‹ Dictionnaire infernalChapitre 352 sur 368 · YEN · texte numérisé non relu

YEN

— Il est regardé par les superstitieux comme funeste, quoique l'esprit de la religion chrétienne nous apprenne le contraire Us oublient tous les malheurs qui leur arrivent les autres jours, pour se frapper l'imagination de ceux qu'ils éprouvent le vendredi. Néanmoins ce jour tant calomnié a eu d'illustres partisans. François Ier assurait que tout lui réussissait le vendredi. Henri IV aimaitce jour-là de préférence. Le peuple est persuadé que le vendredi est un jour sinistre , parce que rien ne réussit ce jour-là. Mais si un homme fait une perte , un autre fait un gain ; et si le vendredi est malheureux pour l'un , il est heureux pour un autre , comme tous les autres jours. — Cette superstition est très-enracinée aux États-Unis. A New-York, on voulut la combattre il y a quelques années; on commanda un navire qui fut commencé un vendredi; on en posa la première pièce un vendredi; on le nomma un vendredi ; on le lança à la mer un vendredi; on le fit partir un vendredi , avec un équipage qu'on avait éclairé. Il ne revint jamais — Et la crainte du vendredi est à New-York plus forte que jamais.

— Les chemises qu'on fait le vendredi attirent les poux 2 dans certaines provinces.

Veneur. — L'historien Mathieu raconte que le roi Henri IV, chassant dans la forêt de Fontainebleau, entendit, à une demi-heuede lui , des jappements de chiens, des cris et des cors de chasseurs ; et qu'en un instant tout ce bruit, qui semblait fort éloigné, s'approcha à vingt pas de ses oreilles, tellement que le roi étonné commanda au comte de Soissons de voir ce que c'était. Le comte s'avance; un homme noir se présente dans l'épaisseur des broussailles, et disparaît en criant d'une voix terrible : M'entendez-vous?... Les paysans et les bergers des environs dirent que c'était un démon qu'ils appelaient le grand veneur de la forêt de Fontainebleau, et qui chassait souvent dans cette forêt. D'autres prétendaient que c'était la chasse de saint Hubert, chasse mystérieuse de fantômes d'hommes et de fantômes de chiens, qu'on entendait aussi en d'autres lieux. Quelques-uns, moins amis du merveilleux , disaient que ce n'était qu'un compère qui chassait impunément les bêtes du roi sous le masque protecteur d'un démon; mais voici sans doute la vérité du fait : — Il y avait à Paris, en 1596, deux gueux, qui dans leur oisiveté s'étaient si bien exercés à contrefaire le son des cors de chasse et la voix des chiens,

1 La mort de Notre-Seigneur, la rédemption du genre humain, la chute du pouvoir infernal, doivent au contraire sanctifier le vendredi.

" Thiers, Traité des superstitions.

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