‹ Dictionnaire infernalChapitre 326 sur 368 · ROI · texte numérisé non relu

ROI

ces mots : Lorsqu'on ouvrira cette tour, les barbares s empareront de l'Espagne.... Aboulkacim-Tarista-Ben-Tarik , historien arabe, ajoute que, malgré son effroi, Rocierik, ayant fait faire certains flambeaux que l'air de la cave ne pouvait éteindre, poursuivit sa recherche suivi de beaucoup de personnes. A peine eutil fait quelques pas, qu'il se trouva dans une belle salle enrichie de sculptures, au milieu de laquelle on voyait une statue de bronze qui représentait le Temps , sur un piédestal de trois coudées de haut : elle tenait de la main droite une masse d'armes, avec laquelle elle frappait de temps en temps la terre, dont les coups, retentissant dans la cave, faisaient un bruit épouvantable. Roderik , loin de s'effrayer, s'approcha du fantôme , l'assura qu'il ne venait faire aucun désordre dans le lieu de sa demeure, et lui promit d'en sortir dès qu'il aurait vu les merveilles qui l'entouraient; alors la statue cessa de battre la terre. Le roi , encourageant les siens par son exemple , fit une visite exacte de cette salle , à 1 entrée de laquelle on vit une cave ronde, d'où sortait un jet d'eau qui faisait un sourd murmure. Sur l'estomac de la statue du Temps était écrit en arabe : Je fais mon devoir; et sur le dos: A mon secours! A gauche on lisait ces mots sur la muraille : Malheureux prince, ton mauvais destin Va amené ici; et ceux-ci à droite : Tu seras détrôné par des nations étrangères , et tes sujets , aussi bien que loi, seront châtiés. — Roderik, ayant contenté sa curiosité, s'en retourna; et dés qu'il eut tourné le dos, la statue recommença ses coups. Le prince sortit, fit refermer les portes et marcha à la rencontre des ennemis. La bataille se livra un dimanche^ au pied de la Sierra-Moréna *. Elle dura huit jours; l'armée espagnole fut taillée en pièces, et Roderik disparut du milieu des siens sans qu'on sût jamais ce qu'il était devenu. — On pensa qu'il avait été emporté par le diable, puisqu'il fut impossible de découvrir son corps après le combat , et qu'on ne retrouva que son cheval, ses vêtements et sa couronne au bord d'une petite rivière. Ce qui confirme encore cette opinion dans l'esprit du peuple espagnol, c'est que, le lendemain de la bataille, trois anachorètes, qui vivaient dans la pénitence à quelques lieues de Tolède, eurent ensemble la vision suivante; Une heure avant le retour de l'aurore, ils aperçurent devant eux une grande lumière et plusieurs démons qui emmenaient Roderik en le traînant par les pieds ; malgré l'altération

1 On voyait encore, il n'y a pas deux siècles, plusieurs milliers de croix plantées en terre, à l'endroit où s'est livrée cette fameuse bataille. Lambcrtinus, ubj infrà.

de sa figure, il leur fut aisé de le reconnaître à ses cris et aux reproches que lui faisaient les démons. Les trois ermites gardèrent le silence de l'effroi à ce spectacle ; tout à coup ils virent descendre du ciel la mère de Roderik accompagnée d'un vénérable vieillard , qui cria aux démons de s'arrêter. «Que demandez-vous, répondit le plus grand diable de la troupe? — Nous demandons grâce pour ce malheureux, répliqua la mère. — 11 a commis trop de crimes pour qu'on l'ote de nos mains, s'écrièrent les démons; et les saints ne peuvent l'avoir en leur compagnie. La mère de Roderik et le vieillard qui l'accompagnait reprenaient la parole , quand la fille du comte Julien parut, et dit d'une voix haute : « 11 ne mérite point de pitié ; il m'a perdue ; il a porté le désespoir dans ma famiile et la désolation dans le royaume. Je viens de mourir précipitée du haut d'une tour; et ma mère expire écrasée sous un monceau de pierres. Que ce monstre soit jeté dans l'abîme, et qu'il se souvienne des maux qu'il a faits. — Qu'on le laisse vivre quelque temps encore , reprit la mère de Roderik, il fera pénitence. » Alors on entendit dans les airs une voix éclatante qui prononça ces paroles : uLes jours de Roderik sont à leur terme: la mesure est comblée; que la justice éternelle s'accomplisse ! » Et aussitôt ceux qui étaient descendus d'en haut y remontèrent ; la terre s'entrouvrit, les démons s'engloutirent avec Roderik au milieu d'une épaisse fumée ; et les trois anachorètes ne trouvèrent plus dans l'endroit où tout cela venait de se passer, qu'un sol aride et une végétation éteinte. — Toute cette vision n'est rapportée que par un historien aujourd'hui peu connu 1 , et bien des gens ne la regarderont que comme une vision. L'histoire ne parle de Roderik qu'avec blâme , et son nom est resté impur pour la postérité 2.

