CRI
Crible. — Parler au crible est un ancien proverbe qui signifiait faire danser un tamis par le moyen de paroles mystérieuses. Théocrite nommait les gens qui avaient ce pouvoir crible-sorciers ou sorciers du crible. — Je me suis trouvé, dit Bodin 4, il y a vingt ans, dans une maison à Paris , où un jeune homme fit mouvoir un tamis sans y toucher, par la vertu de certaines paroles françaises, et cela devant une société; et la preuve, dit-il, que c'était par le pouvoir de l'esprit malin, c'est qu'en l'absence de ce jeune homme on essaya d'opérer en prononçant les mêmes paroles. Voy.
COSQUINOMANCIE.
Criériens , — fantômes des naufragés, que les habitants de l'île de Sein, en Bretagne, croient entendre demander la sépulture à travers ce bruit sourd qui précède les orages. Les anciens Bretons disaient : « Fermons les portes, on entend les criériens, le tourbillon les suit. »
Cristalomancie, — divination par le moyen du cristal. On tirait des présages des miroirs et des vases de cristal , dans lesquels le démon faisait, dit-on, sa demeure. Le roi Childéric cherchait l'avenir dans les prismes d'un petit globe de cristal. Voy. Chien. — Les devins actuels prédisent encore par le miroir. L'anecdote suivante fera connaître leur méthode. — Un pauvre laboureur de Sézanne, à qui on avait volé six cents francs, alla consulter le devin en \ 807. Le devin lui fit donner douze francs, lui mit trois mouchoirs pliés sur les yeux, un blanc, un noir et un bleu, lui dit de regarder alors dans un grand miroir où il faisait venir le diable et tous ceux qu'il voulait évoquer. « Que voyez-vous? lui demandat-il. — Rien , » répondit le paysan. Là dessus le sorcier parla fort et long-temps ; il recommanda au bonhomme de songer à celui qu'il soupçonnait capable de l'avoir volé, de se représenter les choses et les personnes. Le paysan se monta la tête, et, à travers les trois mouchoirs qui lui serraient les yeux , il crut voir passer dans le miroir un homme qui avait un sarrau bleu , un chapeau à grands bords et des sabots. Un moment après il crut le reconnaître , et s'écria qu'il voyait son voleur. « Eh bien! dit le devin , vous prendrez un cœur de bœuf et soixante clous à lattes, que vous planterez en croix dans ledit cœur; vous le ferez bouillir dans un pot neuf avec un crapaud et une feuille d'oseille : trois jours après, le voleur, s'il n'est pas mort, viendra vous apporter votre argent, ou bien il sera ensorcelé. » — Le paysan fit tout ce qui lui était
1 Démonomanie des sorciers, liv. il, p. 155.
cno — n
recommandé, mais son argent ne revint pas ; d'où il conclut que son voleur pouvait bien être ensorcelé...
Critomancîe, — divination qui se pratiquait par le moyen des viandes et des gâteaux. On considérait la pâte des gâteaux qu'on offrait en sacrifice, et la farine d'orge qu'on répandait sur les victimes , pour en tirer des présages.
Crocodiles. — Les Égyptiens modernes assurent que jadis les crocodiles étaient des animaux doux, et ils racontent de la manière suivante l'origine de leur férocité. Humeth , gouverneur d'Égypte sous Gisar Al-Mutacil, calife de Bagdad, ayant fait mettre en pièces la statue de plomb d'un grand crocodile que l'on avait trouvée en creusant les fondements d'un ancien temple de païens , à l'heure même de cette exécution les crocodiles sortirent du Nil , et ne cessèrent, depuis ce temps, de nuire par leur voracité *. — Pline et Plutarque témoignent que les Égyptiens connaissent, par l'endroit où les crocodiles pondent leurs œufs, jusqu'où ira le débordement du Nil ; mais il serait difficile, dit Thomas Brown, de comprendre comment ces animaux ont pu deviner un effet qui, dans ses circonstances, dépend de causes extrêmement éloignées, c'està-dire de la mesure des rivages dans l'Ethiopie. — Les habitants de Thèbes et du lac Mœris rendaient un culte particulier aux crocodiles ; ils leur mettaient aux oreilles des pierres précieuses et ornements d'or, et les nourrissaient de viandes consacrées. Après leur mort , ils les embaumaient et les déposaient en des urnes que l'on portait dans le labyrinthe qui servait de sépulture aux rois. Les Ombites poussaient même la superstition jusqu'à se réjouir de voir leurs enfants enlevés par les crocodiles ; mais ces animaux étaient en horreur dans le reste de l'Égypte. Ceux qui les adoraient disaient que, pendant les sept jours consacrés aux fêtes de la naissance d'Apis , ils oubliaient leur férocité naturelle, et ne faisaient aucun mal ; mais que le huitième jour, après midi, ils redevenaient furieux.
