‹ Dictionnaire infernalChapitre 163 sur 368 · FOU · texte numérisé non relu

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Vant lui, ou plutôt devant l'esprit qui le gouverne , et qu'ils croient sans cesse occupé de ce soin.

Fong-Onhang , — oiseau fabuleux auquel les Chinois attribuent à peu près les mêmes propriétés qu'au phénix. Les femmes se parent d'une figure de cet oiseau, qu'elles portent en or, en argent ou en cuivre , suivant leurs richesses et leurs qualités.

Fontaines. — On prétend encore dans la Bretagne que les fontaines bouillonnent quand le prêtre chante la préface le jour de la Sainte- Trinité1. Voy. Hydromancie. — 11 y avait au château de Coucy, en Picardie , une fontaine appelée Fontaine de la mort, parce qu'elle se tarissait lorsqu'un seigneur de la maison de Coucy devait mourir.

Fontenettes ( Charles ), — auteur d'une Dissertation sur une fille de Grenoble, qui depuis quatre ans ne boit ni ne mange, 1 737, in- 4°, prodige qu'on attribuait au diable, et dont Fontenettes explique les causes moins ténébreuses.

Foray OU Morax , — VOIJ. MoRAX.

Forças , Ferras OU Furoas , — chevalier ,

grand président des enfers; il apparaît sous la forme d'un homme vigoureux , avec une longue barbe et des cheveux blancs; il est monté sur un grand cheval et tient un dard aigu. II connaît les vertus des herbes et des pierres précieuses ; il enseigne la logique, l'estéthique, la chiromancie, la pyromancie et la rhétorique; il rend l'homme invisible, ingénieux et beau parleur; il fait retrouver les choses perdues; il découvre les trésors, et a sous ses ordres vingt-neuf légions de démons2.

Force. — Milon de Crotone n'eut pas seul une force prodigieuse. Louis de Boufïlers, surnommé le Fort, au quatorzièmesiècle, possédait une force et une agilité extraordinaires. Quand il avait croisé ses deux pieds, il était impossible de le faire avancer ou reculer d'un pas. 11 brisait sans peine un fer à cheval; et lorsqu'il saisissait un taureau par la queue, il l'entraînait où il voulait. Il enlevait un cheval et l'emportait sur ses épaules. On l'a vu souvent, armé de toutes pièces, sauter à cheval sans s'appuyer et sans mettre le pied dans rétrier. Sa vitesse à la course n'était pas inoins remarquable, puisqu'il dépassait le cheval d'Espagne le plus léger, dans un espace de deux cents pas. — Un certain Barsabas , qui servait, au commencement du dix-huitième siècle dans les armées françaises, emporta un jour.

' Cambry, Voyage dans le Finistère1, t.. IT, p. Vo. à Wïerus, de Prrcstig., p. 921.

devant Louis XIV, un cheval chargé de son cavalier. Il alla trouver une autre fois un maréchal -ferrant , il lui donna un fer de cheval à forger. Celui-ci s'étant un peu éloigné, Barsabas prit l'enclume et la cacha sous son manteau. Le maréchal se retourne bientôt pour battre le fer; il est tout étonné de ne plus trouver son enclume , et bien plus surpris encore de voir cet officier la remettre sans difficulté à sa place. Un Gascon , que Barsabas avait offensé dans une compagnie, lui fit un défi : Très-volontiers, répondit Barbaras; touchez là. Il prit la main du Gascon, et la lui serra si fort que tous les doigts en furent écrasés. Il le mit ainsi hors d'état de se battre. — Le maréchel de Saxe était de même calibre. — Dans les anciens jours , on regardait comme possédés par le diable tous les gens doués d'une force extraordinaire.

Forêts. — Les forêts sombres sont des lieux où, comme dit Letoyer1, les diables se mêlent avec les sorciers. Ces diables y font leurs orgies commodément sous la fëuilfee, et il n'y a de lieux où ils se rendent plus volontiers visibles.

Fomeus , — ■ marquis infernal, semblable à un monstre marin. 11 instruit l'homme dans les plus hautes affaires, fait du bien à ses amis et du mal à ses ennemis ; il a sous son pouvoir vingt-neuf légions de trônes et d'anges2.

