‹ Dictionnaire infernalChapitre 318 sur 368 · PRO · texte numérisé non relu

PRO

Prodige , — événement surprenant dont on ignore la cause, et que l'on est tenté de regarder comme surnaturel. C'est la définition de Bergier. Sous le consulat de Volumnius , on entendit parler un bœuf ; il tomba du ciel, en forme de pluie, des morceaux de chair, que les oiseaux dévorèrent en grande partie ; le reste fut quelques jours sur la terre sans rendre de mauvaise odeur. Dans d'autres temps , on rapporta des événements aussi extraordinaires , qui ont néanmoins trouvé créance parmi les hommes : un enfant de six mois cria victoire dans un marché de bœufs. Il plut des pierres à Picenne. Dans les Gaules, un loup s'approcha d'une sentinelle, lui lira l'épée du fourreau et l'emporta. Il parut en Sicile une sueur de sang sur deux boucliers ; et , pendant la seconde guerre punique , un taureau dit en présence de Cneus Domitius : Rome, prends garde à toi1! Dans la ville de Galène , sous le consulat de Lépide , on entendit parler un coq d'Inde, qui ne s'appelait pas alors un coq d'Inde ; car c'était une pintade. Voilà des prodiges. — Delancre parle d'un sorcier qui, de son temps, sauta du haut d'une montagne sur un rocher éloigné de deux lieues. Quel saut!... — Un homme ayant bu du lait, Schenkius dit qu'il vomit deux petits chiens blancs aveugles. — Vers la fin du mois d'août 1682, on montrait à Charenton une fille qui vomissait des chenilles, des limaçons, des araignées et beaucoup d'autres insectes. Les docteurs de Paris étaient émerveillés. Le fait semblait constant. Ce n'était pas en secret, c'était devant des assemblées nombreuses que ces singuliers vomissements avaient lieu ; déjà on préparait de toutes parts des dissertations pour expliquer ce phénomène , lorsque le lieutenant criminel entreprit de s'immiscer dans l'affaire. Il interrogea la maléficiée, lui fit peur du fouet et du carcan, et elle avoua que depuis sept ou huit mois elle s'était accoutumée à avaler des chenilles, des araignées et des insectes; qu'elle désirait depuis long-temps avaler des crapauds , mais qu'elle n'avait pu s'en procurer d'assez petits*. On a pu lirejl y a vingt ans un fait pareil rapporté dans les journaux. Une femme vomissait des grenouilles et des crapauds ; un médecin peu crédule, appelé pour vérifier le fait, pressa de questions la malade, et parvint à lui faire avouer qu'elle avait eu recours à celte jonglerie pour gagner un peu d'argent \

1 Valère Maxime .

3 Dict. des merveilles île la nature, article Estomac. 3 M. Saignes, Des erreurs et des préjugés, t. II, p. 94.

PUO — h\

Prométhée. — Atlas et Prométhée, tous deux grands astrologues , vivaient du temps de Joseph. Quand Jupiter délivra Prométhée de l'aigle ou du vautour qui devait lui dévorer les entrailles pendant trente mille ans, le dieu , qui avait juré de ne le point détacher du Caucase, ne voulut pas fausser son serinent, et lui ordonna de porter à son doigt un anneau où serait enchâssé un fragment de ce rocher. C'est là, selon Pline, l'origine des bagues enchantées.

Pronostics populaires. — Quand les chênes portent beaucoup de glands, ils pronostiquent un hiver long et rigoureux. — Tel vendredi , tel dimanche. Le peuple croit qu'un vendredi pluvieux ne peut être suivi d'un dimanche serein. Racine a dit au contraire :

Ma foi sur l'avenir bien fou qui se fiera, Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.

Si la huppe chante avant que les vignes ne germent , c'est un signe d'abondance de vin :

De saint Paul la claire journée Nous dénote une bonne année.

Si l'on voit épais les brouillards, Mortalité de toutes parts.

S'il fait vent, nous aurons la guerre ; S'il neige ou pleut, cherté sur terre;' Si beaucoup d'eau tombe en ce mois, Lors peu de vin croître tu vois.

Des étoiles en plein jour pronostiquent des incendies et des guerres. Sous le règne de Constance, il y eut un jour de ténèbres pendant lequel on vit les étoiles; le soleil à son lever était aussi pâle que la lune : ce qui présageait la famine et la peste.

