‹ Dictionnaire infernalChapitre 210 sur 368 · NO · texte numérisé non relu

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que ne fut jamais inquisiteur; il était mort en '1221. Le premier inquisiteur-général fut le légat Pierre de Castelnau , que les Albigeois assassinèrent. Le pape Innocent IV étendit l'inquisition dans toute l'Italie , à l'exception de Naples. L'Espagne y fut soumise de 4 480 à 1484, sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle ; le Portugal l'établit en -1557. L'inquisition parut depuis dans les pays où ces puissances dominèrent; mais elle ne s'est exercée dans aucun royaume que du consentement et le plus souvent à la demande des souverains *. Elle a été repoussée en France et en Belgique. — « Si l'on excepte un très-petit nombre d'hommes instruits , dit Joseph de Maistre , il ne vous arrivera guère de parler de l'inquisition sans rencontrer clans chaque tête trois erreurs capitales, plantées et comme rivées dans les esprits, au point qu'elles cèdent à peine aux démonstrations les plus évidentes. — On croit que l'inquisition est un tribunal purement ecclésiastique : cela est faux. On croit que les ecclésiastiques qui siègent dans ce tribunal condamnent certains accusés à la peine de mort : cela est faux. On croit qu'ils les condamnent pour de simples opinions : cela est faux. — Le tribunal espagnol de l'inquisition était purement royal. C'était le roi qui désignait l'inquisiteur général, et celui-ci nommait à son tour les inquisiteurs particuliers, avec l'agrément du roi. Le règlement constitutif de ce tribunal fut publié en l'année 1484 par le cardinal ïorquemada, de concert avec le roi \ — Doux , tolérant, charitable, consolateur dans tous les pays du monde, par quelle magie le gouvernement ecclésiastique sévirait-il en Espagne , au milieu d'une nation éminemment noble et généreuse? Dans l'examen de toutes les questions possibles , il n'y a rien de si essentiel que d'éviter la confusion des idées. Séparons donc et distinguons bien exactement , lorsque nous raisonnons sur l'inquisition , la part du gouvernement de celle de l'Église. Tout ce que le tribunal montre de sévère et d'effrayant, et la peine de mort surtout, appartient au gouvernement; c'est son affaire; c'est à lui, et c'est à lui seul qu'il faut en demander compte. Toute la clémence au contraire , qui joue un si grand rôle dans le tribunal de l'inquisition , est l'action de l'Église, qui ne se mêle de supplices que pour les supprimer ou les adoucir. Ce caractère indélébile n'a jamais varié. Aujourd'hui , ce n'est plus une erreur, c'est un crime de soutenir, d'imaginer

1 Bergier, Dict. théolog.

3 Voyez le rapport officiel en vertu duquel 'inquisition fut supprimée par les cortès de 1812.

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seulement que des prêtres puissent prononcer des jugements de mort. — H y a dans l'histoire de France un grand fait qui n'est pas assez observé, c'est celui des templiers; ces infortunés, coupables ou non (ce n'est point de quoi il s'agit ici), demandèrent expressément d'être jugés par le tribunal de l'inquisition ; car ils savaient bien , disent les historiens, que s'ils obtenaient de tels juges, ils ne pouvaient plus être condamnés à mort....

— Le tribunal de l'inquisition était composé d'un chef nommé grand-inquisiteur, qui était toujours archevêque ou évêque; de huit conseillers ecclésiastiques, dont six étaient toujours séculiers, et de deux réguliers, dont l'un était toujours dominicain , en vertu d'un privilège accordé par le roi Philippe III l. »

— Ainsi les dominicains ne dirigeaient donc pas l'inquisition , puisque l'un d'eux seulement en faisait partie par privilège. — « On ne voit pas bien précisément, dit encore Joseph de Maistre , à quelle époque le tribunal de l'inquisition commença à prononcer la peine de mort. Mais peu nous importe ; il nous suffit de savoir, ce qui est incontestable , qu'il ne put acquérir ce droit qu'en devenant royal, et que tout jugement de mort demeure, par sa nature, étranger au sacerdoce. » — La teneur des jugements établit ensuite que les confiscations étaient faites au profit de la chambre royale et du fisc de Sa Majesté. « Ainsi , encore un coup , le tribunal est purement royal , malgré la fiction ecclésiastique, et toutes les belles phrases sur l'avidité sacerdotale tombent à terre 2. » Ainsi l'inquisition religieuse n'était, dans le fond, comme dit Garnier, qu'une inquisition politique3. Le rapport des Cortès de 1812 appuie ce jugement. — « Philippe II, le plus absurde des princes, dit ce rapport, fut le véritable fondateur de l'inquisition. Ce fut sa politique raffinée qui la porta à ce point de hauteur où elle était montée. Les rois ont toujours repoussé les avis qui leur étaient adressés contre ce tribunal, parce qu'ils sont, dans tous les cas , maîtres absolus de nommer, de suspendre ou de renvoyer les inquisiteurs, et qu'ils n'ont, d'ailleurs, rien à craindre de l'inquisition, qui n'est terrible que pour leurs sujets.... » — Ainsi tombent ces contes bleus de rois d'Espagne qui s'apitoyaient sur des condamnés sans pouvoir leur faire grâce, quand il est démontré que c'étaient ces rois eux-mêmes qui condamnaient. — On a dit