Forras, — VOIJ. FORÇAS.

Fortes Epaules. — Le peuple de Dijon croit à l'existence d'une espèce de lutin de ce nom, qui porte des fardeaux et qui rappelle le forte-échine de madame d'Aulnoy , dans le conte du chevalier Fortuné.

Foudre. — L'empereur Auguste gardait soigneusement une peau de veau marin pour se mettre à l'abri de la foudre. — Tibère portait dans la même vue une couronne de laurier. — Quand la foudre était partie de l'orient, et que n'ayant fait qu'effleurer quelqu'un, elle retournait du même côté, c'était le signe d'un bonheur parfait. — Les Grecs modernes chassent les chiens et les chats quand il tonne , parce que leur présence est censée attirer la foudre sur les maisons.

Fougère. — « Personne n'ignore les mauvaises et diaboliques façons dont on se sei t pour cueillir la fougère. Le 23 juin , veille de la saint s.Iean- Baptiste, après un jeune de quarante jours, plusieurs sorciers, conduits par Satan, recueillent pendant cette nuit la graine

1 Leloycr, Ilist. des spectres ou apparitions, chap. 4.

? Wierus, de Prœstigiis.

de celte herbe, qui n'a ni lige, ni fleur, ni semence, et qui renaît de la même racine ; qui plus est, le malin se joue de ces misérables sorciers en leur apparaissant cette nuit-là, au milieu des tempêtes , sous quelque forme monstrueuse, pour les épouvanter davantage. Ils croient s'en défendre par leurs exorcismes, les cercles et caractères qu'ils font sur la terre autour d'eux ; ensuite ils mettent une nappe neuve de fin lin ou de chanvre sous la fougère, qu'ils croient voir fleurir en une heure, pour en recevoir la graine. Ils la plient dans un taffetas ou dans du parchemin vierge, et la gardent soigneusement pour deviner les songes et faire paraître les esprits. Le démon, par ses malices et menteries, leur persuade que cette semence n'est pas seulement propre à deviner, et que si on met de l'or ou de l'argent dans la bourse où l'on doit garder la semence fougère , le nombre en sera doublé le jour suivant. Si l'événement n'a pas lieu , les magiciens vous accuseront de mauvaise foi , ou ils diront que vous avez commis quelque crime , tant nous nous laissons aller à ces abominables impostures de Satan1.»

Foulques. — Au temps de la guerre des Albigeois, vivait un méchant comte Foulques, lequel avait la coutume détestable de jurer et maugréer. Un jour qu'étant à cheval, il blasphémait furieusement, il fut jeté à bas de sa monture et ne se releva point. On pense qu'il avait été assommé par le diable, son grand ami.

Fourberies, — VOlj. SORCIERS , SABBAT ,

etc., etc. — Voy. aussi Cagliostro et les autres imposteurs.

Fourmis. — Les Thessaliens honoraient ces animaux, dont ils croyaient tirer leur origine. Les Grecs étaient si sottement vains, qu'ils aimaient mieux descendre des fourmis de la forêt d'Egine, que de reconnaître qu'ils étaient des colonies de peuples étrangers. — La fourmi était un attribut de Cérès ; elle fournissait matière aux observations des augures.

Francs-Maçons. — Les francs-maçons font remonter leur origine jusqu'au temps de Salomon , et l'entourent de contes merveilleux. C'est un ordre qui paraît avoir pris naissance en Angleterre, et qui avait pour but dans le •principe la construction des églises. Maintenant ce goût de maçonnerie est purement allégorique, et il a bien changé de destination : former le cœur, régler l'esprit, rappeler le bon ordre, voilà, disent les maçons, ce qu'on entend par le compas et Véquerre. Mais la vé-

