‹ Dictionnaire infernalChapitre 317 sur 368 · PUÉ · texte numérisé non relu

PUÉ

Pou sha, - dieu de la porcelaine cjiez les Chinois. Des ouvriers, dit -on, ne pouvant exécuter un dessin donné par un empereur, l'un deux, nommé Pou-sha, dans un moment de désespoir , s'élança dans le fourneau tout ardent. Il fut à l'instant consumé, et la porcelaine prit la forme que souhaitait le prince. Ce malheureux acquit à ce prix l'honneur de présider, en qualité de dieu, aux ouvrages de porcelaine.

Poule noire. — C'est en sacrifiant une poule noire à minuit , dans un carrefour, qu'on engage le diable à venir faire pacte. Il faut prononcer une conjuration, ne se point retourner, faire un trou en terre , y répandre le sang de la poule et l'y enterrer. Le même jour, ou neuf jours après, le diable vient et donne de l'argent , ou bien il fait présent à celui qui a sacrifié d'une autre poule noire qui est une poule aux œufs d'or. Les doctes croient que ces sortes de poules, données par le diable, sont de vrais démons. Le juif Samuel Bernard, banquier de la cour de France, mort à qimtrevingt-dix ans en '1739, et dont on voyait la maison à la place des Victoires, à Paris, avait, disait on, une poule noire qu'il soignait extrêmement ; il mourut peu de jours après sa poule, laissant trente-trois millions. — La superstition de la poule noire est encore trèsrépandue. On dit en Bretagne quVn vend la poule noire au diable, qui l'achète à minuit, et paie le prix qu'on lui en demande l. — 11 y a un mauvais et sot petit livre dont voici le titre : la Poule noire ou la poule aux œufs d'or, avec la science des talismans et des anneaux magiques, l'art de la nécromancie et de la cabale, pour conjurer les esprits infernaux, les sylphes, les ondins , les gnômes, acquérir la connaissance des sciences secrètes, découvrir les trésors et obtenir le pouvoir de commander à tous les êtres et déjouer tous les maléfices et sortilèges, etc. En Égypte, 740 , 'I vol. in-18. — Ce n'est qu'un fatras niais et incompréhensible.

Poupart , — voy Apparitions.

Pra-Ariaseria , — personnage fameux qui vivait dans le royaume de Siam, du temps de Sommona-Codom Les Siamois en font un colosse de quarante brasses et demie de circonférence, et de trois brasses et demie de diamètre, ce qui paraît peu compréhensible. Il est vrai que nous ne savons pas quelle était sa forme.

Préadamites. — En 1 655 , Isaac de la Perreyre fit imprimer, en Hollande, un livre dans lequel il voulait établir qu'il y a eu des hommes avant Adam. Quoiqu'il n'eût pour appui que

1 Canibry, Voyage dans le Finistère, t. 111, p. 16.

PUE —violes fables des Egyptiens et des Chaldéens, ce paradoxe eut un moment des sectateurs, comme en ont toutes les absurdités. Desmarais, qui professait à Groningue, le combattit , et plus tard l'auteur même se rétracta.

Précy , — voy. Rambouillet.