Rodriguez (iGNAZIo), — V0}J. INQUISITION.

Rois de l'enfer. — Les rois de l'enfer sont au nombre de sept. On peut les lier depuis trois heures jusqu'à midi, et depuis neuf heures jusqu'au soir3. Voy. Monarchie infernale.

Rois de France. — Il est rapporté dans quelques chroimjues que les premiers rois de France portaient une qtnue comme les singes ; qu'ils avaient du poil de sanglier tout le long de l'épine du dos , etc. On sait aussi que les rois de France guérissaient les éerouelles.

1 Sanctii a Corduba histoiiarum Hispanlse antiquarum, lib 3, sect. 12.

a Nnmcn ejns in aïternuin putrescet (Lambertinus

de Cruz-IIowen, Theatrum région) Ilispanise, ab anno 711, ad annum 717.)

3 Wicrus. I il l'scudomon. dœmon.

Rl-B — k

Rolande du Vernols — BogUCl CÎie CCllC

femme comme sorcière. Elle fut convaincue au seizième siècle tout à la fois d'être possédée , voleuse et ventriloque ; et fut pendue et brûlée.

Romulus , — celui qui éleva la ville de Rome. Romulus était enfant du diable selon quelques-uns, et grand magicien selon tous les démonomanes. Mars, au fait, qui fut son père, n'était qu'un démon. Après qu'il eut bien établi son empire, un jour qu'il faisait la revue de son armée, il fut enlevé dans un tourbillon à la vue de la multitude *, et Bodin observe que le diable, à qui il devait le jour, l'emporta dans un autre royaume2.

Ronwe — marquis et comte de l'enfer, qui apparaît sous la forme d'un monstre ; il donne à ses adeptes la connaissance des langues et la bienveillance de tout le monde. Dix-neuf cohortes infernales sont sous ses ordres3 .

Rose-Croix. — Les Rose-Croix sont maintenant de hauts-officiers dans les grades ridicules de la maçonnerie. Autrefois, c'étaient les conservateurs des secrets de la cabale. Naudé a écrit sur les Rose-Croix un petit livre curieux. Voy. Naudé.

Rose de Jérichp, — voy. BROWN.

Roux. — Il y a chez les modernes une antipathie assez générale contre les roux. On expliquait autrefois ainsi l'origine des barbes rousses. Lorsque Moïse surprit les Israélites adorant le veau d'or,*il le fil méttre en poudre, mêla cette poudre dans de l'eau et la fit boire au peuple. L'or s'arrêta sur les barbes de ceux qui avaient adoré l'idole et les fit reconnaître; car, toujours depuis ils eurent la barbe dorée .

Rubezahl , — prince des gnomes , fameux chez les habitants des monts Sudètes. Il est extrêmement malin, comme tous les êtres de son espèce, et joue mille tours aux montagnards. On a écrit des volumes sur son compte; il est même le héros de quelques romans; Musœus en a fait un de ses héros. Et toutefois on n'a pas encore suffisamment éclairci

1 Denys d'Halicarnasse , Tite-Live, Plutarque, in Romulo, e'.c.

? Bodin, Démonomanie, liv. m, ch. I<r, et dans la préface.

3 Wierus, in Pseudomnn. drem.

4 Jérémie de Pours, la Divine mélodie du raint Psalmiste, p. 829.

59 — UVM

ce qui concerne ce lutin, qui probablement est un personnage de l'ancienne mythologie slave. Il parait encore, dit-on, dans quelque coin éloigné; mais chaque année il perd de sa renommée et de sa considération. C'est le même que Ribenzal.

