‹ Dictionnaire infernalChapitre 208 sur 368 · MP · texte numérisé non relu

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un cochon, un lièvre, etc., puisqu'ils n'avaient aucune figure distincte. On prend souvent pour une cerise, ou pour une fraise, ou pour un bouton de rose, ce qui n'est qu'un seing plus large et plus coloré qu'ils ne le sont ordinairement. Voy. Frayeurs, etc.

ïme, — géant. Voy. Nains.

Immortalité. — Ménandre, disciple de Simon le magicien , se vantait de donner un baptême qui rendait immortel. On fut bien vite détrompé. — Les Chinois sont persuadés qu'il y a quelque part une eau qui empêche de mourir ; et ils cherchent toujours ce breuvage d'immortalité , qui n'est pas trouvé encore. — Les Strulldbruggs ou immortels de Gulliver sont fort malheureux de leur immortalité. La même pensée se retrouve dans cette légende des bords de la Baltique. — A Falster, il y avait autrefois une femme fort riche qui n'avait point d'enfants. Elle voulut faire un pieux usage de sa fortune, et elle bâtit une église. L'édifice achevé, elle le trouva si bien, qu'elle se crut en droit de demander à Dieu une récompense. Elle le pria donc de la laisser vivre aussi long-temps que son église subsisterait. Son vœu fut exaucé. La mort passa devant sa porte sans entrer ; la mort frappa autour d'elle voisins, parents, amis, et ne lui montra pas seulement le bout de sa faux. Elle vécut au milieu de toutes les guerres, de toutes les pestes, de tous les fléaux qui traversèrent le pays. Elle vécut si long-temps, qu'elle ne trouva plus un ami avec qui elle pût s'entretenir ; elle parlait toujours d'une époque si ancienne, que personne ne la comprenait. Elle avait bien demandé une vie perpétuelle, mais elle avait oublié de demander aussi la jeunesse ; le ciel ne lui donna que juste ce qu'elle voulait avoir, et la pauvre femme vieillit ; elle perdit ses forces, puis la vue, et l'ouïe et la parole. Alors elle se fit enfermer dans une caisse de chêne et porter dans l'église. Chaque année , à Noël , elle recouvre , pendant une heure, l'usage de ses sens, et chaque année, à cette heure-là , le prêtre s'approche d'elle pour prendre ses ordres. La malheureuse se lève à demi dans son cercueil et s'écrie : « Mon église subsiste-t-elle encore? — Oui , répond le prêtre. — Hélas ! dit-elle. » Et elle s'affaisse en poussant un profond soupir, et le coffre de chêne se referme sur elle l.

Impair. — Une crédulité superstitieuse a attribué, dans tous les temps, bien des prérogatives au nombre impair. Le nombre pair passait, chez les Romains, pour mauvais, parce que ce nombre, pouvant être divisé éga-

1 Marinier, Trad. «le la Baltique.

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lement, est le symbole de la mortalité et de la destruction; c'est pourquoi Numa , corrigeant l'année de Romulus, y ajouta un jour, afin de rendre impair le nombre de ceux qu'elle contenait. C'est en nombre impair que les livres magiques prescrivent leurs opérations les plus mystérieuses. L'alchimiste d'Espagnet , dans sa Description du Jardin des Sages, place à l'entrée une fontaine qui a sept sources. Il faut, dit-il, y faire boire le dragon par le nombre magique de trois fois sept, et l'on doit y chercher trois sortes de fleurs , qu'il faut y trouver nécessairement pour réussir au grand œuvre. Le crédit du nombre impair s'est établi jusque dans la médecine : l'année climatérique est, dans la vie humaine, une année impaire.

Impostures. — - On lit dans Leloyer qu'un valet, par le moyen d'une sarbacane, engagea une veuve d'Angers à l'épouser, en le lui conseillant de la part de son mari défunt. — Un roi d'Écosse , voyant que ses troupes ne voulaient point combattre contre les Pietés , suborna des gens habillés d'écaillés brillantes, ayant en main des bâtons de bois luisant, qui les excitèrent à combattre, comme s'ils avaient été des anges , ce qui eut le succès qu'il souhaitait 1. — Nous aurions un gros volume à faire , si nous voulions citer ici toutes les impostures de l'histoire. Voy. Apparitions, Fantômes, Bohémiens, Jetzer, etc.