Prédictions. — Pompée , César et Crassus avaient été assurés par d'habiles astrologues qu'ils mourraient chez eux comblés de gloire, de biens et d'années, et tous trois périrent misérablement. Charles-Quint, François Ier et Henri VIII, tous trois contemporains, furent menacés de mort violente, et leur mort ne fut que naturelle. — Le grand seigneur Osman voulant déclarer la guerre à la Pologne en 4 62-1, malgré les remontrances de ses ministres, un santon aborda le sultan et lui dit: « Dieu m'a révélé la nuit dernière dans une vision que, si Ta Hautesse va plus loin, elle est en danger de perdre son empire; tonépée ne peut celle année faire de mal à qui que ce soit — Voyons, dit Osman, si la prédiction est certaine ; » et donnant son cimeterre à un janissaire, il lui commanda de couper la tète à ce prétendu prophète , ce qui fut exécuté sur-le-champ. — Cependant Osman réussit mal dans son entreprise contre la Pologne , et perdit, peu de temps après, la vie avec l'empire.— On cite encore le fait suivant, comme exemple de prédiction accomplie : — Un ancien coureur, nommé Languille , s'était retiré sur ses vieux jours à Aubagne près de Marseille. Il se prit de querelle avec le bedeau de la paroisse , qui était en même temps fossoyeur; cette dispute avait produit une haine si vive, que Languille avail signifié au bedeau qu'il ne mourrait jamais que par lui ; de sorte que le pauvre bedeau effrayé l'évitait comme un ennemi formidable. — Peu de temps après, Languille mourut, âgé de soixante-quinze ans. Il logeait dans une espèce de chambre haute où l'on montait par un escalier étroit et trèsroide. Quand il fut question de l'enterrer, le bedeau bien joyeux alla le chercher, et chargea sur ses épaules la bière dans laquelle était le corps de Languille, qui était devenu assez gros. Mais en le descendant d'un air triomphal, il fit un faux pas, glissa en avant; la bière tombant sur lui l'écrasa. Ainsi s'accomplit la menace de Languille, autrement sans doute qu'il ne l'avait entendu. — Manière de prédire l'avenir. — Qu'on brûle de la graine de lin , des racines de persil et de violette ; qu'on se mette dans cette fumée , on prédira les choses futures Voy. Astrologie, etc.

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Prélati, — charlatan de magie. Voy. Raiz-

Présage*. — Celte faiblesse, qui consiste à regarder comme des indices de l'avenir les événements les plus simples et les plus naturels, est l'une des branches les plus considérables de la superstition. 11 est à remarquer qu'on distinguait autrefois les présages des augures , en ce que ceux-ci s'entendaient des augures recherchés ou interprétés selon les règles de l'art augurai , et que les présages qui s'offraient fortuitement étaient interprétés par chaque particulier d'une manière plus vague et plus arbitraire. — De nos jours on regarde comme d'un très-mauvais augure de déchirer trois fois ses manchettes ; de trouver sur une table des couteaux en croix , d'y voir des salières renversées , etc. Quand nous rencontrons en chemin quelqu'un qui nous demande où nous allons , il faut retourner sur nos pas, de peur que mal ne nous arrive. — Si une personne à jeun raconte un mauvais songe à une personne qui ait déjeuné , le songe sera funeste à la première. Il sera funeste à la seconde , si elle est à jeun, et que la première ait déjeuné. Il sera funeste à toutes les deux , si toutes les deux sont à jeun. Il serait sans conséquence, si toutes les deux ont l'estomac garni. — Malheureux généralement qui rencontre le matin, ou un lièvre, ou un serpent , on un lézard , ou un cerf , ou un chevreuil, ou un sanglier ! Heureux qui rencontre un loup, une cigale, une chèvre, un crapaud! Voy. Araignée, Chasse, Pie, Hibou, etc., etc., etc. — Cécilia, femme de Métellus, consultait les dieux sur l'établissement de sa nièce , qui était nubile. Cette jeune fille, lasse de se tenir debout devant l'autel sans recevoir de réponse, pria sa tante de lui prêter la moitié de son siège. « De bon cœur, lui dit Cécilia , je vous cède même ma place tout entière. » Sa bonté lui inspira ces mots, qui furent pourtant, dit Valère-Maxime, un présage de ce qui devait arriver; car Cécilia mourut quelque temps après , et Métellus épousa sa nièce. — Lorsque Paul-Émile faisait la guerre au roi Persée , il lui arriva quelque chose de remarquable. Un jour, rentrant à sa maison , il embrassa , selon sa coutume, la plus jeune de ses filles, nommée Tertia, et la voyant plus triste qu'à l'ordinaire, il lui demanda le sujet de son chagrin. Cette petite fille lui répondit que Persée était mort (un petit chien que l'enfant nommait ainsi venait de mourir). Paul saisit le présage; et en effet, peu de temps après, il vainquit le roi Persée , et entra triomphant dans Rome 1