Rubis. — Les anciens lui attribuent la propriété de résister au venin , de préserver de la peste, de bannir la tristesse et de détourner les mauvaises pensées. S'il venait à changer de couleur, il annonçait les malheurs qui devaient arriver ; il reprenait sa teinte aussitôt qu'ils étaient passés.

Rue d'Enfer, — voy. VâUVERT.

Ruggieri ( Cosme ) , — sorcier florentin et courtisan de Catherine de Médicis, qui fut appliqué à la question en 1574, comme prévenu d'avoir al tenté par ses chormes aux jours de Charles IX , qu'il voulait envoûter".

Rugner, — géant Scandinave, dont la lance énorme était faite de pierre à aiguiser. Dans un duel, Thor la lui brisa d'un coup de sa massue grosse comme un dôme, et en fit sauter les éclats si loin que c'est de là que viennent toutes les pierres à aiguiser qu'on trouve dans le monde, et qui paraissent évidemment rompues par quelque effort.

Runes, — lettres ou caractères magiques, que les peuples du Nord croyaient d'une grande vertu dans les enchantements. Il y en avait de nuisibles , que l'on nommait runes amères ; on les employait lorsqu'on voulait faire du mal. Les runes secourables détournaient les accidents; les runes victorieuses procuraient la victoire à ceux qui en faisaient usage; les rimes médicinales guérissaient des maladies , on les gravait sur des feuilles d'arbres ; enfin, il y avaii des runes pour éviter les naufrages , pour soulager les femmes en travail, pour préserver des empoisonnements. Ces runes différaient par les cérémonies qu'on observait en les écrivant, par la matière sur laquelle on les traçait, par l'endroit où on les exposait , par la façon dont on arrangeait les lignes, soit en cercle, soit en serpentant, soit en triangle, etc. On trouve encore plusieurs de ces caractères tracés sur les rochers des mers du Nord.

Rymer, — géant, ennemi des dieux chez les Scandinaves, lequel doit a la fin du monde être le pilote du vaisseau Naglefare.

1 M. Garinct, Hist. de la magie en France, p. 431.

SAB — m - SAB

Sabaoth. — Les archontiques , secte du deuxième siècle, faisaient de Sabaoth un ange douteux qui était pour quelque chose dans les affaires de ce monde. Les mêmes disaient que la femme était l'ouvrage de Satan.

Sabasius , — chef du sabbat , selon certains démonographes. C'était autrefois l'un des surnoms de Bacchus , grand-maître des sorciers dans l'antiquité païenne. C'est un gnome chez les cabalistes.

Sabba, — devineresse mise au nombre des sibylles. On croit que c'était celle de Cumes.

Sabbat. — C'est l'assemble des démons, des sorciers et des sorcières, dans leurs orgies nocturnes. Nous devons donner ici l'opinion des démonomanes sur ce sujet. On s'occupe au sabbat, disent-ils, à faire ou à méditer le mal, à donner des craintes et des frayeurs , à préparer les maléfices, à des mystères abominables. — Le sabbat se fait dans un carrefour, ou dans quelque lieu désert et sauvage, auprès d'un lac, d'un étang, d'un marais, parce qu'on y fait la grêle et qu'on y fabrique des orages. Le lieu qui sert à ce rassemblement reçoit une telle malédiction, qu'il n'y peut croître ni herbe , ni autre chose. Strozzi dit avoir vu , dans un champ auprès de Vicence, un cercle autour d'un châtaignier, dont la terre était aussi aride que les sables de la Libye, parce que les sorciers y dansaient et y faisaient le sabbat, Les nuits ordinaires de la convocation du sabbat sont celles du mercredi au jeudi, et du vendredi au samedi. Quelquefois le sabbat se fait en plein midi , mais c'est rare. Les sorciers et les sorcières portent une marque qui leur est imprimée par le diable; cette marque , par un certain mouvement intérieur qu'elle leur cause, les avertit de l'heure du ralliement. En cas d'urgence , le diable fait paraître un mouton dans une nuée (lequel mouton n'est vu que des sorciers), pour rassembler son monde en un instant. Dans les circonstances ordinaires, lorsque l'heure du départ est arrivée, après que les sorciers ont dormi , ou du moins fermé un œil , ce qui est d'obligation , ils se rendent au sabbat , montés sur des bâtons ou sur des manches à balai , oints de graisse d'enfant ; ou bien des diables subalternes les transportent, sous des formes de boucs, de chevaux,

