FAU
ravit; ils prirent leurs couteaux et se mirent en devoir de couper les grappes au premier signal de Faust. Il se fit un plaisir de les tenir quelque temps dans cette posture, puis, tout à coup, il fit disparaître la vigne et les raisins ; et chacun de ces buveurs , pensant avoir en main sa grappe pour la couper, se trouva tenant d'une main le nez de son voisin, et de l'autre le couteau levé, de sorte que s'ils eussent coupé les grappes sans attendre l'ordre de Faust , ils se seraient coupé le nez les uns aux autres. — On a dit que Faust avait, comme Agrippa, l'adresse de payer ses créanciers en monnaie de corne ou de bois, qui paraissait bonne au moment où elle sortait de sa bourse, et reprenait , au bout de quelques jours, sa véritable forme. Mais le diable lui donnait assez d'argent pour qu'il n'eût pas besoin d'user de ces fraudes. Wecker dit qu'il n'aimait pas le bruit, et que souvent il faisait taire , par la force de sa magie , les gens qui le fatiguaient, « témoin ce certain jour qu'il lia la bouche à une demi-douzaine de paysans ivres, pour les empêcher de babiller et de piailler comme ils faisaient. » — Il n'avait pas renoncé à son projet chéri d'épouser Marguerite; mais le démon l'en détournait d'autant plus , comme dit Widman , qu'appartenant à l'enfer par son pacte , il n'avait plus le droit de disposer de lui ni de former un nouveau lien. Méphistophelès l'en éloignait donc sans cesse. Faust allait au sabbat ; il poursuivait le cours de sa destinée infernale. Lorsque le temps du pacte fut accompli, il frissonna à la pensée du sort qui lui était maintenant réservé. Il voulut s'enfuir dans une église ou dans tout autre lieu saint, pour implorer la miséricorde divine ; Méphistophelès l'en empêcha ; il le conduisit tremblant sur la plus haute montagne de la Saxe. Faust voulut se recommander à Dieu : « Désespère et meurs, lui dit le démon, lu es maintenant à nous. » — A ces mots, l'esprit des ténèbres apparut aux yeux de Faust sous la forme d'un géant haut comme le firmament ; ses yeux enflammés lançaient la foudre, sa bouche vomissait du feu, ses pieds d'airain ébranlaient la terre. Il saisit sa victime avec un éclat de rire qui retentit comme le tonnerre , déchira son corps en lambeaux, et précipita son âme dans les enfers. — Apprenez par là, frères, que tout n'est pas gain en mauvaise compagnie. — Nous avons dit que la découverte de l'imprimerie fit poursuivre Faust comme sorcier; on assurait que l'encre rouge de ses Bibles était du sang; il est vrai qu'elle a un éclat particulier, et qu'on a pu croire au moins, dans un siècle d'ignorance, que le secret en avait été donné
3 — FÉE par le diable. — On dit encore qu'il débitait en Allemagne des almanachs qui , dictés par Méphistophelès, prédisaient toujours juste, et avaient, par conséquent, plus de succès encore que Matthieu Laensberg, qui se trompe quelquefois. Mais on ne retrouve aucun de ces almanachs. — La vie de Faust et de Christophe Wagner, son valet , sorcier comme lui, a été écrite par Widman, Francfort, 1587, in-8°, traduite en plusieurs langues, et en français par Victor Palma Cayet; Paris, 1603, in-12. Adelung lui a consacré un grand article dans son Histoire des folies humaines. Tous les démonographes ont parlé de lui ; Gœthe a mis ses aventures en un dràme bizarre ou chronique dialoguée. MM. Desaur et de Saint- Geniès ont publié , en 1825, les Aventures de Faust et sa descente aux enfers, roman en 3 vol. in-12, où l'on ne trouve pas tout le merveilleux des légendes allemandes. M. Marmier a donné aussi une curieuse légende do Faust.
Fechner ( Jean), — auteur d'un traité latin sur la pneumatique, ou doctrine des esprits selon les plus célèbres philosophes de son temps. Breslau, in-12, 1698.
