembre i65i , il était sous-provincial. Il n’était pas dans une moindre considération hors de la société ; car outre qu’il fut longtemps qualificateur de la congrégation du Saint Office , et consulteur de la congrégation des rites, il fut choisi par le pape Urbain VIII , pour réfuter le père Paul. Il préparait une édition des actes du concile de Trente, qui aurait été l’apologie de cette assemblée contre toutes sortes d’adversaires , et nommément contre ce redoutable Vénitien.
Il avait déjà ramassé un grand nombre de matériaux pour cet important et pénible ouvrage , lorsque la mort le fit sortir de ce monde (a) ; mais encore qu’il eût donné plusieurs années à ce travail , il n’avait presque pas commencé la forme de son ouvrage.
Le père SforcePalavicin , qui fut chargé du même dessein , nous apprend pourquoi le père Alciat était demeuré si loin de l’exécution (A). Si M. Moréri avait seulement jeté les yeux sur la préface du cardinal Palavicin , il n’aurait pas mis entre les œuvres du père Alciat les Actes du concile de Trente. Il n’y faut mettre qu’un Sermon sur la Passion , prononcé devant le pape Clément VIII, en 1602, et la Vie dePierre Fabri , compagnon
(«) Ex Bibliotliocâ Scriptorurn Soci«Uti* Jesu , Katbanaëlis Soluclli.
de saint Ignace Loyola. Le père Alciat , déguisé sous le nom d ’Eminius (b) Tacitus , Ta traduite eu italien du latin de Nicolas Orlandino (c). Cette traduction fut imprimée à Rome en 1629. Le latin fut imprimé à Lyon en 1617. M. Moréri remarque que le pape Urbain VI II disait que le père Alciat était digne du chapeau de cardinal. Nicius Érythræus le rapporte ( d ). Si Ton demande à quoi tenait-il donc que ce jésuite n’eût pas ce qu’il méritait? Urbain VIII n’était-il pas le distributeur de ces chapeaux? La réponse est fort aisée :
il faut conférer cette dignité à tant de gens par des raisons de politique , qu’ou ne peut toujours y admettre ceux que l’on croit la mériter.
ll>) Leon Allatius in Apibus Urbanis, png- ' 238 , et Aleçambe disent Erminiua.
(c) Sotuellus , fiibl. Societ. Jesu.
(d) Nicius Ervlbr. Pinacoth. //, cap.
xl ni.
(A) Le père Alciat , qui avait entrepris une Réfutation de Fra Paolo , était demeuré.... loin de l’exécution. ] Il s’était imposé la loi de ne rien nier à son adversaire , sans apporter des preuves de sa négative ; de sorte qu’il employa bien des années à chercher des mémoires qui lui fournissent ces preuves. Le cardinal Palavicin prétend que c’était une œuvre de surégogation , parce qu’il n’y a point de lois qui obligent à la preuve celui qui nie : c’est à l’accusateur à prouver ; et , s’il ne le fait point , il mérite la peine du talion : mais la personne accusée peut se contenter d’un je nie le fait ; cela suffit à la faire absoudre , pendant qu’on ne prouve rien contre elle. La doue questi s’era fatia lecitn d’aceusare senza provare , il che dalle loggi è punito colla pena del talione , quegli non voile negare senza haver la prova délia falsita ; dal che ogni legge il disobligava. Quindi fu che spese mollis s imianni in ccrcarmcrnorie