d'ânes ou d'autres animaux. Ce voyage se fait toujours en l'air. Quand les sorcières s'oignent pour monter sur le manche à balai qui doit les porter au sabbat, elles répètent plusieurs fois ces mots : Emen-hétan! emen-hétan! qui signifient, dit Delancre : Ici et là! ici et là! — Il y avait cependant, en France, des sorcières qui allaient au sabbat sans bâton , ni graisse , ni monture, seulement en prononçant quelques paroles. Mais celles d'Italie ont toujours un bouc, qui les attend pour les emporter. Elles ont coutume , comme les nôtres , de sortir généralement par la cheminée. Ceux ou celles qui manquent au rendez-vous paient une amende ; le diable aime la discipline. — Les sorcières mènent souvent au sabbat, pour différents usages, des enfants qu "elles dérobent. Si une sorcière promet de présenter au diable, dans le sabbat prochain, le fils ou la fille de quelque gueux du voisinage , et qu'elle ne puisse venir à bout de l'attraper , elle est obligée de présenter son propre fils , ou quelque autre enfant d'aussi haut prix. Les enfants qui plaisent au diable sont admis parmi ses sujets de cette manière : Maître Léonard , le grand nègre, président des sabbats, et le petit diable , maître Jean Mullin, son lieutenant, donnent d'abord un parrain et une marraine à l'enfant; puis on le fait renoncer Dieu, la Vierge et les saints; et, après qu'il a renié sur le grand livre, Léonard le marque d'une de ses cornes dans l'œil gauche. Il porte celte marque pendant tout son temps d'épreuves, à la suite duquel , s'il s'en est bien tiré , le diable lui administre un autre signe qui a la figure d'un petit lièvre, ou d'une patte de crapaud , ou d'un chat noir. — Durant leur noviciat, on charge les enfants admis de garder les crapauds , avec une gaule blanche , sur le bord du lac, tous les jours de sabbat; quand ils ont reçu la seconde marque, qui est pour eux un brevet de sorcier , ils sont admis à la danse et au festin. Les sorciers, initiés aux mystères du sabbat, ont coutume de dire : J'ai bu du labourin , j'ai mange du cymbale , et je suis fait profès. Ce que Leloyer explique de la sorte : « Par le tabourin , on entend la peau de bouc enflée de laquelle ils tirent le jus et consommé , pour boire; et, par le cymbale, le chaudron ou bassin dont ils usent pour cuire leurs ragoûts. » Les petits enfants qui no pro-