1 Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l'inquisition espagnole.

2 Id., ibid.

■> Hist, de François 1er, t. II, chap. 3,

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que depuis trois siècles l'histoire était une vaste conspiration contre le catholicisme. On ferait un volume effrayant du catalogue des mensonges qui ont été prodigués dans ce sens par les historiens. La plupart ^viennent de la réforme; mais les écrivains catholiques les copient tous les jours sans réflexion. C'est la réforme qui la première a écrit l'histoire de l'inquisition; on a trouvé commode de transcrire son odieux roman , qui épargnait des recherches. Vous trouverez donc partout des faits inventés qui se présentent avec une effronterie incroyable. Nous en citerons deux ou trois. — « Si l'on en croit quelques historiens , Philippe III , roi d'Espagne , obligé d'assister à un auto-da-fé (c'est le nom qu'on donne aux exécutions des inquisiteurs) , frémit, et ne put retenir ses larmes en voyant une jeune Juive et une jeune Maure de quinze à seize ans qu'on livrait aux flammes, et qui n'étaient coupables que d'avoir été élevées dans la religion de leurs pères et d'y croire. Ces historiens ajoutent que l'inquisition fit un crime à ce prince d'une compassion si naturelle ; que le grand inquisiteur osa lui dire que pour l'expier il fallait qu'il lui en coûtât du sang , que Philippe III se laissa saigner, et que le sang qu'on lui tira fut brûlé par la main du bourreau.... » — C'est Saint-Foix qui rapporte ce tissu d'absurdes faussetés, dans ses Essais sur Paris, sans songer qu'aucun historien ne rapporte vraiment ces faits; qu'ils ont été imaginés quatre-vingts ans après la mort de Philippe III; que Philippe III était maître de faire grâce et de condamner; que l'inquisition ne brûlait pas les Juifs et les Maures , coupables seulement d'avoir été élevés dans la religion de leurs pères et d'y croire ; qu'elle se contentait de les bannir pour raisons politiques, etc. — Vous lirez ailleurs que le cardinal Torquemada , qui remplit dix-huit ans les fonctions de grand-inquisiteur, condamnait dix mille victimes par an, ce qui ferait cent quatre-vingt mille victimes. Mais vous verrez pourtant ensuite qu'il mourut ayant fait dans sa vie six mille poursuites, ce qui n'est pas cent quatre-vingt mille; que le pape lui fit trois fuis des représentations pour arrêter sa sévérité; vous trouverez dans les jugements assez peu de condamnations à mort. Les auto-da-fé ne se faisaient que tous les deux ans; les condamnés à mort attendaient longuement leur exécution , parce qu'on espérait toujours leur conversion ; et vous regretterez de rencontrer si rarement la vérité dans les livres. — Un savant ouvrage qui vient de paraître (le Dictionnaire universel de la Géographie et de l'Histoire) porte à

