R ET
prennent une vie nouvelle. Celte opinion est une invention de la politique pour animer le courage des soldats. Les amantas , docteurs et philosophes du pays, croyaient la résurrection universelle, sans pourtant que leur esprit s'élevât plus haut que cette vie animale pour laquelle ils disaient que nous devions ressusciter, et sans attendre ni gloire ni supplice. Ils avaient un soin extraordinaire de mettre en lieu de sûreté les rognures de leurs ongles et de leurs cheveux, et de les cacher dans les fentes ou dans les trous de muraille. Si , par hasard , les cheveux et les ongles venaient à tomber à terre avec le temps et qu'un Indien s'en aperçût, il ne manquait pas de les relever de suite, et de les serrer de nouveau. — Savez-vous bien, disaient-ils à ceux qui les questionnaient sur cette singularité , que nous devons revivre dans ce monde , et que les âmes sortiront des tombeaux avec tout ce qu'elles auront de leurs corps? Pour empêcher donc que les nôtres ne soient en peine de chercher leurs ongles et leurs cheveux (car il y aura ce jour-là bien dè la presse et bien du tumulte), nous les mettons ici ensemble, afin qu'on les trouve plus facilement. — Gaguin, dans sa description de la Moscovie, dit que, dans le nord de la Russie, les peuples meurent le 27 novembre, à cause du grand froid , et ressuscitent le 24 avril : ce qui est, à l'instar des marmottes, une manière fort commode de passer l'hiver. Voy. Gabimus, Pamilius de Phères , Thespésius , Vampires, etc.
Retz. — Le cardinal de Relz, n'étant encore qu'abbé, avaitfaitla partie de passer une soirée à Saint-Cloud , dans la maison de l'archevêque de Paris, son oncle , avec madame et mademoiselle de Vendôme, madame de Choisi, le vicomte de Turenne, leyêque de Lisieux, et MM. de Brion et Voiture. On s amusa tant que la compagnie ne put s'en retourner que très-tard à Paris. La petite pointe du jour commençait à paraître ( on était alors dans les p'us grands jours d'été ) quand on fut au bas de la descente des Bons-Hommes. Justement au pied , le carrosse s'arrêta tout court, v Comme j'étais à l'une des portières avec mademoiselle de Vendôme ( dit le cardinal , dans ses Mémoires ), je demandai au cocher pourquoi il s'arrêtait? il me répondit, avec une voix tremblante : « Voulez-vous que je passe par-dessus lous les diables qui sont là devant moi ? » .le mis la tète hors de la portière; et , comme j'ai toujours eu la vue fort basse, je ne vis rien. Madame de Choisi, qui était à l'autre portière avec M. de Turenne, fut la première qui aperçut, du carrosse, la
RÊV — k
cause de la frayeur du cocher; je dis du carrosse, car cinq ou six laquais, qui étaient derrière , criaient : Jésus , Maria ! et tremblaient déjà de peur. M. de Turenne se jela en bas, aux cris de madame de Choisi. Je crus que c'étaient des voleurs ; je sautai aussitôt hors du carrosse, je pris l'épée d'un laquais, et j'allai joindre M. de Turenne, que je trouvai regardant fixement quelque chose que je ne voyais point. Je lui demandai ce qu'il regardait, et il me répondit, en me poussant du bras, et assez bas : a Je vous le dirai ; mais il ne faut pas épouvanter ces dames, » qui, à la vérité, hurlaient plutôt qu'elles ne criaient. — Voiture commença un orcmus, madame de Choisi poussait des cris aigus ; mademoiselle de Vendôme disait son chapelet, madame de Vendôme voulait se confesser à M. de Lisieux, qui lui disait: — «Ma fille, n'ayez point de peur, vous êtes en la main de Dieu. » Le comte de Biiun avait entonné bien tristement les litanies de la Sainte Vierge. Toutcela se passa, comme on peut se l'imaginer, en même temps et en moins de rien. M. de Turenne, qui avait une petite épée à son côté, l'avait aussi tirée, et, après avoir un peu regardé, comme je l'ai déjà dit, il se tourna vers moi de l'air dont il eut donné