niellent rien de bon sont condamnés à être fiïcassés. Il y a là des sorcières qui les dépècent, et les font cuire pour le banquet. — Lorsqu'on est arrivé au sabbat , la première chose est d'aller rendre hommage à maître Léonard. Il est assis sur un trône infernal, ordinairement sous la figure d'un grand bouc, ayant trois cornes, dont celle du milieu jette une lumière qui éclaire l'assemblée; quelquefois sous la forme d'un lévrier , ou d'un bœuf, ou d'un tronc d'arbre sans pied , avec une face humaine fort ténébreuse , ou d'un oiseau noir, ou d'un homme tantôt noir, tantôt rouge. Mais sa figure favorite est celle du bouc. Alors il a ordinairement sur la tête la corne lumineuse; les deux autres sont au cou; il porte une couronne noire, les cheveux hérissés, le visage pâle et troublé , les yeux ronds, grands, fort ouverts , enflammés et hideux , une barbe de chèvre , les mains comme celles d'un homme, excepté que les doigts sont tous égaux, courbés comme les griffes d'un oiseau de proie , et terminés en pointes , les pieds en pattes d'oie, la queue longue comme celle d'un àne; il a la voix effroyable et sans ton , tient une gravité superbe, avec la contenance d'une personne mélancolique , et porte toujours sous la queue un Visage d'homme noir , visage que tous les sorciers baisent en arrivant au sabbat. — Léonard donne ensuite un pou d'argent à tous ses adeptes; puis il se lève pour le festin , où le maître des cérémonies place tout le monde , chacun selon son rang , mais toujours un diable à côté d'un sorcier. Quelques sorcières ont dit que la nappe y est dorée, et qu'on y sert toutes sortes de bons mets, avec du pain et du vin délicieux. Mais le plus grand nombre de ces femmes ont déclaré au contraire qu'on n'y sert que des crapauds, de la chair de pendus , de petits enfants non baptisés, et mille autres horreurs, et que le pain du diable est fait de millet noir. On chante, pendant le repas, des choses abominables; et, après qu'on a mangé , on se lève de table , on adore le grand-maître ; puis chacun se divertit. — Les uns dansent en rond, ayant chacun un chat pendu au derrière. D'autres rendent compte des maux qu'ils ont faits, et ceux qui n'en ont pas fait assez sont punis. Des sorcières répondent aux accusations des crapauds qui les servent; quand ils se plaignent de n'être pas bien nourris par leurs maîtresses , les maîtresses subissent un châtiment. Les correcteurs du sabbat sont de petits démons sans bras, qui allument un grand feu, y jettent les coupables, et les en retirent quand il le faut. — Ici , on fait honneur à des crapauds, habillés de velours rouge ou noir,

portant une sonnette au cou , et une autre aux pieds. On les donne aux sorcières qui ont bien mérité des légions infernales. Là , une magicienne dit la messe du diable pour ceux qui veulent l'entendre. Ailleurs , se commettent les plus révoltantes et les plus honteuses horreurs. Ceux et celles qui vont baiser le visage inférieur du maître tiennent une chandelle sombre à la main. Il en est qui forment des quadrilles avec des crapauds vêtus de velours et chargés de sonnettes. Ces divertissements durent jusqu'au chant du coq. Aussitôt qu'il se fait entendre * tout est forcé de disparaître. Alors le grand nègre leur donne congé, et chacun s'en retourne chez soi !. — On conte qu'un charbonnier, ayant été averti que sa femme allait au sabbat , résolut de l'épier. Une nuit qu'elle faisait semblant de dormir, elle se leva, se frotta d'unedrogue et disparut. Le charbonnier, qui l'avait bien examinée, en fit autant, et fut aussitôt transporté, par la cheminée , dans la cave d'un comte, homme de considération dans le pays, où il trouva sa femme et tout le sabbat rassemblé pour une séance secrète. Celle-ci, l'ayant aperçu, fit un signe: au même instant tout s'envola , et il ne resta dans la cave que le charbonnier, qui, se voyant pris pour un voleur, avoua ce qui s'était passé à son égard , et ce qu'il avait vu dans cette cave 2. — Un paysan se rencontrant de nuit dans un lieu où l'on faisait le sabbat, on lui offrit à boire. Il jeta la liqueur à terre et s'enfuit, emportant le vase , qui était d'une matière et d'une couleur inconnues. Il fut donné à Henri le Vieux, roi d'Angleterre, si l'on en croit le conte 3. Mais, malgré son prix et sa rareté, le vase est sans doute retourné à son premier maître. — Pareillement, un boucher allemand entendit , en passant de nuit par une forêt, le bruit des danses du sabbat ; il eut la hardiesse de s'en approcher, et tout disparut. Il prit des coupes d'argent qu'il porta au magistrat, lequel fit arrêter et pendre toutes les personnes dont les coupes portaient le nom 1. — Un sorcier mena son voisin au sabbat , en lui promettant qu'il serait l'homme le plus heureux du monde. Il le transporta fort loin , dans un lieu où se trouvait rassemblée une nombreuse compagnie, au milieu de laquelle était un grand bouc. Le nouvel apprenti-sorcier appela Dieu à son secours. Alors vint un tourbillon impétueux : tout disparut; il demeura seul , et fut trois ans