1 Delancre, Tableau de l'inconstance des dém., etc., p. 151.

rite est que la franc-maçonnerie, comme société secrète , créée au commencement du dernier siècle par un Anglais, lord Montagne, n'est autre chose que le protestantisme parvenu à l'état d'indifférence , et une sourde conspiration ccfhtre le catholicisme. — Quand la franc-maçonnerie, qui détruit à présent, construisait, il n'y avait qu'un seul grandmaître qui résidait en Angleterre; aujourd'hui chaque pays a le sien. — Les assemblées des maçons se nomment communément loges. Une loge doit être au moins composée de sept membres. Le président de la loge porte le nom de vénérable. It a au-dessous de lui deux surveillants , qui font exécuter les règlements de l'ordre. — Dans les assemblées solennelles, chaque frère a un tablier de peau ou de soie blanche , dont les cordons sont blancs aussi et d'étoffe pareille à celle du tablier; les apprentis le portent tout uni, les compagnons l'entourent des couleurs de la loge, les maîtres y font broder une équerre, un compas, deux colonnes et les divers ornements de l'ordre. Les maîtres portent aussi un cordon bleu, auquel pendent une équerre et un compas. — Dans le repas , les lumières doivent être en triangle , la table servie a trois , cinq , sept , neuf couverts et plus, suivant le nombre des convives, mais toujours en nombre impair. Tous les termes qu'on y emploie sont empruntés de l'artillerie, comme ceux qu'on emploie dans les travaux sont empruntés de l'architecture. On porte la première santé au prince à qui on obéit, la seconde au grandmaître , la troisième au vénérable de la loge. On boit ensuite aux surveillants, aux nouveaux reçus et à tous les frères. — Le fils d'un franc-maçon est Loufton '; il peut être reçu à quatorze ans. Le fils d'un profane (celui qui n'est pas franc-maçon) ne peut l'être qu'à vingt et un ans. — Entre plusieurs signes mystérieux qui se voient dans les loges , on remarque , au milieu de X étoile flamboyante, un G, première lettre de God (en anglais, Dieu). — Il y a dans la maçonnerie trois principaux grades. Il faut être apprenti avant d'être compagnon , et compagnon avant d'être maître. Les maîtres n'entrent en loge qu'avec le geste de l'horreur a. et cela en mémoire de la mort <ÏAdoniram ouHiram, dont on raconte diversement l'histoire. — Cette histoire ou ce conte n'est que pour amuser les niais. On peut appeler ainsi

1 La plupart des Français disent improprement Louveteau.

? Les lamentations des maîtres sur la mort de Hiram , décédé il y a bientôt trois nulle ans, rappellent, en quelque sorte , les lêtes funèbres d'Adonis chez les païens.

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ceux qui se parent des trois gracies dont nous venons de parler, et qui ne sont pas initiés aux grands secrets réservés aux dignitaires supérieurs. — Les uns vous diront que dans ce récit il s'agit de Hiram, roi de Tyr, qui fit alliance avec Salomon , et lui fut d'un grand secours pour la construction du temple. — D'autres content que ce Hiram était un excellent ouvrier en or, en argent et en cuivre ; qu'il était fils d'un Tyrien, et d'une femme de la tribu de Nephtali 1 ; que Salomon le fit venir de Tyr pour travailler aux ornements du temple, comme on le voit au quatrième livre des Rois; qu'entre autres ouvrages, il construisit, à l'entrée du temple, deux colonnes de cuivre, qui avaient chacune dix-huit coudées de haut et quatre de diamètre ; qu'il donna le nom de Jakin à l'une , près de laquelle on payait les apprentis , et le nom de Booz à l'autre , près de laquelle on payait les compagnons, etc. Mais voici l'histoire d'Adoniram2 ou de Hiram, suivant l'opinion la plus commune chez les francs -maçons. Ils prétendent qu'elle a été puisée dans le Talmud, où on lit que le vénérable Hiram donna l'habit et le caractère de maçon à Salomon , qui se fit honneur de le porter. — Adoniram , que Salomon avait chargé de diriger les travaux de son temple, avait un si grand nombre d'ouvriers à payer, qu'il ne pouvait les connaître tous. Pour ne pas risquer de payer l'apprenti comme le compagnon , et le compagnon comme le maître, il convint avec les maîtres de mots et d'attouchements qui serviraient à les distinguer de leurs subalternes , et donna pareillement aux compagnons des signes de reconnaissance qui n'étaient point connus des apprentis. — Trois compagnons , peu satisfaits de leur paye, formèrent le dessein de demander le mot de maître à Adoniram, dès qu'ils pourraient le trouver seul, ou de l'assassiner s'il ne voulait pas le leur dire. Ils l'attendirent un soir dans le temple, et se postèrent, l'un au nord, l'autre au midi, le troisième à l'orient. Adoniram étant entré seul par la porte de l'occident, et voulant sortir par celle du midi, un des trois compagnons lui demanda le mot de maître, en levant sur lui le marteau qu'il tenait à la main. Adoniram lui dit qu'il n'avait pas reçu le mot de maître de cette façon-là. Aussitôt le compagnon lui porta sur la tôte un coup de mar-