cinq millions le nombre des personnes que l'inquisition a fait périr en Espagne. C'est, de plus de quatre millions et neuf cent mille , une erreur, — pour ne pas dire plus. — Rapportons maintenant quelque procédure de l'inquisition. Le fait qui va suivre est tiré de l'histoire de l'inquisition d'Espagne, faite à Paris sur les matériaux fournis par D. Llorente, matériaux qu'on n'a pas toujours employés comme Llorente l'eût voulu ; car on a fait de son livre un pamphlet. — a L'inquisition faisait naturellement la guerre aux francs-maçons et aux sorciers. A la fin du dernier siècle, un artisan fut arrêté au nom du saint-office pour avoir dit dans quelques entretiens qu'il n'y avait ni diables , ni aucune autre espèce d'esprits infernaux capables de se rendre maîtres des âmes humaines. Il avoua, dans la première audience, tout ce qui lui était imputé, ajouta qu'il en était alors persuadé pour les raisons qu'il exposa , et déclara qu'il était prêt à détester de bonne foi son erreur, à en recevoir l'absolution, et à faire la pénitence qui lui serait imposée. « J'avais vu (dit-il en se justifiant) un si grand nombre de malheurs, dans ma personne, ma famille, mes biens et mes affaires, que j'en perdis patience, et que, dans un moment de désespoir, j'appelai le diable à mon secours : je lui offris en retour ma personne et mon âme. Je renouvelai plusieurs fois mon invocation . dans l'espace de quelques jours, mais inutilement, car le diable ne vint point. Je m'adressai à un pauvre homme qui passait pour sorcier; je lui fis part de ma situation. Il me conduisit chez une femme , qu'il disait beaucoup plus habile que lui dans les opérations de la sorcellerie. Cette femme me conseilla de me rendre, trois nuits de suite, sur la colline des Visiillas de saint François , et d'appeler à grands cris Lucifer, sous le nom d'ange de lumière, en reniant Dieu et la religion chrétienne , et en lui offrant mon âme. Je fis tout, ce que celte femme m'avait conseillé, mais je ne vis rien : alors elle me dit de quitter le rosaire, le scapulaire et les autres signes de chrétien que j'avais coutume de porter sur moi , et de renoncer franchement et de toute mon âme à la foi cie Dieu , pour embrasser le parti de Lucifer, en déclarant que je reconnaissais sa divinité et sa puissance pour supérieures à celles de Dieu même; et, après m être assuré que j'étais véritablement dans ces dispositions, de répéter, pendant trois autres nuits, ce que j'avais fait la première fois. J'exécutai ponctuellement ce que cette femme venait de me prescrire ; cependant Yange de lumière ne m'apparut point. La

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vieille me recommanda de prendre de mon sang, et de m'en servir pour écrire sur du papier que j'engageais mon âme à Lucifer, comme à son maître et à son souverain ; de porter cet écrit au lieu où j'avais fait mes invocations, et, pendant que je le tiendrais à la main , de répéter mes anciennes paroles : je fis tout ce qui m'avait été recommandé , mais toujours sans résultat. — Me rappelant alors tout ce qui venait de se passer, je raisonnai ainsi : S'il y avait des diables, et s'il était vrai qu'ils désirassent de s'emparer des âmes humaines, il serait impossible de leur en offrir une plus belle occasion que celle-ci, puisque j'ai véritablement désiré de leur donner la mienne. Il n'est donc pas vrai qu'il y ait des démons; le sorcier et la sorcière n'ont donc fait aucun pacte avec le diable , et ils ne peuvent être que des fourbes et des charlatans l'un et l'autre. » — Telles étaient en substance les raisons qui avaient fait apostasier l'artisan Jean Pérez. Il les exposa, en confessant sincèrement son péché. On entreprit de lui prouver que tout ce qui s'était passé ne prouvait rien contre l'existence des démons, mais faisait voir seulement que le diable avait manqué de se rendre à l'appel , Dieu le lui défendant quelquefois, pour récompenser le coupable, de quelques bonnes œuvres qu'il a pu faire avant de tomber dans l'apostasie. Il se soumit à tout ce qu'on voulut, reçut l'absolution et fut condamné à une année de prison , à se confesser et à communier aux fêtes de Noël , de Pâques et de la Pentecôte, pendant le reste de ses jours , sous la conduite d'un prêtre qui lui serait donné pour directeur spirituel ; à réciter une partie du rosaire et à faire tous les jours des actes de foi , d'espérance , de charité , de contrition , etc. Tel fut son châtiment. — Voici maintenant l'histoire d'un autre épouvantable auto-da-fé, extraite du Voyage en Espagne pendant les années 1786 et 1787, par Joseph Fownsend, recteur de Pevvsey : — « Un mendiant, nommé Ignazio Rodriguez, fut mis en jugement au tribunal de l'inquisition pour avoir distribué des philtres amoureux dont les ingrédients étaient tels que l'honnêteté ne permet pas de les désigner. En administrant le ridicule remède (il paraît que le prédicant anglais n'est pas sévère) , il prononçait quelques paroles de nécromancie. Il fut bien constaté que la poudre avait été administrée à des personnes de tout rang. Rodriguez fut condamné à être conduit dans les rues de Madrid, monté sur un âne, et à être fouelté. On lui imposa de plus quelques pratiques de religion et l'exil de la capitale pour cinq ans.

