‹ Dictionnaire infernalChapitre 151 sur 368 · FEU · texte numérisé non relu

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principales du royaume, pour ne le rallumer qu'au couronnement cle son successeur. — Certains Tartares n'abordent jamais les étrangers qu'ils n'aient passé entre deux feux pour se purifier ; ils ont bien soin de boire la face tournée vers le midi, en l'honneur du feu. Les .lagous, peuple de Sibérie, croient qu'il existe dans le feu un être qui dispense le bien et le mal ; ils lui offrent des sacrifices perpétuels. — On sait que, selon les cabalistes, le feu est l'élément des salamandres. Voy. ce mot. — Parmi les épreuves superstitieuses qu'on appelait jugements de Dieu, l'épreuve du feu ne doit pas être oubliée. Lorsqu'il fallut décider en Espagne si l'on y conserverait la liturgie mozarabique ou si l'on suivrait le rit romain, on résolut d'abord de terminer le différend par un combat où les deux liturgies seraient représentées par deux champions; mais ensuite on jugea qu'il était plus convenable de jeter au feu les deux liturgies et de retenir celle que le feu ne consumerait pas; ce prodige fut opéré, dit-on, en faveur de la liturgie mozarabique Voy. Fer chaud.

Feu de la Saint-Jean. — En 1634, à

Quimper, en Bretagne, les habitants mettaient encore des sièges auprès des feux de joie de la Saint-Jean , pour que leurs parents morts pussent en jouir à leur aise. — On réserve, en Bretagne , un tison du feu de la Saint-Jean pour se préserver du tonnerre. Les filles, pour èlre sures de se marier dans Tannée, sont obligées de danser autour de neuf feux de joie dans cette même nuit : ce qui n'est pas difficile , car ces feux sont tellement multipliés dans la campagne, qu'elle paraît illuminée. On conserve ailleurs la même opinion qu'il faut garder des tisons du feu de la Saint-Jean comme d'excellents préservatifs qui, de plus, portent bonheur. — A Paris , autrefois , on jetait deux douzaines de petits chats ( emblèmes du diable sans doute ) dans le feu de la Saint-Jean, parce qu'on était persuadé que les sorciers faisaient leur grand sabbat cette nuit-là. On disait aussi que la nuit de la Saint- Jean était la plus propre aux maléfices, et qu'il fallait recueillir alors toutes les herbes dont on avait besoin pour les sortilèges.

Feu grégeois. — Dit terrible feu grégeois et de la manière de le composer. Ce feu est si violent qu'il brûle tout ce qu'il touche, sans pouvoir être éteint , si ce n'est avec de l'urine, de fort vinaigre ou du sable. On le compose Qyeç. du soufre vif, du tartre, de la sacoocsole, de la pUiQle , du sel commun recuit , du pentréolc et de l'huile commune; on fait bien

1 Bcrgier, Dict. tliéoiog.

8 — FEU bouillir le tout, jusqu'à ce qu'un morceau de toile qu'on aura jeté dedans soit consumé; on le remue avec une spatule de fer. 11 ne faut pas s'exposer à faire cette composition dans une chambre, mais dans une cour; parce que si le feu prenait, on serait très-embarrassé de l'éteindre1. — Ce n'est sans doute pas là le feu grégeois d'Archimède.

Feu Saint-Elme, OU feu Saint-Germain, OU feu Saint- Anselme. — Le prince de

Radzivill , dans son Voyage de Jérusalem , parle d'un feu qui parut plusieurs fois au haut du grand mât du vaisseau sur lequel il était monté; il le nommait feu Saint - Germain , d'autres feu Saint-Elme , et feu Saint-Anselme. Les païens attribuaient ce prodige à Castor et Pollux, parce que quelquefois il paraît double. Les physiciens disent que ce n'est qu'une exhalaison enflammée. Mais les anciens croyaient y voir quelque chose de surnaturel et de divin2.