1 Salomon tulit Hiram de Tyro, filium mulieris viduœ de tribu Nephtali, ivrtiflccm serarium, etc.

Reg., lib. iv.

2 L'Ecriture nous apprend que celui qui conduisait les travaux du temple de Salomon s'appelait Adoniram. Josèphe, dans son Histoire des Juifs, le nomme Adoram.

teau. Le coup n'ayant pas été assez violent pour le renverser, Adoniram s'enfuit vers la porte du nord , où il trouva le second qui lui en fit autant. Cependant ce second coup lui laissant encore quelques forces, il tenta de sortir par la porte de l'orient, où le troisième, après lui avoir fait la même demande que les deux premiers, acheva de l'assommer. Les assassins enfouirent le corps sous un tas de pierres, et quand la nuit fut venue, ils le transportèrent sur une montagne où ils l'enterrèrent; et, afin de pouvoir reconnaître l'endroit, ils plantèrent une branche d'acacia sur la fosse. — Salomon , ayant été sept jours sans voir Adoniram, ordonna à neuf maîtres de le chercher. Ces neuf maîtres exécutèrent fidèlement l'ordre ; après de longues et vaines recherches, trois d'entre eux qui se trouvaient fatigués , s'étant assis par hasard à l'endroit où Adoniram avait été enterré, l'un des trois arracha machinalement la branche d'acacia, et s'aperçut que la terre, en cet endroit, avait été remuée depuis peu. Les trois maîtres, curieux d'en savoir la cause, se mirent à fouiller et trouvèrent le corps d'Adoniram. Alors ils appelèrent les autres, et ayant tous reconnu leur chef, dans la pensée que quelques compagnons pouvaient bien avoir commis le crime, et qu'ils avaient peut-être tiré d'Adoniram le mot de maître, ils le changèrent sur le champ ', et allèrent rendre compte à Salomon de cette aventure. Ce prince en fut touché; il ordonna à tous les maîtres de transporter le corps d'Adoniram dans le temple , où on l'enterra en grande pompe. Pendant la cérémonie, tous les maîtres portaient des tabliers et des gants de peau blanche, pour marquer qu'aucun d'eux n'avait souillé ses mains du sang de leur chef. — Telle est l'histoire d'Adoniram. — L'ordre des francs-maçons a des prétentions à la gravité, quoiqu'il soit pétri et nourri de ridicules. Ce serait peu s'il n'avait pas en religion de pernicieuses tendances. Aussi le Saint-Siège, par quatre actes différents, a-t-il formellement condamné la franc- maçonnerie. Les mystérieuses jongleries de leurs loges leur ont donné la réputation de sorciers dans les campagnes. — Outre les ordres de chevalerie qu'ils ont créés pour leur amusement, il y a chez eux plusieurs schismes, et on citerait beaucoup de sociétés secrètes de ce genre plus ou moins absurdes. Les mopses. en Allemagne, étaient des francsmaçons qui avaient ponr emblème un bouledogue. Une autre secte s'appelle Yordre de la

1 Le mot de maître était Jehox'nh. Celui qu'on a pris depuis signifie, selon les trancs-macons, le corps est cor-

rompu.