Du jour de saint Médard, en juin, Le laboureur se donne soin ; Car les anciens disent, s'il pleut, Que trente jours durer il peut.

Et s'il fait beau, sois tout certain D'avoir abondamment du grain.

Les tonnerres du soir amènent un orage ; lés tonnerres du matin promettent des vents ; ceux qu'on entend vers midi annoncent la pluie. Les pluies de pierres pronostiquent des charges et des surcroîts d impôts.

Quiconque en août dormira Sur midi, s'en repentira.

Bref en tous temps je te prédi Qu'il ne faut dormir à midi.

Trois soleils pronostiquent un triumvirat. On vit trois soleils, dit Cardan, après la mort de Jules César; la même chose eut lieu un peu avant le règne de François Ier, Charles-Quint et Henri VIII. — Si le soleil luit avant la messe le jour de la Chandeleur, c'est un signe que l'hiver sera encore bien long. — Qui se couche avec les chiens se lève avec les puces.

3 — vu:

Prophètes . — Les Turcs en reconnaissent plus de cent quarante mille ; les seuls que nous devions révérer comme vrais prophètes sont ceux des saintes Écritures. — Toutes les fausses religions en ont eu de faux comme elles.

Prophéties, — VOIJ. PRÉDICTIONS, SIBYL- LES , Devins , etc.

Proserpine , — épouse de Pluton selon les païens, et reine de l'empire infernal. Selon les démonomanes, Proserpine est archiduchesse et souveraine princesse des esprits malins. Son nom vient de proserpere, ramper, serpenter ; les interprètes voient en elle le serpent funeste.

Prostrophies , — esprits malfaisants qu'il fallait supplier avec ferveur, chez les anciens, pour éviter leur colère.

Pruflas ou Busas, — grand prince et grandduc de l'empire infernal. Il régna dans Babylone, quoiqu'il eût la tète d'un hibou. Il excite les discordes, allume les guerres, les querelles , et réduit à la mendicité ; il répond avec profusion à tout ce qu'on lui demande , il a vingt-six légions sous ses ordres

Pséphos, ; — sorte de divination où l'on faisait usage de petits cailloux, qu'on cachait dans du sable.

Psychomancie , — divination par les esprits, ou art d'évoquer les morts. Voy. Nécromancie.

Psylles, — peuples de Libye, dont la présence seule charmait le poison le plus subtil des serpents les plus redoutables. Ils prétendaient aussi guérir la morsure des serpents avec leur salive ou par leur simple attouchement. Hérodote prétend que les anciens Psylles périrent dans la guerre insensée qu'ils entreprirent contre le vent du midi , indignés qu'ils étaient de voir leurs sources désséchées.

Psylotoxotes, — peuple imaginaire de Lucien. Ils étaient montés sur des puces grosses comme des éléphants.

Publius, -- VOIJ. TÊTE.

Pucel, — grand et puissant duc de l'enfer; il paraît sous la forme d'un ange obscur ; il répond sur les sciences occultes ; il apprend la géométrie et les arts libéraux ; il cause de grands bruits et fait entendre le mugissement des eaux dans les lieux où il n'y en a pas. Il commande quarante-huit légions2. 11 pourrait bien être le même que Pocel.

Pucelle d'Orléans, — Vû\J. JEANNE d'Arc.

1 Wierus, in Pseudomonarchiâ dœm.

2 Wierus, in Pscudomon. d.'em.

PUR — /i

Puces. — L'abbé Thiers, parmi les superstitions qu'il a recueillies , rapporte celle-ci : qu'on peut se prémunir contre la piqûre des puces, en disant : Och , och.

Punaises. — Si on les boit avec du bon vinaigre, elles font sortir du corps les sangsues que l'on a avalées, sans y prendre garde , en buvant de l'eau de marais

Purgatoire. — Les juifs reconnaissent une sorte de purgatoire qui dure pendant toute la première année qui suit la mort de la personne décédée. L'âme , pendant ces douze mois , a la liberté de venir visiter son corps et revoir les lieux et les personnes pour lesquels elle a eu pendant la vie quelque affection particulière. Le jour du sabbat est pour elle un jour de relâche. — Les Kalmoucks croient que les Berrids, qui sont les habitants de leur purgatoire, ressemblent à des lisons ardents et souffrent surtout de la faim et de la soif. Veulent-ils boire, à l'instant ils se voient environnés de sabres, de lances, de couteaux ; à l'aspect des aliments, leur bouche se rétrécit comme un trou d'aiguille , leur gosier ne conserve que le diamètre d'un fil , et leur ventre s'élargit et se déploie sur leurs cuisses comme un paquet d'allumettes. Leur nourriture ordinaire se compose d'étincelles. — Ceux qui ont dit que le purgatoire n'est séparé de l'enfer que par une grande toile d'araignée, ou par des murs de papier, qui en forment l'enceinte et la voûte, ont dit des choses que les vivants ne savent pas. Le purgatoire, que rejettent les protestants, est pourtant indiqué suffisamment dans l'Evangile même.

