FAU
lui. Do son côté , Faust s'abandonnait au diable, sans réserve d'aucun droit à la rédemption ni de recours futur à la miséricorde divine. Le démon lui donna, pour arrhes de ce traité, un coffre plein d'or ; dès lors, Faust fut maître du monde, qu'il parcourut avec éclat. — Il allait partout , lorsqu'il ne voyageait pas à travers les airs , dans de riches équipages , accompagné de son démon. Il vit un jour, au village de Rosenthal, une jeune fi i le ingénue, que Widman représente comme surpassant en grâces toutes les beautés de la terre , et qu'il appelle Marguerite. Il en devint épris ; mais elfe était vertueuse. Méphistophelès , pour le détourner de cette passion qu'il redoutait, le mena à la cour. Charles-Quint, sachant ses talents magiques, le pria de lui faire voirÀlexandre-le-Grand ; Faust obligea aussitôt le fameux roi de Macédoine à paraître. Il vint sous la figure d'un petit homme trapu, haut en couleur, avec une espèce de barbe rousse, le regard perçant et la contenance fière. Il fit à l'empereur une révérence, et lui adressa même quelques mots dans une langue que Charles-Quint n'entendait point. D'ailleurs il lui était défendu de parler. Tout ce qu'il put faire fut de le bien considérer, ainsi que César et quelques autres que Faust ranima un instant pour lui. — L'enchanteur opéra mille merveilles semblables. A en croire ses historiens, il usait sans discrétion de son pouvoir surnaturel. Un jour, se rencontrant à table dans un cabaret avec douze ou quinze buveurs qui avaient entendu parler de ses prestiges , ils le supplièrent de leur en faire voir quelque chose. Faust perça la table avec un foret, et en fit sortir les vins les plus délicats. Un des convives n'ayant pas mis la coupe assez vivement sous le jet, la liqueur prit feu en tombant à terre, et ce prodige effraya quelques-uns des assistants. Le docteur sut dissiper leur trouble ; et ces gens, qui avaient la tête échauffée, lui demandèrent unanimement qu'il leur fit voir une vigne chargée de raisins mûrs. Ils pensaient que, comme on était alors en décembre , il ne pourrait produire un tel prodige. Faust leur annonça qu'à l'instant, sans sortir de table, ils allaient voir une vigne telle qu'ils la souhaitaient, mais à condition que tous ils resteraient à leurs places, et attendraient, pour couper les grappes de raisin, qu'il le leur commandât, les assurant que quiconque désobéirait, courait risque de la vie. Tous ayant promis d'obéir, le magicien fascina si bien les yeux de ces gens, qui étaient ivres , qu'il leur sembla voir une très-belle vigne chargée d'autant de longues grappes de raisin qu'ils étaient de convives. Cette vue les