une bataille , et me dit ces paroles : « Allons voir ces gens-là ! — Quelles gens? » lui repartis-je; et dans la vérité , je croyais que tout le monde avait perdu le sens. Il me répondit : « Effectivement , je crois que ce pourraient bien êlre des diables. « — Comme nous avions déjà fait cinq ou six pas du côté de la Savonnerie , et que nous étions par conséquent plus proches du spectacle , je commençai à entrevoir quelque chose , et ce qui m'en parut fut une longue procession de fantômes noirs, qui me donna d'abord plus d'émotion qu'elle n'en avait donné à M. de Turenne , mais qui par la réflexion que je fis que j'avais long-temps cherché des esprits, et qu'apparemment j'en trouverais en ce lieu, me fit faire deux ou trois sauts vers la procession. Les pauvres augustins déchaussés, que l'on appelle capucins noirs, et qui étaient nos prétendus diables , voyant venir à eux deux hommes qui avaient l'épée à la main , eurent encore plus peur. L'un d'eux, se détachant de la troupe, nous cria : « Messieurs, nous sommes de pauvres religieux , qui ne faisons de mal à personne, et qui venons nous rafraîchir un peu dans la rivière, pour notre santé. « Nous retournâmes au carrosse, M. de Turenne et moi, avec des éclats de rire que l'on peut s'imaginer. »
Rêve. — Au bon temps de la loterie royale, les bonnes femmes croyaient que quand on
21 — REV dormait le petit doigt de la main gauche dans la main droite, on était assuré de voir en rêve une multitude d'ambes, de ternes et de quaternes '. — Un homme rêvait qu'il mangeait la lune. Ce rêve le frappe, il se lève encore à moitié endormi , il court à sa fenêtre ; regardant au ciel, il ne voit plus que la moitié de cet astre.... il s'écrie : « Mon Dieu ! vous avez bien fait de me réveiller; car avec l'appétit que j'avais, la pauvre lune, je l'aurais mangée tout entière. » f'oy. Songes.
Réveille matin. — Les Flamands appellent cette plante le lait du diable (Duivelsmelk).
Révélations. — Un citoyen d'Alexandrie vit sur le minuit des statues d'airain se remuer et crier à haute voix que l'on massacrait à Constantinople l'empereur Maurice et ses enfants : ce qui se trouva vrai; mais la révélation ne fut publiée qu'après que l'événement fut connu. — L'archevêque Angello- Catto (Philippe de Comines l'atteste) connut la mort de Charles-le-Téméraire , qu'il annonça au roi Louis XI à la même heure qu'elle était arrivée. — Les prodiges faux sont toujours des singeries de vrais miracles. Pareillement, une foule de révélations supposées ont trouvé le moyen de se faire admettre , parce qu'il y a eu des révélations vraies. — Nous ne parlons pas de la révélation qui est un des fondements de notre foi.
Revenants. — On débite, comme une chose assurée, qu'un revenant se trouve toujours froid quand on le touche. Cardan et Alessandro-Alessandri sont des témoins qui l'affirment; et Cajetan en donne la raison, qu'il a apprise de la bouche d'un esprit, lequel, interrogé à ce sujet par une sorcière , lui répondit qu'il fallait que la chose fût ainsi. La réponse est satisfaisante. Elle nous apprend au moins que le diable se sauve quelquefois par le pont aux ânes. — Dom Caimet raconte qu'une jeune fille, nommée Catherine, du pays des Itans, au Pérou, mourut à seize ans, coupable de plu^eurs sacrilèges. Son corps, immédiatement après sa mort, se trouva si infect, qu il fallut le mettre hors du logis. On entendit en même temps tous les chiens hurler; un cheval, jusque-ià fort doux, commença à ruer, à s'agiter, à frapper des pieds , à rompre ses liens. Un jeune homme couché fut tiré par le bras et jeté hors de son lit ; une servante reçut un coup de pied à l'épaule , sans voir qui le lui donnait; elle en porta les marques plusieurs semaines. Tout ceci arriva avant que le corps de Catherine
1 Musnicr des Closeaux, les Mères d'actrices,