Jésus-Christ parle (saint Matthieu , ch. XII) de péchés qui ne sont remis ni dans le siècle présent, ni dans le siècle futur. Quel est ce siècle futur où les péchés ne peuvent être remis ? Voy. dans le Dictionnaire de théologie de' Bergier l'article Purgatoire. Voy. Enfer dans ce Dictionnaire.

Purrikeh, — épreuve par le moyen de l'eau et du feu , en usage chez les Indiens pour découvrir les choses cachées.

Pursan ou Curson, — grand roi de l'enfer. Il apparaît sous la forme humaine avec une tête de lion ; il porte une couleuvre toujours furieuse; il est monté sur un ours et précédé continuellement du son de la trompette ; il connaît à fond le présent , le passé , l'avenir, découvre les choses enfouies comme les trésors. S'il prend la forme d'un homme, il est aérien ; il est le père des bons esprits familiers. Vingt-deux légions reçoivent ses ordres2.

T Albert-lc-Grand, p. 187.

* Wierus, Pseudom. drem.

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Putéorites, — secte juive dont la superstition consistait à rendre des honneurs particuliers aux puits et aux fontaines.

Pygmées , — peuple fabuleux qu'on disait avoir existé en Thrace. C'étaient des hommes qui n'avaient qu'une coudée de haut; leurs femmes accouchaient à trois ans et étaient vieilles à huit. Leurs villes et leurs maisons n'étaient bâties que de coquilles d'oeufs : à la campagne ils se retiraient dans des trous qu'ils faisaient sous terre. Ils coupaient leurs blés avec des cognées , comme s'il eût été question d'abattre une forêt. Une armée de ces petits hommes attaqua Hercule, qui s'était endormi après la défaite du géant Antée, et prit pour le vaincre les mêmes précautions qu'on prendrait pour former un siège. Les deux ailes de cette petite armée fondent sur la main du héros ; et, pendant que le corps de bataille s'attache à la gauche, et que les archers tiennent ses pieds assiégés , la reine , avec ses plus braves sujets, livre un assaut à la tête. Hercule se réveille, et riant du projet de cette fourmillière , les enveloppe tous dans sa peau de lion et les porte à Eurysthée. — Les Pygmées avaient guerre permanente contre les grues, qui tous les ans venaient de la Scythie les attaquer. Montés sur des perdrix, ou, selon d'aut/es , sur des chèvres et des béliers d'une taille proportionnée à la leur, ils s'armaient de toutes pièces pour aller combattre leurs ennemis. — Près du château de Morlaix, en Bretagne, il existe, dit-on, de petits hommes d'un pied de haut, vivant sous terre, marchant et frappant sur des bassins. Ils étalent leur or et le font sécher au soleil. L'homme qui tend la main modestement reçoit deux poignées de ce métal ; celui qui vient avec un sac, dans l'intention de le remplir, est éconduit et mahraité : leçon de modération qui tient à des temps reculés1. Voy. Nains, Gnomes, etc.

Pyramides. — Les Arabes prétendent que les pyramides ont été bâties long-temps avant le déluge par une nation de géants. Chacun d'eux apportait sous son bras une pierre de vingt-cinq francs.

Pyromancîe , — divination par le feu. On jetait dans le feu quelques poignées de poix broyée; et, si elle s'allumait promplement, on en tirait un bon augure. Ou bien on brûlait une victime , et on prédisait l'avenir sur la couleur et la figure de la flamme. Les démonomanes regardent le devin Amphiaraûs comme l'inventeur de cette divination. — Il y avait à Athènes un temple de Minerve Po-

' Cambry, Voyage dans !<■ Finistère, en 1794.

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liadc où se trouvaient des vierges occupées à examiner les mouvements de la flamme d'une lampe continuellement allumée. Dclrio rapporte que de son temps les Lithuaniens pratiquaient une espèce de pyromancie, qui consistait à metlre un malade devant un grand feu; et, si l'ombre formée par le corps était droite et directement opposée au feu, c'était signe de guérison; si l'ombre était de côté, c'était signe de mort.

