‹ Dictionnaire infernalChapitre 164 sur 368 · FRO · texte numérisé non relu

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sans but arrêté et en devisant de choses et d'autres. — Ils remontèrent ainsi le Rhin jusqu'à Bàle, non sans admirer les riches plaines de l'Alsace; puis, prenant un peu à droite, ils s'avancèrent dans la Suisse. Satan discourait toujours. — Il est tout à coup interrompu par un ébranlement subit du fardeau que son jeune compagnon avait cessé de soutenir. A la vue du gouffre au-dessus duquel il planait, tout entouré de rochers à pic et de noires forêts suspendues sur l'abîme au fond duquel grondait un torrent écumant, Satan comprit que l'autre avait été soudainement effrayé de l'aspect sauvage de cette nature inculte, et que ce mouvement d'horreur avait causé sa chute. Il se précipita tète baissée avec lui ; Fribourg les suivait. — La malheureuse ville ne fut cependant pas gravement endommagée. Elle se posa un peu rudement sur le flanc du ravin et roula de ci de là au fond de l'entonnoir. Cette ville est maintenant Fribourg en Suisse , où vous voyez (chose parfaitement explicable sans légende) des maisons superposées et des rues courant sur les toits. Satan et son compagnon, voyant la ville prendre possession de l'endroit, trouvèrent original d'être les fondateurs de cette cité qui tombait des nues , et laissèrent les convives et la colonie reconnaître leurs domaines. — Et cependant vous lirez partout qu'en l'an 1178 Berthold V de Zaehringen érigea en ville Fribourg, dans l'QEchtland, sans que des ouvrages, du reste fort estimables, vous disent un mot du fondateur.— Ce que c'est que l'histoire !

Frisson des cheveux. — On disait autrefois dans certaines provinces que le frisson des cheveux annonçait la présence ou le passage d'un démon.

Front. — Divination par les rides du front.

Yoy. MÉTOPOSCOPIE.

Frothon. — On lit dans Albert Krantz que Frothon , roi de Danemark , fut tué par une sorcière transformée en vache. Ce roi croyait à la magie, et entretenait à sa cour une insigne sorcière qui prenait à son gré la forme des animaux. Elle avait un fils aussi méchant qu'elle, avec qui elle déroba les trésors du roi , et se relira ensuite. Frothon s'étant aperçu du 'larcin et ayant appris que la sorcière et son fils s'étaient absentés , ne douta plus qu'ils n'en fussent coupables. Il résolut d'aller dans la maison de la vieille. La sorcière, voyant entrer le roi chez elle, eut recours aussitôt à son art, se changea en vache et son fils en bœuf. Le roi s'étant baissé pour contempler la \ache [dus a son aise ,

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pensant bien que c'était la sorcière , la vache se rua avec impétuosité sur lui , et lui donna un si grand coup dans les flancs qu'elle le tua sur-le-champ ».

Fruit défendu , — VOy. TABAC, POMME d'A-

dam, Adam , etc.

Fruitier. — Celui qui fait le fromage et le beurre dans le Jura est le docteur du canton. On l'appelle le fruitier ; il est sorcier, comme de juste. La richesse publique est dans ses mains ; il peut à volonté faire avorter les fromages, et en accuser les éléments. Son autorité suffit pour ouvrir ou fermer en ce pays les sources du Pactole ; on sent quelle considération ce pouvoir doit lui donner, et quels ménagements on a pour lui ! Si vous ajoutez à cela qu'il est nourri dans l'abondance, et qu'une moitié du jour il n'a rien à faire qu'à songer aux moyens d'accaparer encore plus de confiance; qu'il voit tour à tour, en particulier, les personnes de chaque maison , qui viennent faire le beurre à la fruiterie; qu'il passe avec elles une matinée tout entière; qu'il peut les faire jaser sans peine , et par elles apprendre, sans même qu'elles s'en doutent, les plus intimes secrets de leurs familles ou de leurs voisins ; si vous pesez bien toutes ces circonstances, vous ne serez point étonné d'apprendre qu'il est presque toujours sorcier, au moins devin; qu'il est consulté quand on a perdu quelque chose , qu'il prédit l'avenir, qu'il jouit enfin, dans le canton, d'un crédit très-grand, et que c'est l'homme qu'on appréhende le plus d'offenser2.

Fumée. — Dans toutes les communes du Finistère , on voit à chaque pas, dit Cambry, des usages antérieurs à la religion catholique. Quand un individu va cesser d'être , on consulte la fumée. S'élève-t— elle avec facilité , le mourant doit habiter la demeure des bienheureux. Est-elle épaisse , il doit descendre dans les antres du désespoir, dans les cavernes de l'enfer. — C'est une espèce de proverbe en Angleterre que la fumée s'adresse toujours à la plus belle personne. Et quoique celte opinion ne semble avoir aucun fondement dans la nature, elle est pourtant fort ancienne. Victorin et Casaubon en ont fait la remarque à l'occasion d'un personnage d'Athénée, où un parasite se dépeint ainsi: « Je suis toujours le premier arrivé aux bonnes tables , d'où quelques-uns se sont avisés de m'appeler soupe. Il n'y a point de porte que je n'ouvre comme un bélier ; semblable à un fouet, je m'attache à tout, et, comme la fu-

T Leloyer, Hist. et Disc, des spectres, etc., p. 142. 2 Lequinio, Voyage dans le Jura, t. II, p. 366.

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