Croix. — Les croix que les sorcières portent au cou et à leurs chapelets , et celles qui se trouvent aux lieux où se fait le sabbat, ne sont jamais entières , comme on le voit par celles que l'on trouve dans les cimetières infestés de sorciers , et dans les lieux où les sabbats se tiennent. La raison en est , disent les démonomanes, que le diable ne peut approcher d'une croix intacte.
1 Lcloyer, Iîist. et dise, des spectres, etc., liv. IV, ch. 21, p. 417.
- GUI
Croix (Épreuves de la), — voy. Épreuves.
Croix (Madeleine de La), — religieuse de Cordoue, qui mena mauvaise vie au seizième siècle, se disant sorcière et se vantant d'avoir pour familier un démon. François de Torre- Blanca raconte qu'elle avait à volonté des roses en hiver, la neige au mois d'août, et qu'elle passait à travers les murs , qui s'ouvraient devant elle. Elle fut arrêtée par l'inquisition ; mais ayant tout confessé , elle fut admise à pénitence 1 ; car les inquisiteurs n'avaient pas la férocité que leur ont prêtée les livres.
Croméruach, — idole principale des Irlandais avant l'arrivée de saint Patrice en leur pays. L'approche du saint la fit tomber, disent les légendes, tandis que les divinités inférieures s'enfoncèrent dans la terre jusqu'au menton. Suivant certains récits , en mémoire de ce prodige, on voit encore leurs tètes à fleur de terre dans une plaine, qui ne se trouve plus.
Cromniomancie , — divination par les oignons. Ceux qui la pratiquaient mettaient la veille de Noël des oignons sur un autel; ils écrivaient au-dessus le nom des personnes dont on voulait avoir nouvelle. L'oignon qui germait le plus vite annonçait que la personne dont il portait le nom jouissait d'une bonr.e santé. — Cette divination est en usage dans plusieurs cantons de l'Allemagne , parmi les jeunes filles, qui cherchent à savoir ainsi qui elles auront pour époux2.
Croque-Mitaine, — espèce d'ogre dont on épouvante à Paris les petits enfants indociles. Aujourd'hui que ses dents sont tombées, il se contente de les mettre au cachot et de leur donner le fouet, malgré les lumières du siècle. Voy. Babau.
Crusembourg ( Guy de), — alchimiste.
Voy. Alchimie.
Cubomancie, — divination par le moyen des dés. Auguste et Tibère avaient grande confiance en cette manière de consulter le sort. Les Grecs s'en servaient aussi. C'est à peu près la même chose que l'astragalomancie. Voy. ce mot.
Cuivre. — Théocrite assure que le cuivre pur a naturellement là vertu de chasser les spectres et fantômes; c'est pourquoi les Lacédémoniens frappaient sur un chaudron toutes les fois qu'un de leurs rois venait à mourir.
1 François de Torre-Blanca, Epit. delict., etc., p. 1S5 et MR.
2 Delancre, Incrédulité et mécréonec, etc., traité v, p. 2GI.
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Culte. — Les démons recevaient un culte par tout l'univers, avant le christianisme. Jupiteretles autres dieux n'étaient véritablement que des démons ; mais le diable a reçu un culte plus spécial de gens qui savaient bien qu'ils s'adressaient à lui et non à un dieu. Ainsi, les sorciers au sabbat adorent le diable par son nom. Le culte qu'ils lui rendent consiste principalement à lui baiser le derrière, à genoux, avec une chandelle noire à la main. — Certains peuples de l'Afrique ne rendent aucun culte à Dieu, qu'ils croient bon, et font des sacrifices au diable pour la raison contraire.
Cunégonde, — femme de Henri II, empereur d'Allemagne. Elle fut soupçonnée d'adultère , et se purgea de l'accusation en marchant pieds nus, sans accident, sur des socs de charrue rougis au feu. Voy. Épreuves.
Cupai, — voy. Kupai.