Pyrrhus. — Il avait forcé les habitants de Locres à remettre entre ses mains les trésors de Proserpine. 11 chargea ses vaisseaux de ce butin sacrilège et mit à la voile : mais il fut surpris d'une tempête si furieuse qu'il échoua sur la côte voisine du temple. On retrouva sur le rivage tout l'argent qui avait été enlevé , et on le remit dans le dépôt sacré

Pythagore, — fils d'un sculpteur de Samos. îl voyagea pour s'instruire : les prêtres d'Égypte l'initièrent à leurs mystères, les mages de Chaldée lui communiquèrent leurs sciences ; les sages de Crète , leurs lumières. Il rapporta dans Samos tout ce que les peuples les plus instruits possédaient de sagesse et de connaissances utiles; mais, trouvant sa patrie sous le joug du tyran Pulycrate, il passa à Crotone, où il éleva une école de philosophie dans la maison du fameux athlète Milon. C'était vers le règne de Tarquin-le-Superbe. Il enseignait la morale, l'arithmétique , la géométrie et la musique. On le fait inventeur de la métempsycose. — Il parait que , pour étendre l'empire qu'il exerçait sur les esprits, il ne dédaigna pas d'ajouter le secours des prestiges aux avantages que lui donnaient ses connaissances et ses lumières. Porphyre et Jamblique lui attribuent des prodiges; il se faisait entendre et obéir des bêtes mêmes. Une ourse faisait de grands ravages dans le pays des Dauniens; il lui ordonna de se retirer : elle disparut. Il se montra avec une cuisse d'or aux jeux olympiques ; il se fit saluer par le fleuve Nessus; j1 arrêta le vol d'un aigle; il fit mourir un serpent; il se fit voir, le même jour et à la même heure, à Crotone et à Métaponte. — Il vit un jour, à Tarenle,

1 Yalère Maxime.

15 — PYT

un bœuf qui broutait un champ de fèves; il lui dit à l'oreille quelques paroles mystérieuses, qui le firent cesser pour toujours de manger des fèves1. On n'appelait plus ce bœuf que le bœuf sacré, et dans sa vieillesse il ne se nourrissait que de ce que les passants lui donnaient. Enfin, Pythagore prédisait l'avenir et les tremblements de terre avec une adresse merveilleuse; il apaisait les tempêtes, dissipait la peste , guérissait les maladies d'un seul mot ou par l'attouchement. Il fit un voyage aux enfers, où il vit l'âme d'Hésiode attachée avec des chaînes à une colonne d'airain, et celle d'Homère pendue à un arbre au milieu d'une légion de serpents , pour toutes les fictions injurieuses à la divinité dont leurs poèmes sont remplis. — Pythagore intéressa les femmes au succès de ses visions, en assurant qu'il avait vu dans les enfers beaucoup de maris très -rigoureusement punis pour avoir maltraité leurs femmes , et que c'était le genre de coupables le moins ménagé dans l'autre vie. Les femmes furent contentes , les maris eurent peur; et tout fut reçu. Il y eut encore une circonstance qui réussit merveilleusement; c'est que Pythagore, au moment de son retour des enfers , et portant encore sur le visage la pâleur et l'effroi qu'avait dû lui causer la vue de tant de supplices, savait parfaitement tout ce qui était arrivé sur la terre pendant son absence.

Pythons. — Les Grecs nommaient ainsi, du nom d'Apollon Pythien, les esprits qui aidaient à prédire les choses futures, et les personnes qui en étaient possédées. La Vulgale se sert souvent de ce terme pour exprimer les devins, les magiciens, les nécromanciens. La sorcière, qui fit apparaître devant Saiil l'ombre de Samuel , est appelée la pythonisse d'Endor. On dit aussi esprit de Python pour esprit de devin. Les prêtresses de Delphes s'appelaient Pylhonisses ou Pythées. — Python, dans la mythologie grecque, est un serpent qui naquit du limon de la terre après le déluge. Il fut tué par Apollon, pour cela surnommé Pythien.

1 Les Pythagoriciens respectaient tellement les fèves, que non seulement ils n'en mangeaient point, mais même il ne leur était pas permis de passer dans un champ de fèves, de peur d'écraser quelque parent dont elles pouvaient loger l'âme.

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