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liberté , et ils regardent Moïse comme leur fondateur. Les chevaliers prussiens font remonter leur origine à la tour de Babel, d'autres à Noé. — On ne reçoit les femmes chez les francs-maçons que dans les loges d'adoption, loges où l'on donne des bals et festins. On change alors les mots et les signes , pour ne pas exposer les secrets de l'ordre.

Frank ( Christian ) , — visionnaire qui mourut en 4 590; il changea souvent de religion , ce qui le fit surnommer Girouette. Il croyait la religion japonaise meilleure que les autres, parce qu'il avait lu que ses ministres avaient des extases.

Frank (Sébastien), — autre visionnaire du seizième siècle, sur la vie duquel on a peu de données positives, quoiqu'il ait dans son temps excité l'attention du public. Il donna en 1531 un traité de l'Arbre de la science du bien et du mal, dont Adam a mangé la mort , et dont encore aujourd'hui tous les hommes la mangent. Le péché d'Adam n'est selon lui qu'une allégorie, et l'arbre que la personne, la volonté, la science, la vie d'Adam. Frank mourut en '1545. On a encore de lui une traduction allemande de Y Eloge de la folie , par Érasme ; le Traité de la vanité des sciences , et Y Eloge de l'âne, traduit d'Agrippa en allemand; Paradoxa ou deux cent quatre-vingts discours miraculeux, tirés de l'Écriture sainte, Ulm , 1533, in-8°. Témoignage de l'Ecriture sur les bons et les mauvais anges , 1535, in - 8°, etc. N'était-il pas le père du précédent ?

Franzotius , — auteur d'un ouvrage intitulé : De la divination des anges, in-4°, Francfort ou Venise, 1632.

Frayeur. — Piron racontait souvent qu'il avait environ dix ans, lorsqu'un soir d'hiver, soupant en famille chez son père, on entendit des cris affreux qui partaient de chez un tonnelier voisin ; on alla voir ce que c'était. Un petit garçon transi de peur conduisit les curieux dans la chambre d'où venaient les cris, qui redoublèrent bientôt. — Ah ! messieurs , dit le tonnelier tremblant, couché en travers sur son lit, daignez au plus tôt faire appeler un chirurgien, car je sens que je n'ai pas long-temps à vivre. — Le père de Piron, après avoir chargé un domestique de remplir les intentions du prétendu malade, s'étant approché de lui , et l'ayant interrogé sur la cause de sa maladie : — Vous voyez, mon cher voisin , répondit le tonnelier, l'homme le plus malheureux! Ah! maudite femme! on m'avait bien dit que tes liaisons avec la plus détestable sorcière de la Bourgogne , ne tarderaient guère à m'ètre fatales....— Ces pro-

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pos faisant soupçonner que la tête de cet homme était dérangée, on attendit que le chirurgien fût arrivé. — Monsieur, lorsqu'il îe vit entrer, s'écria le tonnelier, j'implore votre secours, je suis un homme mort! — Sachons d'abord, lui dit le chirurgien, de quoi il s'agit. — Ah ! faut-il que je sois forcé, en vous disant d'où partent mes douleurs, de déshonorer ma femme même ! répondit le pauvre homme, mais elle le mérite, et, dans mon état, je n'ai plus rien à ménager. Apprenez donc qu'en rentrant chez moi ce soir, après avoir passé deux heures au plus chez le marchand de vin du coin, ma femme, qui me croit toujours ivre, m'ayant trop poussé a bout, je me suis vu forcé , pour pouvoir me coucher en paix, d'être un peu rude à son égard ; sur quoi, après m'avoir menacé de sa vengeance, elle s'est sauvée du logis; je me suis déshabillé pour gagner mon lit; mais au moment d'y monter... Dieu ' la méchante créature! une main, pour ne pas dire une barre de fer, plus brûlante qu'un tison, est tombée sur ma fesse droite, et la douleur que j'en ai ressentie, jointe à la peur qui m'a saisi , m'a fait manquer le cœur au point que je ne crois pas y survivre !.... Mais vous en riez, je crois? eh bien ! messieurs , voyez , si toute autre main que celle de Lucifer même pût jamais appliquer une pareille claque ! — Au premier aspect de la plaie, de sa noirceur et des griffes qui semblaient y être imprimées, la plupart des assistants furent saisis, et le petit Piron voulut se sauver. Mais on rassura le malade sur les idées qu'il avait conçues , tant contre sa femme que contre la prétendue sorcière; le chirurgien lui appliqua les remèdes convenables : on le laissa un peu dans son effroi , ce qui le corrigea légèrement de son ivrognerie. Ce remède avait été employé par la femme (au moyen d'un parent qu'elle avait fait cacher dans la maison), pour corriger t'imtempérance du tonnelier.

