VER
qu'à trente pas on croyait entendre une meule et des piqueurs. On devait y être encore plus trompé dans des lieux où les rochers renvoient et multiplient les moindres cris. 11 y a toute apparence qu'on s'était servi de ces deux hommes pour l'aventure de la forêt de Fontainebleau , qui fut regardée comme l'apparition véritable d'un fantôme.
Ventriloques, — gens qui parlent par le ventre, et qu'on a pris autrefois pour des démoniaques ou des magiciens. Voy. Cécile, etc.
Vents. — Les anciens donnaient à Éole plein pouvoir sur les vents; la mythologie moderne a imité cette fable en donnant une pareille prérogative à certains sorciers. Voy. Flnjnes, Éric, etc. — Il y avait , dans le royaume de Congo un petit despote qui tirait des vents un parti plus lucratif. Lorsqu'il voulait imposer un nouveau tribut à son peuple, il sortait dans la campagne par un temps orageux, le bonnet sur l'oreille, et obligeait à payer V impôt du vent ceux de ses sujets sur les terres de qui tombait le bonnet. — A Quimper, en Bretagne, les femmes qui ont leur mari en mer vont balayer la chapelle la plus voisine et en jeter la poussière en l'air j dans l'espérance que cette cérémonie procurera un vent favorable à leur retour1. — Dans le même pays , une femme ne souffre pas qu'on lui pas^e son enfant par-dessus la table; si dans ce passage un mauvais vent venait à le frapper, il ne pourrait en guérir de la vie2.
Vépar ou Sépar , — puissant et redoutable duc du sombre empire. Il se montre sous la forme d'une syrène, conduit les vaisseaux marchands , et afflige, les hommes de blessures venimeuses, qu'on ne guérit que par l'exorcisme. Il commande vingt-neuf légions.
Ver du Gange , — VOlj. SERPENT.
Vérandî, — VOy. NORNES.
Verdelet, — démon du second ordre, maître des cérémonies de la cour infernale. Il est chargé du transport des sorcières au sabbat. Verdelet prend aussi le nom de Jolibois, ou de Vert-Joli , ou de Saute-Buisson , ou de Maître Persil , pour allécher les femmes et les faire tomber dans ses pièges , dit Boguet, par ces noms agréables et tout à fait plaisants.
Verdun (Michel), — sorcier de la Franche-Comté, pris en 1521, avec Pierre Burgot et le Gros-Pierre. Wierus a rapporté les faits qui donnèrent lieu au supplice de ces f rois frénétiques3. Tous trois confessèrent s:è-
? Cambry, Voyage dans le Finistère, t. III. p. 3&J
2 Idem, ibid., p. 48.
3 Liv. vi, chap. 13.
1 — TEK
tre donnés au diable. Michel Verdun avait mené Burgot près du Chàteau-Charlon , où chacun, ayant à la main une chandelle de cire verte qui faisait la flamme bleue , avait offert des sacrifices et dansé en l'honneur du diable. Après s'être frottés de graisse, ils s'étaient vus changés en loups. Dans cet état, ils vivaient absolument comme les loups , direntils. Burgot avoua qu'il avait tué un jeune garçon avec ses pattes et dents de loup , et qu'il l'eût mangé si les paysans ne lui eussent donné la chasse. Michel Verdun confessa qu'il avait tué une jeune fille occupée à cueillir des pois dans un jardin , et que lui et Burgot avaient tué et mangé quatre autres jeunes filles. Ils désignaient le temps, le lieu et l'âge des enfants qu'ils avaient dérobés. 11 ajouta qu'ils se servaient d'une poudre qui faisait mourir les personnes. Ces trois loups-garoux furent condamnés à être brûlés vifs. Les circonstances de ce fait étaient peintes en un tableau qu'on voyait dans une église de Poligny. Chacun de ces loups-garoux avait la patte droite armée d'un couteau x.
Verge. — On donne quelquefois témérairement le nom de verge de Moïse à la baguette divinatoire. Voy. Baguette. — Sans doute aussi le lecteur a entendu parler de la verge foudroyante , avec laquelle les sorciers faisaient tant de prodiges. Pour la faire, il faut acheter un chevreau , le premier jour de la lune, l'orner trois jours après d'une guirlande de verveine, le porter dans un carrefour, l'égorger avec un couteau neuf, le brûler dans un feu de bois blanc, en conservant la peau, aller ensuite chercher une baguette fourchue de noisetier sauvage qui n'ait jamais porté fruit, ne la toucher ce jour-là que des yeux, et la couper le lendemain malin, positivement au lever du soleil, avec la même lame d'acier qui a servi à égorger la victime et dont on n'a pas essuyé le sang. Il faut que cette baguette ait dix-neuf pouces et demi de longueur, ancienne mesure du Rhin, qui fait à peu près un demi-mètre. Après qu'on l'a coupée, on l'emporte, on la ferre par les deux extrémités de la fourche avec la lame du couteau; on l'aimante; on fait un cercle avec la peau du chevreau qu'on cloue à terre au moyen de quatre clous qui aient servi à la bière d'un enfant mort. On trace avec une pierre ématille un triangle au milieu de la peau ; on se place dans le triangle , puis on fait les conjurations, tenant la baguette à la main, et ayant soin de n'avoir sur soi d'autre métal que de l'or et de l'argent. Alors les esprits paraissent et on
1 Boguet, p. 361.