1 Delancre, Bodin, Delrio, Maîol, Leloyer, Danseus, Boguet, Monstrelet, Torquemada, etc.

2 Delrio, Disquisitions magiques, et Bodin, p. 30.

3 Trinnm Magicum.

4 Joachim de Cambray.

à retourner dans son pays >. — « Le sabbat se fait, disent les cabaiistçs, quand les sages rassemblent les gnomes pour les engager à épouser les filles des hommes. Le grand Orphée fut îe premier qui convoqua ces peuples souterrains. A sa première semonce, Sabasius, le plus ancien des gnomes, contracta alliance avec une femme. C'est de ce Sabasius qu'a pris son nom cette assemblée, sur laquelle on a fait mille contes impertinents. Les démonomanes prétendent aussi qu'Orphée fut le fondateur du sabbat, et que les premiers sorciers qui se rassemblèrent de la sorte se nommaient orphêotélestes. La véritable source de ces orgies sinistres a pu prendre naissance dans les bacchanales , où l'on invoquait Bacchus en criant : Saboé ! » — Dans l'affaire de la possession de Louviers, Madeleine Bavan, tourière du couvent de cette ville, confessa des choses singulières sur le sabbat. Elle avoua qu'étant à Rouen, chez unecoulurière, un magicien l'avait engagée et conduite au sabbat; qu'elle fut mariée là à Dagon, diable d'enfer; que Mathurin Picard l'éleva à la dignité de princesse du sabbat quand elle eut promis d'ensorceler toute sa communauté ; qu'elle composa des maléfices en se servant d'hosties consacrées; que clans une maladie qu'elle éprouva, Picard lui fît signer un pacte de grimoire; qu'elle vit accoucher quatre magiciennes au sabbat ; qu'elle aida à égorger et à manger leurs enfants ; que le jeudi saint on y fit la Cène , en y mangeant un petit enfant; que dans la nuit du jeudi au vendredi , Picard et Boulé avaient percé une hostie par le milieu, et que l'hostie jeta du sang. De plus, elle confessa avoir assisté à l'évocation de l'àme de Picard, faite par Thomas Boulé , dans une grange, pour confirmer les maléfices du diocèse d'Évreux. — Elle ajouta à ces dépositions devant le parlement de Rouen, que David, premier directeur du monastère , était magicien; qu'il avait donné à Picard une cassette pleine de sorcelleries, et qu'il lui avait délégué tous ses pouvoirs diaboliques ; qu'un jour , dans le jardin , s'étant assise sous un mûrier , un horrible chat noir et puant lui mit ses pattes sur les épaules et approcha sa gueule de sa bouche ; c'était un démon. — Elle dit en outre qu'on faisait la procession ; que le diable, moitié homme et moitié bouc, assistait à ces cérémonies exécrables, et que sur l'autel il y avait des chandelles allumées qui étaient toutes noires. — On trouve généralement le secret de ces horreurs dans des mœurs abominables. Dans le Limbourg , au dernier siècle, il y avait encore beaucoup de bohémiens et

• Torqtiemada, dans l'IIoxameron.