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La lecture de la sentence fut souvent interrompue par de grands éclats de rire , auxquels se joignait le mendiant lui-même. Le coupable fut, en effet, promené par les rues, mais non fouetté; pendant la route, on lui offrait du vin et des biscuits pour se rafraîchir.... » — Nous pourrions rassembler beaucoup de traits pareils, qui peindraient l'inquisition tout autrement que ne la montrent des livres menteurs. Voy. Tribunal secret.

Insensibilité. — On prétendait que le diable rendait les sorciers insensibles à la question ou torture. Mais ce fait ne s'est jamais vu , du moins avec certitude.

Interdit, — censure de l'Église qui suspend les ecclésiastiques de leurs fonctions , et qui prive le peuple de l'usage des sacrements , du service divin et de la sépulture en terre sainte. L'objet de l'interdit n'était, dans son origine, que de punir ceux qui avaient causé quelque scandale public, et de les ramener au devoir en les obligeant à demander la levée de l'interdit. — Ordinairement l'interdit arrêtait les dérèglements des monastères , empêchait les hérésies de s'étendre, était un frein aux seigneurs tyranniques, aux criminels puissants, aux perturbateurs de la paix publique. Ainsi, après le massacre des vêpres siciliennes, Martin IV mit en interdit la Sicile et les états de Pierre d'Aragon. Grégoire VU, qui fit granit usage de l'interdit, sauva plus d'une fois par cette mesure la cause de l'humanité. — L'interdit doit être prononcé dans les mêmes formes que l'excommunication, par écrit, nommément, avec l'expression de la cause et après trois monitions. La peine de ceux qui violent l'interdit est de tomber dans l'excommunication.

Invisibilité. — Pour. être invisible, il ne faut que mettre devant soi le contraire de la lumière; un mur, par exemple t. — Mais le petit Albert et les Clavicules de Salomon nous découvrent des secrets importants pour l'invisibilité. On se rend invisible en portant sous son bras droit le cœur d'une chauve-souris, celui d'une poule noire ou celui d'une grenouille; ou bien, disent ces infâmes petiis li vres de secrets stupides, volez un chat noir, achetez un pot neuf, un miroir, un briquet , une pierre d'agate , du charbon et de Lama dou, observant d'aller prendre de l'eau au coup de minuit à une fontaine; après quoi allumez votre feu , mettez le chat dans le pot, et tenez le couvert de la main gauche sans jamais bouger ni regarder derrière vous, quelque bruit que vous entendiez ; et après l'avoir

1 Le comte de Gabalis.

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fait bouillir vingt -quatre heures, toujours sans bouger et sans regarder derrière vous , mettez-le dans un plat neuf, prenez la viande et la jetez par-dessus l'épaule gauche, en disant ces paroles : Accipe quod tibi do et nihil amplius; puis mettez les os l'un après l'autre sous les dents , du côté gauche , en vous regardant dans le miroir; et si l'os que vous tenez n'est pas le bon, jetez-le successivement, en disant les mêmes paroles jusqu'à ce que vous l'ayez trouvé; sitôt que vous ne vous verrez plus dans le miroir, retirez- vous à reculons. — On peut encore , pour se rendre invisible, faire cette opération que l'on commence un mercredi avant le soleil levé ; on se munit de sept fèves noires , puis on prend une tête de mort ; on met une fève dans la bouche, deux dans les narines, deux dans les yeux et deux dans les oreilles; on fait ensuite sur cette tête la figure d'un triangle, puis on l'enterre la face vers le ciel ; on l'arrose pendant neuf jours avec d'excellente eau-de-vie, de bon matin , avant le soleil levé. Au huitième jour, vous y trouverez un esprit ou démon qui vous demandera, Que fais-tu là? vous lui répondrez , J'arrose ma plante. Il vous dira, Donne-moi cette bouteille, je l'arroserai moi-même ; vous lui répondrez que vous ne le voulez pas. Il vous la demandera encore , vous la lui refuserez jusqu'à ce que, tendant la main , vous verrez dedans une figure semblable à celle que vous avez faite sur la tête ; vous devez être assuré que c'est l'esprit véritable de la tête : n'ayant plus de surprise à craindre, vous lui donnerez votre fiole, il arrosera lui-même et vous vous en irez. — Le lendemain, qui est le neuvième jour, vous y retournerez ; vous y trouverez vos fèves mures, vous les prendrez , vous en mettrez une dans votre bouche , puis vous regarderez dans un miroir: si vous ne vous y voyez pas, elle sera bonne. Vous en ferez de même de toutes les autres; celles qui ne vaudront rien doivent être enterrées où est la tête. — Pour celte expérience, ayez toutes les choses bien préparées avec diligence et avec toutes les solennités requises.... Soyez sûr qu'il y a de malheureux njais qui croient à ces procédés. Voy. Anneau.