Cureau de la Chambre, — habile médecin, mort en 1669. On a de lui un discours sur les principes de la chiromancie et de la mètoposcopie. Paris, 1653, in-8°. On l'a aussi imprimé sous le titre de l'Art de connaître les hommes.
Curma. — Du temps de saint Augustin un paysan . des environs d'Hippone, nommé Curma, mourut un matin et demeura deux ou trois jours sans sentiment. Comme on allait l'enterrer, il rouvrit les yeux et demanda ce qui se passait chez un autre paysan du voisinage qui , comme lui , se nommait Curma : on lui répondit que ce dernier venait de mourir à l'instant où lui-même était ressuscité. « Cela ne me surprend pas , dit-il ; on s'était trompé sur les noms ; on vient de me dire que ce n'était pas Curma le jardinier., mais Curma le maréchal , qui devait mourir. » Il raconta en même temps qu'il avait entrevu les enfers ; et il mena depuis meilleure vie.
Curson, — voy. PlTRSAN.
Curtius, — fils d'un gladiateur romain. On dit qu'un spectre lui annonça ainsi sa mort . Il accompagnait un lieutenant du gouverneur de l'Afrique , n'ayant aucun garde auprès de lui ; il vit un jour, dans une galerie , le spectre d'une femme de haute stature , qui lui dit qu'elle était l'Afrique, et qu'elle venait lui annoncer le bonheur. Elle l'assura qu'il aurait de grands honneurs à Rome, et qu'il reviendrait en Afrique , non comme valet , mais en qualité de commandant en chef, et qu'il y mourrait. Cette prédiction s'accomplit entièrement; Curtius fut questeur, puis préteur; il eut les privilèges du consulat, et fut envoyé comme gouverneur en Afrique; mais en débarquant il se sentit frappé d'une maladie
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dont il mourut i: II est probable que ce conte a été fait après coup pour un autre Curtius.
Voy. DÉVOUEMENT.
Cylindres, — sortes d'amulettes circulaires que les Perses et les Égyptiens portaient au cou, et qui étaient ornées de figures et d'hiéroglyphes.
Cymbale , — c'est le nom que les sorciers donnent au chaudron dans lequel ils mangent leur soupe au lard dans les assemblées du sabbat.
Cynanthropie , — espèce de frénésie dont ceux qui en sont attaqués se persuadent qu'ils sont changés en chiens. C'est, comme la bousanthropie, une nuance de l'état de loup-garou. Voy. Lycanthropie.
Cynobalanes , — nation imaginaire, que Lucien représente avec des museaux de chien, et montés sur des glands ailés.
Cynocéphale , — singe que les Égyptiens nourrissaient dans leurs temples pour connaître le temps de la conjonction du soleil et de la lune. On était persuadé que, dans cette circonstance , l'animal , devenu aveugle , refusait toute nourriture. Son image, placée sur les clepsydres, était purement hiéroglyphique. On prétendait qu'à chaque heure du jour le cynocéphale criait très-exactement.
Cyprien. — Avant de se convertir au christianisme , saint Cyprien s'occupait de magie. On voit, dans la Légende dorée, qu'il évoquait les démons et que ce furent les épreuves qu'il fit de leur impuissance contre le simple signe de la croix qui l'amenèrent à la foi.
Cyrano de Bergerac, — écrivain remarquable du dix-septième siècle. On trouve, dans ses œuvres, deux lettres sur les sorciers. Nous n'avons pas besoin d'indiquer ses histoires des empires du soleil et de la lune. Il a fait aussi un Voyage aux enfers; c'est une plaisanterie : — « Je me suis trouvé cette nuit aux enfers, dit-il ; mais ces enfers-là m'ont paru bien différents des nôtres. J'y trouvai les gens fort sociables; c'est pourquoi je me mêlai à leur compagnie. On était occupé alors à changer de maison tous les morts qui s'étaient plaints d'être mal associés ; l'un d'eux , voyant que j'étais étranger, me prit par la main et me conduisit à la salle des jugements. Nous nous plaçâmes tout proche de la chaire du juge , pour bien entendre les querelles de toutes les parties. — D'abord j'aperçus Pythagore qui , très-ennuyé d'une compagnie de comédiens , représentait que leurs caquets continuels le détournaient de ses hautes spéculations. Le
1 Leloyer, Histoire des spectres ou apparitions des esprits, liv. ni, ch. 16, p. 268.