Fécondité. — De graves écrivains affirment que le vent produit des poulains et des perdrix. Varron dit qu'en certaines saisons le vent rend fécondes les juments et les poules de Lusilanie. Virgile, Pline, Columelie , ont adopté ce conte, et le mettent au nombre des faits constamment vrais, quoiqu'on n'en puisse dire la raison. — On a soutenu autrefois beaucoup d'impertinences de ce genre, qui aujourd'hui sont reconnues des erreurs. On a publié un arrêt donné en 1537 par le parlement de Grenoble, qui aurait reconnu la fécondité d'une femme produite par la seule puissance de l'imagination. Cet arrêt supposé n'est qu'une assez mauvaise plaisanterie.
Fées. — Si les histoires des génies sont anciennes dans l'Orient, la Bretagne a peut-être le droit de réclamer les fées et les ogres. Nos fées ou fades ( fatidicœ ) sont assurément les druidesses de nos pères. Chez les Bretons, de temps immémorial , et dans tout le reste des Gaules, pendant la première race des rois francs, on croyait généralement que les druidesses pénétraient les secrets de la nature, et disparaissaient du monde visible. Elles ressemblaient en puissance aux magiciennes des Orientaux ; on en a fait les fées. On disait qu'elles habitaient au fond des puits, au bord des torrents, dans des cavernes sombres. Elles avaient le pouvoir de donner aux hommes des formes d'animaux , et faisaient quelquefois
fée — 2
dans les forêts les mêmes fonctions que les nymphes du paganisme. Elles avaient une reine qui les convoquait tous les ans en assemblée générale, pour punir celles qui avaient abusé de leur puissance et récompenser celles qui avaient fait du bien. Dans certaines contrées de l'Écosse, on dit que les fées sont chargées de conduire au ciel les âmes des entants nouveau-nés, et qu'elles aident ceux qui les invoquent à rompre les maléfices de Satan. — On voit dans tous les contes et dans les vieux romans de chevalerie, où les fées jouent un si grand rôle, que , quoique immortelles , elles étaient assujetties à une loi qui les forçait à prendre tous les ans, pendant quelques jours, la forme d'un animal, et les exposait, sous celte métamorphose, à tous les hasards, même à la mort, qu'elles ne pouvaient recevoir que violente. On les distinguait en bonnes et méchantes fées; on était persuadé que leur amitié ou leur haine décidait du bonheur ou du malheur des familles. — A la naissance de leurs enfants , les Bretons avaient grand soin de dresser, dans une chambre écartée, une table abondamment servie , avec trois couverts, afin d'engager les mères, ou fées, à leur être favorables, à les honorer de leur visite, et à douer le nouveau-né de quelques qualités heureuses. Ils avaient pour ces êtres mystérieux le même respect que les premiers Romains pour les carmentes , déesses tutélaires des enfants, qui présidaient, à leur naissance, chantaient leur horoscope et recevaient des parents un culte. — On trouve des fées chez tous les anciens peuples du Nord , et c'était une opinion partout adoptée que la grêle et les tempêtes ne gâtaient pas les fruits dans les lieux qu'elles habitaient. Elles venaient le soir, au clair de la lune, danser dans les prairies écartées. Elles se transportaient aussi vite que la pensée partout où elles souhaitaient, à cheval sur un griffon , ou sur un chat d'Espagne, ou sur un nuage. — On assurait même que, par un autre caprice de leur destin, les fées étaient aveugles chez elles, et avaient cent yeux dehors. Frey remarque qu'il y avait entre les fées , comme parmi les hommes, inégalité de moyens et de puissance. Dans les romans de chevalerie et dans les contes, on voit souvent une bonne fée vaincue par une méchante, qui a plus de pouvoir. — Les cabalistes ont aussi adopté l'existence des fées , mais ils prétendent qu'elles sont des sylphides, ou esprits de l'air. On vit, sous Char- Jemagne et sous Louis-le-Débonnaire , une multitude de ces esprits, que les légendaires appelèrent des démons , les cabalistes des sylphes, et nos chroniqueurs des lues. Cor-