invocations. — Agrippa dit que, pour invoquer le diable et l'obliger à paraître, on se sert de paroles magiques: Dies mies, jesquet benedo efet douvema enitemaiis ! Mais Pierre Leloyer dit que ceux qui ont des rousseurs au visage ne peuvent faire venir les démons, quoiqu'ils les invoquent. Voy. Évocations et Conjurations.

ïo. — Cette femme que Junon changea en génisse est traitée de sorcière dans les démonographes. Delancre assure 1 que c'était une magicienne qui se faisait voir tantôt sous les traits d'une femme, tantôt sous ceux d'une vache avec ses cornes.

ïpès ou Ayperos , — prince et comte de l'enfer; il apparaît sous la forme d'un ange, quelquefois sous celle d'un lion , avec la tète et les pattes d'une oie et une queue de lièvre ; il connaît le passé et l'avenir, donne du génie et de l'audace aux hommes, et commande trente-six légions 2.

Irlande. — Parmi beaucoup d'opinions poétiques ou bizarres , les Irlandais croient qu'une personne qui doit mourir naturellement ou par accident , se montre la nuit à quelqu'un, ou plutôt son image, dans un drap mortuaire. Cette apparition a lieu dans les trois jours qui précèdent la mort.

Is, — ville bretonne, gouvernée par le roi Gralon; toute espèce de luxe et de débauche régnaient dans cette opulente cité. Les plus saints personnages y prêchaient en vain les mœurs et la réforme. La princesse Dahut, fille du roi, oubliant la pudeur et la modération naturelle à son sexe , y donnait l'exemple de tout genre de dépravation. L'heure de la vengeance approchait : le calme qui précède les plus horribles tempêtes , les chants , la musique, le vin, toute espèce de spectacle et de débauche enivraient, endormaient les habitants endurcis de la grande ville. Le roi Gralon seul n'était pas insensible à la voix du ciel; un jour le prophète Guénolé prononça d'une voix sombre ces mots devant le roi Gralon : « Prince, le désordre est au comble, le bras de l'Éternel se lève, la mer se gonfle, la cité d'Is va disparaître : partons. » Gralon monte aussitôt à cheval, et s'éloigne à toute bride; sa fille Dahut le suit en croupe.... La main de l'Éternel s'abaisse.; les plus hautes tours de la ville sont englouties, les flots pressent en grondant le coursier du saint roi, qui ne peut s'en dégager ; une voix terrible se fait entendre : « Prince, si tuveux le sauver, renvoie le diable qui te suit en croupe. » La belle Dahut perdit la vie , se noya près du lieu qu'on nomme Poul-Dahut. La tempête cessa, l'air devint calme, le ciel serein; mais, depuis ce moment, le vaste bassin sur lequel s'étendait une partie de la ville d'Is fut couvert d'eau. C'est maintenant la baie de Douarnenez 3.

T Tableau de l'inconstance des démons, p. 48.

2 Wierus, in Pseudomonarchia daim.

3 M. Cambry, Voyage dans le Finistère., t. II, p. 284.

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Xsaacarum , — l'un des adjoints de Leviatan dans la possession de Loudun.

Islandais. — Les Islandais sont si experts dans l'art magique, dit un voyageur du dernier siècle , qu'ils font voir aux étrangers ce qui se passe dans leurs maisons, même leurs pères, mères, parents et amis vivants ou morts i.

Isle en Jourdain (MAhNFROY DE l'), — habile devin qui découvrit par l'astrologie l'horrible conduite de deux chevaliers, Philippe et Gauthier d'Aunoy, lesquels étaient amants , l'un de Marguerite de Navarre , femme de Louis-le-Hutin, et l'autre de Blanche, femme de Charles- le-Bel ; on prouva encore qu'ils envoûtaient les maris de ces deux dames. C'étaient les deux frères de Philippe de Valois. Le roi Philippe en fit, justice; les deux chevaliers furent écorchés vifs et pendus, et les deux dames périrent en prison2.

1 Nouv. voyage vers le septenf ., 1708, chap. 06.

2 Manuscrit de la Bibliothèque , cité par Joly dans ses Remarques sur Bayle.

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