Imprécations. — Ce qui va suivre est de Chassanion , huguenot , en ses( Grands jugements de Dieu : « Quant à ceux qui sont adonnés à maugréer, et qui , comme des gueules d'enfer, à tout propos dépitent Dieu par d'horribles exécrations , et sont si forcenés que de le renier pour se donner au diable , ils méritent bien d'être abandonnés de Dieu et d'être livrés entre les mains de Satan pour aller avec lui en perdition ; ce qui est advenu visiblement à certains malheureux de notre temps qui ont été emportés par le diable, auquel ils s'étaient donnés. — Il y a quelque temps qu'en Allemagne un homme de mauvaise vie était si mal embouché , que jamais il ne parlait sans nommer les diables. Si en cheminant il lui advenait de faire quelque faux pas ou de se heurter, aussitôt il avait les diables dans sa gueule. De quoi combien que plusieurs fois il eût été repris par ses voisins , et admonesté de se châtier d'un si méchant et détestable vice , toutefois ce fut en vain. Continuant dans cette mauvaise et damnable coutume, il advint un jour qu'en passant sur un pont il trébucha et, étant tombé du haut en bas, proféra ces paroles : Lève-toi par tous les cent

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diable.-». Soudain , voici celui qu'il avait tant de fois appelé qui le vint étrangler, et l'emporta. — L'an mil cinq cent cinquante et un , près Mégalopole, joignant Voilstadt, il advint encore, durant les fêtes de la Pentecôte, ainsi que le peuple s'amusait à boire , qu'une femme , qui était de la campagne , nommait ordinairement le diable parmi ses jurements : lequel, à celte heure, en la présence d'un chacun , l'enleva par la porte de la maison , et l'emporta en l'air. Ceux qui étaient présents sortirent incontinent tout étonnés, pour voir où cette femme était ainsi transportée : laquelle ils virent, hors du village, pendue quelque temps en l'air bien haut, dont elle tomba en bas , et la trouvèrent à peu près morte au milieu d'un champ. — Environ ce temps-là , il y eut un grand jureur en une ville de Savoie, homme fort vicieux et qui donnait beaucoup de peine aux gens de bien, qui , pour le devoir de leur charge , s'employèrent à le reprendre et l'admonestèrent bien souvent, afin qu'il s'amendât : à quoi il ne voulut oneques entendre. Or, advint que, la peste étant en la ville, il en fut frappé et se retira en un sien jardin , avec sa femme et quelques parents. Là , les ministres de l'église ne cessèrent de l'exhorter à repentance , lui remontrant ses fautes et péchés pour le réduire au bon chemin. Mais tant s'en fallut qu'il fût touché par tant de bonnes et saintes remontrances, qu'au contraire il ne fit que s'endurcir davantage en ses péchés. Avançant donc son malheur, un jour, comme ce méchant reniait Dieu et se donnait au diable et l'appelait tant qu'il pouvait, voilà le diable qui le ravit soudainement et l'emporta en l'air; sa femme et sa parente le virent passer pardessus leurs têtes. Étant ainsi transporté, son bonnet lui tomba de dessus la tête , et fut trouvé auprès du Rhône. Le magistrat, averti de cela , vint sur le lieu, et s'informa du fait, prenant attestation de ces deux femmes de ce qu'elles avaient vu. — Voilà des événements terribles, épouvantables, pour donner crainte et frayeur à tels ou semblables jureurs et renieurs de Dieu, desquels le monde n'est que trop rempli aujourd'hui. Réfrénez donc, misérables que vous êtes, vos langues infernales; départez-vous de toutes méchantes paroles et exécrations, et vous accoutumez à louer et glorifier Dieu tant de bouche que de fait '. » — Quand les femmes gçecquœ entendent des imprécations comme il s'en fait dans les chaudes colères de leur pays, elles se hâtent de mouiller leurs seins avec

1 Hector de Boëce.

1 Chassanion, Jugements de Pieu, p. 169.

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leur salive , de peur qu'une partie de ers malédictions ne tombent sur elles ». Voy. Jurements.

Incendies. — En 1807, un professeur de Brunswick annonça qu'il vendait de la poudre aux incendies, comme un apothicaire vend de la poudre aux vers; il ne s'agissait, pour sauver un édifice , que de le saupoudrer de quelques pincées de cette poudre; deux onces suffisaient par pied carré : et comme la livre ne coûtait que sept à huit sous , et qu'un homme n'a que quatorze pieds de superficie , on pouvait, pour M sous ou six deniers (vieux style) , se rendre incombustible. Quelques gens crédules achetèrent la poudre du docteur. Les gens raisonnables crurent qu'il voulait attraper le public , et se moquèrent de lui 2. Voy. Apparitions.