Feux follets. — On appelle feux follets, ou esprits follets, ces exhalaisons enflammées que la terre, échauffée par les ardeurs de l'été, laisse échapper de son sein, principalement dans les longues nuits de l'Avent ; et , comme ces flammes roulent naturellement vers les lieux bas et les marécages, les paysans, qui les prennent pour de malins esprits, s'imaginent qu'ils conduisent au précipice le voyageur égaré que leur éclat éblouit, et qui prend pour guide leur trompeuse lumière. Olaiis Magnus dit que les voyageurs et les bergers de son temps rencontraient des esprits follets qui brûlaient tellement l'endroit où ils passaient, qu'on n'y voyait plus croître ni herbes ni verdure ?. — Un jeune homme revenant de Milan pendant une nuit fort noire, fut surpris en chemin par un orage; bientôt il crut apercevoir dans le lointain une lumière et entendre plusieurs voix à sa gauche; peu après il distingua un char enflammé qui accourait à lui, conduit par des bouviers dont les cris répétés laissaient entendre ces mots : Prends garde à toi! Le jeune homme épouvanté pressa son cheval ; mais plus il courait, plus le char le serrait de près. Enfin, après une heure de course, il arriva, en se recommandant à Dieu de toutes ses forces, à la porte d'une église où tout s'engloutit. Cette vision, ajoute Cardan, était le présage d'une grande peste qui ne tarda pas à se faire sentir, accompagnée de plusieurs autres fléaux 4.

1 Admirables secrets du Petit Albert, p. 88. J Dom Calmet, Dissertât, sur les apparitions, p. 88. ;t Dom Calmet, Dissertationsur les apparitions, p. 100. ■'• Cardan était enfant lorsqu'on lui raconta cette histoire, de sorte qu il peut aisément l'avoir dénaturée. Le

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Fèves. — Pythagorc défendait à ses élèves de manger des fèves, légume pour lequel il avaitune vénération particulière, parcequ'elles servaient à ses opérations magiques et qu'il savait bien qu'elles étaient animées. On dit qu'il les faisait bouillir ; qu'il les exposait ensuite quelques nuits à la lune , jusqu'à ce qu'elles vinssent à se convertir en sang, dont il se servait pour écrire sur un miroir convexe ce que bon lui semblait. Alors, opposant ces lettres à la face de la lune quand elle était pleine, il faisait voir à ses amis éloignés, dans le disque de cet astre, tout ce qu'il avait écrit sur son miroir. — Pythagore avait puisé ses idées sur les fèves chez les Égyptiens , qui ne touchaient pas à ce légume , s'imaginant qu'elles servaient de refuge à certaines âmes. On conte qu'il aima mieux se laisser tuer par ceux qui le poursuivaient que de se sauver à travers un champ de fèves. C'est du moins une légende borgne très-répandue. — Quoi qu'il en soit , on offrait chez les anciens des fèves noires aux divinités infernales. Il y avait en Égypte , aux bords du Nil , de petites pierres faites comme des fèves , lesquelles mettaient en fuite les démons. Festus prétend que la fleur de la fève a quelque chose de lugubre , et que le fruit ressemble exactement aux portes de l'enfer.... — Dans Y Incrédulité et mècréance du sortilège pleinement convaincue, page 263, Delancre dit qu'en promenant une fève noire, avec les mains nettes, par une maison infestée, et la jetant ensuile derrière le dos en faisant du bruit avec un pot 'de cuivre, et priant neuf fois les fantômes de fuir, on les force de vider le terrain. — Les jeunes filles de Venise pratiquaient, avec des fèves noires, une divination qui n'est pas encore passée de mode. Quand on veut savoir de plusieurs cœurs quel sera le plus fidèle, on prend des fèves noires , on leur donne à chacune le nom d'un des jeunes gens par qui on est recherchée , on les jette ensuite sur le carreau : la fève qui se fixe en tombant annonce l'amant certain; celles qui s'écartent avec bruit sont des amants volages.

Fiard, — auteur des Lettres philosophiques sur la magie, in 8° ; de la France trompée par les magiciens et démonolâtres du dixhuitième siècle, in-8°; de la Superstition et démonolâtrie des philosophes, in-12, ouvrages publiés il y a quarante ans. Rien de plus crédule que ce bon abbé , qui voit dans Cagliostro, Mesmer, Saint-Germain, ces charlatans,

jeune homme qui eut la vision n'avait que vingt ans ; il était seul, il avait éprouvé une grande frayeur. Quant à la peste qui suivit, elle était occasionnée, aussi bien que l'exhalaison, par une année de chaleurs extraordinaires.

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