1 Weckcr, des Secrets merveilleux.

1 Valère Maxime.

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— Un peu avant l'invasion des Espagnols au Mexique , on prit au lac de Mexico un oiseau de la forme d'une grue, qu'on porta à l'empereur Montézuma, comme une chose prodigieuse. Cet oiseau , dit le conte , avait au haut de la tète une espèce de miroir où Montézuma vit les cieux parsemés d'étoiles , de quoi il s'étonna grandement. Puis levant les yeux au ciel, et n'y voyant plus d'étoiles, il regarda une seconde fois dans le miroir, et aperçut un peuple qui venait de l'Orient, armé, combattant et tuant. Ses devins étant venus pour lui expliquer ce présage , l'oiseau disparut , les laissant en grand trouble. « C'était , à mon avis, dit Delancre, son mauvais démon qui venait lui annoncer sa fin, laquelle lui arriva bientôt.» — Dans le royaume de Loango en Afrique, on regarde comme le présage le plus funeste pour le roi que quelqu'un le voie boire et manger; ainsi il est absolument seul et sans domestiques quand il prend ses repas. Les voyageurs, en parlant de cette superstition , rapportent un trait barbare d'un roi de Loango : Un de ses fils, âgé de huit ou neuf ans, étant entré imprudemment dans la salle où il mangeait, et clans le moment qu'il buvait, il se leva do table, appela le grand- prêtre, qui saisit cet enfant, le fit égorger, et frotta de son sang les bras du père, pour détourner les malheurs dojit ce présage semblait le menacer. Un aulre roi de Loango fit assommer un chien qu'il aimait beaucoup, et qui, l'ayant un jour suivi, avait assisté à son dîner ». — Les hurlements des bètes sauvages , les cris des cerfs et des singes sont des présages sinistres pour les Siamois. S'ils rencontrent un serpent qui leur barre le chemin , c'est pour eux une raison suffisante de s'en retourner sur leurs pas, persuadés que l'affaire pour laquelle ils sont sortis ne peut pas réussir. La chute de quelque meuble que le hasard renverse est aussi d'un très-mauvais augure. Que le tonnerre vienne à tomber, par un effet naturel et commun , voilà de quoi gâter la meilleure affaire. Plusieurs poussent encore plus loin la superstition et l'extravagance. Dans une circonstance critique et embarrassaate, ils prendront pour règle de leur conduite les premières paroles qui échapperont au hasard à un passant, et qu'ils interpréteront à leur manière. — Dans le royaume de Bénin, en Afrique, on regarde comme un augure très-favorable qu'une femme accouche de deux enfants jumeaux : le roi ne manque pas d'èlre aussitôt informé de cette importante nouvelle, et l'on célèbre par des concerts et des festins un événement si heureux. Le môme présage est

1 Saint-Foix, Essais historiques.

regardé comme très-sinistre dans le village d'Arebo, quoiqu'il soit situé dans le même royaume de Bénin.

Prescience , — connaissance certaine et infaillible de l'avenir. Elle n'appartient qu'à Dieu. Rappelons-nous ici la maxime d'Hervey : « Mortel, qui que tu sois, examine et pèse tant que tu voudras ; nul sur la terre ne sait quelle fin l'attend. »

Préservatifs, — VOIJ. AMULETTES, CORNES,

Phylactères, Troupeaux, etc.

Pressentiment — Suétone assure que Calpurnie fut tourmentée de noirs pressentiments peu d'heures avant la mort de César. Mais que sont les pressentiments? est-ce une voix secrète et intérieure ? est-ce une inspiration céleste ? est-ce la présence d'un génie invisible qui veille sur nos destinées ? Les anciens avaient fait du pressentiment une sorte de religion , et de nos jours on y ajoute foi. M. C. de H..., après s'être beaucoup amusé au bal de l'Opéra, mourut d'un coup de sang en rentrant chez lui. Madame de V., sa soeur, qui l'avait quitté assez tard, fut tourmentée toute la nuit de songes affreux qui lui représentaient son frère dans un grand danger, l'appelant à son secours. Souvent réveillée en sursaut, et dans des agitations continuelles, quoiqu'elle sût que son frère était au bal de l Opéra , elle n'eut rien de plus pressé, dès que le jour parut, que de demander sa voiture et de courir chez l'objet de sa tendresse fraternelle. Elle arriva au moment que le suisse avait reçu ordre de ne laisser entrer personne, et de dire que M. C. de R.... avait besoin de repos. Elle s'en retourna consolée et riant de sa frayeur. Ce ne fut que dans l'après-midi qu'elle apprit que ses noirs pressentiments ne l'avaient point trompée . Voy. Songes.