2 — SAB de bandits qui faisaient le sabbat. Leurs initiations avaient heu dans un carrefoursolitaire, où végétait une masure qu'on appelait la Chapelle des boucs. Celui qu'on recevait sorcier était enivré, puis mis à califourchon sur un bouc de bois qu'on agitait au moyen d'un pivot; on lui disait qu'il voyageait par les airs. Il le croyait d'autant plus qu'on le descendait de sa monture pour le jeter dans une orgie qui était pour lui le sabbat. Voy. Spée , Blokula, etc. — On sait, dit Malebranche, que cette erreur du sabbat n'a aucun fondement; que le prétendu sabbat des sorciers est l'effet d'un délire et d'un dérèglement de l'imagination, causé par certaines drogues desquelles se servent les malheureux qui veulent se procurer ce délire. — Ce qui entretient la crédulité populaire, ajoute Bergier. ce sont les récits de quelques peureux qui, se trouvant égarés la nuit dans les forêts , ont pris pour le sabbat des feux allumés par les bûcherons et les charbonniers , ou qui , s'étant endormis dans la peur, ont cru entendre et voir le sabbat, dont ils avaient l'imagination frappée. — Il n'y a aucune notion du sabbat chez les anciens pères de l'Église. Il est probable que c'est une imagination qui a pris naissance chez les barbares du nord; que ce sont eux qui l'ont apportée dans nos climats, et qu'elle s'y est accréditée au milieu de l'ignorance dont leur irruption fut suivie. Les décrets des conciles n'ont jamais fait mention du sabbat; preuve évidente qu'on a toujours méprisé cette imagination populaire. — Charles II, duc de Lorraine, voyageant incognito dans ses états, arriva un soir daus une ferme où il se décida à passer la nuit. Il fut surpris de voir qu'après son souper on préparait un second repas plus délicat que le sien, et servi avec un soin et une propreté admirables. Il demanda au fermier s'il attendait de la compagnie. « Non, monsieur, répondit le paysan, mais c'est aujourd'hui jeudi ; et toutes les semaines, à pareille heure, les démons se rassemblent dans la forêt voisine avec les sorciers des environs, pour y faire leur sabbat. Après qu'on a dansé le branle du diable, ils se divisent en quatre bandes. La première vient souper ici; les autres se rendent dans des fermes peu éloignées. — Et paient-ils ce qu'ils prennent? demanda Charles. — Loin de payer, répondit le fermier, ils emportent encore ce qui leur convient, et s'ils ne se trouvent pas bien reçus, nous en passons de dures; mais que voulez-vous qu'on fasse contre des sorciers et des démons? » Le prince étonné voulut approfondir ce mystère; il dit quelques mots à l'oreille d'un de ses écuyers, et celui-

SAP, — h

ci partit au grand galop pour la ville de Toul, qui n'était qu'à trois lieues. Vers deux heures du matin , une trentaine de sorciers et de démons entra; les uns ressemblaient à des ours, les autres avaient des cornes et des griffes. A peine étaient-ils à table, que l'écuyer de Charles II reparut, suivi d'une troupe de gens d'armes ; et le prince escorté, entrant dans la salie du souper : — Des diables ne mangent pas, dit-il; ainsi vous voudrez bien permettre que mes gens d'armes se mettent à table à votre place... Les sorciers voulurent répliquer, et les démons proférèrent des menaces.—Vous n'êtes point des démons, leur cria Charles : les habitants de l'enfer agissent plus qu'ils ne parlent, et si vous en sortiez, nous serions déjà tous fascinés par vos prestiges. — Voyant ensuite que la bande infernale ne s'évanouissait pas, il ordonna à ses gens de faire main basse sur les sorciers et leurs patrons; on arrêta pareillement les autres membres du sabbat; et le matin, Charles II se vit maître de plus de cent vingt personnes. On les dépouilla, et on trouva des paysans, qui, sous ces accoutrements, se rassemblaient de nuit dans la forêt pour y faire des orgies abominables, et piller ensuite les riches fermiers. Le duc de Lorraine (qui avait généreusement payé son souper avant de quitter la ferme ) , fit punir ces prétendus sorciers et démons comme des coquins et des misérables. Le voisinage fut délivré pour le moment de ces craintes; mais la foi au sabbat ne s'affaiblit pas pour cela dans la Lorraine. — Duluc, dans ses Leltres sur l'histoire de la terre et de l'homme, tome 4, lettre 91 , rapporte encore ce qui suit : — «Il y a environ dix ans , vers 1769 , qu'il s'était formé dans la Lorraine allemande et dans l'électoral de Trêves , une association de gens de la campagne qui avaient secoué tout principe de religion et de morale. Ils s'étaient persuadés qu'en se mettant à l'abri des lois, ils pouvaient satisfaire sans scrupules toutes leurs passions. Pour se soustraire aux poursuites de la justice, ils se comportaient dans leurs villages avec la plus grande circonspection : l'on n'y voyait aucun désordre ; mais ils s'assemblaient la nuit en grandes bandes, allaient à force ouverte dépouiller les habitations écartées, commettaient d'abominables excès et employaient les menaces les plus terribles pour forcer au silence les victimes de leur brutalité. Un de leurs complices ayant été saisi par hasard pour quelque délit isolé, on découvrit la trame de cette confédéralion détestable , et l'on compte par centaines les scélérats qu'il a fallu faire périr sur l'échafaud. »

Page 1