Incombustibles. — Il y avait jadis en Espagne des hommes d'une trempe supérieure qu'on appelait Saludadores, Santiguadores , Ensalmadores. Ils avaient non-seulement la vertu de guérir toutes les maladies avec leur salive, mais ils maniaient le feu impunément; ils pouvaient avaler de l'huile bouillante, marcher sur les charbons ardents , se promener à l'aise au milieu des bûchers enflammés. Ils se disaient parents de sainte Catherine et montraient sur leur chair l'empreinte d'une roue, signe màgnifeste de leur glorieuse origine. — Il existe aujourd'hui en France, en Allemagne et dans presque toute l'Europe, des hommes qui ont les mêmes privilèges , et qui pourtant évitent avec soin l'examen des savants et des docteurs. Léonard Vair conte qu'un de ces hommes incombustibles ayant été sérieusement enfermé dans un four trèschaud, on le trouva calciné quand on rouvrit le four. Il y a quelques années qu'où vit à Paris un Espagnol marcher pieds nus sur des barres de fer rOugies au feu , promener des lames ardentes sur ses bras et sur sa langue, se laver les mains avec du plomb fondu, etc.; on publia ces merveilles. Dans un autre temps , l'Espagnol eût passé pour un homme qui avait des relations avec le démon ; alors, on se contenta de citer Virgile , qui dit que les prêtres d'Apollon au mont Soracte marchaient sur des charbons ardents; on cita Varron, qui affirme que ces prêtres avaient le secret d'une composition qui les rendait pour quelques instants inaccessibles à l'action du feu. — Le P. Kegnault, qui a fait quelques recherches pour découvrir les

1 Mac-Farlane, Souvenirs du Levant.

2 M. Salgues, Des Erreurs et des préjugés, tome III, p. 213.

— INC secrets de ces procédés , en a publié un dans ses Entretiens sur la physique expérimentale. Ceux qui font métier, dit-il, de manier le feu et d'en tenir à la bouche , emploient quelquefois un mélange égal d'esprit de soufre, de sel ammoniac, d'essence de romarin et de suc d'oignon. L'oignon est en effet regardé, par les gens de la campagne, comme un préservatif contre la brûlure. Dans le temps où le P, Regnault s'occupait de ces recherches , un chimiste anglais , nommé Richardson , remplissait toute l'Europe du bruit de ses expériences merveilleuses. Il mâchait des charbons ardents sans se brûler ; il faisait fondre du soufre , le plaçait tout animé sur sa main , et le reportait sur sa langue, où il achevait de se consumer; il mettait aussi sur sa langue des charbons embrasés, y faisait cuire un morceau de viande ou une huître, et souffrait, sans sourciller, qu'on allumât le feu avec un soufflet; il tenait un fer rouge dans ses mains, sans qu'il y restât aucune trace de brûlure , prenait ce fer dans ses dents, et le lançait au loin avec une force étonnante ; il avalait de la poix et du verre fondus, du soufre et de la cire mêlés ensemble, et tout ardents, de sorte que la flamme sortait de sa bouche comme d'une fournaise. Jamais, dans toutes ces épreuves, il ne donnait le moindre signe de douleur. — Depuis le chimiste Richardson, plusieurs hommes ont essayé comme lui de manier le feu impunément. En 1774, on vit à la forge de Laune un homme qui marchait sans se brûler sur des barres de fer ardentes , tenait sur sa main des charbons, et les soufflait avec sa bouche; sa peau était épaisse et enduite d'une sueur grasse , onctueuse , mais il n'employait aucun spécifique. Tant d'exemples prouvent qu'il n'est pas nécessaire d'être parent de sainte Catherine pour braver les effets du feu. Mais il fallait que quelqu'un prît la peine de prouver, par des expériences décisives, qu'on peut aisément opérer tous les prodiges dont l'Espagnol incombustible a grossi sa réputation ; ce physicien s'est trouvé à Naples. — M. Sementini, premier professeur de chimie à l'université de cette ville, a publié à ce sujet des recherches qui ne laissent rien à désirer. Ses premières tentatives ne furent pas heureuses , mais il ne se découragea point. Il conçut que ses chairs ne pouvaient acquérir subitement les mêmes facultés que celles du fameux Lionetti , qui était alors incombustible ; qu'il était nécessaire de répéter long-temps les mêmes tentatives et que, pour obtenir les résultats qu'il cherchait, il fallait beaucoup de constance. A force de soins il réussit. Il se fit sur

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