Pressine , — VOy. MÉLUSINE Prestantius, — VOIJ. EXTASES.

Prestiges. — « Il y a eu de nos jours , dit Gaspard Peucer, en ses commentaires de Divinatione, une vierge bateleuse à Bologne, laquelle, pour l'excellence de son art, était fort renommée par toute l'Italie; néanmoins elle ne sut, avec toute sa science, si bien prolonger sa vie qu'enfin, surprise de maladie, elle ne mourût. Quelque autre magicien, qui l'avait toujours accompagnée, sachant le profit qu'elle retirait de son art pendant sa vie, lui mit, par le secours des esprits, quelque charme ou poison sous les aisselles , de sorte qu'il semblait qu'elle eût vie, et commença à

1 Spectriana, p. 64,

piu — k

se retrouver aux assemblées jouant de la harpe, chantant, sautant et dansant, comme elle avait accoutumé ; de sorte qu'elle ne différait d'une personne vivante que par sa couleur qui était excessivement pâle. Peu de jours après, il se trouva à Bologne un autre magicien, lequel, averti de l'excellence de l'art de cette fille, la voulut voir jouer comme les autres. Mais à peine l'eut-il vue, qu'il s'écria : «Que faites- vous ici, messieurs? celle que vous voyez devant vos yeux , qui fait de si jolis soubresauts , n'est autre qu'une charogne morte; » et à l'instant elle tomba morte à terre. Au moyen de quoi le prestige et l'enchanteur furent découverts. »

Prétextât, — voy. Extases. — Une jeune femme de la ville de Laon vit le diable sous la forme de son grand-père, puis sous celles d'une bêle velue, d'un chat, d'un escarbot, d'une guêpe et d'une jeune fille1. Voy. Apparitions, Enchantements, Sicidites, Métamorphoses, Charmes, etc.

Prêtres noirs. — C'est le nom que donnent les sorciers aux prêtres du sabbat.

Prières superstitieuses. — NOUS empruntons à l'abbé Thiers et à quelques autres ces petits chefs-d'œuvre de niaiserie ou de naïveté. — Pour le mal de dents: Sainte Apolline qui est assise sur la pierre; sainte Apolline, que faites-vous là ? — Je suis venue ici pour le mal de dents. Si c'est un ver, ça s otera ; si c'est une goutte, ça s'en ira. — Contre le tonnerre. Sainte Barbe, sainte Fleur, la vraie croix de notre Seigneur ; partout où cette oraison se dira , jamais le tonnerre ne tombera. — Pour toutes les blessures. Dieu me bénisse et me guérisse, moi pauvre créature, de toute espèce de blessure, quelle qu'elle soit , en l'honneur de Dieu et de la Vierge Marie, et de messieurs saint Cosme et saint Damien. Amen. — Pour les maladies des yeux. Monsieur saint Jean passant par ici trouva trois vierges en son chemin. Il leur dit: Vierges, que faites-vous ici? — Nous guérissons de la maille. — Oh! guérissez, vierges, guérissez cet œil. — Pour arrêter le sang du nez. Jésus-Christ est né en Bethléem, et a souffert en Jérusalem. Son sang s'est troublé; je le dis et te commande, sang, que tu t'arrêtes par la puissance de Dieu, par l'aide de saint Fiacre et de tous les saints, tout ainsi que le Jourdain, dans lequel saint Jean- Baptiste baptisa notre Seigneur, s'est arrêté. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, lu//. Oraison du Loup, Garoks, Barrk-a- Dii:i , etc.

1 Cornelii Gemma? Cosmocritinr , lib. il, <;»)>. 2.

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