Fribourg. — M. Lucien Brun a publié cette curieuse légende des deux Fribourg. — Wilfrid de Thanenburg , un des riches gentilshommes de Fribourg en Brisgaw, fêtait ses accordailles avec la noble héritière de Rosenberg. Les vins du Rhin , des meilleurs crus, coulaient largement dans des coupes souvent vidées. — Le vieux bourgmestre Conrad de Blumenthal céda doucement à une impulsion communicative , et ne manqua pas, après des révélations que l'histoire n'a pas conservées , d'épancher quelque dose de mauvaise humeur contre l'archevêque Adhémard , qui lui rognait ses privilèges. Les convives se récrièrent sur ce courage inconnu, dontils tirent, du reste,

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tous les honneurs au tokay, et chacun de rappeler au bourgmestre les prétentions de l'archevêque, suivies d'autant de soumissions du digne magistrat. — Par saint Conrad, Messeigneurs ! s'écria-l-il aiguillonné , ne saurai-je donc pas mettre un frein à ses empiétements? — Eh ! mais, nous avons tout lieu de le croire! lui dit un de ses voisins. — Eh bien ! je veux que Satan nous emporte , et avec nous la moitié de notre bonne ville, si hier déjà je ne lui ai fait sentir combien son arrogance me déplaît, et si demain... — En ce moment un éclat de rire moqueur, la chute de quelques vases et d'un riche bahut, interrompirent le bourgmestre:— Qui ose rire? s'écria-t-il exaspéré, quoiqu'un peu inquiet du mensonge qu'il venait de faire ; qui veut que je lui prouve ce que j'avance? — C'est toi qui fais tout ce bruit! dit Wilfrid à un vieux serviteur effrayé.— Non, monseigneur, mais quand on a parlé du diable, j'ai senti... — Le brûlé, je parie, s'écriaWilfrid en riant; eh bien ! donnenous du vin et laisse le diable en paix, s'il peut y rester. — Celte saillie détourna l'attention, et les convives eurent bientôt oublié la colère de Blumenthal et le court incident qui en était résulté ; ils s'amusèrent beaucoup toutefois de la figure bouleversée du vieil échanson, qui affirma très-positivement qu'il avait vu fuir les forêts et failli se heurter à la lune , qui n'était pas à hauteur d'homme. — Or voici ce qui ce passait. — Le bourgmestre avait été pris au mot par Satan luimême, qui faisait voyager, pour son instruction, un jeune diable. «Mon fils, lui avait-il dit, quand tu sauras qu'il y a chez un jeune fou un projet de fête, invite-toi sans crainte, le diable n'est jamais déplacé dans une orgie, au contraire. >; Et ils s'en étaient allés chez Wilfrid de Thanenburg. — On a su ce qui précéda et suivit les paroles du bourgmestre. Satan fit un signe à son élève, et l'un de droite , et l'autre de gauche , ils prirent joyeusement la moitié de Fribourg la plus éloignée de la cathédrale et s'enfuirent comme des larrons. C'était leur joie et ce brusque mouvement qui avaient interrompu le bourgmestre. — Les deux démons ne savaient trop que faire de ce riche butin ; ils avaient enlevé Fribourg en vrais voleurs qui prennent par goût, par instinct, sans songer que la porte de l'enfer, quelque vaste qu'elle fût , et quoique donnant passage à des consciences d'une largeur remarquable, ouvrait inutilement ses deux battants devant une demiville d'une dimension presque égale et d'une nature beaucoup moins élastique et compressible. Ils suivaient donc leur route aérienne

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